Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



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lundi 4 août 2025

Rosé comme été (ma sélection)

 

L’été en remet une couche. C’est le moment de tout dire sur mes rosés de l’année.

Trois vins tranquilles dans une gamme colorielle croissante, du plus pâle au plus dark. Et un champagne.

 

 

Le plus tendre, c’est le rosé du Clos du Caillou, fin producteur de splendides châteauneuf-du-pape. Un vin épatant, à l’image du reste de la production maison, la bouteille de 75 cl est trop petite, il faut le magnum.

 

Un poil plus dense en couleur, voilà le rosé Rosumarinu du domaine Sant Armettu à Sartène, Corse. Lui, c’est un vin joyeux, joli fruit, de la complexité assez, bonne longueur. On peut aussi s’intéresser aux deux autres rosés de sant Armettu, Mino (entrée de gamme) et Myrtus (haut de gamme).

 

Enfin, tout sévère dans son rose profond, sombre, très claret, c’est Lezèr, un vin du Trentin Haut-Adige dans le nord de l’Italie, à la frontière autrichienne, une merveille produite par la star des Dolomites, Elisabetta Foradori. C’est le plus nouveau pour moi. Je connais cette étiquette depuis longtemps, jamais trouvé à Paris, jamais bu auparavant, il a fallu que je me téléporte chez un traiteur italien d’une zone commerciale de Vannes pour voir cette bouteille trôner dans les étagères. 22 euros, mettez m’en six. C’est un vin sans excès d’alcool, d’une couleur enthousiasmante, un vin profond, aromatique, d’une présence étonnante, il m’a fait penser à quelques grands clairets de bordeaux, à l’époque où on en produisait encore. En tous cas, mon préféré et gros carton chez les zamis du quartier, tous tombés dingues avec le commentaire obligé : « C’est de la grenadine pour adultes ». Pas tout à fait, mais bon.



Le quatrième vin est un effervescent, un champagne rosé haut de gamme dans toutes les acceptions du terme, c’est la Cuvée Autolyse Rosée de Le Brun de Neuville, la coop créative du Sézannais.

 

Et il y a les autres, ceux que j’aime toujours, que j’aime encore :

-       Le rosé de Marcel Richaud à Cairanne, si j'en trouve,

-       Le Fontenille rosé, un vin du Lubéron,

-       La cuvée La Chapelle du château Sainte-Roseline en Provence,

-       La cuvée Grand Deffand, lubéron 2017, du château La Verrerie,

-       Les Amandiers de Stéphane Usseglio, 

        L’un ou l’autre des rosés de Peyrassol, toujours avec plaisir,

        Le champagne rosé brut nature de Drappier,

-      D’autres encore, mais peu.

lundi 19 mai 2025

La boîte à superlatifs est ouverte 👏👏👏

 

 

S’il m’arrive d’être enthousiaste à propos de tel ou tel vin, très peu me conduisent à ouvrir la boîte à superlatifs. Qu’on ne confondra pas aveec ces mauvais communiqués de presse qui brandissent l’exagération faute d’avoir des idées ou même des choses à dire pour de vrai.
Moi, ce sont les pinots noirs de la maison Valentin Zusslin en Alsace que je tiens pour les meilleurs de l’appellation (et pas seulement). Et là, j’ouvre la boîte.
J’ai très vite compris que Marie Zusslin et Jean-Paul (son frère) étaient des sorciers et déjà, des gens faciles, de ceux qui portent leur talent avec la grâce de l’évidence. Du trio terroir – cépage – climat (la zone la plus sèche de France), ils produisent le mieux. La première cuvée rencontrée était Ophrys, des vignes de pied de coteau dont les jus sont passés sur les presses des grands pinots qui font leurs autres cuvées de la colline du Bollenberg, Neuberg et Luft. Ceci relevé d’une pointe de pinot gris (ou blanc, je ne sais plus). J’ai compris à quel point Jean-Paul Zusslin est, à mes yeux, le créatif le plus doué de sa génération. Et cette cuvée sublime est juste l’entrée de gamme du domaine. Alors, vite, on va voir les autres.
Celle de la photo est le parcellaire Neuberg dans le millésime 2016, un vin limpide, profond. Une fois de plus, je suis tombé de ma chaise devant une telle exécution dans un univers pourtant très disputé, le pinot noir de grand terroir. Chez Zusslin, une simple bouteille de 75 cl est désespérante, il faut le magnum, il le faut. Ce vin vaut mieux que la plupart des bourgognes, même de belle origine et notoriété. Mieux que la plupart des pinots noirs de la Loire et, pourtant, il y en a de très grands. Évidemment, les pinots noirs exotiques de l’Oregon ou de New-Z s’alignent dans le sillage. Voilà.

Depuis, j’empile les bouteilles vidées avec mes amis et avec une belle constance. Et infiniment de plaisirs renouvelés sans jamais la moindre déception. Très peu de vins me laissent cette sensation. Et l’enthousiasme, c’est mieux quand il est mérité. C’est aussi de la gourmandise, je le confesse.
 

👏👏👏


Pour en savoir plus sur Jean-Paul et Marie Zusslin, clic

 

 

vendredi 10 janvier 2025

Petit millésime deviendra grand

 

On le sait, les petits millésimes ont mauvaise presse, les “amateurs” tordent le nez et ricanent. En général, ce sont les mêmes snobs qui ouvrent les grands millésimes au bout de deux ou trois ans. Ce qui est stupide, comme se tirer dans le pied. Si les grands millésimes méritent d’être attendus, les petits doivent l’être. Oh, pas très longtemps, une dizaine d’années suffit. Ils gagnent alors beaucoup. Je me souviens d’un 2007 de pape-clément bu vers 2017 avec Bettane et qui était parfaitement somptueux, très loin de l’avis général. Bien sûr, le sachant de base argumentera qu’il vaut mieux un grand vin dans un grand millésime qu’un petit dans un petit. Évidemment, pfff. Mais un grand vin d’une petite année, c’est bien aussi. J’ai bu ces jours-ci un angélus 2013 très émouvant en me disant qu’il aurait fallu attendre encore. Tant pis, dommage. J’aimerai bien que tous les grands millésimes d’autres grands domaines soient de cette tenue.

Le petit millésime a des vertus. On les retrouve souvent dans les Foires aux vins à des tarifs angéliques. Les restaurants les aiment parce qu’on peut (quand même) les servir plus jeunes que les grands millésimes. Pas besoin de les attendre vingt ou vingt-cinq ans. Je dis ça pour les plus âgés de mes lecteurs, sans plus d’ironie. Mais, cher vieux camarade, si tu achètes de grands 2022, que tu as l’âge d’en avoir les moyens, ils seront à leur apogée pour tes 95 ans. T’es sûr ? Non, ben non.

Cela dit, les petits millésimes contemporains ont plus de chance que leurs prédécesseurs. Avant, les vignerons dépendaient follement de la qualité du millésime. Il y avait en général un grand millésime par décennie (années 50, 60, 70). Et le vigneron tirait la langue et le diable par la queue. Aujourd’hui, les vignerons ont mille astuces pour estomper l’effet du millésime, à la vigne comme au chai. Ils disposent d’un meilleur bagage technique, d’une expérience plus large acquise plus tôt (stages, voyages), d’un accès à l’information facilité, d’un partage élargi avec leurs confrères, d’une assistance des autorités mieux renseignée, de consultants de talent.
Le résultat est là pour le plus grand profit des amateurs que nous sommes.
Buvons des petits millésimes, apprenons à les attendre un peu, soyons heureux avec ça. En attendant les grands.

 


Gros plan sur l'étiquette du château La Création,
le pomerol bien mené par Yseult de Gaye


 

 

mardi 18 juillet 2023

"Dark rosé is the new red"

 



Le rosé est pluriel comme tous les vins, comme la mode, cette comète fugace. Pour faire simple, cette couleur anime deux clans, deux populations qui ne se fournissent pas dans les mêmes rues, les mêmes boutiques.

D’un côté, H&M, Zara, les baskets et les rosés ultra pâles que le grand public adore en croyant sottement que la pâleur du vin le garde de l’alcool. En même temps, comme dirait l’autre, on est content de voir les Français signer une réussite bas de gamme et mondiale. Ce n’est pas si fréquent. Nous, d’habitude, c’est plutôt Dior et Hermès. Cela posé, pondérons ce propos et considérons le succès des rosé pâles et chers voire très, un haut de gamme coûteux pour des vins savamment élaborés à la manière de ce que livre le groupe Moët-Hennessy avec ses propriétés provençales (Galoupet, Esclans, d’autres à venir). Il va de soi que le grand groupe n’a pas investi dans le segment des vins rosés pour faire de la figuration avec des bouteilles à cinq balles.

De l’autre, APC, agnès b., Weston et les rosés de couleur soutenue, les “dark rosés” qui enchantent les amateurs. Deux expressions d’une couleur qui n’ont rien en commun. Ni les saveurs, ni les couleurs, ni les prix. Pas même les méthodes d’élaboration. Moi, j’ai choisi mon camp depuis un moment, ce qui n’empêche pas des incursions dans le camp d’en face quand un caviste vous promet que et que, des monts et des merveilles, on se laisse faire, on essaye, on n’est pas obtus, pas toujours ravi non plus, mais quand même, parfois ça marche et même très bien (Fontenille, Triennes, par exemple).

“Dark rosé is the new red” (copyright Vincent Pousson, clap, clap, clap, c’est bien trouvé), le mot est juste, donne envie d’y croire, j’y crois. Faites pareil, ça change tout. La mode est faite pour partir dans tous les sens, tout le temps, à toute allure. Suivons ce mouvement. Pour une fois, c’est le bon.

On trouvera de très jolis dark rosés à Tavel, évidemment (Aqueria ou Dauvergne & Ranvier), on pense à Marcel Richaud (cairanne) et aussi au Roussillon (domaine des Mathouans), à la Champagne (Drappier, Le Brun de Neuville), à Bordeaux (le clairet du Clos Dubreuil), l’Italie (Foradori), la Suisse (Chappaz). Et il y en a d’autres.

La prochaine fois, nous nous intéresserons aux rouges pâles. Dark rosés, rouges pâles, le monde avance. Ben oui.

 

 

lundi 5 juin 2023

Un été rouge

 

Trois vins. Trois prix. Trois provenances. C’est l’été des rouges. Pas question aujourd’hui de grands crus, de gros tarifs. On veut du léger, mais du goût. On veut des arômes, mais des surprises. En voilà. 


Moins de vingt euros

Domaine Andrée, l’Envolée, IGP val-de-loire 2015.

Le cépage est le grolleau noir, ici assemblé à du grolleau gris. On n’en boit jamais du grolleau. On a tort, c’est très bon, très friand, structuré sans excès. On ne touche pas assez le grolleau. Le millésime est bien abouti, les tanins fondus, les arômes déployés, les amis ravis. Et c’est un vin rare, un vin d’Anjou, une production confidentielle et un vin bio. Il ne lui manque rien. Andrée est le prénom de la grand’mère du vigneron.

 

Moins de douze euros

Stéphane Usseglio, Les Amandiers, Vin de France 2021.
On connaît la famille Usseglio qui signe des châteauneufs-du-pape de bonne venue. Là, c’est un vin de France. Dans la plus permissive des appellations françaises qui autorisent treize cépages, pas moins, Stéphane Usseglio en a assemblé cinq.
Grenache, clairette, syrah, mourvèdre, classiques de l’appellation et merlot qui n’est pas autorisé, la cuvée passe donc en Vin de France. C’est un vin aux tanins très polis, ample, goûteux, un « petit » rouge de grand Rhône sud. Un régal.

 

Moins de dix euros

Château de Montfrin, Montfrin-La Tour, IGP coteaux-du-gard 2021.

Le grand domaine du château de Montfrin produit toutes sortes de vins dignes d’un intérêt renouvelé et des huiles d’olive de grande qualité. Ce La-Tour est une entrée de gamme très bien élaborée, un joli jus d’une belle fraîcheur. Un assemblage syrah-grenache classique de la région, amusé par une touche de cabernet-sauvignon. Le vigneron est créatif. On veille à l’ouvrir deux heures avant de passer à table et on s’intéresse aussi au rosé de la même gamme. Et à ce prix-là, tu te dis que personne ne te prend pour un pigeon, c’est agréable.

 







D’ici la fin de l’été, nous en verrons d’autres sur ce blog.

 

 

mercredi 22 juillet 2020

Il y a la France et qui pourrait s’en passer

Sur le noble front du monde en marche, le tableau est un peu noirci. La conjoncture, dit-on. Dieu merci, il nous reste un très beau marché national. Il est temps de s’en souvenir



 Dans les allées de Vinexpo, ce salon professionnel désormais parisien, avant la grande dépression. Le président d’une belle maison de Champagne me souffle à l’oreille que l’ambiance est morose. En cause une conjonction de soucis qu’on appelle la conjoncture. Par exemple, dans la phrase : « La conjoncture est mauvaise ». Les menées de la justice américaine, commencées en 2004, ont abouti à une augmentation des droits de douane US de 25 % ad valorem, c’est moins sûr aujourd’hui dit-on, un peu plus de confusion. Le Brexit plonge dans le noir la vision des exportateurs français. La situation politique à Hong Kong rend difficile les projections des mêmes sur cette plaque tournante du commerce mondial du vin. L’épidémie du coronavirus partie de Chine continentale complique encore l’affaire. Oui, il y a de quoi couiner. D’autant que certains chiffres indiquent une baisse déjà nette des exportations. Tentons de ré-éclairer la scène en bougeant un peu l’abat-jour.

 Aux États-Unis, la taxe à 100 % est abandonnée. Satisfaction. Il semble aussi que le président américain cherche à calmer le jeu en raison, notamment, d’une levée de boucliers de la filière Vin locale. Que le président français fasse preuve du minimum de diplomatie que requiert la fonction et nous pourrions faire un grand pas en avant, puisque nous ne sommes pas au bord du gouffre. Le Royaume-Uni entre dans sa nouvelle souveraineté à pas comptés et on sait déjà que rien ne changera pendant un an au moins. Et rien n’indique qu’une catastrophe douanière s’annonce. Au pire, ce sont les exportateurs suisses qui joueront le rôle de passeurs de vin. Hong Kong jouit d’une sorte de statut de port franc pour le plus grand profit de la Chine. Même si un million de contestataires s’offusque à raison des visées hégémoniques du pouvoir central, on voit mal le PolitBuro pékinois se priver des avantages considérables d’une telle place de marché mondiale. Et pas seulement pour le vin. Cela dit, les nouvelles les plus récentes sont pour le moins alarmantes. Reste le virus. Personne ne peut dire quand et comment les choses vont s’apaiser. Pourtant, nous pouvons faire confiance aux scientifiques mondiaux lancés dans une recherche effrénée, ils vont forcément trouver une parade, un vaccin, une idée. Sinon, la catastrophe sera mondiale (l’est déjà ?) et nous allons tous mourir en finissant nos dernières bouteilles. Non, ça n’arrivera pas puisqu’on ne veut pas.

 Rien dans ce sombre tableau n’indique un désamour soudain pour le vin français. Il est, chacun le sait, un modèle pour le monde et personne ne pourrait s’en passer. Ni à New-York, ni à Londres, ni à Shanghai. Les constitutions de stocks élargis ici et là, en attendant des jours plus lisibles, en sont la meilleure preuve. Et il y a ce pays qui aime tellement nos vins, ce peuple réfractaire qui est prêt à absorber de belles parts de notre production, la France. Sous réserve, naturellement, qu’on le laisse assouvir cette passion joyeuse et ancienne. Ainsi, la batterie de lois et règlements qui entravent son expansion naturelle auprès de consommateurs dédiés feraient bien d’être revus de fond en comble et c’est bien ça le vrai combat à mener, mieux qu’une énième demande de subventions ou autre fond de soutien, ce réflexe victimaire ridicule. Qu’on cesse d’entraver les producteurs dans leur légitime désir d’être plus et mieux connus en approchant plus facilement leur public. Que les multiples administrations et leurs différentes panoplies de règlements coercitifs la jouent simplificatrices au lieu d’ajouter chaque fois une couche de plus au millefeuille des contraintes. Que, pour faciliter l’exportation, les services concernés aident l’exportateur de vins et spiritueux au lieu de lui mettre mille bâtons dans les roues. Qu’enfin on traite le producteur en ami de l’humanité et non plus en dealer de drogue comme voudrait nous le faire croire les déconstructeurs prohibitionnistes de l’ANPAA et consorts.

 Forts de quoi, notre ami le vignoble pourra se pencher sans arrière-pensée sur une nécessaire remise en cause de ses pratiques. Commencer à s’intéresser au marché national au lieu de le traiter par-dessus la jambe. Je me souviens de ce négociant bordelais qui expliquait à quelques journalistes rassemblés pour la Semaine des primeurs que ce millésime (le 2005) n’était pas pour les Français tant il était réussi, donc cher. Ça, c’était avant, vieux. Saluons le retour au premier plan de l’amateur français. Créons pour lui la batterie d’outils qui lui permettront de s’intéresser à nouveau à ce paysage bacchique unique au monde. Oui, Bordeaux compris. Partout, l’œno-toursime progresse, c’est bien, ce n’est pas suffisant. Inspirons-nous des réussites des uns et des autres, les wine-clubs californiens, les bars d’amateurs londoniens, les dîners à thème des Chinois, etc. Pour passionner un public de béotiens, tous ces gens ont trouvé d’excellentes idées. Pour reconquérir un public conquis, il suffit sans doute de donner un peu plus. Et que dire des e-boutiques des domaines ? Certaines cartonnent, d’autres prennent la poussière. S’il y a peut-être un grand Satan, il y a sûrement des petits bras. Pourtant, la vente aux particuliers sur internet a tous les avantages, cumul des marges et connaissance de sa clientèle. La calinothérapie appliquée à l’amateur n’est pas la pire des solutions. La France demande du vin, plus de vins, plus de moments de vins. Pour le plaisir, pour honorer sa culture, pour garantir ses paysages, son art de vivre, son identité. Identité ? C’est le moment de plonger, les gars, le thème est porteur.




Le titre de cet article a été inspiré par celui du dernier livre de Juliette Tournand : "Il y a la mer et qui pourrait l'épuiser"

Cet article a été publié sous une forme différente dans le numéro 19 de EnMagnum, en vente chez votre marchand de journaux en ce moment et jusqu'à la fin août. Prochain numéro le 4 septembre.

lundi 22 juin 2020

Les rosés de l'été qui commence (mon Top 5)

Longtemps, je me suis compté dans les rangs de la petite troupe lamentable qui voulait que les rosés ne soient pas des vins. C’est une longue visite au domaine de la Bégude, à Bandol, qui m’a décillé. Là, Guillaume Tari m’a fait goûter des rosés surprenants, dont un qui avait douze ans d’âge. Ce qui distingue un grand vin d’un petit, c’est sa capacité à durer. Nous y étions. Plus tard, j’ai découvert quelques merveilles en côtes-de-provence, à Peyrassol notamment, mais pas seulement. Les rosés bio de Château Gassier ont fait le job aussi. J’ai commencé alors à en conserver en cave et aujourd’hui, pour mon plus grand plaisir, je bois des rosés qui ont entre deux et dix ans d’âge. Parfois, ça ne marche pas, certains vins n’ont pas tenu la distance aussi courte soit-elle. La plupart du temps, je débouche des splendeurs. Voilà mon Top 5 du moment, à ce stade de l’été balbutiant.



Château La Verrerie, cuvée Grand Deffand, lubéron 2017
On ne va pas se tortiller, nuancer, se demander si. Ce rosé est le meilleur que j'ai eu la chance de boire en ce début de saison post-traumatique et c’est tout. D'abord, c'est un 2017. Un rosé bien élaboré gagne à vieillir, même deux ans. L'assemblage syrah-grenache est classique et l'apport du bourboulenc, cépage blanc, lui donne un peu plus d'acidité et de corps. À la fin, une merveille. C'est idiot, je n'en avais qu'une bouteille. Il a fait un tremplin épatant pour le pinot noir d'Alsace qui suivait, un magnum de la cuvée Ophrys comme seuls les Zusslin sont capables d'en produire. On y pense aux accords vin-vin ? Non ? On devrait. Ce grand-deffand est fait par Valentine Tardieu au château La Verrerie, dans le Sud-Lubéron, propriété de la famille Descours (Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck, Weston, Bonpoint, etc.). Tardieu ? Vous avez dit Tardieu ? Oui, Valentine est la belle-fille du grand Michel Tardieu et, donc, la femme de son fils qui suit les traces de son père. Une famille qui sait faire du vin.
21 euros sur chateau-la-verrerie.com/fr/e-boutique






Chante Cocotte, la Cocotte rose, IGP Pays d'Oc 2017
C’est le très joli rosé de mon cher Régis Franc, plus connu pour avoir été une star de la bande dessinée, époque Lauzier, Martin Veyron, L’Écho des savanes, Pilote, etc. Depuis une petite dizaine d’années, il produit du vin sur les pentes douces au pied de la montagne d’Alary dans les Corbières, un paysage qui l’a vu naître et grandir. Il se trouve que parmi ses cuvées, le rosé a tapé dans l’œil de quelques grands restaurateurs qui lui trouvent toutes les qualités et, singulièrement, celle de s’accorder à merveille avec un grand foie gras. Je n’y aurai pas pensé, mais Antoine Pétrus y a pensé à ma place et le sert ainsi chez Taillevent. Je fais pareil. Un vin aromatique, délicieusement acidulé, persistant. Toute la fraîcheur requise, même au creux de l’hiver.
15 euros sur chantecocotte.com/boutique



Château Bonnange, Rosé de province, bordeaux 2017
Cette bouteille éclatante m'enchante pour trois raisons. Un, c'est bon, très bon, un bordeaux rosé bien fait par l'équipe du Château Bonnange. Deux, la couleur est adorable dans sa densité plus intéressante que les pâleurs des rosés de plagistes. Trois, le nom me fait mourir de rire. Rosé de province, le jeu de mots est là et il est bien envoyé. Hélas, il est mort, les tenants de l'appellation Rosé de Provence ont eu sa peau. Ça rigole pas. Ils ont mangé du pangolin ou bien ? Un peu d'humour, les gars. Comme si les 1 500 bouteilles de ce rosé de province pouvaient faire de l'ombre aux 180 millions de cols produits par notre chère Provence. Tsss. Je vais donc tirer ce bouchon, c'est ma dernière bouteille. Il n’y en aura plus. Regrets.


Château Sainte-Roseline, La Chapelle, côtes-de-provence rosé 2014
Un rosé de garde. Oui, de garde. Un 2014. Là, par exemple, j'aurai pu lui accorder quatre ou cinq ans de plus, vous savez bien cette irrépressible envie de tirer les bouchons des vins quand ils sont bons, déjà bons, bons tout le temps. C'est La Chapelle, la cuvée ++ du château Sainte-Roseline, vers Lorgues en Provence. Un très bel endroit, cette chapelle qui abrite la momie de Sainte-Roseline, un peu étrange, mais ça se visite. Les vins sont faits par Aurélie Bertin, elle se pose des questions sans cesse sur l'avenir et le développement de sa propriété. Et elle fait très bien dans les trois couleurs. Elle aura du mal à vendre ses 2019 cette année, comme tous les producteurs de Provence et j'ai une pensée très affectueuse pour eux en espérant fort qu’aucun ne reste sur le carreau et que l'été libéré compensera un peu ce terrible début de saison.
22,90 euros sur boutique-sainteroseline.com


Mas Llossanes, côtes catalanes rosé 2016
C’est un vignoble tout juste sorti de l’oubli par un jeune couple de vignerons, engagé, volontaire. Nous avions rencontré Solenn et Dominique Genot en Toscane où ils dirigeaient Caiarossa, de très jolis vins dans un décor à peu près biblique, le genre d'endroit en regardant bien, tu vois passer Jésus entre les vignes et les cyprès. Là-haut, dans leur nouvel endroit en appellation côtes catalanes, dans la montagne, le plus haut vignoble du Roussillon, ils font des vins précis et fins, loin des épaisseurs sudistes. Ce rosé de cinsault est une réussite, tonique, fraîche et fruitée. Allez hop, dans mon Top 5 du moment. Pas étonnant qu’ils aient été distingués par le concours AdVini/SupAgro.
10 euros


Château Mangot, rosé, bordeaux 2018
Une bouteille de rosé de Bordeaux, de Saint-Émilion précisément. Elle nous arrive du château Mangot, les frères Todeschini, des jeunes gens qui s’y collent avec infiniment de travail et de talent. C’est très bon, suave et sympa, c’est le bordeaux nouveau dans sa modernité qui nous enchante, tu regardes la bouteille et tu vois le bleu du ciel. Plus de détails dans le dernier EnMagnum, le numéro 19 enfin en vente chez votre marchand de journaux, un sujet sur le bordeaux nouveau.
13 euros sur châteaumangot.fr

Comme souvent dans les Top 5, voilà six bouteilles. Pas un seul 2019, gardez les vôtres pour l’été prochain. Prix mentionnés à titre indicatif. Souvent ces prix sont assujettis à des quantités minimum (carton de 6 ou de 12, etc.)

vendredi 1 décembre 2017

Le vin suisse de Caroline Frey, c'est fait

L’histoire
Les Grains blancs de mon jardin secret 2016, c’est la volonté de Caroline Frey de s’extraire deux minutes de ses responsabilités dans l’entreprise familiale au Château La Lagune, haut-médoc, au Domaine Paul Jaboulet Aîné à Tain-L’Hermitage et Corton C. en Bourgogne. Elle a acquis 1 200 m2  au creux des Alpes du Valais en Suisse, loin de tout, difficile d’accès, le coteau est raide, en terrasses, non mécanisable. Elle a choisi de tout faire seule, des premiers coups de sécateur ou de pioche jusqu’à la mise en bouteilles. Un splendide isolement, une quête peut-être, le goût de l’effort et celui de l’aboutissement, le désir de signature. Ce qui est cohérent avec l’idée d’un vin d’auteur. J’ai acheté quatre bouteilles. Une pour tout de suite, une pour garder, une au cas où et une pour être sûr. J’ai trouvé ça via le site Chais d’œuvre dont les sélections affolent toujours plus d’amateurs passionnés, ce qui exige d’être assez vif quand les ventes apparaissent sur le site. Là, Chais d’œuvre dispose d’une allocation de cent bouteilles.

Le vin
C’est un vin blanc sec, mais pas à ce point. Il s’agit d’un assemblage de petite arvine, de chasselas et de sylvaner. J’ignore dans quelles proportions, mais comme dirait Jean-Michel Deiss : « On s’en fout. L’important, c’est qu’ils soient ensemble. » J’adore. Seulement 500 bouteilles ont été produites.

Le verre
D’abord, le bouchon. Du haut de gamme, du beau bouchon bien long qui me rassure sur l’avenir de mes trois autres bouteilles. Du bout du nez, on plonge dans un bouquet de fleurs complexe et flatteur, d’une fraîcheur qui donne soif, qui change dans le verre à toute allure, c’est la marque des vins d’auteur quand ils sont réussis. Et l’originalité de cette cuvée n’est pas la moindre de ses qualités. En bouche, c’est un assemblage très fin de citations multiples. Promenons-nous dans les goûts. On voyage beaucoup dans le suave des chardonnays bourguignons, la tendresse de la clairette du Rhône (chez Colombo, par exemple), le rolle qui roule sous la langue et d’autres encore, plus mystérieuses.
(Je n’en suis qu’à la page 1 du livre des cépages suisses. J’ai goûté des chasselas épatants sur le coteau de Lavaux, à côté de Lausanne et, une fois avec Catherine Le Conte des Floris, un blanc sec signé par la célèbre Marie-Thérèse Chappaz. Bref, je n’ai à peu près jamais bu de vins suisses.) 

Moins le vin est froid et plus la bouche bourguignonne s’affirme. D’une certaine manière, la bouche confirme le nez et tout ça est très plaisant, sans tension excessive et avec une pureté réjouissante qui met en valeur la fine sucrosité issue, j’imagine, de la petite arvine. Est-ce alpin ? En fait, ça ne ressemble à rien de connu (de moi) et j’attends avec impatience les commentaires des grands sachems du métier. Histoire de valider ou de confronter des sensations. Et j’attends aussi de goûter l’évolution sur une période significative.


La parcelle de Caroline Frey

Rappelons que si tous les vignobles Frey dont elle a la charge sont menés en bio, son jardin suisse est en bio-dynamie.

L’interview de Caroline Frey en 2016 quand elle a acheté la parcelle (clic).


mardi 23 mai 2017

Crise de pinot

C’était il y a deux ans environ, je préparais un voyage en Orégon en sifflant avec conscience et méthode le petit stock d’un restaurant que j’aime bien, l’Écailler du bistrot, rue Paul-Bert à Paris. Des pinots noirs de la Willamette (une AVA de l'Oregon, donc) en provenance d’une winery au nom italien, Montebruno, des sélections parcellaires d’une exécution particulièrement pinot noir. C’est-à-dire des vins assez pâles, pas follement tanniques, très buvables, voire torchables comme on dit dans les salons de vins alternatchifs. Des vins à 13° d’alcool quand même, mais équilibrés assez pour que ça ne se sente pas. C’était bien, j’aurai pu rester rue Paul-Bert.

Et puis il y eut l’Oregon et huit jours d’immersion dans toutes sortes de barriques de pinot noir. Les Drouhin, bien sûr, avec une préférence pour les Roserock 2014. Mais aussi ceux de Jean-Nicolas Méo (Nicolas & Jay), ceux conseillés par Louis-Michel Liger-Belair (Chapter 24) et d’autres, plein d’autres. Dont quelques millésimes anciens extraits des caves de Domaine Drouhin Oregon (ce 1998 de bonne venue) et de moins anciens (environ dix ans) découverts sur les cartes des vins des restaurants de la Willamette, Nysa a été un gros coup de cœur, millésimes 2004 et 2007. Et tous ceux rencontrés grâce à Véronique Drouhin et, particulièrement, les grandes bouteilles de Josh et Caroline Bergstrom, venus un soir en voisin assister à la Paulée de Dundee.
À ce stade, j’étais pris.
De retour en France, j’ai mis en œuvre une vaste étude des possibilités immenses du marché, étude qui dure encore. En passant par les pinots noirs d’Italie, le Riserva Mazon de Hofstatter dans le Haut-Adige, les pinots noirs de Sancerre du domaine Vacheron et ceux, incroyables, des frère et sœur Zusslin en Alsace. Et des bourgognes, évidemment, à la recherche de vins que je ne connaissais pas. J’ai été conquis par les sélections parcellaires du château de Chamirey à Mercurey (en-sazenay 2014, époustouflant) ou l’adorable irancy de Clotilde Davenne qui contient, je crois, un peu de césar en plus du pinot noir. Puis ceux de François d’Allaines que je connaissais déjà, mais que je regoûte avec infiniment d’attention. De tout ça, j’ai fait des emplettes pour ma cave. On les reverra, mais pas tout de suite. Et puis, il en reste tant et tant à goûter. La Nouvelle-Zélande, déjà et la Suisse. Et ceux de la côte est des États-Unis, les Finger Lakes, je suis sûr que c’est bien.

Tout ça pour dire et témoigner de la production du Clos des Fées. Là, Hervé Bizeul a planté du pinot noir, « on en est à la quatrième feuille », j’ai acheté des 2015 l’hiver dernier et l’autre après-midi, j’ai été goûter son 2016. Réussite totale. Finesse, arômes, légèreté (ou équilibre), un vin brillant et limpide, tu recraches pas, t’en veux encore, magique, j’en achèterai aussi. Malgré un nom à coucher dehors, limite embarrassant que, bien sûr, je n’ai pas retenu ou même retrouvé sur le site du domaine. Pas grave, je le passerai en carafe, de toute façon.

On croyait le pinot noir voué aux vignobles septentrionaux
et voilà qu'il va bien dans le sud.

En lire plus sur les pinots noirs d'Oregon, c'est ici (clic)

lundi 6 février 2017

Un effervescent à base de nebbiolo, c'est rare



C’est un vigneron de Serralunga d’Alba, au cœur du Piémont le plus désirable. Il s’appelle Rivetto. Jusqu’ici, je connaissais Giorgio Rivetti à l’enseigne de La Spinetta, de très jolis vins. Là, c’est Rivetto. Il s’avance précédé d’une grosse réputation, mais d’une notoriété toute petite. Un petit tour sur internet m’apprend qu’il se prénomme Enrico. Comme tous les viticulteurs qui cultivent du nebbiolo, à un moment donné, il coupe le bas de la grappe pour concentrer les baies du haut. C’est comme ça que le nebbiolo se porte le mieux, paraît-il. Sûrement puisque c’est le haut de la grappe qui fait le barolo.


Ce petit logo apposé au bas de l’étiquette explique
qu’il s’agit des raisins du bas des grappes. 

Un beau matin, il s’est dit que ces queues de grappe étaient à un point de maturité idéal pour faire un effervescent, spumante en italien. J’adore cette idée qu’on ne laisse pas perdre, que tout est bon dans le cochon, tout ça. Son effervescent tout neuf, il l’appelle Kaskal, c’est donc un raisin noir vinifié en blanc, comme ailleurs les pinots, et c’est dégorgé en extra-brut, c’est-à-dire sans beaucoup de sucre ajouté. Et vous savez quoi ? C’est bon comme tout, d’une finesse certaine, avec des arômes de figues, de camomille, des choses italiennes, l’austérité légère, mais de la générosité. Un internaute m’a appris que ce « champagne du Piémont » est une tradition qui remonte au XIXe siècle, ce que j’ignorais. Renseignements pris, ce n’est pas si clair. L’effervescent piémontais ainsi qualifié était issu de raisins blancs et était très doux, il devait s’apparenter au frizzante, moins effervescent que le spumante. Ce qui ne ressemble en rien à cet extra-brut joliment élaboré à la champenoise qui nous occupe ici.

C’est le caviste Soif d’ailleurs, rue Pastourelle dans le Marais qui m’a recommandé ça, il m’a aussi vendu un pinot noir du Palatinat en roulant des yeux extatiques, nous verrons cela un autre jour. Ce monsieur est spécialisé dans les vins étrangers que tu connais pas et moi non plus, il a des trucs dingues jamais croisés avant, c’est pas super bon marché, mais c’est là et il y a des vins à presque tous les prix quand même.
Paris est une fête.

dimanche 17 janvier 2016

Buveur d’étiquettes




Sur le podium des champagnes croisés ces jours-ci. Très bon, très fin, très classieux. En plus, la parcelle s’appelle La Croisette, hein. Faut-il le boire avant un La-Rochelle du Château du Moulin-à-Vent ?



Sottement ouvert deux ans trop tôt. Au moins. Une parcelle plantée il y a plus d'un siècle et demi. Franc de pied, donc. Romorantin, c’est le cépage. Pucelle ? Je ne sais pas. C’est Thierry Desseauve qui a trouvé le nom m’a raconté Henry Marionnet. Qu’en conclure ? ;-)



Ce Brim’ extra-brut est dosé à deux grammes/litre. C’est très bon, comme toujours.
(i had a brim, mais là, il est vide) (private joke).



En magnum. Il s’appelle Mosaïque parce qu’il est le résultat d’un assemblage bien fait d’une multitude de parcelles. Un rosé très aromatique bien composé issu de la coopération.



Ce clos-liebenberg est un effervescent d'une grande élégance et finesse issu de raisins cultivés en bio-dynamie par une famille présente sur les coteaux d’Orschwihr depuis des générations. Ma deuxième bouteille, une deuxième merveille. Il faut aussi que je vous raconte un magnum de pinot noir par le même Zusslin. Une autre fois.



En magnum. Il vient des vignes du domaine Faiveley, grande maison de négoce nuitonne. Très grande bouteille dans un grand millésime (2002), belle émotion.



À quoi reconnaît-on un grand vin ? Entre autres, au fait qu’il est meilleur le lendemain. C’était le cas de cette cuvée dite de prestige issue de la coopération. Esprit couture ? Sûrement  :-)



Beau doisy-daëne offert par une amie chère dans un millésime qu’on voit rarement passer. Très bon moment. Bue sur quatre ou cinq jours. Indispensable sauternes.


lundi 14 septembre 2015

Le challenge pluie - plaisir

Les pluies torrentielles du samedi ont fait place aux pluies diluviennes du dimanche. Devant ma fenêtre, l’avenir est sombre. Réagir. Ne pas laisser la mélancolie nous envahir. Voilà trois bonnes idées pour gagner contre le spleen des dimanches de pluie.
- Un champagne rosé : la cuvée « Sourire de Reims » de la maison Henri Abelé, un pur jus de griottes avec des bulles fines, le haut de gamme des sensations, très belle réussite. Bouteille de 75 cl largement sous-dimensionnée. Quand c’est très bon, passez au litre, messieurs.
- L’admirable meursault-perrières de la maison beaunoise Joseph Drouhin. Une promenade aromatique hors pair sur une trame parfaite dans le beau millésime 2005, un blanc sec et voluptueux à l’envi. Un vin de lumière.
- Une bouteille inhabituelle en provenance de Château Montus, la cuvée 2 000 jours, millésime 1994, adorable vin follement bordelais, précis, ample, somptueux de texture. Un jour de 1994, Alain Brumont, roi du tannat, a eu l’idée de laisser vieillir une part de sa production pendant six ans (2 000 jours à peu près) dans du bois neuf pour célébrer l’an 2000. C’est Chambas qui a fait l’étiquette en forme de fenêtre sur le contenu de la bouteille. Castelbajac est annoncé sur la contre-étiquette, mais je n’ai pas compris ce qu’il avait fait.
Le lundi matin, il pleuvait encore. Comme quoi.

Henri Abelé, cuvée Sourire de Reims, champagne rosé 2008

Joseph Drouhin, meursault-perrières premier cru 2005

Château Montus, cuvée 2 000 jours, 1994


mercredi 15 juillet 2015

Mes huit premiers rosés de l’été
(d’autres viendront)

L’été, le rosé. Ceci posé, qu’est-ce qu’on boit ? Des rosés mûrs. Comprendre des vins ayant passé au minimum un an à fond de cave. Pour la grande majorité d’entre eux, c’est mieux. Ou plus, quand les vins le permettent (les bandols, surtout). Un contre-exemple, un seul.



D’abord, deux vins se détachent nettement des suivants pour des raisons presque opposées. Le premier, c’est la-bégude, bandol, dans le millésime 2009, cette couleur sublime. Cinq ans à l’ombre lui ont fait le plus grand bien, plus encore aurait été formidable. Pour avoir bu des la-bégude de plus de dix ans, je confirme avoir été un peu impatient, mais quel vin. Sur la même marche, l’épatant commandeur-de-jarras, dans le millésime 2014. Lui, il est prêt tout de suite et, comme tous les bons vins, pourra s’attendre paisible. Ce vin est issu de vignes plantées franc-de-pied, dans le sable, au ras des vagues de la Méditerranée. C’est un rosé unique, d’une profondeur et d’une fraîcheur sans équivalent.


Viennent ensuite le rosé 2012 de la Ferme des Lices, à Saint-Tropez. Pour tous les détails sur ce vignoble étonnant, c'est ici (clic). L’autre est Chêne Bleu, un lubéron assez splendide dans le millésime 2011, une dentelle d’un grand raffinement, bien apaisée par trois ans de cave.



En levant ce troisième rideau, dévoilons quatre vins qui joue dans la même cour. Celle qui compte les rosés frais, agréables, voire même carrément sympas, mais pas au-delà. C’est déjà beau, me direz-vous. Il s’agit de la chapelle-gordonne 2014, de la chapelle-sainte-roseline 2011, de vignelaure 2012 (qui méritait sans doute un peu plus de patience, un an) et de la-coste 2013. Certains sont plus gourmands, d’autres plus aromatiques, d’autres plus persistants, mais ce sont peu ou prou des vins semblables à défaut d’être identiques.
D’autres viendront (oui, dont pibarnon et des bordeaux rosés)




samedi 27 juin 2015

De loin, on dirait une bouteille de champagne


De loin.

Et toi, ami lecteur, tu ne vas pas te laisser tromper par une illusion d’optique. Tu t’y connais. Approchons-nous. Le champagne, le bourgogne, le pinot noir, tout ça n’a plus aucun secret pour toi. Et un coteaux-champenois, ça te parle ? Autrefois, on disait champagne-nature, mais rassure-toi, il y a quand même des sulfites, un peu, pour que tu ne joues pas à pile ou face chaque fois que tu tires un bouchon. C’était (déjà) un détournement sémantique.
Le coteaux-champenois est une appellation de Champagne. C’est un vin rouge tranquille issu, donc, du pinot noir et uniquement. La beauté d’un bourgogne quand il est beau, la fraîcheur d’un champagne de belle origine. Ce vin vient de chez Philipponnat, la maison de Champagne. Il est issu de ses propres vignes de Mareuil dont, pas tous les ans, les raisins deviennent du clos-des-goisses, la cuvée parfaite de la maison. Et c’est un enchantement. Mais pas plus de mille bouteilles, autant dire rien.

De près.

Il y a longtemps, dans les brasseries parisiennes, on en buvait souvent. On appelait ça du bouzy, du nom du village de la vallée de la Marne qui produit d’admirables pinots noirs. Et puis, l’habitude a passé, le Parisien est volage. Moi, j’ai toujours continué à en boire un peu, j’en achetais chez des vignerons de Bouzy ou de Cumières. Certains mettaient un temps fou à s’ouvrir, à devenir aimables. Et puis ce vin était confronté à un problème compliqué. Au lieu de faire du champagne avec ses pinots, le vigneron fait du rouge. Mais, bien sûr, pour que les choses aient du sens, il faut le vendre le prix d’une bouteille de champagne sinon le vigneron y perd. Mais c’était beaucoup trop cher puisque la qualité n’était pas souvent à l’heure.
Aujourd’hui, le ton a changé et quelques-uns font très bien. Des vins chers et parfois pas trop, oui, mais superbes. Égly-Ouriet (19/20 dans le Guide Bettane+Desseauve, 105 euros), Bérèche (70 euros), Benoît Lahaye (un peu plus de 20 euros), Gonet-Médeville (36 euros) et, donc, Philipponnat (moins de 40 euros). Et, ne soyons pas oublieux de ce qu’on a tant aimé, Laurent-Perrier en ouvreur à l’époque. Je crois qu’ils ont arrêté la production de coteaux-champenois comme tous ceux qui font beaucoup de rosés. En Champagne, c'est surtout le rosé qui tue le coteaux-champenois, ce produit rare, cette curiosité que je recommande chaudement.    
Ce sont des vins très aromatiques, floraux, énergiques, parfois un peu plus complexes que ça et le plus souvent très bons. La concurrence frontale avec les grands pinots de Bourgogne fait un peu passer la pilule du prix. D’ailleurs, allez lire ce que Bettane pense du coteaux-champenois d’Egly-Ouriet (clic) pendant que je siffle paisible, heureux, épanoui même, cette quille de chez Philipponnat qui, hélas, n’est parvenue jusqu’à moi que sous un format de 75 cl bien trop court quand c’est très bon. Et 12 ° seulement, on en boirait jusqu'au bout de, etc. D'où l'importance du grand contenant. En magnum ? Oui.