Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



lundi 4 novembre 2019

Les kiwis d'Ampuis

Volontaires, courageux, follement énergiques, « ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait ». Voici Julie et Graeme Bott et leur nouveau domaine en côte-rôtie, condrieu, saint-joseph. Attention, conte de fées


Ampuis - Nouvelle-Zélande, 25 heures d'avion


Une vie de dahu 
Du haut de la terrasse de leur maison accrochée au coteau, ils dominent le Rhône et, d'abord, une de leurs parcelles de viognier qui entoure la maison, plein est. C'est une particularité des vignes de ces appellations du Rhône-nord, elles imposent une vie de dahu. Intéressant d'apprendre qu'à la place de ses vignes, il y a peu d'années, il y avait d'épais ronciers et des arbres qui engloutissaient la maison. Ils ont tout défriché eux-mêmes. Et tout planté en échalas, tradition locale. Eux-mêmes, bien sûr. Résultat, une belle parcelle de viognier en échalas et une vue dominante sublime sur un cingle du Rhône. Pas mal.

Julie Bott


Une histoire d'amour, une histoire de vie 
Graeme Bott nous arrive presque tout droit de Nouvelle-Zélande, de la baie d'Auckland. Ce grand gaillard qu'on imaginerait mieux en ailier des All Blacks a passé huit ans dans la cave de Stéphane Ogier, immense signature du quartier. Il y a rencontré Julie, la régionale de l'étape, qui assurait les fonctions de commerciale chez Ogier. Ils se sont mariés et ont décidé de créer leur propre domaine. L'entreprise s'est avérée difficile, mais rien ne leur faisant peur, tout est arrivé. Leur entêtement courtois et ferme leur a vite attiré la confiance et la sympathie de tous, du banquier du Crédit Agricole aux vieux paysans qui leur ont vendu des friches en appellation (et qui, aujourd'hui, leur achètent du vin), en passant par les vignerons qui les ont conseillés, leur ont donné la main ou loué à bon prix la cave et les espaces qui leur manquaient. Un beau modèle d'entraide.

L'affaire de Seyssuel 
S'ils ont réussi à acquérir des friches en AOC condrieu et côte-rôtie (dont une exceptionnelle bande de terre de 2 500 m2 dans la parcelle Lancement, gloire de l'appellation), la grande affaire du coin, ces années-ci, c'est la remise en état du coteau de Seyssuel, au nord de Vienne. Tous les grands vignerons du Rhône en ont un peu. Eux aussi. Un endroit escarpé, bien sûr, couvert de schistes, qu'ils ont intégralement défriché et planté eux-mêmes, comme le reste. Quand on voit le lieu, on en reste coi. Un jour, sûrement, ce coteau sera une appellation si l'Inao veut bien accélérer un peu le mouvement.

Graeme Bott


Le grand échalas 
Le principe de l'échalas est d'assembler quatre pieds en un seul édifice, réuni en son sommet par la main du vigneron, de la vigneronne, et un lien d'osier. Si Julie s'occupe des très difficiles relations avec l'administration (ils sont présents sur trois départements, c'est-à-dire trois préfectures, trois MSA, etc., l'enfer sur terre), elle s'occupe aussi de la vigne, « Je fais la taille avec Graeme parce que nous voulons que ce soit très bien fait », des plantations, des vendanges. Et du commerce, des clients, des allocations, des restaurants. Un vignoble, c'est mille métiers. Pour y mettre un poil de douceur, voilà qu'ils ont gagné le premier prix du concours Vignerons et terroirs d'avenir, doté par Advini et co-organisé par SupAgro Montpellier. Un très beau chèque de 50 000 euros. C'est le Crédit Agricole qui est content de cette confirmation.

Les vins 
Ici, chez les Bott, on fait dans le tendu, le fruit, le longitudinal, le fin. C'est bon tout de suite et pour longtemps. Au deuxième millésime, on a l'impression qu'ils ont tout compris. Quel talent. Pour avoir goûté très récemment leurs derniers millésimes en bouteille de saint-joseph et de crozes-hermitage, j’ai été épaté, ce sont de grands vins, meilleurs que certaines productions du même millésime par les meilleurs du quartier. Les lignes bougent fort dans ces appellations si désirables.


Les photos sont signées Fabrice Leseigneur

mardi 22 octobre 2019

Mes magnums (108)
Un côtes-du-rhône bio et très bon

Paul Jaboulet Ainé, Parallèle 45, côtes-du-rhône blanc 2018 



Pourquoi lui 
Il y a deux grands négociants qui sortent des côtes-du-rhône iconiques, constants et peu coûteux. Un cadeau fait aux amateurs et aux bistrots. Parallèle 45 est l’une de ces deux cuvées. Elle s’appelle comme ça parce que le parallèle 45 passe tout près des caves de la maison Paul Jaboulet Aîné.

On l’aime parce que 
La décision récente de Caroline Frey d’en faire une cuvée bio dans les trois couleurs est à la fois courageuse et opportune. Et nous, nous aimons bien ces gens qui osent. Puisque c’est un vin de négoce, Jaboulet devient le premier acteur du vin bio du Rhône avec 10 % des volumes (voir le sujet sur enmagnum.com).

Combien et combien 
16,55 euros. 650 magnums.

Avec qui, avec quoi 
Avec le premier cercle de vos amis, ceux qui ne vous jugeront pas sur l’étiquette, qui ont le sens de la circonstance, du bon moment.

Il ressemble à quoi 
Au petit blanc qui nous enchante depuis notre premier canon au comptoir d’un bistrot de quartier où vous fîtes vos premières armes de pilier de comptoir et qui est devenu un marchand de fringues. Nous avons tous la même expérience.

La bonne heure du bonheur 
C’est un vin simple, à boire sur le fruit, c’est-à-dire sans attendre. Toujours bien, jamais décevant.

Le hashtag 
#tonverreestencorevide

Le bug 
Bien cherché, pas trouvé.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Ce Parallèle 45 est réalisée en bio à base de grenache blanc, de marsanne, de viognier et de bourboulenc. Un vin frais, large en bouche et capable de beaux accords avec des poissons grillés ou même relevés d’épices. 


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #16 sous une forme différente.
Le numéro 17 est en vente chez votre marchand de journaux
.
Voilà la couverture de ce numéro 17, consacrée à la rentrée, quelle surprise.


 

mercredi 16 octobre 2019

Mes magnums (107)
Un nouveau bandol, c'est possible ?

Domaine de La Font des Pères, bandol 2015 



Pourquoi lui 
J’ai découvert les vins de ce domaine il y a peu et, depuis, je n’ai jamais trouvé un mot à redire. Tout ce qui nous enchante avec un bandol est dans la bouteille et ce, dans les trois couleurs. Repris en 2010 par un couple qui a consenti de gros investissements pour voir renaître ce domaine de ses cendres, il semble que leur passion soit couronnée de succès, ce n’est que justice.

On l’aime parce que 
Déjà, c’est très bon. Ensuite, c’est nouveau. Ce bandol rouge renouvelle un genre dans une appellation où l’excellence le dispute au talent. Bien joué.

Combien et combien 
63 euros. 200 magnums.

Avec qui, avec quoi 
Avec ceux pour qui Provence ne rime pas toujours avec piscine. Des gens de qualité, quoi. Gastronomie de qualité aussi, forcément.

Il ressemble à quoi 
À ces rouges qui poussent en regardant la mer comme des retraités à Cannes. Mais là, il est question de fraîcheur, de finesse, d’arômes.

La bonne heure du bonheur 
C’est un vin moderne, il est déjà bon. C’est un bandol (du mourvèdre avec une pincée de grenache), on le trouvera à son mieux dans dix ans, comme tous les beaux bandols.

Le hashtag 
#mediterranee

Le bug 
Même pas cher (non, c’est une bonne nouvelle)

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Ce bandol fait la part belle au mourvèdre. Bouche complexe, épicée, bien calée sur un fruité noir bien mûr. La finale est structurée, sans aspérité, la bouche est fraîche, l’élevage de qualité a été bien intégré. Ce beau bandol ne demandera pas une longue garde pour séduire, c’est déjà le cas. 15/20


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #16 sous une forme différente.
Le numéro 17 est en vente chez votre marchand de journaux
.
Voilà la couverture de ce numéro 17, consacrée à la rentrée, quelle surprise.



mardi 8 octobre 2019

Mes magnums (106)
Un bordeaux blanc de folie

Château Fourcas-Hosten, Le Blanc de Fourcas-Hosten, bordeaux blanc 2017 



Pourquoi lui 
Fourcas-Hosten, c’est une renaissance dans une appellation moins célèbre que d’autres dans le Médoc. Pourtant, les frères Momméja n’ont rien ménagé pour en faire la pépite montante du quartier. Caroline Artaud, la directrice de l’endroit, n’est pas pour rien dans cette parfaite ascension.

On l’aime parce que 
Les vignes ont été plantées sur deux hectares vierges de toute agriculture et menées en bio depuis le premier moment. Le vin est très plaisant, il évolue à chaque millésime avec l’arrivée en production de nouvelles jeunes vignes. On attend impatiemment les nouveaux sémillons dans les années à venir. C’est passionnant de regarder grandir un enfant.

Combien et combien 
50 euros. 271 magnums.

Avec qui, avec quoi 
Avec des curieux, des vrais, des découvreurs, des attendris.

Il ressemble à quoi 
Sauvignon blanc et sauvignon gris, avec un rien de sémillon, c’est déjà très beau

La bonne heure du bonheur 
Pour la garde, on verra ça plus tard. Il a un côté irrésistible qui peut lui être fatal.

Le hashtag 
#risingstar

Le bug 
Toute petite production.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Pimpant, avec une pointe de gaz carbonique qui participe à sa fraîcheur, c’est un blanc capable d’aller de l’apéritif à la table. Sa pointe saline lui permettra également de jouer avec les fruits de mer.

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #16 sous une forme différente.
Le numéro 17 est en vente chez votre marchand de journaux
.
Voilà la couverture de ce numéro 17, consacrée à la rentrée, quelle surprise.



 

lundi 30 septembre 2019

Mes magnums (105)
Un joli bordeaux à un prix (très) normal

Château d’Agassac, haut-médoc 2015 



Pourquoi lui 
Avant le vin, il y a le château, une merveille du genre. On se dit qu’un lieu pareil abrite une de ces pépites dont Bordeaux a le secret.

On l’aime parce que 
Nous aimons beaucoup ces Bordelais qui sont montés dans le train qui mène vers l’excellence, qui s’y dévouent corps et âme, qui y parviennent. C’est un de ces bordeaux de l’ombre qui, sans tambour ni trompette, fait le job et garantit aux amateurs une qualité constante et un prix normal.

Combien et combien 
33 euros. 4 632 magnums.

Avec qui, avec quoi 
Oubliez les snobs, ceux qui tordent le nez quand on dit bordeaux, ceux qui disent qu’ils n’aiment pas le cabernet-sauvignon, quelle sottise.

Il ressemble à quoi 
À ces bons vins dont on a envie tout le temps. Du fruit dans un style moderne, une structure affirmée sans lourdeur.

La bonne heure du bonheur 
Il s’attendra, mais pas trente ans. Juste le temps qu’il faut pour découvrir les valeurs d’un bordeaux, ses élégances, ses profondeurs.

Le hashtag 
#bordeauxleurville

Le bug 
Quatre cuvées différentes. On s’y perd un peu. Même s’il y a l’amusant Agassant d’Agassac, un 90 % merlot, rond, à boire jeune.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Un grand classique. Nez puissant, franchement fruité et minéral, joliment boisé, bouche à l’unisson, dense, charnue, avec des tannins savoureux et une bonne vivacité en finale. 15.5/20


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #16 sous une forme différente.
Le numéro 17 est en vente chez votre marchand de journaux
.
Voilà la couverture de ce numéro 17, consacrée à la rentrée, quelle surprise.


 

lundi 23 septembre 2019

Mes magnums (104) Un châteauneuf-du-pape d'une finesse inattendue

Domaine du Vieux Télégraphe, Piedlong, châteauneuf-du-pape 2016 



Pourquoi lui 
Je suis tombé dessus un jour par hasard avec l’impression de changer de dimension. À l’aveugle, je ne l’aurais jamais placé en châteuneuf-du-pape. Ce vin est issu d’un assemblage de deux parcelles, les grenaches de Piedlong et les mourvèdres de Pignan pour 10 %. Du coup, la famille Brunier m’est apparue comme une bande de grands couturiers. Qu’elle est. J’en ai acheté plein.

On l’aime parce que 
Une telle finesse vaut bien une messe, comme disait à peu près Sully. Est-ce l’âge élevé des vignes (70 ans), sont-ce les galets roulés, le vinificateur est-il un sorcier ?

Combien et combien 
73 euros le magnum
850 magnums

Avec qui, avec quoi 
Rassemblez les plus capés de vos amis, baissez la lumière, passez à table. Vous allez enfin montrer à vos convives que vous êtes un maître du vin.

Il ressemble à quoi 
À un bourgogne tout en ciselure, en dentelle. Bref, il y a de l’enthousiasme dans la bouteille, vous allez adorer.

La bonne heure du bonheur 
Déjà bon, il sera bon tout le temps. Je suis en quête d’un ou deux vieux millésimes, pour confirmer l’impression.

Le hashtag 
#C9DPfirst

Le bug 
C’est l’inconnu parfait, c’est-à-dire à peu près introuvable.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Bouquet parfumé, racé, violette, pivoine, poivre. Intense, concentré mais sans lourdeur. Longue finale sur des tannins fins, puis retour sur le menthol et la réglisse. Beaucoup d’allure. Vin d’amateur. 17,5/20

mercredi 24 juillet 2019

Mes magnums (103), un pauillac avec des antécédents remarquables et un avenir épatant

Château Lynch-Moussas, grand cru classé de Pauillac 2016 



Pourquoi lui 
Ce beau domaine discret et historique est la propriété de la famille Castéja depuis 1919, avec quelques autres merveilles du paysage bordelais. C’est le « petit » de la famille. Mais voilà, il grandit. Il se pousse du col, il veut sortir de l’ombre et ça lui va plutôt bien.

On l’aime parce que
Il a de la branche, c’est l’autre moitié de Lynch-Bages. Ensemble, ils composaient le vignoble du comte Lynch. C’est Lynch-Moussas qui a gardé le château, très élégant. Tout ceci sans doute lui inspire toute cette ambition.

Combien et combien 
85 euros
Nombre de magnums non communiqué

Avec qui, avec quoi
C’est un pauillac. Et un GCC. Merci d’aligner la cuisinière capable de faire face dans un registre plutôt grand genre.

Il ressemble à quoi
Une très bonne idée d’un bordeaux de la Rive gauche bien constitué. Vous ne voyez pas ? Buvez-en.

La bonne heure du bonheur
Pas de précipitation avec les grands millésimes. Mais 2012 tourne déjà très bien. Si vous êtes mort de soif, débouchez 2013.

Le hashtag
#ancienneaquitaine

Le bug
Manquer de notoriété n’est un bug pour personne à part le propriétaire. Pour l’amateur, c’est une économie tout ce beau vin pas cher.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Les meilleurs échantillons sont sensationnels par leur prise de bois précoce, d’autres montrent un vin velouté et harmonieux, un peu plus dans la norme. Son amabilité, qui n’est pas liée à de la maigreur ou de la dilution, en fera un excellent pauillac d’attente pour Batailley, son compagnon d’écurie. (commentaire primeur)

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #15 sous une forme différente.
Le numéro 16 est en vente chez votre marchand de journaux
depuis le 14 juin.
Voilà la couverture de ce numéro 16, finement consacrée à l'été.


lundi 22 juillet 2019

Mes magnums (102)
Un saint-émilion qui revient devant

Château Capet-Guillier, saint-émilion grand cru 2014 



Pourquoi lui
Ce château est une pierre blanche posée au bord de la petite route qui longe la côte jusqu’à Castillon. Ces proches voisins sont beaucoup plus célèbres que lui. Pourtant, il ne leur rend pas grand’chose en terme d’histoire.

On l’aime parce que
C’est un vin de garde, encore peu connu, il vaut d’être attendu une dizaine d’années pour bien intégrer son boisé et restituer un vin de soie délicieux.

Combien et combien
75 euros
240 magnums

Avec qui, avec quoi
Avec des dégustateurs professionnels et à l’aveugle. Demandez leur d’estimer le prix de la bouteille, c’est marrant comme jeu.

Il ressemble à quoi
Un de ces quatre matins, ce 100 % merlot va faire la comète dans le ciel de Saint-Émilion. Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.

La bonne heure du bonheur
Un grand rouge n’est pas un apéro. Sauf à NYC. Passons.

Le hashtag
#saintemilionmylove

Le bug 
Quel bug ?

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Ample, encore très boisé, une texture assez généreuse et de belles maturités avec plus de fraîcheur aromatique que dans les millésimes précédents.



Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #15 sous une forme différente.
Le numéro 16 est en vente chez votre marchand de journaux
depuis le 14 juin.
Voilà la couverture de ce numéro 16, finement consacrée à l'été.


 

vendredi 19 juillet 2019

Mes magnums (101)
un rouge de Provence adorable

La Ferme des Lices, côtes-de-provence 2013 


Pourquoi lui 
C’est un très beau vin de Provence. J’ai beaucoup hésité entre le rouge et le blanc, de même niveau. Il est encore à peu près inconnu. Le caviste est timide.

On l’aime parce que 
L’histoire du domaine est unique. Elle est signée Laurence Berlemont, l’œnologue qui a inventé la Ferme des lices en ralliant, pour faire vite, à son idée quelques résidents secondaires propriétaires de jardins de vignes. À la fin, c’est le seul domaine privé de Saint-Tropez. La perf ? Respecter des vignes dans un secteur à haute valeur immobilière.

Combien et combien 
53 euros
400 magnums

Avec qui, avec quoi 
Des bronzés retour de Maurice (l’île, pas ton beau-frère) avec une vraie envie de découvrir un vin épatant.

Il ressemble à quoi 
C’est un peu comme une bonne nouvelle. Le sourire de l’amateur se forme à la première gorgée.

La bonne heure du bonheur
C’est l’assemblage bien connu de la syrah et du cabernet-sauvignon, mais à très forte proportion de syrah. On ne l’attendra pas vingt ans, mais cinq oui. Au moins.

Le hashtag 
#idosainttropez

Le bug
Si vous n’habitez ni Saint-Tropez ni Sainte-Maxime, vous avez peu de chances de tomber dessus par hasard. 4 000 bouteilles et dix fois moins de magnums, c’est peu. C’est aussi ça qui est bien.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Le vin séduit par ses accents d’herbes aromatiques, de mûre et de chocolat. En bouche, c’est ample et harmonieux, d’une intensité puissante. Une longueur plus persistante que fraîche.



Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #15 sous une forme différente.
Le numéro 16 est en vente chez votre marchand de journaux
depuis le 14 juin.
Voilà la couverture de ce numéro 16, finement consacrée à l'été.


 

vendredi 12 juillet 2019

Mes magnums (100) un magnum de chambertin, tendance mazoyères

Domaine Perrot-Minot, mazoyères-chambertin grand cru 2016 



Pourquoi lui 
Il n’est pas si fréquent de voir passer un grand millésime d’un grand cru de la côte de Nuits dans cette rubrique. Accueillons ce centième magnum sur ce blog avec tout le respect qui lui est dû.

On l’aime parce que 
On aime l’émotion enthousiasmante d’un grand pinot, bien sûr, comme tous les amoureux du vin. S’il existe un vin de rêve, en voici un. Parce que Christophe Perrot-Minot est un homme de terroir qui vinifie cinq chambertins différents (et autant de chambolles) et qui sait de quoi il s’agit.

Combien et combien 
760 euros
Nombre de magnums : 200

Avec qui, avec quoi 
Là, le grand amateur est l’invité obligatoire. Passez-lui le micro, il aura des choses à dire. Il ressemble à quoi Une dentelle ? Non, c’est plus riche que ça. Un velours ? Non, c’est plus fin. Une ciselure ? C’est mieux, mais dans les complications subtiles. Une histoire sans fin ? Oui, aussi.

La bonne heure du bonheur 
Le drame de ces grands vins, c’est qu’ils sont bons tout de suite et sans cesse. Personne ne trouve de bonnes raisons de l’attendre. Quel avenir, pourtant.

Le hashtag 
#réservé

Le bug 
Quelques bouteilles, c’est encore moins de magnums.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Volumineux, mais longiligne, c’est un mazoyères qui démarre serré entre ses tannins de taffetas et qui se poursuit interminablement. Grand style d’une finesse folle, racée en diable. Des plus complexes, au sommet par ses notes d’épices, de mandarine.

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #15 sous une forme différente.
Le numéro 16 est en vente chez votre marchand de journaux
depuis le 14 juin.
Voilà la couverture de ce numéro 16, finement consacrée à l'été.


 

mercredi 26 juin 2019

Mes magnums (99) un saint-émilion (très) grand cru classé

Château de Ferrand, saint-émilion grand cru 2015 



Pourquoi lui 
Un petit château en U fraîchement restauré, flanqué de son chai revisité, entouré des beaux arbres indispensables, cerné de bois et de vignes qui dévale un coteau avec vue. L’endroit est assez unique. Propriété de longue date de la famille Bich, les vins s’épanouissent un peu plus à chaque millésime. La reprise en main par Pauline Bich et son mari Philippe Chandon-Moët explique tout.

On l’aime parce que 
Comme certaines autres propriétés de la Rive droite, c’est un best buy. Une bonne affaire, c’est beaucoup de qualité pour pas encore beaucoup d’argent.

Combien et combien 
83 euros 8 000 magnums 

Avec qui, avec quoi 
Avec des amateurs sans préjugés, des fans historiques de l’America Cup, des garçons qui se rasent tous les matins. Il y en a encore. Voire des utilisateurs de briquets (on n’ose pas dire des fumeurs).

Il ressemble à quoi 
À un beau saint-émilion de coteau, avec du vent, du soleil et l’obligatoire finesse.

La bonne heure du bonheur 
À table. Une bonne table. Cet hiver, le 2010 se goûtait bien avec des mélanos.

Le hashtag 
#cellarsecret

Le bug 
C’était avant. Maintenant, il n’y en a plus.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Droiture et élégance, beau tannin délié, raffiné et subtil.

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #15 sous une forme différente.
Le numéro 16 est en vente chez votre marchand de journaux
depuis le 14 juin.
Voilà la couverture de ce numéro 16, finement consacrée à l'été.



 

lundi 17 juin 2019

En Magnum #16, l'été en mieux,
nouveau numéro, nouvelle émotion



Il faut dire qu'au rythme lent de quatre par an, on les attend toujours avec impatience. Celui-ci, En Magnum numéro 16, nous plaît autant que les précédents avec, comme chaque fois, un petit pincement supplémentaire puisque, comme chaque fois, il y a du nouveau.

Dans l'ordre d'apparition :
- La suite (et fin) du feuilleton "fake news" avec nos collègues de la RVF.
- Des photos épatantes de châteaux viticoles chinois absolument délirants.
- Il y a le portrait de Laurent Delaunay. Il fait renaître d'un long sommeil la maison de négoce familiale, Edouard Delaunay, après avoir connu un succès certain avec son négoce du Midi, Abbotts et Delaunay.
- Puis, l'interview unique, donc exclusive, de Perrine Fénal. C'est elle qui prend la place d'Henry Roch, son oncle parti trop tôt, aux côtés de notre cher Aubert de Villaine et aux commandes du Domaine de la Romanée-Conti. Le mythe absolu. En plus, Perrine est la fille de Lalou Bize-Leroy.
- Notre blogueur fou nous emmène faire son tour de tables sur la route des vacances. Ce qui nous changera du Flunch de la station-service.
- Jean Dusaussoy a encore torturé du cognac pour voir ce qu'il avait à dire. Ça donne faim, déjà.
- Antoine Pétrus accorde la tomate et le reblochon avec pour chacun de ces produits un choix de vin carrément innovant.
- Il s'agit d'un numéro de vacances. Pascale Cassagnes nous promène sur l'eau à la recherche des vignobles vus de la mer.
- Laurent Gotti et Alain Chameyrat se sont penchés sur la possibilité de premiers crus à Pouilly-Fuissé et à Marsannay. Nous verrons bien si l'Inao suit leurs recommandations. Je veux dire avant 2050. Pas sûr.
- Gilles de Larouzière succède à Joseph Henriot à la tête des Maisons et domaines Henriot. Il dit tout sur ses objectifs et peu sur sa stratégie. Mais ça, c'est un secret. De famille ? Oui, bien sûr.
- Michel Bettane nous raconte le malbec et, comme d'habitude, c'est complet et passionnant. Avec la sélection de vins qui va bien.
- Mathilde Hulot, notre reporter Mitteleuropa, était en Hongrie. On apprend encore un tas de trucs qu'on ne savait pas.
- Angélique de Lencquesaing (iDealwine) est une fois de plus avec nous et avec ses conseils achats et ventes. C'est précieux. Merci, Angélique.
- Cette idée des "petits rendements" comme si c'était l'alpha et l'omega de la viticulture de qualité en prend un coup sous la plume de la compétente Véronique Raisin. Un bon bol d'air frais.
- La même Véronique nous raconte les explosions de bulles en Californie, nouveau royaume de l'effervescent d'outre-mer.
- Nos "Têtes de cuvée". Ma rubrique favorite se concentre sur Saint-Émilion. Quatre jeunes gens aux commandes et une grande dame qui s'en va. Ils sont tous beaux puisque c'est Mathieu Garçon qui les a shootés.
- Et nous voilà dans les sélections Bettane+Desseauve. Les rosés, c'est d'été. Les champagnes traités comme le défilé de mode Spring/Summer 2019 à ne pas rater. Les magnums d'En Magnum. La leçon de Saké de Gilles Durand-Daguin. La nouvelle vie de Pichon-Comtesse passée au crible de la dégustation laser de Thierry Desseauve. Puis, un carton de six rouges d'été, encore. Un autre de six chenins. Un tonneau de six rhums. Les médailles d'or du concours Prix-Plaisir 2019, histoire de se souvenir que le plaisir a un prix qui n'est pas toujours très élevé. Là, moins de 18 euros pour 143 bouteilles différentes.
- Et enfin, nos quatre pages de bandes dessinées signées Régis Franc, c'est la BD de BD. Ha ha.

Ce n'est pas fini ? Non, jamais.
- La dernière page nous raconte les promus de Guide Lebey sous la plume vive de Margot Ducancel.  
Et je m'aperçois que je n'ai rien dit sur la couverture signée du photographe Fabrice Leseigneur. "C'est très klimtien, tu comprends", dit-il. Bref, c'est jaune d'or et un poil flou. Photographers, you know. Mais bon, la parole est au talent.
 
Enfin, un grand merci à tous ceux qui sont avec moi et sans lesquels la vie (la mienne, au moins) ne serait pas la même. 

 
              

mercredi 12 juin 2019

Le rosé plus cher que le rosé le plus cher
du monde

Enfoncé, le Garrus du Château d'Esclans. Dépassé, Sacha Lichine et son rosé le plus cher du monde. Voilà que Gérard Bertrand, fort de sa volonté de mettre en avant de grands terroirs du Languedoc, présente le Clos du Temple. Huit hectares, cinq cépages et, à terme, une production d'un peu moins de 25 000 bouteilles. Ce premier millésime n'en propose que 5 000. 
 
Le prix ? 190 euros la bouteille de 75 cl, comme son Clos d'Ora. Plus de deux fois plus que le Garrus de Lichine. Le marché jugera. Si les deux sont d'excellents rosés, on s'y attendait, celui du Clos du Temple a le mérite d'être léger en sulfite alors que le Garrus tape fort, la barre sur le front dès le deuxième verre.

Gérard Bertrand, authentique passionné, a longuement réfléchi à son vin. Il l'habille d'un discours inédit. Il y est question de terre, de temps, de transcendance. Il nous rappelle que ce vin est produit sur un terroir retrouvé qui a compté près de deux mille années de viticulture. Le Clos du Temple est un assemblage de sept parcelles de sols schisteux à flanc de colline en appellation cabrières.

Là, Gérard Bertrand compose avec quatre cépages de la Méditerranée, grenache, cinsault, mourvèdre, syrah à quoi il ajoute une pointe de viognier pour élancer l'histoire. Il convoque les symboles du temple, creuset de toutes les religions, de toutes les cultures. Littéralement possédé par son sujet, il a réfléchi aussi à la bouteille, modèle unique dessiné par Marie Legallet. Si le haut est rond, c'est le dôme du temple. Si le bas est carré, ce sont les quatre piliers qui tiennent la maison. On n'est plus très loin de Ken Follett. C'est bien, on vibre. Bientôt, un nouveau chai va surgir de terre.
On ne peut plus faire sans.

mardi 28 mai 2019

Mes magnums (98) un languedoc qui décoiffe

Domaine Paul Mas, Clos des Mûres, languedoc 2016 



Pourquoi lui 
Jean-Claude Mas, très fin dégustateur, a développé une grande maison de vins du Midi à partir des 35 hectares de vignes que son père Paul lui a légués, autour de Pézenas et de Limoux. La démonstration est épatante et indiscutable.

On l’aime parce que 
Le style, très « nouveau monde » et très
« nouveau languedoc » pour commencer, est bien marqué. Là, on ne se cache pas derrière son petit doigt pour emporter l’adhésion du grand monde. Et tant qu’à faire un succès d’une histoire de famille, souvenons-nous que Jean-Claude Mas est le créateur de l’un des vins préférés des Américains, drôlement nommé Arrogant Frog.

Combien et combien 
30 euros. 3 084 magnums.

Avec qui, avec quoi 
Ce clos-des-mûres est un assemblage typiquement languedocien de syrah, grenache et mourvèdre. Il est fait pour les plats goûteux, pas pour les palais chichiteux.

Il ressemble à quoi 
Au terroir qui l’a vu naître, sans doute. C’est un vin du Sud, sombre, généreux, épicé, un vin de soleil. On l’aimera pour ça.

La bonne heure du bonheur 
À table, un peu plus frais que la moyenne si on le boit jeune et avec ce qu’il faut de temps en carafe avant d’être servi. Deux bonnes heures est un minimum.

Le hashtag 
#languedocsun

Le bug 
Puissant et savoureux, il ne fait pas toujours l’unanimité et ça n’a aucune importance.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
L’élevage s’est affiné, mais reste visible et le vin, très mûr, apparaît sur son fruité noir, sur la réglisse. 14,5/20

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #14 sous une forme différente.
Le numéro 15 est en vente chez votre marchand de journaux
depuis le 29 mars.
Voilà la couverture de ce numéro 15, consacré pour partie à Bordeaux, mais pas que.


 

mardi 21 mai 2019

Les bordeaux 2018 en primeurs pour tous

Très bon plan au Grand Tasting de printemps, ce vendredi (dans deux jours, si).

Un certain nombre de propriétaires de châteaux bordelais seront présents pour faire déguster au public leurs grands vins en primeurs. Très rares sont les occasions de juger ces vins quand on n'est pas un professionnel de la chose. C'est donc une occasion unique de se faire le palais et de découvrir cet exercice, souvent assez difficile. Moins difficile, toutefois, puisque les vins auront deux mois d'élevage de plus qu'au moment de la fameuse Semaine des primeurs, début avril.

Ci-dessous, la liste des châteaux et des propriétaires présents :

Fonréaud (Loic Chanfreau et Caroline Chanfreau-Philippon)
Haut-Bailly (Bénédicte Pinero)
Lagrange (Elisa Faubert)
Prieuré-Lichine (Laeticia Guix de Pinos)
Sociando-Mallet (Pascale Thiel)
Siran (Sevrine Miailhe)
Fourcas-Hosten (Olivier Faure)
La Gaffelière (Sarah Benzal)
Pape-Clément en rouge et en blanc, Fombrauge, La Tour-Carnet
(Jean -Michel Guibourt et Thomas Legaillard)
Grand-Corbin-Despagne (Marie Loustalan-Prévost)
Chauvin (Sylvie Cazes)
Carbonnieux (Marc Perrin)
TrotteVieille, Batailley, Lynch-Moussas, Domaine de l'Eglise, Beau-Site (Frédéric Casteja)
Chasse Spleen et de Camensac (Olivier Faure)
Gazin (Olivier Faure)
Fourcas Dupré (Olivier Faure)
Haut-Bages Libéral (en attente)
Lascombes (en attente)

Olivier Faure représentera les propriétaires des châteaux où il est mentionné, il est le patron de la Grande Cave, à Bordeaux.

On le voit, il y a du lourd, du très beau bordeaux, du cru classé de haut niveau. Voilà une dégustation hors norme qui s'annonce très bien.

Grand Tasting de printemps, 
au Carreau du Temple,
4, rue Eugène-Spuller, 75003 Paris
Métro : Temple ou République.
Horaires : 11:00-20:00 le vendredi 24 mai. 11:00 le samedi 25 mai.
Attention : la dégustation exceptionnelle des primeurs de Bordeaux n'aura lieu que le vendredi, mais toute la journée.
Billetterie : (clic)

Le magnifique Carreau du temple, entièrement retsauré

vendredi 17 mai 2019

Mes magnums (97) un graffiti, un champagne

Champagne Thiénot, cuvée Speedy Graphito


Pourquoi lui 
Nous aimons beaucoup cette tendance lourde qui pousse les maisons de Champagne vers l’art contemporain. C’est le gage d’une adéquation avec l’air du temps qui est forcément réjouissante. Qu’il s’agisse d’un engagement ancien, comme chez Pommery, ou vraiment récent, comme Thiénot, ou très moderne comme Ruinart, n’a pas d’importance.
Ce qui compte, c’est que ça existe.

On l’aime parce que 
Speedy Graphito est une bonne raison, évidemment. Le format (magnum) en est une seconde. L’élaboration à la Thiénot, c’est-à-dire toute de légèreté, en est une troisième.

Combien et combien 
100 euros. 3 000 magnums.

Avec qui, avec quoi 
Avec ceux de vos proches qui ont le sens de ce qui se revendique arty. En se souvenant qu’un grand artiste, même venu du même marigot, n’a plus rien à voir avec le graffeur nul déguisé en rebelle qui salope le mur de votre immeuble.

Il ressemble à quoi 
Ce n’est pas une cuvée spéciale, c’est une cuvée rhabillée. C’est Noël aussi sur nos bouteilles de champagne et tant mieux. Pas de surprise, c’est du pur Thiénot. Ouf.

La bonne heure du bonheur 
Parfaitement fait pour les apéritifs qui se prolongent, il accompagnera
aussi une entrée marine.

Le hashtag 
#speedybubblesgraphito

Le bug 
Pas vu de bug, sauf si on déteste Speedy Graphito.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Bon brut gourmand et équilibré, aux accents joliment fruités, avec une véritable énergie. 14,5/20


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #14 sous une forme différente.
Le numéro 15 est en vente chez votre marchand de journaux
depuis le 29 mars.
Voilà la couverture de ce numéro 15, consacré pour partie à Bordeaux, mais pas que.


mercredi 24 avril 2019

Mes magnums (96)
Un joli bandol dans le bon format

Hecht & Bannier, bandol 2013 



Pourquoi lui 
Nous savons bien que les grands négociants du Rhône sont d’excellents vinificateurs et assembleurs. Gregory Hecht et François Bannier ne font pas exception à cette règle déjà ancienne et rejoignent sur les podiums les Michel Tardieu, François Dauvergne, Jean-François Ranvier, Antoon Jeantet-Laurent et quelques autres sorciers, dont ceux des grandes maisons (Jaboulet, Guigal, Delas et consorts), évidemment.

On l’aime parce que 
On aime le bandol, bien sûr. On en connaît plein, le site est sublime, on y va autant qu’on peut, le soleil, tout ça. Le mourvèdre, ce cépage des bords de Méditerranée, fait les vins qu’on apprécie, un mélange de structure et d’épices chauds.

Combien et combien 
55 euros. 600 magnums.

Avec qui, avec quoi 
Le bandol, on l’aime un peu sauvage. On veut que l’âge lui rende la raison, la finesse, le sens du subtil et de l’équilibre. On veut tout savoir de sa personnalité. Du coup, le partager avec des convives choisis.

Il ressemble à quoi 
Une fois de plus, à l’un de ces vins qui méritent un peu de patience.

La bonne heure du bonheur 
À table et nulle part ailleurs. Pour être de Provence et de soleil, il n’en est pas moins complexe.

Le hashtag 
#herecomesthesun

Le bug 
Pas si facile à trouver

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Svelte et fin, avec une vraie personnalité aromatique, de la pureté et du fond. 16/20


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #14 sous une forme différente.
Le numéro 15 est en vente chez votre marchand de journaux
depuis le 29 mars.
Voilà la couverture de ce numéro 15, consacré pour partie à Bordeaux, mais pas que.



jeudi 18 avril 2019

Mes magnums (95) La lumière des grands liquoreux de Bordeaux

Château Coutet, barsac 2015 



Pourquoi lui 
Il est très agaçant d’assister au lent déclin des appellations sauternes et barsac lors même que personne ne baisse les bras ou ne laisse flotter les rubans. Non, les producteurs se battent contre tout pour imposer leurs vins d’or. Et rien ne leur est épargné, de l’administration à la Sncf, de l’incurie des marchés à celle des influenceurs. Bref, bravo et merci de produire encore encore de tels prodiges.

On l’aime parce que 
Il n’est pas question de se passer de ces trésors aromatiques, de cette finesse d’élaboration, de tout ce talent. Il est question de tout faire pour sauver le soldat Sauternes.

Combien et combien 
150 euros. 40 magnums.

Avec qui, avec quoi 
À ce stade, on est réduit au pré carré des militants de la cause liquoreuse, dont nous sommes. Rappelons qu’un grand liquoreux comme ce barsac va avec à peu près tout,
y compris des plats iodés. Sucre et sel, oui, vont très bien ensemble et il y a longtemps qu’on le sait.

Il ressemble à quoi 
À un très grand vin, élaboré avec soin et difficulté, pour le plus grand bonheur des amateurs et le repos de leurs porte-monnaie. Bienvenue au club.

La bonne heure du bonheur 
Les plus curieux le boiront à table. Les plus voluptueux sortiront de table le verre à la main pour en faire un vin de méditation, une liqueur d’après dîner. Essayez, vous verrez.

Le hashtag 
#savesauternesandbarsac

Le bug 
Il y a si peu de magnums. 40, c’est rien.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Un festival aromatique et un vin ultra racé. Grande longueur avec la salinité propre au terroir. 18/20


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #14 sous une forme différente.
Le numéro 15 est en vente chez votre marchand de journaux
depuis le 29 mars.
Voilà la couverture de ce numéro 15, consacré pour partie à Bordeaux, mais pas que.



mardi 9 avril 2019

Mes magnums (94) un très grand margaux

Château Lascombes, margaux 2015 



Pourquoi lui 
Chez Bettane+Desseauve, il y a longtemps qu’on aime ce margaux. Précisément depuis le millésime 2005 qui marque l’envolée de l’admirable lascombes. Dix millésimes de suite où l’excellence prévaut sur toute autre considération. Avec un patron du domaine (Dominique Befves) qui a réussi le tour de force de voir l’actionnariat changer sans céder un pouce de terrain sur le registre de la qualité.

On l’aime parce que 
Lascombes a parfaitement négocié le virage de la course à l’excellence qui est la règle désormais dans toutes les grands propriétés bordelaises. Lascombes et son terroir se rangent parmi les meilleurs.

Combien et combien 
175 euros. 1 769 magnums.

Avec qui, avec quoi 
Avec un peu de patience, pour commencer. Un lascombes, comme tous les grands bordeaux, s’attend. Même les margaux, dans leur délicatesse.

Il ressemble à quoi 
À un candidat à dix ans d’un sommeil de plomb à fond de cave. Qu’on les lui accorde.

La bonne heure du bonheur 
Le jour J, il se tiendra à table comme personne. On dira alors qu’il est bien élevé.

Le hashtag 
#jesuislascombes

Le bug 
Il ne faut pas traîner avant que les prix s’envolent. Lascombes est juste devant la porte de la notoriété.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Nez puissant, un peu compoté, corps très généreux, très grande maturité du raisin, tannin dense. Il devrait, comme souvent, se rééquilibrer avec le temps. 17,5/20

En 2011, une dégustation à l'aveugle organisée par le Grand Jury Européen avait vu sortir Lascombes en tête devant les plus grands bordeaux. Comme c'est toujours passionnant de voir vaciller les idoles, lisez donc ce compte-rendu (clic)

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #14 sous une forme différente.
Le numéro 15 est en vente chez votre marchand de journaux
depuis le 29 mars.
Voilà la couverture de ce numéro 15, consacré pour partie à Bordeaux, mais pas que.


mardi 2 avril 2019

Mes magnums (93)
Le champagne pour fêter quelque chose

Billecart-Salmon, cuvée 200, champagne NM 



Pourquoi lui 
Plus qu’une marque, Billecart-Salmon est un phénomène, une sorte de spécialiste du bien-joué. Mondialement connue pour son rosé, la maison tourne les deux siècles et fête ce bicentenaire avec ces magnums étiquetés « 200 ». 1 818 exemplaires ont été tirés pour rappeler l’année de la fondation de la maison.

On l’aime parce que 
Comme tous les vins de la maison, il y a de la rondeur et du fond. Aussi, parce que nous avons du goût pour les célébrations.

Combien et combien 
1 250 euros. 1 818 magnums.

Avec qui, avec quoi 
Comme les autres productions de la maison, il a sa place de l’apéritif à la table. Il semble toutefois que ce tirage spécial n’ait pas vocation à accompagner la première gougère qui passe.

Il ressemble à quoi 
À un grand timide à peine débarqué de son Mareuil natal et qui découvre le monde avec une légère appréhension. Qu’on lui pardonne, ça va s’arranger.

La bonne heure du bonheur 
Attendez-le, jouez les prolongations, ayez de la patience, il délivrera des qualités insoupçonnées. Mais pas tout de suite.

Le hashtag 
#billecart200

Le bug 
À ce prix, ce n’est l’affaire du siècle.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
S’agissant d’une cuvée très particulière et sans suite, pas encore de commentaire.


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #14 sous une forme différente.
Le numéro 15 est en vente chez votre marchand de journaux
depuis le 29 mars.
Voilà la couverture de ce numéro 15, consacré pour partie à Bordeaux, mais pas que.


 

lundi 25 mars 2019

Mes magnums (92)
Un vrai goût pour le champagne rosé

Gosset, Grand Rosé, champagne non millésimé



Pourquoi lui 
Le vin, c’est souvent une histoire de rencontres, de face à face, de confidences, de rires. Ici, c’est le cas. Les lecteurs attentifs de En Magnum n’auront pas manqué le portrait du chef de cave-directeur général de la maison Gosset, Odilon de Varines. Que les distraits soucieux de ne rien perdre se reportent au numéro 10, page 36.

On l’aime parce que 
On entend ici et là que le marché du champagne rosé est en repli. Voilà bien quelque chose de nature à agacer les amateurs, dont je suis. Alors, supportons les rosés, leurs arômes épatants, leurs couleurs enthousiasmantes.

Combien et combien 
127 euros. 2 500 magnums.

Avec qui, avec quoi 
Un grand rosé – et ce Grand Rosé en est un – est fait pour la table. Parmi les évidences, un carré d’agneau bien rose, justement. Essayez. Avec les plus curieux de vos amis, bien sûr.

Il ressemble à quoi 
À un vin réussi. Tous ne le sont pas. Lui, il est dans le Cinq majeur (Top 5, en anglais) de l’appellation.

La bonne heure du bonheur 
Comme la plupart des beaux rosés de Champagne, il est aussi un grand apéritif.

Le hashtag 
#pinkchampagneforever

Le bug 
Si le ralentissement de la croissance de ce segment de marché se confirme, il va falloir stocker.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Robe d’un or rose, bouquet fin et complexe, allonge associant tendresse et vigueur pour finir sur une longueur très apéritive. 



Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #14 sous une forme différente.
Le numéro 15 sera en vente chez votre marchand de journaux
le 29 mars.
Voilà la couverture de ce prochain numéro.


 

vendredi 15 mars 2019

Mes magnums (91)
un nouveau châteauneuf-du-pape,
c'est un événement

Château de Nalys, châteauneuf-du-pape 2016 



Pourquoi lui 
C’est une arrivée récente dans le monde enchanté de Châteauneuf-du-Pape.
Mais la famille Guigal nous semble mieux armée pour y réussir que d’autres débarqués depuis un peu plus longtemps et qui n’y arrivent toujours pas. En attendant, curieux, de voir les performances des plus récents impétrants, je pense à notre cher Bernard Magrez.

On l’aime parce que 
L’appellation cultive un sens rare de la liberté. Treize cépages, en rouge et blanc,
le vigneron fait ce qu’il veut, il assemble au gré de son encépagement, du millésime, de ses envies, de ses lubies, de ses convictions, quand il en a. Il apparaît que les Guigal, qui sont les rois de l’assemblage gagnant, ont toutes leurs chances. Déjà, c’est bien parti.

Combien et combien 
120 euros. 1 000 magnums.

Avec qui, avec quoi 
Avec des curieux, des explorateurs,
des découvreurs, des Christophe Colomb
du rouge ciselé. Pour les autres, les prudents, les dubitatifs, il y a Rayas, Beaucastel et plus.

Il ressemble à quoi 
À un châteauneuf-du-pape moderne et fin. C’est une tendance de plus en plus marquée dans cette appellation, comme d’ailleurs chez le plupart des amateurs exigeants.

La bonne heure du bonheur 
À table. Ce n’est pas du tout un vin d’apéritif, malgré sa délicatesse.

Le hashtag 
#c9dpfirst

Le bug 
Comme toujours dans ces cas-là, il faudra quelques années pour que les nouveaux opérateurs trouvent leurs marques, même si le départ est déjà réussi.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Nez réducteur, fond sur l’élevage. Bouche qui manque un peu de chair aujourd’hui. Finale très délicate, bonne persistance. Retour ciselé. Bon vin. 14,5/20



Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #14 sous une forme différente.
Le numéro 15 sera en vente chez votre marchand de journaux
le 29 mars.
Voilà la couverture de ce prochain numéro.


lundi 11 mars 2019

Mes magnums (90).
Un vin « nature », mais un bon

Renaissance, touraine 2017, Henry Marionnet

 
Pourquoi lui 
Voilà un vin rare. Un vin « nature », c’est-à-dire sans soufre ajouté. En plus, un vin issu d’une vigne non greffée, à la manière de ce qui se faisait avant le phylloxéra, un gamay originel, le père de tous les gamays. Henry Marionnet l’a appelé Renaissance en souvenir d’une époque où « La pureté du vin embellissait les dames et réjouissait le cœur des hommes. » Il n’y a plus que Marionnet pour parler comme ça.

On l’aime parce que 
C’est un vin pur et gourmand, merveilleusement fruité, fin, très présent.

Combien et combien 
50 euros. 300 magnums.

Avec qui, avec quoi 
Idéalement, on le boira avec Henry Marionnet. Sinon, c’est une bonne leçon de choses à l’adresse des fans du vin « nature », ces breuvages inintelligibles ailleurs.

Il ressemble à quoi 
Mieux qu’un vin, c’est un souvenir de vin,
un truc d’archéologue à la limite. Un vin d’amoureux du vin, d’abord.

La bonne heure du bonheur 
Bien frais, c’est un apéritif parfait qui accompagnera tout le repas qui suit, poissons, viandes, fromages, tout.

Le hashtag 
#silnenrestequun

Le bug
Il n’en reste qu’un

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Velouté et frais, sur une aromatique de cerise noire, ce vin caresse tout le palais dans un registre croquant. 15,5/20


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #14 sous une forme différente.
Le numéro 15 sera en vente chez votre marchand de journaux
le 29 mars.
Voilà la couverture de ce prochain numéro.


 

mercredi 6 mars 2019

Caroline Frey, le bio en grande taille

Sous l’impulsion de Caroline Frey, propriétaire de la maison Paul Jaboulet Aîné, le côtes-du-rhône Parallèle 45 est désormais un vin bio. L’évolution de cette cuvée de négoce historique de l’appellation est le reflet des convictions de cette vigneronne qui estime que « Les grands vins se révèlent par une viticulture bienveillante qui est un accompagnement de la vigne et pas un combat » et que « Le raisin doit être le fruit de la nature et pas de la chimie de synthèse. »



Caroline Frey a choisi de passer toute sa cuvée Parallèle 45 en bio plutôt que de lancer une gamme dédiée. Faire les choses en vrai au lieu de faire du marketing, y aller à fond plutôt qu’à moitié, ne se moquer de personne. Pas mal.
 
La maison Jaboulet Aîné, fondée en 1834, devient le plus gros acteur bio de l’appellation côtes-du-rhône, avec l’achat pour le millésime 2018 de 10 % des volumes certifiés de toute l’AOC. Engagé sur la voie de la viticulture biologique depuis 2006, année de sa reprise par la famille Frey, le vignoble de Paul Jaboulet Aîné a été certifié en 2016. Sans en faire tout un foin médiatique. Idem pour ses vignes situées dans les AOC hermitage et crozes-hermitages qui sont menées en biodynamie depuis 2017. Le climat chaud et sec de l’AOC côtes-du-rhône ainsi que le mistral qui y souffle étant propices à la viticulture bio, « Des partenariats ont été mis en place avec des vignerons sélectionnés afin d’élaborer un assemblage fidèle » aux origines de Parallèle 45 et ce, dans les trois couleurs. Pour marquer cette étape importante dans le développement de cette cuvée née en 1950, qui est la plus ancienne de son appellation, une abeille a fait son apparition sur l’étiquette, emblème de l’engagement dans le développement durable de la maison Paul Jaboulet Aîné.



Rappelant que « Les abeilles sont un véritable baromètre écologique qui reflète en temps réel les dégâts causés par la pollution, les produits de synthèse chimique, mais aussi par l’uniformisation des paysages », Caroline Frey précise que plusieurs refuges de biodiversité où sont installés des ruchers ont été créés dans le vignoble et que la maison mène également des projets de conservatoire avec la fédération des apiculteurs. Ne rien laisser au hasard sans se déguiser en contestataire de bazar, bravo Caroline.



lundi 18 février 2019

Même un peu, c’est trop

L’ail. Ce bulbe malodorant adulé par les cuisiniers paresseux ou radins ou les deux, ce fumet envahissant, entêtant, ces lendemains qui déchantent, ces réunions foutues, ces amis chers dont on s’écarte en détournant la tête, ces gigots sacrifiés, ces baisers repoussés. D’où nous vient cet Attila des saveurs, des goûts, des sensations, des plaisirs, derrière lequel les arômes ne repoussent pas ? D’une lointaine époque où nous manquions de froid. Pas de frigo, pas de conservation. Dans les pays du sud de l’Europe, les chaleurs avaient vite fait de mettre à mal les aliments frais et l’ail servait de cache-misère, prolongeait de quelques jours les aliments fragiles, viandes, poissons, légumes. Son goût très fort masquait les odeurs de pré-décomposition et chacun, je suppose, y trouvait son compte, faisait une économie. Très bien. Aujourd’hui, nos sociétés suréquipées et délicates jettent les aliments périmés avant que les choses deviennent graves ou juste incommodantes. Pas question d’une petite mauvaise odeur au creux du frigo familial. Quoique. Celle de l’ail, pas petite, y est trop souvent admise. L’ail règne en maître. Où que nos gourmandises nous portent, nos narines sont agressées par des odeurs d’ail, cru, cuit.

Un soir, dans un de ces néo-bistrots mal peignés, je demandais quel plat ne contenait pas d’ail. « Il y en a dans tout », avoua le serveur, piteux. Pour quoi faire ? Le cuisinier est incapable ? Le responsable des achats du restaurant se fournit en produits sans saveur ? L’ail sert à offrir un semblant de goût à une population élevée au Nutella et au burger. Ceux qui voient dans l’ail comme une signature du terroir sont souvent les mêmes qui se gobergent avec des vins aux arômes d’écurie ou de pomme blette. Ils se comptent aussi dans les rangs des matamores over-virils qui vous qualifient vite de palais en zinc, ils savent de quoi ils parlent.

À mes yeux d’amateur, d’œnophile, d’amoureux des beaux assemblages, la messe est dite. De grands dégustateurs, dont Robert Parker, se sont exprimés sur le sujet. « Pas d’ail quand on déguste. » L’ail tapisse les papilles gustatives avec tant de violence qu’il couvre les saveurs et rend impossible l’analyse du goût du vin. Continuons. L’un des grands tics de la gastronomie est de cuisiner à l’ail nos champignons préférés, cèpes et girolles. « Très peu », argumente le cuistot avec le bon sourire du marchand de voitures d’occasion sur le point de conclure. Je me suis toujours demandé pourquoi on assassinait les délicats champignons avec un truc aussi vigoureux. Parce qu’ils sont d’une pauvre provenance, mous et véreux, sans goût. Eh les gars, changez de fournisseur. Achetez de beaux produits et respectez-les. Une tombée de persil plat, voire de coriandre, amusera les finesses au lieu de leur faire la peau. Ces champignons si rares, qui n’apparaissent qu’en certaines occasions climatiques, de l’humide et du chaud et hop, ça pousse, méritent qu’on les savoure, qu’on y comprenne quelque chose au lieu de les sacrifier dans des odeurs grossières et dévastatrices. Idem pour la salade ou le gratin dauphinois. Avec l’ail, tout aliment devient une texture et abandonne ses goûts à l’envahisseur. Pourquoi pas de l’ail dans la truffe noire pendant qu’on y est ? On m’objectera que la truffe blanche est un alliacée. Ceux qui se servent de ce cousinage comme bonne raison n’en ont jamais mangé, ils trouvent même à l’ail toutes sortes de vertus médicinales. C’est de l’obscurantisme. J’ai consulté un jour un cardiologue. Sa dernière recommandation après notre première entrevue a été de ne pas manger d’ail. Parce que c’est totalement inefficace et que ça l’oblige à porter un masque. L’homme avait de l’esprit et du savoir-faire. J’ai été guéri rapidement et sans ail.

Reste une piste pas assez explorée, à mon avis, où l’ail pourrait avoir un vrai rôle à jouer : la juste lutte contre les vampires. Ah. Enfin un vrai sujet.



mercredi 13 février 2019

Paul Dubrule en cavale

Ce qui a commencé comme une maison de vacances est devenu
au fil du temps un vignoble animé par une ambition.
Paul Dubrule, le célèbre co-fondateur et dirigeant du groupe Accor
y tient beaucoup


Le chai de La cavale avec son logo qui fait penser à quelque chose

« Mon intention était de faire la plus jolie cave du Lubéron dans laquelle il se passerait beaucoup de choses. » La première partie de la proposition a été réalisée par l’architecte Jean-Michel Wilmotte de 2010 à 2017. Puis, la nouvelle vie de La Cavale peut commencer avec l’arrivée d’une équipe dirigée par Corinne Conroy (ex-Brane-Cantenac à Margaux). Le maître-mot est œnotourisme et l’ambition, majeure. Pourtant, son logo au cheval cabré, comme Ferrari, le déçoit. « Je m’attendais à être traîné en justice par Ferrari, mais ils ne m’ont jamais attaqué. On ne peut faire confiance à personne. Je voulais du buzz. Et rien. Pfff. »

Foudres et barriques

Paul Dubrule a compris. Il a engagé un consultant, Alain Graillot, le roi des crozes-hermitage. Et aussi Lilian Bérillon, la star des pépiniéristes. Et Claude et Lydia Bourguignon, vedettes des sols. Ils sont venus rejoindre Jean-Paul Aubert, le directeur technique et La Cavale nouvelle commence. Paul Dubrule, lucide : « Je suis lent parce que je ne suis pas pressé. Comme le vin. » et « Ici, il y a 40 ans que je perds de l’argent. » Aujourd’hui, l’équipe nouvelle est sur le pont, écope en main. Il y a de sérieuses fuites de sous à colmater.

Paul Dubrule, debout

Regardez bien cet homme. Il fait penser à Sting, le chanteur anglais. En plus sympathique, plus drôle, plus humain. Encore marqué (la canne) par un accident de vélo survenu non loin de là l’été dernier dans la combe de Lourmarin, Paul Dubrule conserve l’élégance d’un Mick Jagger. Le cheveu rock’n roll, l’œil brillant, l’humour ravageur, il porte beau ses 84 ans. Intensément provocateur, il vient vous chercher là où vous vous y attendez le moins, histoire de voir ce que vous avez dans le ventre. Mais l’homme est courtois et, d’un trait d’humour, il emporte l’adhésion, il est très sympathique.
« Au début, je ne buvais pas mes vins. Et j’ai fini par comprendre que je devais absolument les servir à mes amis. Avec Alain Graillot, nous avons passé un seuil de qualité. »
Espiègle et désabusé, il fait rire l’assistance en évoquant la météo, les prix, les exigences des gens, celles des commerciaux. Et puisque tout est en place pour une nouvelle Cavale de première qualité, la conversion bio est entamée depuis 18 mois. Il se prend au jeu, finalement, puisque tout est un jeu.

Paul Dubrule, assis


Trois chiffres pour comprendre :
1986 première vendange
220 000 en bouteilles, la production annuelle
40 en hectares, la superficie du domaine de La Cavale

Les photos : Fabrice Leseigneur

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #13 sous une forme différente.
Le numéro 14 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. Strass et diamants, c'est très EnMagnum ? Pour une fois, oui.