Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



Affichage des articles dont le libellé est Les primeurs en primeur. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Les primeurs en primeur. Afficher tous les articles

mardi 21 mai 2019

Les bordeaux 2018 en primeurs pour tous

Très bon plan au Grand Tasting de printemps, ce vendredi (dans deux jours, si).

Un certain nombre de propriétaires de châteaux bordelais seront présents pour faire déguster au public leurs grands vins en primeurs. Très rares sont les occasions de juger ces vins quand on n'est pas un professionnel de la chose. C'est donc une occasion unique de se faire le palais et de découvrir cet exercice, souvent assez difficile. Moins difficile, toutefois, puisque les vins auront deux mois d'élevage de plus qu'au moment de la fameuse Semaine des primeurs, début avril.

Ci-dessous, la liste des châteaux et des propriétaires présents :

Fonréaud (Loic Chanfreau et Caroline Chanfreau-Philippon)
Haut-Bailly (Bénédicte Pinero)
Lagrange (Elisa Faubert)
Prieuré-Lichine (Laeticia Guix de Pinos)
Sociando-Mallet (Pascale Thiel)
Siran (Sevrine Miailhe)
Fourcas-Hosten (Olivier Faure)
La Gaffelière (Sarah Benzal)
Pape-Clément en rouge et en blanc, Fombrauge, La Tour-Carnet
(Jean -Michel Guibourt et Thomas Legaillard)
Grand-Corbin-Despagne (Marie Loustalan-Prévost)
Chauvin (Sylvie Cazes)
Carbonnieux (Marc Perrin)
TrotteVieille, Batailley, Lynch-Moussas, Domaine de l'Eglise, Beau-Site (Frédéric Casteja)
Chasse Spleen et de Camensac (Olivier Faure)
Gazin (Olivier Faure)
Fourcas Dupré (Olivier Faure)
Haut-Bages Libéral (en attente)
Lascombes (en attente)

Olivier Faure représentera les propriétaires des châteaux où il est mentionné, il est le patron de la Grande Cave, à Bordeaux.

On le voit, il y a du lourd, du très beau bordeaux, du cru classé de haut niveau. Voilà une dégustation hors norme qui s'annonce très bien.

Grand Tasting de printemps, 
au Carreau du Temple,
4, rue Eugène-Spuller, 75003 Paris
Métro : Temple ou République.
Horaires : 11:00-20:00 le vendredi 24 mai. 11:00 le samedi 25 mai.
Attention : la dégustation exceptionnelle des primeurs de Bordeaux n'aura lieu que le vendredi, mais toute la journée.
Billetterie : (clic)

Le magnifique Carreau du temple, entièrement retsauré

mardi 22 mai 2018

Les grands absents des Primeurs





La Californie se consumait sous l'effet de feux dantesques pendant que Saint-Émilion se recroquevillait sous un épisode de gel particulièrement dévastateur, tous les vignobles français ayant aussi connu des grêles épouvantables ces années dernières.
Selon les propriétés bordelaises, en 2017, de 0 à 100 % du potentiel est atteint. Et l'affaire est plus tordue que ça. Ainsi, les quelques grappes sont-elles en mesure de donner des vins au niveau de l’exigence des propriétaires ? Au Château Corbin, grand cru classé de Saint-Émilion, Anabelle Cruse a décidé qu'il n'y aurait pas de grand vin 2017 à Corbin. Au château de Fieuzal, pas plus et Stephen Carrier, très affecté par ce coup de chien, est parti faire une vendange et une vinif' loin, loin, au sud de l'Australie. La propriété toute neuve de Coralie de Boüard a été ravagée par le gel aussi. D'autres encore n'auront rien d'autre à vendre que le stock des millésimes précédents, ce qu'il en reste.

La décision est terrible pour un entrepreneur qui voit son chiffre d’affaires amputé d'une forte part au seul motif de conserver au grand vin toutes ses qualités. On a de nombreux exemples du même. Parmi les plus récents, rappelons Paul Jaboulet Aîné en 2008. Les conditions climatiques, au moment de la récolte, jugées impropres à la production d’un grand vin, Caroline Frey a décidé de ne pas millésimer la-chapelle cette année-là. En 2012, c'est Pierre Lurton qui, ne voyant pas la magie opérer comme à l'accoutumée, n'a pas déclaré yquem. Chaque fois, émoi chez les voisins, ceux chez qui la pluie (la grêle, le gel) ne tombe jamais. Et, chaque fois, une garantie de qualité supplémentaire apportée aux clients de l'étiquette absente. 


Cet article est paru dans EnMagnum#10 sous une forme différente. EnMagnum#11 est sorti. Ci-dessous, la couverture de ce numéro 11.

 

lundi 27 mars 2017

Guiraud Premier



Cette année, c’est Château Guiraud qui ouvre le bal des primeurs avec une offre pour son grand sauternes 2016 à 35,50 euros hors taxes chez ChateauPrimeur.com
L’amateur concerné notera avec plaisir que ce grand sauternes sort au même prix que l’an dernier pour son millésime 2015.
Le commentateur sourcilleux s’étonnera de voir Guiraud lancer les hostilités sept jours avant l’ouverture de la Semaine des primeurs.
Que faut-il en conclure ?
Que Guiraud est sûr de son vin, des commentaires qui l’accompagneront ?
C’est possible.
Que Guiraud veut prendre le plus de place possible dans le petit interstice réservé aux sauternes par le négoce ?
C’est possible aussi.
En tous cas, un aussi grand bordeaux à 42 euros TTC, c’est pas bien cher.

vendredi 29 avril 2016

Bordeaux primeurs 2015, les commentaires
et les notes de Bettane+Desseauve

Deux choses en ce 29 avril quasiment légendaire. La parution du troisième numéro de ENMAGNUM. Il est disponible à prix doux, il est beau comme un soleil, il est passionnant, il est chez votre marchand de journaux, n'hésitez surtout pas.





Les 2015, l'avis de Bettane+Desseauve

L'autre événement (non, le mot n'est pas trop fort), c'est la publication sur enmagnum.com des commentaires et notes de dégustation des bordeaux primeurs 2015.
On m'a beaucoup expliqué que, une fois Parker à la retraite, il n'y aurait plus d'intérêt pour les critiques, voilà quand même une bonne semaine que je suis harcelé par des producteurs bordelais qui veulent les notes de Bettane+Desseauve. Comme quoi, entre les avis des commentateurs blasés à la recherche d'un ailleurs toujours plus vert et celui des gens vraiment intéressés (producteurs et public acheteur), il y a un monde d'incompréhension. Ce qui devrait inciter les uns à plus de modération dans leurs propos (il n'en sera rien). Un peu comme pour les Foires aux vins.
Bref, pour lire les notes et commentaires de plus de 500 bordeaux primeurs 2015, il suffit de cliiic.
Faites-le, c'est gratuit.




vendredi 22 avril 2016

Super bordeaux 2015, les premiers prix tombent

La semaine s’achève avec les sorties de quatre super bordeaux à des prix qui illustrent parfaitement l’une des idées qui sous-tendent ce classement imaginé par Bettane+Desseauve.


Le numéro 3, en vente chez votre marchand de journaux à partir du 29 avril.


Un super bordeaux, c’est un bordeaux qui fait aimer le bordeaux. Des vins très bons, excitants, pas (trop) chers, avec de l’enthousiasme dans le verre, des dégustateurs épatés et vos potes, bluffés. C’est aussi le meilleur tremplin pour comprendre les autres, les inoubliables, les incroyables, les classés, les tout grands.

Voici les quatre premiers sortis.

L’Isle-Fort, bordeaux supérieur
Harmonieux, tanin délicat, très joli fruité, frais, brillante réussite (15 à 16/20)
8,40 euros HT, chateauprimeur.com

Lanessan, haut-médoc
Notes de cèdre et d’épices douces, tanin noble, ultra-médocain (17 à 18/20)
10, 30 euros HT, chateauprimeur.com

Vrai-Canon-Bouché, canon-fronsac
Complexe, notes de bulbe typiques, grand tanin, vin de race (17 à 18/20)
14 euros HT, ventealapropriété.com

Le-Pape, pessac-léognan
Agréable finesse de texture, tanin élégant, vin de charme vinifié par l’équipe de Haut-Bailly (15 à 16/20)
17,50 euros HT, chateauprimeur.com

Ces quatre vins font partie de notre sélection « les 101 super bordeaux en primeur 2015 ». Retrouvez les 97 autres dans EN MAGNUM #3, en vente chez votre marchand de journaux à partir du 29 avril.


Sur la table de tri du château Le-Pape en septembre 2015 (photo moi)






mardi 19 avril 2016

Les prix du 2015 en primeur,
ça va se passer comment ?

Les lilas et les primeurs fleurissent en même temps


Comme chaque année, il faut se demander qui va en vouloir.
Les Américains semblent tenir la corde sur le 2015. Grand marché d’amateurs curieux, les USA se positionnent déjà via quelques gros marchands de la côte Ouest (ils donnent le ton) et de la côte Est (ils font les volumes).
Londres, comme toujours, explique qu’il va falloir être très light sur les augmentations. Comme la livre ne se tient pas très bien face à l’euro, si le vote du 23 juin sur le Brexit ne se passe pas comme il faudrait, le plongeon risque d’être sévère.
On nous serine en boucle que la Chine serait atone, ce que nous ne croyons pas. Le repli des grands premiers crus dans les ventes aux enchères n’a aucun impact sur les ventes en primeur.

Bref, on peut se dire deux ou trois choses.
Un, les petits volumes de la Rive droite sont plus faciles à vendre vite et, la plupart des commentateurs s’accordent sur l’excellence des saint-émilion, pomerols et satellites.
Deux, la restauration haut de gamme du monde entier a grand besoin d’un millésime prestigieux sur des marques de même acabit, après quatre années de vaches maigres.
Trois, le « prestige » de Bordeaux n’est entamé que dans quelques caboulots du XIe arrondissement de Paris. Le reste du monde a du goût pour les crus classés.

Nous pensons que, comme chaque année, les propriétaires bordelais soucieux du statut de leur cru afficheront des prétentions dispendieuses qu’ils estiment positionnantes. Nous croyons que ceux qui sont toujours attentifs aux marchés (Bernard Magrez, domaine de Chevalier et tous ceux qui se placent autour des vingt euros hors taxes par bouteille) connaîtront le succès qu’ils méritent. Quelques étiquettes (les vedettes de la Rive droite, évidemment) s’envoleront avec bonheur. Et d’autres qui auront poussé le bouchon un peu loin construiront en urgence des chais à bouteilles.

Quoiqu’il se passe, n’oublions pas que le vin est globalement très bon et que rien ne pousse les propriétaires, qui sont aussi des chefs d’entreprise, à limiter le développement de leurs marques quand ils tiennent enfin un grand millésime après quatre années plates. Et que l’éternel pipeau romantique (partage, convivialité, tout ça) sur le vin n’empêche pas qu’il faut verser des salaires tous les mois et une collection de taxes et impôts de toutes natures et provenances qui n’a d’équivalent nulle part ailleurs. Tout ceci ne prêche pas pour une campagne au rabais. Et je ne parle pas des tarifs de la nouvelle gamme BM-Audi-Benz.

Il va de soi que nous guettons les sorties et que nous les commenterons. Surtout celles de nos chouchous.

(À peine le temps de me demander comment illustrer ce petit texte et vlan, voilà la première sortie. C’est le château Lanessan qui inaugure la série avec un modeste 10,30 euros HT la bouteille chez Chateauprimeur.com. Pour un vin très joliment fait par Paz Espejo, la remarquable maître de chai espagnole, c’est quasi donné.)


Le chai de Château Pavie, signé Alberto Pinto, où grandit le 2015

mercredi 30 mars 2016

Les trois 2015 de Caroline Frey

Chargée de l’œnologie des vignobles de sa famille et directrice des domaines sauf en Champagne, Caroline Frey a l’opportunité unique d’intervenir à Bordeaux (Château La Lagune), dans le Rhône (Paul Jaboulet Aîné) et sur la colline des Cortons (Château Corton C, ex-Corton-André) pour une première expérience bourguignonne.
Elle a ainsi une vision élargie du millésime et nous livre rapidement quelques clés pour comprendre 2015 avant de s’échapper. Direction le Rhône supérieur, peut-être ?



La rumeur veut que le 2015 soit un grand millésime toutes régions confondues. Qu’en dites-vous ?
Toutes régions confondues, on est sur un millésime avec un profil « année sèche, chaude et particulièrement ensoleillée » donc une climatologie favorable, au moins jusqu’à la fin juillet. À partir d’août, sur les trois régions reviennent des températures fraîches avec des épisodes pluvieux qui atténuent la sensation d’un millésime très chaud, voire caniculaire, comme en 2003 et 2009. À Bordeaux, nous sommes sur un profil de grand millésime. Et, comme souvent, chacun annonce le grandissime, l’exceptionnel. Mais, d’après ce que je lis ici ou là, je crains que le profil du millésime soit déformé par certains commentateurs. J’ai l’impression qu’on attend quelque chose de très large, très volumineux et, finalement, je trouve ce millésime remarquable par son allonge et sa texture élancée. Les pluies du mois d’août sont arrivées un peu tard pour les merlots, mais elles ont été très favorables aux cabernets, qui ont une texture fantastique.

Et la colline de l’Hermitage ?
Je crois, ce qui semble partagé par les autres vignerons de l’Hermitage, que c’est là que le millésime est le plus réussi et oui, particulièrement le Rhône-Nord. Marcel Guigal compare ce millésime à un 1947 ou un 1961. Le terroir s’est exprimé et il y a une dimension inhabituelle dans les syrahs, une profondeur, une race dans le vin.

Y aura-t-il une petite-chapelle ? 
Il y en aura forcément une. La petite-chapelle est élaborée avec les parcelles à l’est de la colline où l’on a des sols plus profonds. Il y aura surtout une très belle la-chapelle.

Et sur la colline des Cortons ?
C’est notre premier millésime, on pose les fondations, on découvre, on a la chance de commencer avec un millésime qui nous a beaucoup aidé. Il y a, malgré tout, du travail dans la vigne, il faut retravailler les sols et reprendre la taille. Pour l’instant, nous avons fait 15 % de complantation et replanté 8 000 pieds. À l’approche des vendanges, nous avons essayé de garder notre sang froid, nous avions le souvenir d’épisodes de grêle et nous nous sommes donc un peu précipités pour vendanger avant les pluies de mi-septembre. Pour une première année, on peut dire qu’on a plutôt assuré et c’est une première belle expérience.

Là, vous n’achetez pas de vins ni de raisins ?
Nous allons essayer de privilégier le domaine, de rester sur les sept hectares.


La photo : est signée Mathieu Garçon 


mercredi 20 mai 2015

Primeurs 2014, les prix « français »


Chez Bernard Magrez, 2014 sort au même prix que 2013, déjà inférieur à 12 et 11 et notre homme annonce : « Nous sommes les seuls à Bordeaux à proposer des prix en 2014, 2013, 2012 et 2011 inférieurs à nos cotations de 2008. » C’est joli. Il faut dire aussi que proposer pape-clément 2014 à 57 euros HT, c’est très amateur-friendly.

Chez les autres, le très attendu Fieuzal sort son blanc à 31,75 euros HT. Là aussi, on est dans le grand vin à prix « français ».

Pour finir cette session, le cru classé de Pauillac du château Pédesclaux à 29 euros HT est sans doute l’une des dernières occasions de voir ce beau vin à ce point abordable. On n'est pas loin du best buy du millésime. Dans les années qui viennent, il va de soi que le tarif va augmenter au rythme de la progression du cru et Jacky Lorenzetti a tout mis en œuvre pour accélérer le mouvement. Et, déjà, c’est très bon.

Pour finir  sur une note de gaieté, voici une photo d’un champagne blanc de blancs posé sur un déjeuner mémorable. Quelle finesse.






mercredi 13 mai 2015

La fin de la liste de ses envies de bordeaux

Tout doucement, le rideau tombe sur les primeurs 2014. Carmes Haut-Brion est enfin sorti ce matin. 39 euros HT, prix public. Ah, quand même, c’était 34 pour le 2013. Ce vin a fait l’unanimité parmi les grands dégustateurs présents à Bordeaux à ce moment-là.
Le commentaire de Bettane + Desseauve :
« 54 % de cabernet franc non éraflé, 32 % de merlot, le reste en cabernet-sauvignon, un travail précis et original qui paie. Très belle saveur florale, grain de tannin surfin, longueur onctueuse, grand volume profond et intense, avec une tension saline raffinée. Cela ira loin et possède d’ores et déjà une personnalité rare. 95 (ou 18/20) »
Pour Michel Bettane, il n’y a pas de secret. Ce qui dure demande des idées et du travail.

Une bouteille bue au château avec Anne, Yseult, Jean-Antoine et Guillaume.


Parmi les autres sorties, j’ai eu envie de :
- Château Potensac, le médoc des gens de Léoville-Las-Cases, 15,80 euros HT
- Château Corbin, le joli saint-émilion d’Anabelle Cruse, 20 euros HT
- Château Calon-Ségur, saint-estèphe, comme tous les ans, indispensable, 49 euros HT.

Et pour être complet, j’ajoute un blanc de Pessac-Léognan, celui de mon cher ami Stephen Carrier au Château de Fieuzal (pas encore sorti, ça ne dépassera pas ou peu les 35 euros HT et ce blanc est un tel bonheur que…).

Les prix indiqués ont été relevés sur le site ChateauPrimeur du groupe Duclot (clic)

Pour consulter les 650 primeurs commentés et notés par Bettane+Desseauve ou juste celui qui vous intéresse le plus : (clic)

lundi 11 mai 2015

L’argent, les primeurs, deux mots

Les primeurs de Bordeaux sortent, paisibles. Doucement le matin, pas trop vite l’après-midi. Cinq ou six par jour, pas tous les jours. Certains attendent. Quoi ? Je me le demanderai encore longtemps. Nous attendons tous la sortie de Carmes Haut-Brion, le chouchou de la Semaine des primeurs, mais voilà, il a fait beau sur le Ferret.

Bref, en ce moment, nos bordeaux parlent d’argent et ça couine dans les chaumières. Tel ou tel y va de son propos aigre-aigre, dénigrant comme il peut, se scandalisant à bon compte (c’est le cas de le dire), mais rien ne change. Les gens sont amateurs de primeurs. Peut-être moins qu’avant, mais qu’un vin sorte à bon prix et c’est la ruée. Ce qui renvoie les Cassandre à leurs tristes calculs.
Et pendant que se passent ces agitations sans objet, le commerce continue comme devant.
Un exemple.
Une caisse de quatre millésimes de chez Jayer.
L’icône Henri, pas la famille.
Le cros-parantoux, le drapeau d’un peuple tout entier, l’emblème d’une nation quasiment.
Trois bouteilles de1997, cinq 98, une 99 et trois 01. La caisse de douze, quoi.
Le prix : 84 600 euros hors taxe la caisse. Avec la TVA, on passe la barre des
100 000 euros. Pas mal, non ? Sur la capture d'écran ci-dessous, les prix sont exprimés par bouteille :

Extrait du mail tombé dans ma boîte (cliquez sur l'image pour l'agrandir)


Mais Nicolas, comment peux-tu comparer l’incomparable ? Déjà, on m’objecte mille arguties, dont la rareté. Go sit on a cactus. Ces très grands vins français sont montés tout en haut de l’échelle des prix. Ils n’en redescendront plus ou au hasard d’une enchère, mais pas de manière significative. Un grand petrus dans un grand millésime et avec une garantie de provenance à peu près sérieuse atteint parfois ces prix-là et c’est aussi rare qu’un Jayer ou à peu près. Et tous les vins émouvants coûtent de l'argent dès qu'ils ont trois points de notoriété. Comment blâmer les producteurs ?
Sinon, les bordeaux 2014, eux, ne sont pas chers à ce point et il semble qu’en plus, cette année, ils collent assez bien au marché. Lequel a quand même fait un effort pour comprendre et rééchelonner ses illusions.

Si vous êtes un riche collectionneur malais, on peut craindre que tout ce qui précède vous endort, non ?



mercredi 6 mai 2015

Primeurs 2014, la liste de mes envies en or

L’or dont il s’agit est celui des vins d’or de Sauternes et de Barsac.
Parmi ce qui sort ces jours-ci, il y a des merveilles. Presque tout est sorti, sauf le haut du panier, Yquem, Climens, Fargues, mais qui ne seront bien sûr pas les affaires du siècle en termes de prix.
Voici mon choix perso. Agrémenté des commentaires et notes de Bettane + Desseauve (essentiellement Michel Bettane).

Barsac
- Château Doisy-Daëne
Riche, très frais sur le plan aromatique, énergique, plus long que large. 17,5 ou 94 (28,60 euros, CP)
- Château Coutet
Grande richesse en liqueur, opulent et racé, longue garde prévisible. 18 ou 95 (28,20 euros CP)

Sauternes
- Château Lafaurie-Peyraguey
Somptueuse matière, grand raffinement aromatique, le plus distingué des vins récents du château à sa naissance et une réussite majeure dans le millésime. 18,5 ou 96 (40 euros, CP)
- Clos- Haut-Peyraguey
Puissant, parfaitement « rôti » ; large dimension et grand potentiel de garde. 17 ou 93 (25,90 euros, VB)
- Château de Malle
Beau rôti, beaucoup de charme et de présence immédiate. 16,5 ou 92 (27,40 euros, VB)

Et il y a Guiraud, un favori de ce blog. Il n’a pas été commenté pour l’instant en raison d’échantillons qui ne convenaient pas, mais on ne peut pas penser qu’il ait dérogé à ses principes d’excellence. (35, 50 euros, CP)
Dans le genre vin en or, Pichon-Longueville-Baron est sorti hier à 76 euros. C’est l’un des grands vins du millésime et ce matin, il était déjà épuisé à peu près partout.

Non seulement Château Gilette n'est jamais vendu en primeurs,
mais en plus il n'est mis sur le marché qu'au bout de vingt ans d'élevage.


Tous les prix sont indiqués HT
CP = Chateauprimeur (clic)
VB = Vinothèque de Bordeaux (clic)



mardi 28 avril 2015

Primeurs 2014, deux sorties finement jouées

Les Anglais sont ravis, c’est bien la preuve. Le château Mouton-Rothschild a sorti hier son premier grand cru classé à 282 euros HT. C’est le plus petit prix de tous les mouton-rothschild disponibles sur le marché aujourd’hui. On est donc bien dans la perspective de ce que devrait être la vente en primeurs, une bonne affaire pour le client. Ce qui explique l’enthousiasme des négociants britanniques. TheDrinksBusiness publie même un tableau qui montre les prix de chacun des millésimes qu’on peut trouver chez les plus huppés des cavistes londoniens, ce qui confirme l’intérêt de cette mise en marché.

Dans le même registre et le même jour, la sortie du Château La Lagune à 33 euros HT est significative. Rappelons d’abord que le château n’a pas sorti son millésime 2013 en primeurs, ce qui rend toute comparaison impossible. En revanche, le millésime 2012 était sorti à 43,50 euros HT. On comprend la motivation de Caroline Frey, elle est de la même nature que celle du boss de Mouton. L’idée est de rendre au principe de la vente en primeurs toute son attractivité aux yeux de la clientèle des grands vins de Bordeaux.

Bravo à Mouton et à La Lagune, le marché n'attend que ça.


Et on les boira dans cette carafe Lalique

lundi 27 avril 2015

Primeurs 2014, la liste de mes envies (chapitre 1)

Cette année, on est tranquille. Pas de site-voyou pour nous faire craindre le pire. Pour autant, pas sûr que je fasse mes courses uniquement dans le classement de 1855 (au fait, c’est protégé ce chiffre magique ? Non ? Toujours pas ?).
L’émergence de cette notion de Super-Bordeaux, très bonne idée portée par Bettane + Desseauve, m’incite à aller regarder un peu plus loin que l’évidence.

Et sur quoi, je tombe tout de suite ?

Château Belle-Vue, haut-médoc. 10, 65 euros. Très bonne affaire, un super-bordeaux à ce prix-là.

Il y en a d’autres dans cette gamme de prix. Par exemple :

Château Cambon-La-Pelouse, haut-médoc. 10,60 euros. Toujours très bien fait et longtemps considéré par Parker comme un sleeper of the vintage, comprendre que c’est la bonne affaire du siècle.
Clos-Floridène, graves. 10,40 euros. Un vin créé par le professeur Denis Dubourdieu, célèbrissime œnologue et grand consultant. Autant dire un vin fin.

Moins de dix euros ?

Château-Larrivaux, haut-médoc. 8,10 euros. Le vin de la délicieuse Bérangère Tesseron. Le petit bordeaux comme on en rêve. Inutile de l’attendre des années. Là, je finis mes 2010 avec infiniment de plaisir.

En montant dans les étages de l’argent, je m’arrête sur :

Château la Fleur-de-Boüard, lalande-de-pomerol. 17,48 euros. Ce super-bordeaux est la propriété personnelle du co-propriétaire d’Angélus, Hubert de Boüard. Elle est gérée par son fils Matthieu et sa fille Coralie. Le vin est formidable, mais rarement dans sa prime jeunesse. Il faut lui laisser cinq ou six ans pour arriver à son meilleur. Et là, bonheur.
Château Meyney, saint-estèphe. 19,45 euros. Une légende médocaine vinifiée par l’excellente Anne Le Naour. Personne n’est obligé d’en avoir. Personne n’est obligé de boire du vin, non plus. Moi, j’en ai et j’en bois. Je finis en ce moment un rang de meyney 2004. J’aurai été désolé de le rater.

C’est tout pour l’instant. On attend les prochaines sorties et on en reparle. En particulier quelques spécialistes des prix contenus comme Bernard Magrez (La Tour-Carnet, Fombrauge, Grands Chênes, etc.) ou Olivier Bernard (Domaine de Chevalier). Le prix de Haut-Condissas, aussi, va me passionner. Et celui de la vedette des primeurs 2014, Carmes Haut-Brion. Il m’en faut.

Et, bien sûr, je ferai un chapitre consacré aux sauternes et aux barsacs. En discret hommage au président de la région Aquitaine, l’implacable Alain Rousset dit « le ferroviaire » (clic)


Ces vins ont été relevés sur le site ChâteauPrimeur, une structure de e-commerce qui appartient au grand groupe Duclot (Pétrus) et que nous recommandons. On n’est jamais obligé de se faire peur.





Le titre de ce post, « la liste de mes envies », est emprunté au roman de Grégoire Delacourt qui a donné le film de Didier Le Pêcheur. La famille, quoi. Les vieux frères, en tous cas.


lundi 13 avril 2015

2014, un millésime sans
(sans Robert Parker)



Donc, il n’est pas venu et peut-être ne viendra-t-il plus. Contre toute attente, ce n’était pas vraiment un sujet de conversation dans les déjeuners, les dîners, les dégustations. À croire que ça ne faisait ni chaud ni froid à la petite foule qui se pressaient dans les chais et les châteaux.
Il avait dépêché un collaborateur, un type charmant et très fin dégustateur, qui s’appelle Neal Martin. C’est lui qui déguste pour The Wine Advocate, la revue que Parker a vendu à des investisseurs singapouriens. C’est peu de dire que tout le monde s’en fout. Il rendra ses notes, Parker les relira, elles seront publiées et voilà tout. Et plus personne n’attendra la fatidique publication des notes pour sortir son prix.
La fin d’un monde ? Certainement. La fin du monde ? Non.
Tout change et, visiblement, ce n’est un stress pour personne. Au contraire, même. De l’aveu même d’un newcomer dans le grand barnum bordelais, Jacky Lorenzetti pour Château Pédesclaux, « Le jeu va s’ouvrir ». Comprendre que de n’avoir plus une autorité univoque va rendre un peu de liberté à tous. Pour un jeune négociant très au fait des usages, Mathieu Chadronnier pour CVBG, « Il fallait s’y attendre, depuis le temps ». Là encore, guère d’émotion, il s'y attendait, tout est en place. Courtiers et négociants vont retrouver le sens premier de leur métier qui commence par la recommandation. Déguster, se faire un avis et en informer ses clients. De l’avis général, personne ne retrouvera l’emprise incroyable de Parker sur la réputation d’un château, ses prix, son avenir. Même Michel Rolland est très détendu sur le sujet, sans rien renier de ce qui fît sa gloire à lui aussi.
Ici ou là, on avance des noms. Mais personne, à Bordeaux, ne connaît vraiment Antonio Galloni et les autres Américains à part quelques aficionados très mondialisés. Il faut rappeler que ce qui avait fait le pouvoir de Robert, sa touche, ce style très riche, extrait, puissant, mûr jusqu’à l’excès est en perte de vitesse depuis un bon moment déjà, ce n’est plus un modèle. Que son initiateur et son héraut s’efface est finalement très logique. Le vin, comme la mode, est fait de mille mondes qui se côtoient et plus personne ne prend l’ascendant. Aujourd’hui que le monde cherche plus de finesse, plus d’équilibre, plus de fraîcheur, on peut s’attendre à une agrégation des avis, à des moyennes de notes émanant de quelques critiques émérites et dont sortiront de nouvelles gloires. On peut souhaiter que la démocratie internet ne rendra pas tout ça inaudible, mais ce n’est pas exclu. On peut espérer que toute une bande de bons faiseurs vont enfin trouver la notoriété et le succès qu’ils méritent.
C’est le sens du nouveau concept de Thierry Desseauve quand il évoque les « Super-Bordeaux » et qu’on sent se presser une meute d’affamés dont les vins valent plus que largement le détour et qui vont bientôt sortir du long isolement qui a été leur quotidien ces années-ci.
« Le jeu va s’ouvrir », mais d’abord, il va changer de règles. Un peu ou beaucoup, nous verrons bien, mais la roue tourne. Il est temps.


La photo vient du site anglophone The Drinks Business

vendredi 3 avril 2015

Les primeurs en primeur, jour 5 et clap de fin.
Un dîner entre amis, un déjeuner parfait
et une célébration grandiose

Le grand catamaran des vignes du château La-Dominique
 
Un dîner entre amis
Mes chers amis Karine Valentin et Jean-Luc Barde se sont joints à moi et à la fine équipe de MCG pour serrer de près une Anabelle Cruse (Corbin) souriante et détendue. Nous étions à la Terrasse Rouge, le roof-top du château La-Dominique qui coiffe le chai en forme de grand catamaran inventé par Jean Nouvel, parfait restaurant des vignes qui contemple le morne plateau à peine égayé par l’évocation des très prestigieux voisins, Cheval, La-Conseillante, L’Évangile, etc. visibles à l’œil nu. Au menu, corbin 2010 et la-dominique 08 en magnum. EN MAGNUM, c’est toujours mieux, comme chacun sait, mais le baby-corbin a fait mieux que se défendre.




Un déjeuner parfait
Au château Montlabert avec Alain et Philippe Castel, le docteur et consultant Alain Reynaud et une toute petite bande de blogueurs impayables. L’occasion de goûter cinq parmi les vingt châteaux de l’écurie Châteaux et Domaines Castel. Il est hors de doute que l’ensemble de ces propriétés progresse à vive allure. Les Castel ont convoqué les meilleurs consultants de Bordeaux au chevet de leurs vignobles et tous alignent cette année les bonnes notes avec un bel ensemble. À table, un très joli montlabert 10 (conseillé par Hubert de Boüard) précédait un splendide beychevelle 09, suave et plein qu’on reverra avec grand plaisir dans dix ans. Tout ceci suivi par un très jeune yquem 07, histoire de ce souvenir qu’un beau sauternes, même à déjeuner, fait la plus belle des conclusions.
Médaille d’or à une jeune blogueuse qui expliquait à la tablée l’importance du travail du vigneron. Merci d’être venue.





Une célébration grandiose
Il y a 30 ans, Xavier Gardinier faisait l’acquisition du château Phélan-Ségur, sublime demeure plantée sur une croupe qui regarde l’estuaire à Saint-Estèphe. Ses fils Thierry et Laurent célébraient ces trente années avec un dîner grande taille qui réunissait une grosse centaine de journalistes, négociants, cavistes et copains. Fine ambiance et très grand moment confirmés par les survols à répétition de phélan 01 en magnum, phélan 96 en double-magnum et phélan 89 en impériale (six litres). Pour démontrer encore et encore, s’il le fallait (il le faut toujours) l’avantage des grands contenants. Les vins étaient à leur meilleur et le 1989 en état de grâce. Une manifestation d’excellence, comme un hommage au père disparu et la confirmation des qualités du cru.
J’ajoute que c’est une idée moderne de finir un dîner signé Taillevent avec une bouteille de comtes-de-champagne 2005 Taittinger, idéale pour repartir rafraîchi.




Clap de fin
Il faisait beau (dans le ciel). À terre, c’était une autre chanson, mais l'humidité légère et la fraîcheur constante garantissaient une relative stabilité des vins. Bien sûr, certains invoquaient les basses pressions pour expliquer que des vins se goûtaient moins bien. Débat éternel.


lundi 30 mars 2015

Les primeurs en primeur, jours 3 et 4
Le-Gay, Pavie, La-Conseillante,
le Figeac-Gate et une petite agacerie

Château Le-Gay à Pomerol 
De l’inoubliable Catherine Péré-Vergé, il restera une trace interminable, la persistance des vins immenses. Mais aujourd’hui, son fils Henri Parent soutenu fidèlement par sa sœur Anne-Catherine a pris les rênes des vignobles et y imprime sa marque, année après année. Les trois pomerols (la-violette, le-gay et montviel) sont désormais traités en micro-vinification. C’est vingt fois plus de travail, c’est aussi une signature rare, une manière inhabituelle. Soutenu par Michel Rolland, œnologue et mémoire de cette maison, Henri ne lâche rien de ce qui faisait les spécificités des vins de sa mère et acquiert à grandes enjambées une taille patron qui lui va plutôt bien. À table, nous avons partagé un double magnum de la-violette 09, une grande émotion.




Château Pavie à Saint-Émilion
En peu d’années, le dîner Perse pour Pavie est devenu une sorte de dîner officiel d’ouverture des primeurs à Saint-Émilion. Il faut dire que Gérard et Chantal Perse font les choses admirablement et sans afféterie. Au passage, j’ai vu un magnum de pavie 2012 en vrai, c’est beau à regarder. Assis à côté de Michel Rolland, j’ai profité de ses commentaires sur les vins, c’est intéressant et de son humour particulier (« c’est bon, le vin rouge » ou « quand c’est bon, c’est bon »), c’est très drôle venant de lui et voilà qui met un peu de distance et de légèreté dans toute cette histoire qui, au soir du troisième jour, pourrait se révéler répétitive, voire lassante. On notera la présence appréciée d’un grand champagne de chez Egly-Ouriet qui, lui aussi, relance l’intérêt avec beaucoup d’élégance. Et il y a eu le grand moment, le ciel en perspective, l’infini touché du bout de la langue, pavie 2000. D’année en année, de dîner Perse en dîner Perse, pavie 2000 confirme son statut de très, très grand vin, un jus pour l’éternité. Vivement l’année prochaine.
 




Château La-Conseillante à Pomerol
Belle réunion dans le chai du fameux pomerol. Les Nicolas présentait la-conseillante 2014 et recevait négociants et courtiers, journalistes et dégustateurs, du beau monde. Valmy Nicolas qui assure la co-gérance de l’affaire familiale a prononcé un discours net, clair et précis, sans véhémence et sans langue de bois. Il a affirmé quelques sains principes et des convictions. Rien de révolutionnaire, mais un grand bol d’air. Bravo et merci. Il y a des patrons sur le plateau de Pomerol et pas seulement des propriétaires. J’ai goûté là un la-conseillante 06, entre autres millésimes. Si vous en avez, buvez-en. C’est très bon et c’est prêt.

Le Figeac-Gate
Bon, soyons clairs, il n’y a pas de drame, mais un commentaire facebooké par Bernard Burtschy sur figeac 2014 a provoqué un peu d’émoi. Le voilà :
« Traumatisé par le classement de 2012, Figeac a fait appel au célèbre consultant Michel Rolland qui a appliqué au millésime 2014 la thérapie de cheval qui a fait son succès. La proportion d'un merlot tapageur a été portée au sommet, l'élevage est intrusif, le vin ressemble plus à un superbe Pomerol qu'à un Figeac. Faut-il vendre son âme au diable ? »
Frédéric Faye, directeur de Figeac, refuse à raison (ce n’est pas son rôle) d’entrer dans la polémique. On peut le faire à sa place et rappeler que c’est précisément à cause de la manière dont les vins de Figeac patinaient dans la choucroute que la famille Manoncourt, conseillée par Valmy Nicolas, a engagé Michel Rolland comme consultant pour sortir le cru de l’ornière dans lequel il s’enlisait. Il me paraît un peu exagéré de dire qu’il a fait du pomerol, mais je n’ai pas une connaissance assez intime des vins de Figeac pour l’affirmer avec force. En revanche, on peut dire que tout est mis en œuvre depuis des années pour faire évoluer Figeac. Les replantations en sélection massale, la modernisation des chais sont de bons exemples. Et puis, il y a un moment où on ne peut pas s’entêter dans une direction si celle-ci ne rencontre pas l’assentiment du marché. Persister dans le malencontreux aurait pu contraindre la famille à des extrémités (vendre Figeac) qu’elle n’était pas prête à assumer. J’ai simplement goûté cette pomme de discorde, j’ai trouvé ça bon avec un milieu de bouche plus étoffé (la Rolland’s touch ?), mais avec aussi la tension historique de figeac et j’achèterai quelques magnums de 2014, voilà tout. Le jour même de la publication de son commentaire, Bernard dînait chez les Perse à la même table que Michel Rolland sans que ça déclenche un pugilat, hein. Ce n’est pas un provocateur et Michel en a vu (et en verra) d’autres. Et puis moi, je ne veux pas me fâcher avec Bernard, c’est le seul du métier qui pense que je déguste pas si mal, alors…



Une petite agacerie
Chercher le journal du jour et/ou des magazines à Saint-Émilion intra-muros est voué à l’échec. S’il y a un marchand de vins tous les dix mètres, il n’y a pas de marchand de journaux et ça m’agace. Il n’y a aussi qu’un seul boulanger assez moyen, mais c’est une autre histoire, on n’est pas là pour s’empiffrer de pain, même bon. Les journaux, on les trouve hors les murs, dans une supérette où la brave dame dispose d’à peu près tout ce qu’on a envie de lire. Mais quand même, si Saint-Émilion se fout des journaux, j’invite mes camarades à faire comme moi. L’an prochain, j’irai à Pauillac. Là, les journalistes peuvent acheter des journaux.

dimanche 29 mars 2015

Les primeurs en primeur, jour 2
Un anniversaire et une renaissance

Un anniversaire
Yves Vatelot est arrivé à Reignac en 1990 et en hélicoptère. Comme il avait son brevet de pilote, il a embarqué son épouse et un notaire. Il cherchait un vignoble, il a trouvé Reignac et comme Michel Rolland disposait d’une étude complète des sols de la propriété, il savait à quoi s’en tenir. Peu à peu, il a porté le domaine à 135 hectares par adjonction de parcelles mitoyennes. Une moitié est plantée de vignes, l’autre en bois, prairies, bosquets, étangs et ronciers divers. Tout ce qu’il faut de biodiversité pour rendre un viticulteur heureux. C’est le cas de Nicolas Lesaint, le directeur du domaine, infiniment épanoui avec ses beaux vins, ses chevreuils, ses lapins et son blog, un sommet du genre (clic). C’est un garçon d’une grande sensibilité, glorifié par son patron, ce qui crée évidemment une ambiance de très grande qualité. Bravo, les gars.
La gamme de Reignac est constituée de trois vins. Le château-de-reignac, entrée de gamme. Le grand vin de Reignac, le plus célèbre, 200 000 bouteilles.
(Aparté : Quand j’étais petit et que je ne savais pas encore que c’est mal d’acheter du vin en GD, j’achetais du reignac à pas cher chez Leclerc-l’hyper et j’étais bien content. J’en ai encore de cette époque qui se goûtent admirablement.)



Et il y a Balthus, une création plus récente, une sélection parcellaire, de la haute couture. Et comme Vatelot fête cette année ses 25 ans à Reignac, il a convoqué quelques caractères à une verticale de Balthus, 2002 à 2012. Je faisais partie de la deuxième fournée avec Miss GlouGlou, fameuse blogueuse et journaliste de qualité, ma grande amie.

Nicolas Lesaint et Miss Glou Glou
Sans trop de surprise, la verticale a démontré l’évolution qualitative de la cuvée, le contraire aurait fait tâche. D’un 2002 difficile, nous sommes parvenus en trois, voire quatre paliers à un 2012 ahurissant d’élégance et de finesse, le meilleur de tout ce que j’ai pu goûter dans ce millésime dans les appellations bordelaises jusqu’à présent. Les stages d’évolution de Balthus étaient 2005, qui digère à peine un boisé marqué et qu’on attendra encore, mais qui surprendra. Puis 2009-10. Comme dans tous les domaines bordelais, c’est la paire de référence. Gros coup de cœur pour le 10. Il a tout et le contraire de tout, la finesse et la puissance, la bombe et la dentelle, ce vin est un monstre. Mais quand même, 2012… Bref, Vatelot voulait indiquer au reste du monde qu’il dispose d’un terroir, d’une expérience et de grands vins. Ça, c’est fait, Yves. Pour ceux qui ne le savent pas déjà, le grand vin de Reignac est un pirate célèbre dans les dégustations à l’aveugle. Nous avons tous en tête telle confrontation du Grand jury européen qui a vu Reignac prendre le meilleur sur les premiers classés du Médoc. Pour la plus grande joie de son propriétaire qui en a fait l’axe ultime de sa communication, bien sûr. C’est peu de dire qu’il en jubile encore. 




Une renaissance
Je ne vais pas me livrer ici à une exégèse des vices et des vertus de l’héritage. Trop facile. Je veux juste dire que Château Soutard sort d’un long tunnel très noir dans lequel il n’aurait jamais du entrer, que les vins reviennent sur le devant de la scène et que c’est une bonne nouvelle. Cela n’a pas été facile, tant ce vignoble et l’outil de vinification étaient en piteux état, à l'abandon. Il a fallu du temps et bien des tâtonnements, mais aujourd’hui et par la grâce d’une jeune équipe menée par Véronique Corporandy, maître de chai et Olivier Brunel, chef de culture, les plus récents millésimes sont à leur meilleur, le domaine est redressé, il a repris la route de l’excellence et c’est bien ainsi, c’est le sens de l’histoire. Il n’y a plus dans le vignoble français de place pour l’à peu près, surtout dans des appellations aussi pointues que Saint-Émilion. La compagnie d’assurances qui a acquis ce domaine, qui l’a sauvé, a acquis quelques propriétés mitoyennes. Dont le très fameux Château Cadet-Piola, la plus belle étiquette de Saint-Émilion du monde. J’ai d’ailleurs eu la chance hier soir de m’intéresser de près à un 1996 de cadet-piola. C’est un souvenir pour la vie. Il précédait un 1975 de château-larmande (même groupe, même gouvernance) et un 1964 de château-soutard, pour se rappeler qu’il y eut de grands soutards. Hélas, Cadet-Piola, la marque, a disparu. Le vignoble est intégré à Soutard, décisions de gestion, je suppose. C’est sûrement bien pour Soutard, c’est dommage pour les amateurs. Il ne nous reste plus que la nostalgie et les yeux qui brillent. Pourquoi avoir effacé Cadet-Piola et conservé Larmande ? Mystère. Puis, il y a le nouveau Soutard dont la renaissance aura tôt fait de remettre du baume au cœur des amateurs.

Cette étiquette a été interdite dans plusieurs états américains
en raison du tout petit bout de sein apparent sur la gravure reproduite ici.



La photo des capsules aplaties est signée Nicolas Lesaint qui ajoute la photo au catalogue de ses talents.

"Les primeurs en primeur, jour 1", c'est ici (clic)

samedi 28 mars 2015

Les primeurs en primeur, jour 1
Une inauguration et un dîner

Une inauguration au château
Rencontrés à Pédesclaux : Jean-Michel Wilmotte et son nouveau chai, Jacky Lorenzetti et son nouveau cru classé. Nous voilà à Pauillac sous un ciel d’ouest, lumière et gris. De loin en loin, un rayon illumine la scène, qui est double. À gauche, le chai. À droite, le château.


Le chai est un bâtiment fort que Wilmotte nous fait visiter avec une gourmandise de gamin. Il nous fait découvrir les mille astuces et détails infinitésimaux destinés à améliorer le travail ou le plaisir du travailleur ou les deux. Il dirige 210 collaborateurs répartis dans plusieurs pays et la fierté qu’il affiche n’est pas, bien sûr, de l’auto-satisfaction, il est surtout fier du travail de ses équipes. Il est certain qu’il y a une part de ses talents et savoir-faire, mais l’essentiel vient de ses boys’n girls. Évidemment. Et c’est bien comme ça.
Le château était une maison étriquée et déséquilibrée. Jacky Lorenzetti lui a demandé de lui donner un peu d’ampleur. Alors, Wilmotte l’a emballé dans un cube de verre ou, plutôt, a pris la façade en sandwich entre deux cubes de verre rééquilibrant l’ensemble sans singer l’histoire du lieu. C’est étonnant à regarder et, certainement, un beau geste contemporain. Nous verrons les images de mon pote Mathieu Garçon en fin de semaine prochaine.



Château Pédesclaux revit. C’était le dernier grand cru classé 1855 encore en déshérence. Sa récente acquisition par Jacky Lorenzetti, finement conseillé par Emmanuel Cruse (Château d’Issan) lui rend peu à peu la vie et ce nouveau chai est un atout majeur dans le développement entrepris.
Pédesclaux is back in town.



Un dîner à la campagne
Les frères Todeschini ont repris les rênes de Château Mangot, propriété familiale, avec une belle énergie. Ils prennent le temps qu’il faut pour avancer sans désespérer les deux générations précédentes qui observent tout ça avec attention, mais il est certain que leur travail portent ses fruits, millésime après millésime. Il faut dire que le terroir – un amphithéâtre de vignes au-dessus de Faugères – est sublime, chacun s’accorde là-dessus.


Nous étions cinq à table, les deux frères, Laure (la femme de Karl), Guillaume Pouthier (Les Carmes-Haut-Brion) et moi. Nous avons goûté (ou bu) huit vins, deux blancs et six rouges. Tout à l’aveugle, c’est comme ça à Bordeaux, tous les dîners un tant soit peu amicaux tournent au défilé d’Anonymous, le vin avance masqué. Pour les rouges, on a vu quelques millésimes de mangot face à d’autres bordeaux de mêmes millésimes. Ils s’en sortaient plutôt très bien, les mangots.
La grosse surprise est venue d’un blanc qu’aucun d’entre nous n’a été capable de placer sur la carte ou même d’en imaginer le cépage. « Un sud dans un millésime frais », disais-je bêtement. « Du chenin de Loire, mais très atypique » promettait un autre. Un chablis 2002 de chez Defaix, en fait. Allez, hop, circulez. Bon, un premier-cru qui a emballé tout le monde sur des huîtres chaudes. Un grand bravo de nous cinq, très émus par ce vin prodigieux, à Daniel-Étienne Defaix.

lundi 2 mars 2015

Pas de Robert Parker aux primeurs 2014

Au bout d'un moment, on se lasse.
 
Voilà, c’est l’info du dimanche, Robert Parker ne notera pas les primeurs 2014. Il passe la main à son collaborateur britannique, le très sympathique Neal Martin. Ce que chacun peut comprendre. Parker, lui, se contentera, si l’on peut dire, de revoir le 2012 en bouteille et de faire une vaste dégustation des 2005 qu’il estime avoir légèrement sous-estimés à l’époque. Très bien. D’avance, le commerce lui dit merci.

So what ?
Partant de cette info légèrement banale, deux attitudes se font face.
- Les terrorisés du vignoble. Eux, ils nourrissent leur dépit en disant que personne ne connaît Neal Martin, ce qui est relativement faux, mais complètement stupide. Les notes de Neal seront bien entendu avalisées par Parker et publiées comme chaque année dans The Wine Advocate, le magazine qu’il a créé et qui porte encore sa trace et son nom. Ce qui, in fine, ne changera pas grand chose sur les ventes de bordeaux aux USA et en Asie.
- Les éternels bordeaux-bashers. Ces oiseaux de malheur se frottent déjà les mains à l’idée que le vignoble le plus emblématique du monde va se prendre un revers affreux. Ces amoureux du millésime moche, bien embêtés par l’annonce d’un bon millésime à Bordeaux, se rattrapent tant qu’ils peuvent sur Magrez et Robuchon, mais ça non plus, ça ne marche pas. Bref.

Ça va changer quoi ?
Si l’on considère les trois dernières années de récoltes suffisamment difficiles pour avoir sérieusement écorné l’image de ces millésimes, il est sûr que les USA, l’Asie et l’Europe vont se positionner rapidement sur les primeurs 2014. Cavistes, restaurants, importateurs, ils ont tous besoin de beaux millésimes pour assurer la pérennité de leurs affaires. L’arrivée de Neal Martin aux commandes du gros avion va sans doute rafraîchir l’ambiance et c’est bien comme ça. Et il y a les autres qui devraient vraiment profiter de l’absence relative de Big Bob pour faire valoir leur travail. Et même si tous ne sont pas légitimes dans le rôle, certains ont à la fois la machine de guerre et le talent pour le faire. #jdcjdr
Tu penses à qui, Nicolas ?

À propos
Ce n’est pas la première fois que Parker ne vient pas goûter les primeurs. La dernière fois, l’affaire avait fait grand bruit. C’était en 2012 pour le millésime 2011. On s’en souvient ici


La photo : trouvée sur le site californien StarkInsider, là.


lundi 21 octobre 2013

Millésime 2013,
les premières impressions de Michel Bettane

Une grappe de cabernet-sauvignon
dans les vignes de Meyney, à Saint-Estèphe

Michel Bettane et les dégustateurs du Bettane & Desseauve ont traîné ici et là, de région en région, pour établir un premier aperçu du millésime 2013. Voici, en accéléré, le compte-rendu de Bettane qu’on peut lire en entier sur mybettanedesseauve.fr

Bordeaux : « les rendements sont faibles partout, 20hl /ha ou moins à Pomerol et Saint-Emilion, 25 à 30 hl/ha en Médoc. »

Certains alsaces « feront certainement des vins secs de qualité et de bon potentiel de vieillissement. »

Sur la côte de Nuits, « les rendements seront très petits, rarement supérieurs à 20hl/ha, ce qui causera certainement d’importantes augmentations de prix pour les crus les plus recherchés, et pour les autres de graves difficultés financières pour les producteurs. » « Les vins réussis ont de la couleur, une teneur importante en acidité malique, et des parfums très frais. Ils rappellent dans certains cas les 1978 ou les 1988 et devraient bien vieillir. »

En Beaujolais, « c’est partout une petite moitié de récolte normale mais avec des raisins en général assez sains, plus réguliers que les pinots plus au nord, et de solides promesses de qualité pour les crus comme Moulin à Vent, Morgon et Fleurie. »

Pour la Champagne, « il y aura de nombreuses cuvées millésimées et les prix ne baisseront pas, les raisins ayant été payés plus cher qu’en 2012. »

Dans la Loire, Bettane a « préféré les pinots du Sancerrois aux cabernets de Touraine. »

En Languedoc, ce sera une « belle année », mais le Roussillon signe « la grande réussite du millésime ».

Dans le Rhône, « les vignerons du Nord sont heureux. Et dans le Sud ? Michel parle de gros problèmes avec les grenaches.

L’intégrale du texte, tous les détails et les autres régions, ici.