Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



lundi 19 septembre 2022

Les mots qui fatiguent

En s’intéressant deux secondes au langage des haut-parleurs du vin (directeurs du marketing, attachés de presse de toutes natures, brand ambassadors, journalistes), on se rend compte que le vignoble est un débutant de la communication. C’est la règle, quand on commence, on reproduit ce qui s’est fait. Mettons qu’il n’y a nul besoin de repartir d’aussi loin en empruntant un langage des plus datés. Le meilleur exemple est l’infernal « cuvée de prestige ». Prestige ? Mais de quoi, de qui ? Ce mot usé jusqu’à la trame en devient transparent, c’est-à-dire invisible, inutile, bientôt laid. Ce n’est pas le seul.

ADN, dans la phrase : « L’ADN de la maison, c’est le pinot noir (ou le chardonnay, etc.) ». Mais non, mon garçon, l’ADN de ta maison, c’est la marge nette, rien à voir. Un mot pour un autre, la mise en perspective d’univers qui ne se croisent pas, c’est une hérésie. Sauf chez les ampélographes.

PASSION, dans la phrase : « Le succès de la maison, c’est la passion » (parfois raccourcie en « une équipe de passionnés »). Là, on touche le fond de l’hypocrisie. C’est juste un truc pour passer la main dans le dos des salariés (qui n’y croient pas), du conseil d’administration (qui trouve ça très bien), des syndicats (qui espèrent y trouver un avantage).

TOUTE SA PLACE. Un néo-classique. Le dernier qui m’a fait rire, c’était dans une phrase destinée à justifier une étiquette aussi ennuyeuse que ratée : « Une étiquette qui laisse toute sa place au vin ». Bon, déjà, on ne comprend rien. On se demande comment ça fait une étiquette qui ne laisse pas toute sa place au vin. Mais on voit bien l’intention, le foutage de gueule en rangs par deux, l’abscons érigé en lever de soleil, le mot pour rien.

PRÉSERVER LE FRUITÉ. Devrait se dire d’un vigneron qui ne fait pas le boulot, qui veut des vins vite vendus, vite bus, assurer la trésorerie, vider le chai. Comme le rappelait l’inénarrable Jacques Lardière (Louis Jadot, à Beaune) : « Ce n’est pas le fruité qui nous rendra plus intelligent ». Oui, Jacques, merci pour cette piqûre de rappel. Préserver le fruité, c’est juste la page 1 du livre. Se souvenir de quelques autres bonnes idées infiniment plus intéressantes et qui emmènent le vin bien plus loin, la complexité est un bon exemple.

MINÉRALITÉ, dans « une belle minéralité ». Le minéral, c’est la pierre. Oui, mais laquelle ? Il y a un monde gustatif entre la craie de Champagne, les micaschistes de la Côte-Rôtie, les galets roulés de Châteauneuf-du-Pape, les argiles bleues (ou pas) de Pomerol, les graviers de Pessac, etc. Se féliciter d’une minéralité dans son vin, c’est au mieux une grosse paresse.

LA LIGNE DE BASE. Chaque marque a la sienne, placée en bas des annonces de publicité, sorte de résumé banal et mal foutu de la “philosophie” (voir plus bas) de la maison. En général, on n’apprend rien. Parfois, le chef des mots d’une marque enrichit le propos. Je me souviens d’un garçon que j’aimais beaucoup et qui avait fait mes débuts dans le champagne. Il disait : « Mon champagne commence où les autres s’arrêtent ». J’ai mis un moment avant de comprendre qu’il n’y avait rien à comprendre, que ça n’avait aucun sens. Il a fait école, pourtant.

PHILOSOPHIE. Chaque maison de vin n’a pas la sienne. Elles ont toutes la même, à un poil près, une variation conceptuelle de rien du tout. Où il est question, pour faire vite, de rigueur au chai et de plaisir dans le verre. Arrêtez de bailler, on va tous s’endormir. Le plus souvent, cette philosophie est assénée d’un ton pénétré, attention, on entre dans le sérieux. Soupir, lassitude.

JAMAIS, dans la phrase : « Je ne vendrai jamais le domaine ». Trois semaines après, c’est fait. Ou trois mois, peu importe. Quand on commence à regarder des rumeurs se propager, il y a anguille sous roche. En fait, tout le monde comprend pourquoi et je crois que la plupart des gens s’en foutent. Chacun a le droit de disposer de son bien, surtout à ces prix-là. Il y a mille bonnes raisons de vendre, autant d’acheter, aucune de s’en cacher.

DISRUPTIF. Le concept inventé par un publicitaire dans les années 1980 (ou 1990) faisait déjà rire les créatifs des agences de pub de l’époque. Dans le mondovino, il fait plus peur qu’autre chose. Qu’est-ce qu’un vin disruptif ? Pardon, je n’ai pas la réponse. Un vin qui s’affranchit des codes ? T’es sûr d’en vouloir ? Pas moi.

EXCEPTION. Par exemple « un terroir d’exception », cas typique du truc qui n’existe pas en soi. Ou « un vin d’exception ». Là, on voit un peu mieux de quoi il s’agit, sauf qu’employé à tort et à travers le caractère exceptionnel s’étiole, perd sons sens exceptionnel, justement.

IDENTITÉ. Le nouveau mot pour dire étiquette. En général, c’est raté. Les egos conjugués des uns et des autres (on leur a demandé un pur-sang, ils produisent un chameau), le “j’menfoutisme” des studios de création (ça ne changera rien à la facture), le mépris pour ce qui existe (on en voit même qui vire les particules des noms des marques. Pourquoi ? Pour faire peuple ?), tout ceci fait des ravages. Une identité, ça ne se construit pas comme ça, les gars. Il y faut du temps, de la constance, du talent, de l’argent.

TOSCANE. C’est un fameux influenceur qui a répertorié sur Instagram le nombre de “Toscane(s)” que comptent nos paysages français. Elles sont du Lauragais, du Beaujolais, du Rhône, du Gers, du Vaucluse, de l’Hérault, d’Auvergne, d’autres encore et plus, au bon vouloir des syndicats d’initiative ou viticoles. D’habitude, quand on lâche un Toscane dans la conversation, tout le monde s’évanouit de bonheur. Là, non.

BIO. DURABLE. PLANÈTE. Inutile de développer, on se comprend (voir EnMagnum#28).

PROMETTEUR. Se dit de mars à juin de la récolte du mois de septembre d’après. La foi du charbonnier, sûrement. Ou la boule de cristal de Madame Irma. Variante sur le même thème : « On a eu peur, mais… »

« NATURE ». S’emploie toujours avec des guillemets, on voit bien pourquoi. Un vrai modèle de détournement sémantique. Heureusement qu’il y a des vignerons qui n’y croient pas du tout et qui travaillent pour chasser le naturel au galop. Ce qui nous évite le vinaigre, le cul du poney et la pomme blette. Merci à eux.

AUTHENTIQUE ET SINCÈRE. Dans la phrase « Un vigneron authentique qui produit des vins sincères ». Un sommet. Qu’est-ce qu’un vigneron authentique ? Un gars qui est né dans les vignes ? Ce qui exclurait toute une population de néo-vignerons qui, pourtant, font un bien fou au paysage viticole français. Autre chose, peut-être, mais quoi ? Et un vin sincère ? Un vin qui croit ce qu’il dit ? Eh, oh, stop.

RUCHE. Il arrive que tel domaine convoque la cour et la campagne pour annoncer qu’il a posé trois ruches en bout de rang. On peut aimer le miel tant qu’on veut, la vigne n’est pas une plante mellifère. C’est juste pour dire que les vignes ne sont pas traitées ? Même pas sûr que ce soit une preuve.

Il va de soi que j’utilise parfois quelques-uns de ces mots qui fatiguent alignés plus haut. Nonchalance intellectuelle, faiblesse de vocabulaire ? Personne n’est parfait.

dimanche 4 septembre 2022

C’est le moment d’acheter des vins rosés

Triennes, le rosé de Provence dAubert de Villaine

 

Acheter du rosé aujourd’hui pour l’été prochain est un bon mouvement. Voire pour les étés d’après. Avec un peu d’exigence, on n’achète pas n’importe quoi. Un rosé de bonne venue mérite d’être attendu au moins un an ; ceux-là, au moins deux ou trois. Voici ce que je vais mettre en cave pour les étés qui viennent.

Des vins de grands vignerons, plus connus pour leurs rouges et/ou leurs blancs admirables, ne me paraît pas une idée sotte. J’en ai choisi cinq plus un, après avoir longuement goûté leurs productions les plus récentes et évalué leurs respectifs potentiels.

 

Le roi des chouchous de l’été 2022

C’est Marcel Richaud et son rosé en Vin de France. Une magnifique recommandation de mon caviste préféré (Les crus des vignerons à Auray) assorti d’un commentaire explicite : « Ambiance Tavel ». C’est pile l’idée, exactement ce que j’aime. La densité dans la couleur, de la matière, une aromatique complexe. Du vin, quoi. Pour mémoire, Marcel Richaud est le grand homme de l’appellation cairanne, qui lui doit à peu près tout.

Le rosé de Marcel Richaud

 

Les autres

- Un superbe rosé de syrah de la maison Coursodon, plus connue pour ses saint-joseph. Pâle de couleur, mais pas trop. Fort en arômes, il s’appelle Rose et Mauve puisque les Coursodon sont installés à Mauves.

 

- Montfrin-La Tour, le « petit » rosé du château de Montfrin, dans le Gard vers Remoulins. Pour huit euros, un joli jus tenu en couleur, de la matière, une rusticité élégante, un vin de campagne chaude. Il nous arrive d’un grand domaine de vignes et d’oliviers. Tout ce qui en sort est d’une parfaite exécution et lisibilité. J'adore la finesse de ses rouges de grenache.

 

- Un beau rosé chez les Usseglio à Châteauneuf-du-Pape. Pas loin d’avoir tout bon, celui-là. La cuvée Les Amandiers, toute de subtilités.

 

- Le fin, le joli rosé de Triennes, le vignoble provençal inventé par Aubert de Villaine (domaine de la Romanée-Conti) et Jacques Seysses (domaine Dujac). La simple lecture des noms de ces deux producteurs de vins d’exception donne des frissons. On n’imagine pas que ces deux artistes se réunissent pour faire des vins moyens. Le vin est là, très réussi, treize euros.
 

Le rosé de Jérôme Coursodon  

 

Le rosé de Jean-René de Fleurieu

 
Le rosé de Stéphane Usseglio

Dans un registre différent, mais encore dans l’univers du rosé, un vin unique produit à cent bouteilles seulement, le claret de la Villa Cocotte, la gamme accessible de Chante Cocotte. Le vignoble de Régis Franc à Fontcouverte n’en produira plus, il doit bien en rester deux ou trois bouteilles sur la boutique du site. Douze euros, on se précipite. C’est une sorte de clairet à la bordelaise, très dense en couleur, un vin adorable dans un registre « grenadine pour les grands ». Il aurait fallu l’avoir en magnum, mille magnums. Hélas.

 

Le claret de Régis Franc
  

À mes yeux, ces six bouteilles sont armées pour un, deux ou trois ans de cave avant d’être à leur apogée.

 

Les photos sont extraites de mon compte Instagram
@nicolasderouyn
 

 

 

lundi 22 août 2022

Mes magnums (174)
Au bonheur des champagnes rosés

 

Joseph Perrier, Cuvée Royale, champagne brut rosé



Pourquoi lui

Multiplier les champagnes rosés, histoire de faire comprendre que le style des maisons de Champagne varie de l’une à l’autre. Les champagnes ne sont pas moins bons chez les uns ou chez les autres, ils sont différents. Si j’osais, je dirais que le champagne est pluriel. Mais non, je n’ose pas. La famille Fourmon, descendante des créateurs de la marque, se succède aux commandes. C’est Benjamin Fourmon qui s’y colle, maintenant, sous l’œil attentif et bienveillant de son père. Déjà, tout change.

 

Avec qui, avec quoi

Pour moi, un grand champagne rosé est surtout un plaisir apéritif. D’autres le conjuguent avec certains desserts, comme la pavlova. Pourquoi pas ?

 

Combien et combien

100 euros.

Nombre de magnums non communiqué. Très champenois, ça.

 

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve

Beau fruit charmeur et complexe, avec des notes de poivre fin originales et pures, notes de fraise savoureuses s’associant à des touches d’orange sanguine, allonge souple, croquant, finesse et persistance.

 

 

mardi 2 août 2022

Mes magnums (173)
La biodynamie à Saint-Émilion

 Château Fonroque 2019, saint-émilion grand cru

 


 

 

Pourquoi lui

L’âme chercheuse d’Alain Moueix s’accorde bien aux principes de la bio-dynamie dont il a été le pionnier, ou l’un des, sur le plateau de Saint-Émilion. Ce garçon, la tête chercheuse de la pureté des vins, réussit millésime après millésime des vins de terroir quels que soient les aléas météorologiques auxquels il est confronté. Une sorte de modèle pour le voisinage.

 

Avec qui, avec quoi

Fonroque est un vin stylé marqué par sa fraîcheur, ce n’est pas si fréquent. On le servira à des convives également regardants avec ce qui les entoure. Le style est d’abord un style de vie.

 

Combien et combien

78 euros.

Nombre de magnums tenu secret, on se demande pourquoi.

 

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve

Vin expressif par son velouté, sa bonne longueur et sa finale souple et fraîche bien dans le ton de ce que l'on attend des vins du domaine.


lundi 25 juillet 2022

Mes magnums (172) Retour en grâce d'un blanc de Provence

 Château Malherbe, Grand vin blanc 2020


Pourquoi lui

Le retour en grâce de ce vignoble est proprement spectaculaire. En quelques millésimes, tout a changé et un vin solaire, difficile et banal est devenu un vin rare, excellent et très bien fait. Comment ont-ils fait ? Je vous donne la recette en confidence. Du travail, du talent et du travail. Quelques moyens et beaucoup d’exigence. C’est trop facile à la fin de collectionner les superlatifs.

 

Avec qui, avec quoi

Pas la peine de cacher les défauts (il n’y a pas de défaut) sous une couche épaisse de gastronomie à la provençale, ail, fines herbes et exagération. Préférez la finesse dans l’assiette, ce vin est fait pour ça. Il récolte une grosse note dans le Nouveau Bettane+Desseauve, ce n’est jamais par hasard.

 

Combien et combien

99 euros.

67 magnums.

 

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve

Il s’affiche avec beaucoup de style. Complexité, longueur en bouche, bâti sur un beau volume raffine qui fait penser à la peinture classique japonaise. Un vin assez incroyable qui saura vieillir avec classe.

95

mardi 19 juillet 2022

Mes magnums (171) Un gevrey-chambertin
pendant que c'est encore possible

Domaine Jean-Louis Trapet, Ostrea, gevrey-chambertin 2020

 


 

 

Pourquoi lui

Trapet, de Bourgogne et d’Alsace, c’est un modèle dans tous les compartiments du jeu. La cuvée Ostrea est un assemblage de quatre parcelles, la plus vieille a été plantée en 1913, sur le coteau de Brochon pour un total d’un peu plus de deux hectares. En somme, une sorte de démonstration de ce que devrait être un bon gevrey-chambertin. Et en bio-dynamie, puisque ça se passe comme ça chez les Trapet, vignerons engagés.

 

Avec qui, avec quoi

La texture racée du vin appelle une gastronomie solide. Bourguignonne, par exemple, ce qui tombe bien.

 

Combien et combien

170 euros.

600 magnums.

 

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve

Vient d’être mis en bouteille. Pas encore dégusté. Note et commentaire à retrouver dans le Nouveau Bettane+Desseauve 2023.

 

 

mardi 12 juillet 2022

Mes magnums (170) Un champagne rosé,
artistique, contemporain

 

Champagne Ruinart, Rosé - Collection Claude Viallat

 


 


Pourquoi lui

Mille raisons. Le vin, bien sûr. Et aussi, l’engagement de Ruinart avec l’art contemporain. Tout est bien joué depuis le premier jour, du casting des artistes aux exécutions dédiées. Chaque fois, le vin illustré devient un collector, le genre de destin dont chaque producteur rêve, qui va au bout de ses rêves ? Ruinart y va avec constance et talent. En soi, cette démarche mérite toute sa place dans nos pages. Quon aime ou pas cette expression contemporaine na aucune importance. Ce qui compte, cest quelle existe.

 

Avec qui, avec quoi

Faut-il le boire ou l’exposer dans une vitrine climatisée ? Moi, je le garderais quelques années en pièce maîtresse de ma cave. Sinon, c’est un champagne brut particulièrement soigné et il tient son rang à l’apéritif ou avec une entrée raffinée, des fruits de mer de la même couleur, par exemple.

 

Combien et combien

900 euros.

50 magnums.

 

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve

Couleur framboise chatoyante. Le nez en développe ce parfum associé à la chair de fraise juste écrasée, justesse et pureté d'un mélange grenadine. La bouche traduit ce juteux et cette chair transparente jusqu'à quelques tonalités cerise et salivantes que souligne le chardonnay. Que du fruit.


lundi 4 juillet 2022

Hubert de Boüard : « Il faut aller plus loin »

Hubert de Boüard est un vigneron devenu vinificateur, devenu media darling. Parfois pour de mauvaises raisons. Attaqué de toutes parts, il a d’abord ses vins pour répondre aux injustices qui lui ont été faites. Et sa déjà longue histoire sur le terroir qui l’a vu naître. Quelque chose de très authentique. Nous avons parlé surtout de la terre

Hubert de Boüard dans le chai de son château Angélus



Vigneron de naissance ?
Je suis né au milieu des vignes d’Angélus, pas à la clinique ou à l’hôpital. J’ai grandi au milieu de ces vignes, parmi les vignerons. C’était mon quotidien, mon terrain de jeu. On peut dire que je suis vraiment un enfant de la balle. Ça ne veut pas dire qu’on est meilleur que les autres, mais je connais ce métier depuis que je suis gamin. À la maison, je mangeais ce que mon père adorait aller ramasser dans le vignoble : les baraganes qui sont des poireaux des vignes, de la doucette qui est de la mâche, des asperges sauvages, etc. La vie de vigneron, je l’ai vécue. Mon père était dans ses vignes. J’allais avec lui.

Pas question de faire autre chose ?
Le premier sujet, c’est la vigne, avant même que le vin ne soit là. J’ai commencé à y travailler, ça faisait partie de ma vie, de la vie de tous les jours et je ne concevais rien du vin que cela pouvait donner. Petit à petit, je me suis aperçu que cette vie était dans les gènes de notre famille. Ce territoire est ancré en moi, nous sommes une famille de vignerons présents à Saint-Émilion depuis plus de 200 ans. Quand on a compris ça, on se rend compte que ces ceps de vigne que nous taillons font vraiment partie de notre histoire. Pendant longtemps, c’était le seul gagne-pain de notre famille. Ce qui lui permettait de manger.

Il a pourtant fallu vous imposer à Angélus
Cette prise de conscience de l’environnement dans lequel je me trouvais a grandi avec moi. J’ai eu la chance d’étudier la viticulture. Ce n’était pas évident à l’époque et assez rare dans nos familles. Quand je suis revenu à la propriété, j’ai compris ce qui n’allait plus dans nos pratiques, cette forme d’industrialisation avec laquelle on conduisait le vignoble. Une prise de conscience et un conflit avec mon père. Même si l’on travaillait la terre, on utilisait beaucoup trop d’engrais ou on traitait dix fois dans l’année contre les araignées. Mon père n’avait pas appris, il n’avait pas eu de formation. Quand j’ai commencé à m’interroger sur ces pratiques, on s’est retrouvés tous les deux dans une forme de confrontation, dans un choc de cultures, de générations. Je ne pouvais pas lui en vouloir, personne ne lui avait enseigné le peu que j’avais eu la chance d’apprendre. J’ai donc décidé de m’entourer et, d’une certaine manière, de faire marche arrière. L’idée était d’intégrer la vigne dans notre environnement quotidien. Tel que je le concevais, cela signifiait simplement pouvoir sortir dans les vignes quand je le voulais, ne plus avoir à me soucier des traitements, manger à nouveau les doucettes. Donc, on a fait machine arrière. Il y a trente ans, nous avons réintroduit des typhlodromes, qui sont des prédateurs de l’araignée, et des coccinelles. À l’époque déjà, nous étions en avance sur la confusion sexuelle. D’une certaine manière, sans le dire, nous intégrions à notre réflexion cette notion d’environnement biologique.

Parlons-en de l’environnement, justement
Je me suis posé beaucoup de questions sur ces changements. Où va-t-on ? Comment y aller ? Si je n’ai jamais eu envie de produire des quantités énormes, il faut quand même avoir un peu de volume. Comment le faire tout en respectant tous ces sujets environnementaux ? Est-ce qu’on est dans le juste ? L’idée n’était pas de travailler avec du cuivre pour faire vingt-cinq passages dans l’année au lieu de quinze. Les solutions proposées sont encore peu nombreuses. Surtout, sont-elles plus vertueuses ? Est-ce qu’on peut faire mieux ? L’agroforesterie, par exemple, est une démarche intéressante. Je crois que ce n’est pas suffisant. Il faut aller plus loin. Essayer, au moins. Cela dit, planter un arbre dans les vignes présente tout de même de sérieux risques. Certains vignobles sont totalement contaminés par les arbres, notamment les pêchers, qui y ont été plantés pendant cinquante ans. Tout le système racinaire des vignes est un nid à nématodes, certains sont infectés par des virus qui engendre de la panachure ou du court-noué. C’est un vrai sujet dans les vignobles anciens. Nous pouvons comprendre les haies, canalisées en dehors des zones de plantation. Les arbres au milieu des vignes, nous n’y sommes pas favorables.

Les couverts végétaux ?
Ils sont d’un grand intérêt dans la régulation de l’eau. À Bordeaux, on est plutôt protégé sur ces questions, avec des pluviométries plus que suffisantes. Les couverts sont aussi vraiment intéressants sur les problèmes d’humus et de renouvellement naturel des sols. Ils permettent d’éviter à certains moments des problèmes d’évaporation. Avec les couverts végétaux, même les jeunes vignes qui ne sont pas encore enracinées profondément souffrent moins. Ils conservent l’humidité et, de fait, protègent la faune du sol. Pour autant, sur ce sujet aussi, je suis persuadé qu’une pratique qui se généralise ou s’automatise devient rapidement excessive. Chez nous, on cherche à faire ce qui a besoin d’être fait, ce n’est jamais noir ou blanc. J’essaie d’aller au-delà du simple système, de la solution unique.

Au moins, tout le monde en parle.
Bien sûr, il y a une pression sur ces sujets. Prenons le cas des questions de densité de plantation et mettons-les en perspective avec les disponibilités d’eau dans les sols. Il faut avoir un peu de bon sens. Dans les sols peu pourvus en eau, si on plante 12 000 pieds à l’hectare, tout meurt. Il faut le savoir et prendre en compte l’ensemble des paramètres. À l’inverse, un sol hydromorphe est mortifère. Ce qui compte, c’est que la terre soit vivante. Pour qu’elle le soit, il n’y a pas de pratique meilleure qu’une autre. Aujourd’hui, voilà presque sept ans que nous sommes dans la démarche du bio. Je n’ai pas de regret, sans être pleinement satisfait. Cela nous a permis de progresser, d’avancer, de comprendre. Maintenant, c’est parfois une frustration parce que nous pensons que ce n’est pas suffisant. Nous ne sommes pas du tout au bout de ce chemin.

Aujourd’hui, place à une nouvelle génération. Pour pousser le bouchon un peu plus loin ?
Stéphanie, ma fille, m’a rejoint en 2012. Elle nous a bousculés dans nos convictions, dans nos pratiques. On voulait aller de plus en plus loin dans cette logique du bio. Je crois qu’il a fallu que nous n’ayons plus d’échappatoire, qu’on se dise qu’on allait au bout. On a décidé de se lancer dans cette aventure avec le château Bellevue, en 2016. Peu après, Stéphanie a souhaité qu’Angélus suive cette voie jusqu’à la certification. C’était beaucoup plus difficile. Bellevue possède un vignoble de 6,5 hectares d’un bloc sur une colline ventilée. Le vignoble d’Angélus est bien plus complexe en termes de parcellaire et, surtout, beaucoup plus grand. De mon côté, j’arrive à une période de ma vie où ceux qui m’ont accompagné jusqu’ici commencent à partir. C’est une période idéale pour reconstruire une équipe nouvelle formée pour ce projet.

 

Photo Mathieu Garçon

vendredi 1 juillet 2022

Je me souviens d’Émile Garcin

C’était un grand dîner dans sa propriété des Alpilles. Émile me prend à part pour me faire goûter un vin inconnu de moi, la Grange des pères, un vin rouge étrange, il me dit « Je n’ai qu’une bouteille, je ne peux pas servir tout le monde ». C’était la fin des années 1990, je ne connaissais vraiment rien aux vins, j’aimais ça beaucoup, il le savait.

À l’époque, j’assurais la rédaction d’un magazine immobilier haut de gamme du groupe Figaro, Propriétés de France. Émile Garcin était déjà un agent immobilier d'importance, il avait créé un grand réseau, il était le premier d’entre tous. C’est lui qui avait poussé les feux sur la notoriété de la Provence intérieure, loin des bords de mer très courus. Il avait littéralement inventé le Lubéron, les Alpilles. Les propriétaires vendeurs l’adoraient, lui qui avait fait grimper les prix pour leurs plus grands profits.

Émile Garcin m’avait appris la Provence, ses chemins secrets, ses lieux d’exception, ses mas et ses bastides, maisons chargées d’histoire, endormies sous le soleil et le ciel, la pureté des paysages, leur austérité bienvenue, la qualité du mistral, la lumière, les petites et les grandes légendes. Il m’avait permis, fort de son adoubement, de rencontrer des gens qui, soudain, me prenaient au sérieux. Je lui dois beaucoup. Il aimait follement son pays et le transmettait très bien. Il m’avait beaucoup aidé dans la perception des valeurs de cette terre.

J’ai appris sa mort avec infiniment de tristesse, on l’enterrait ce vendredi. 

Il reste les souvenirs en foule, nous en parlions avec Mathieu Garçon, le photographe qui m’a accompagné dans cette aventure, et depuis. Malgré la tristesse, nous nous racontions telle ou telle anecdote en riant, cet antidote. Mathieu, qui aimait Émile Garcin autant que moi, avait baptisé son second fils Émile, Émile Garçon. Il lavait raconté à Émile Garcin, ils avaient beaucoup ri.

Merci Émile pour tout ce temps passé et les très bonnes leçons distillées avec autant de légèreté que de raffinement, de discrétion que d’intelligence. Le monde aura du mal à se passer de vous, nous aussi.

 

Photo Mathieu Garçon, bien sûr



mardi 28 juin 2022

Les champagnes Joseph Perrier,
une génération plus loin

 

Entretien avec Benjamin Fourmon, président de la maison de champagne Joseph Perrier

Benjamin Fourmon sous les arcades de l'Hôtel de la Marine,
place de la Concorde à Paris


La Champagne compte trois maisons comportant le nom « Perrier » : Joseph Perrier, Laurent-Perrier et Perrier-Jouët. Sont-elles la partition en trois entités d’une même famille ?

Notre maison a été créée en 1800 sous le nom de Perrier Fils & Compagnie. Elle change de nom en 1825 et devient Joseph Perrier. Le plus vieux document juridique que nous avons retrouvé provient d’un K-bis de 1885. Une seule et même famille, deux entités différentes, Joseph Perrier et Perrier-Jouët. Le père de Joseph Perrier, François-Alexandre Perrier, avait un frère Nicolas qui a fondé Perrier-Jouët en se mariant avec Adélie de Jouët. Ces deux familles de la Côte des Blancs n’ont en revanche pas de lien exact et vérifié avec la maison Laurent-Perrier. Cette dernière a historiquement été fondée par la réunion d’un notable de la région, un monsieur Perrier, avec la maison de champagne Laurent, créant ainsi la maison Laurent-Perrier.

 

Un lien de filiation entre la famille Fourmon et Joseph Perrier ?

Les Fourmon descendent directement de la famille Pithois qui était celle de ma grand-mère. C’est par le rachat en 1860 d’une maison bordée de vignes, à Cumières, que Paul Pithois s’intéresse à la fabrication du champagne et échange avec Louis Pasteur en 1865 sur le procédé de stabilisation d’une mousse crémeuse. Il s’implante ensuite à Châlons-en-Champagne en 1888 par le rachat de la maison Joseph Perrier auprès de son cousin Émile Hermond-Perrier, fils de Joseph Perrier.

À la fin des années 1990, une partie de la famille de ma grand-mère a voulu vendre cette propriété et cette réorganisation capitalistique est restée familiale puisque nous sommes désormais associés avec nos cousins, les Thiénot.

 

Et vous, qui êtes-vous ?

Je suis Benjamin Fourmon, 36 ans, président de la maison Joseph Perrier à la suite de mon père Jean-Claude qui l’était lui-même après son oncle. Mon parcours n’a rien de celui d’un vigneron. J’ai choisi pour mes études une école de commerce pendant laquelle j’ai eu l’occasion de voyager, notamment en Chine. À la fin de cette école, je suis entré chez Accenture, cabinet de conseil américain.

C’est à l’occasion des 90 ans de ma grand-mère, Paulette Pithois, que mon parcours croise enfin celui de ma famille. À cette époque, je goûtais les champagnes de la maison sans rien savoir de leur élaboration. Ma grand-mère, dont je suis l’unique petit-fils et donc seul héritier de cette branche, m’a conseillé : « Benjamin, je sais que tu aimes boire du Joseph Perrier, ce ne serait pas idiot de savoir comment on le fait ». Suite à cette parole d’évangile, je m’inscris à Avize pour préparer mon brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole et viticole à distance, pendant mes deux dernières années chez Accenture (2013 et 2014). Ce dernier est nécessaire pour acquérir la capacité d’exploiter, c’est-à-dire d’être gérant d’une société civile d’exploitation viticole.

Je n’avais pas prévu d’entrer chez Joseph Perrier dès la fin de mon contrat. Mais après quatre ans chez Accenture, j’avais envie d’autre chose. Je suis donc allé consulter le conseil d’administration de la maison pour discuter de mon intégration. Nous avons établi ensemble un programme sur six ans, avec plusieurs étapes nécessaires. Je ne connaissais pas le métier de la vente. La première consistait à aller frapper aux portes pour vendre les champagnes Joseph Perrier dans les restaurants parisiens. Cette confrontation à la réalité du terrain m’a permis de prendre conscience de mes faiblesses et de les travailler.

Une expérience à l’étranger pendant deux ans. De retour en France, je me suis installé avec ma famille à Reims. C’était une période de transition pendant laquelle j’ai effectué ce que mon père ne voulait plus faire, la finance, les ressources humaines. Il est parti à la retraite en décembre 2018 en m’accompagnant un an de plus.

Je suis agréablement surpris par sa capacité à me laisser la liberté dont j’ai besoin, qui est sans doute due à sa belle intelligence. Sa parfaite connaissance de chacun de nos clients l’inclut encore dans les décisions stratégiques et je lui demande toujours conseil.

 

Vos études vous ont d’abord orienté vers la finance et le consulting stratégique. Une première carrière financière utile dans votre travail aujourd’hui ?

La finance n’est évidemment pas un passage obligé lorsque l’on veut travailler dans la filière viticole. Je me suis rendu compte que cela me permettait d’être plus rapide sur certaines décisions. Une maison de champagne reste une entreprise, il est important de savoir lire un bilan, un compte de résultats et ne pas être désarmé face aux décisions financières ou de gestion.

Les maisons de champagne sont également largement tributaires des banques sachant que 50 à 60 % de nos stocks sont portés par ces dernières, et mon profil financier les rassure plus que celui d’un commercial, ils sont souvent contents d’avoir en face d’eux quelqu’un qui parle la même langue.

La période que l’on vient de vivre nous a prouvé que les mouvements économiques sont aujourd’hui très violents et qu’il est important de savoir s’orienter grâce à des compétences de gestion financière.

 

Joseph Perrier, combien de divisions ?

La maison produit aujourd’hui entre 700 et 800 000 bouteilles par an, avec un objectif à 2030 d’un million de bouteilles pour 30 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’arrivée en 2017 de Nathalie Laplaige, notre chef de caves, va dans ce sens. Nous travaillons ensemble pour réaliser cet objectif, avec la certitude cependant que nous n’irons jamais au-delà. Cette maison reste donc réservée à des petits volumes de grande qualité.

Notre vignoble en propre compte 23 hectares et nous nous approvisionnons sur environ 80 hectares. Le vignoble est aujourd’hui 100 % certifié, avec sept hectares en agriculture biologique depuis 2016 et le reste en viticulture durable en champagne. Au niveau des approvisionnements, nous avons la volonté d’accompagner nos livreurs à une certification même si ce chemin est plus complexe.

Notre horizon le plus important, celui qui sort des chiffres et des montants, est le bicentenaire de la maison en 2025. J’y travaille depuis que je suis arrivé avec de beaux projets liés à cette célébration.

 

 

Décrivez-nous le style des vins de la maison

La Cuvée Royale brut non millésimé porte à merveille le style de la maison Joseph Perrier qui s’apparente à un champagne frais, agréable et fin, avec une belle minéralité accompagnée d’une acidité toute aussi agréable. La finale citronnée relève encore la fraîcheur de ce champagne qui peut se boire à n’importe quel moment de la journée.

On retrouve dans cette cuvée les caractéristiques des trois cépages propres à la Champagne : la minéralité du chardonnay, la puissance du pinot noir, le fruit du meunier.

Nous conservons la tradition des 48 mois de vieillissement en cave pour la Cuvée Royale brut. Ils apportent une touche fruitée, une rondeur délicate que nous aimons trouver dans nos vins. Le dosage côtoie l’extra-brut avec une teneur en sucre comprise entre cinq et six grammes par litre de vin.

La fermentation malolactique n’est pas une composante intangible du style des champagnes de la maison, notre chef de cave Nathalie Laplaige y réfléchit chaque année au moment de la dégustation pour choisir si cette étape garantira ou non l’équilibre du vin.

 

Ce changement de présidence au sein de la maison Joseph Perrier s’accompagne d’un changement de génération, ce qui n’est pas le cas dans toutes les maisons de Champagne. Quels sont les objectifs d’un président de 36 ans ?

Mon objectif principal est d’être un « passeur de temps », d’assurer la continuité d’une maison riche de 200 ans d’histoire, de culture et de viticulture. Je ne travaille pas pour moi, mais pour la suite.

Je me dois de relever le plus gros challenge auquel les producteurs de vin font face aujourd’hui, produire l’excellence en étant irréprochable dans la gestion du vignoble. Les défis sont nombreux, le durable est au cœur des préoccupations, il faut penser économie circulaire, écologie, pour répondre aux attentes des consommateurs.

Alors que les générations passées associaient les enjeux écologiques à une perte de rentabilité, je suis fier d’appartenir à une génération qui ose faire autrement, qui étend le champ des possibles de la vinification. Nous apportons une vision moderne au sein d’une société, dans laquelle le chef d’entreprise se nourrit de la voix de tous ses collaborateurs pour parvenir à une activité propre, durable, visionnaire.

Le but ultime : être neutre en carbone, dans les vignes, dans le chai et réduire nos déchets et notre consommation d’eau. Cette vision presque surréaliste nous permet néanmoins d’avancer vers la durabilité, de conférer à chaque pas son importance.

 

Joseph Perrier est la seule maison de Champagne à Châlons-en-Champagne

Nous avons toujours voulu continuer à Châlons-en-Champagne, une idée de mon père Jean-Claude qui voulait que la maison reste ici quoi qu’il arrive. Pour confirmer cette pérennité, nous avons entrepris des travaux considérables dans les bâtiments, les jardins et la cour.

Cette motivation n’était pas sans raison. Nos caves gallo-romaines de plain-pied ne cessent d’attirer les visiteurs.

Je préfère être le roi à Châlons que l’un des petits princes ailleurs. Cette position exclusive nous confère une légitimité et une reconnaissance plus difficile à acquérir en d’autres lieux. De plus, notre position au confluent de la Marne est finalement stratégique puisque nous sommes plus proches d’Ambonnay qu’Épernay ne l’est. Notre triangle d’or à nous relie donc Châlons à Epernay et Reims.


 

Les photos sont signées Mathieu Garçon