Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



lundi 16 mai 2022

Mes magnums (166)
un saint-émilion pour l'exemple

 

 

Château Monbousquet 2019, saint-émilion grand cru classé


 


Pourquoi lui
D’abord, nous respectons intensément Gérard Perse pour l’ensemble de son œuvre depuis son arrivée à Monbousquet en 1993, puis à Pavie quelques années après. D’un passé d’entrepreneur, il a conservé tous les bons réflexes. Un exemple ? Pas de turn-over du personnel. Un collaborateur ne quitte jamais Gérard Perse, c’est bon signe, ce n’est pas pareil partout. Du terroir de Monbousquet, il tire depuis près de trente ans le meilleur à chaque millésime et ce 2019 ne fait pas exception à la règle qu’il s’est imposée.

Avec qui, avec quoi
C’est un vin puissant qui vieillira avec une belle harmonie. Ce serait ballot de tirer le bouchon trop tôt. Ce 2019 doit rejoindre les meilleurs casiers de votre cave. Oubliez-le une dizaine d’années, il vous le rendra au centuple. D’ailleurs, c’est la règle avec quasiment tous les grands bordeaux.

Combien et combien
110 euros.
1 200 magnums.

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve
Un style expressif qui repose sur le fruit et un tannin velouté savoureux, on apprécie l’accent fumé final qui relance bien la bouche.
93

mercredi 11 mai 2022

Les NFT classés 1855

 

Le fait

La maison Bouey, important négociant bordelais, s’installe dans le commerce 3.0 en offrant à sa clientèle l’opportunité d’acquérir des crus classés 2021 via des NFT.

Qui ?

Bravo à Bernard Magrez (La Tour-Carnet, Pape-Clément) à Laurent Fortin (Dauzac), à Laure Canu (Cantemerle), à Jean Merlaut (Gruaud-Larose), à Matthieu Bordes (Lagrange), à Silvio Denz (Péby-Faugères, Lafaurie-Peyraguey). Ils jouent le jeu avec un sens de l’opportunité contemporaine qui les honore. Ensemble, ils sautent dans la grande piscine. Normal, l’eau est bonne.

Pourquoi faire ?

Évidemment, dis comme ça, on ne saisit pas ce qui distingue une vente sous NFT d’une vente classique puisque les vins ne sont disponibles que deux ans après l’achat. L’intérêt d’être propriétaire d’un NFT au lieu d’une simple facture comme preuve de propriété, c’est la capacité à le revendre avant d’avoir reçu les vins. Le spéculateur gagne du temps. Et comme la propriété touche un pourcentage sur chaque revente, la propriété commence très vite à augmenter son chiffre d’affaires sur un vin déjà vendu et ça, c’est très malin et une bonne façon de se prémunir contre les aléas du commerce. Pour les vins qui connaissent de longues carrières aux enchères, c’est la garantie de faire profiter le producteur de la spéculation, c'est assez moral. Avant, le vigneron voyait passer les grosses marges en s’agaçant de ne pas y toucher. Une excellente manière aussi de gérer ce qu’on appelle le marché gris en sachant toujours où sont les bouteilles et qui en dispose.

Et pour l’amateur ?

L’avantage est triple. D’abord, c’est le dernier du jeu qui échange ses NFT contre les bouteilles. Celles-ci n’ont pas fait trois fois le tour de la planète avant d’être, enfin, ouvertes. Avantage induit, la garantie de provenance. Puisque les bouteilles sont livrées par le château, l’amateur est tranquille. Pas de risque de contrefaçon. Enfin, l’empreinte carbone est réduite à son plus petit dégât. Un seul voyage du chai à la cave de l’amateur. Et sautent les bouchons.

Pourquoi seulement six châteaux ?

Il se trouve que la maison Bouey est la première à se déclarer. Bravo. Ne pas nous prendre pour des lapins de six semaines. On se doute bien que chacun des acteurs importants – ou pas – du vignoble français fourbit ses armes. Des Rothschild à Hervé Bizeul, tous les vignerons qui disposent de neurones en bon état et des volumes nécessaires, même faibles, nous préparent quelque chose. Il faudrait être singulièrement aveugle et sourd pour ne pas comprendre la qualité des enjeux.

 



mardi 10 mai 2022

Mes magnums (165) Ce saint-émilion est une apparition dans le ciel des amateurs

Château La Marzelle 2019, saint-émilion grand cru

 




Pourquoi lui
Les 14,5 hectares de la propriété sont déployés dans le voisinage de Figeac, à l’ouest de Saint-Émilion et la famille Sioen, propriétaire de La Marzelle, en tire le meilleur possible. Cette étiquette moins connue est à découvrir d’urgence. Comme beaucoup de ses pairs, pas tous, La Marzelle est lancé dans la course à l’excellence avec de très sérieux atouts. « Les millésimes récents sont superbes », assurent les experts Bettane+Desseauve. Moi, plus légèrement, j
adore la sobriété de létiquette avec sa typo historique et stylée.

Avec qui, avec quoi
Avec son toucher de bouche velouté, presque déjà tendre, il se livrera peut-être plus rapidement que d’autres. Avec quelques heures d’aération en carafe, on peut déjà le considérer à table. Sans doute est-ce dû à l’élevage en jarres de terre cuite, pour partie, qui préserve le fruit avec bonheur.

Combien et combien
94 euros.
3 300 magnums.

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve
73 % de merlot, 20 % de cabernet franc et 7 % de cabernet-sauvignon composent l’assemblage final de ce 2019 au tannin déjà enjôleur, avec un fruité à la fois pulpeux et crémeux doté d’un jus intense, élancé et subtil. C’est une belle réussite.
93

lundi 2 mai 2022

Mes magnums (164) Le saint-émilion le plus discret (ça change)

Clos Dubreuil 2016, saint-émilion grand cru 


 

 
Pourquoi lui
Benoît Trocard, issu d’une famille de propriétaires de vignobles bordelais depuis quatre siècles, a créé de toutes pièces ce pas-si-petit vignoble qui compte à ce jour 8,5 hectares sur les hauteurs du plateau de Saint-Émilion. Il travaille très bien, très propre, et vend à bon prix une bonne part de sa production aux États-Unis. Il produit aussi un second vin rouge, un blanc de chardonnay et un clairet, tous d’une belle gourmandise. Bref, tout ceci ressemble à un gros succès.

Avec qui, avec quoi
Comme tous les grands saint-émilion (oui, c’en est un), c’est un vin de longue garde, surtout dans ce millésime. On ne lui connaît qu’un seul défaut, un déficit de notoriété malgré les louanges adressées par la plupart des grands dégustateurs du monde, Robert Parker en tête. Rien de grave, le temps fera son œuvre. Comme pour le vin.

Combien et combien
192 euros.
673 magnums.

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve
Ample, épicé en attaque, ce vin se construit sur sa texture charnue de milieu de bouche et sur sa finale épicée.

lundi 25 avril 2022

Grosses notes et commentaires automatiques

96 sur 100, c’est plus que 92. Fort de l’imparable constat, un petit troupeau de dégustateurs a flairé la bonne affaire et s’est engouffré dans la porte laissée entrouverte par le retrait en pleine gloire de Robert Parker.

 

La chasse aux primeurs est ouverte.

Avril 2022. Bordeaux présente au monde ébahi son millésime 2021. Une étape indispensable dans le système particulier de la mise en marché des vins des appellations désirables. Très bien, chacun ses méthodes. Que le vin ne soit pas prêt à être jugé n’a que peu d’importance, c’est vrai pour tous les vins. Que certains échantillons soient préparés pour les dégustations, c’est le jeu. Que le marché des primeurs ne concerne qu’une petite partie des marques bordelaises, c’est la loi du commerce qui vend ce qui s’achète.

Venons-en aux notes de dégustation.

Longtemps, les experts notaient les vins sur 20. Maintenant, ils notent sur 100. À l’américaine. Longtemps, le bon sens a prévalu. Maintenant, c’est l’inflation qui prend le dessus, comme chez le pompiste. Tel château qui produisait des vins autour de 92 voit sa production gagner trois ou quatre points et ce n’est pas l’amélioration des vins qui lui vaut ça, puisque cette progression qualitative est à peu près partagée par ses voisins, sauf négligence. Il y a aussi ceux qui vivent sur leur réputation, j’en connais.

Alors quoi ?

Une bande de dégustateurs a bien compris ce qu’attendent les châteaux. La « grosse note » est indispensable pour une commercialisation réussie du millésime frais émoulu des chais. Autant la donner et devenir peu à peu l’incontournable allié, reçu, choyé, nourri, logé, payé parfois, même si on le mérite peu. Ces châteaux publient les grosses notes dans la grande presse et contribuent ainsi à la notoriété de ces néo-dégustateurs sortis de nulle part. On voit bien mieux le gros chiffre que le nom de celui qui l’attribue et dont tout le monde se fout. Comme ces aigrefins sont habiles, ils ne participent d’aucune déstabilisation et l’on verra sans surprise les grandes marques, les grands châteaux, les premiers des classements obtenir les plus belles notes. Pas de surprise, c’est dommage, chacun sait que certains parmi ces premiers de la classe ne sont plus au niveau des notes obtenues, ceci à tous les niveaux de la notoriété. En réalité, c’est le deuxième rideau qui profite à plein de ce nouveau système. Les châteaux approximatifs et généreux voient leur valeur grandir par un curieux mélange où le manque de notoriété du château allié à celui du dégustateur profitent aux deux. De cet attelage mal né adviendra ce que pourra.

Tout le monde ?

Non, pas tout le monde. Quelques dégustateurs, des vrais, avec le talent, l’expérience, ne jouent pas dans cette basse-cour. Parmi quelques autres, Michel Bettane a décidé il y a peu de recadrer la notation publiée par Bettane+Desseauve au risque assumé de ne plus voir les notes B+D publiées par les châteaux. Il a mis un arrêt net à l’inflation des notes, au superlatif des commentaires. Quelques Anglo-Saxons aussi, d’autres Français, très peu, un Suisse sur deux, etc. Des noms ? Neal Martin, Antonio Galloni, le nouveau William Kelley du Wine Advocate, deux ou trois gars du Comité de dégustation de la RVF, Yohan Castaing le franc-tireur, Jacques Perrin en Suisse, deux ou trois experts de chez B+D, on a vite fait le tour. En tout, ils sont très peu nombreux et on peut ajouter quelques courtiers et autant de négociants, de grands commerçants et commerçantes, c’est une affaire d’expérience immense, ces professionnels sont légitimes. Les autres… Disons qu’ils le sont moins.
pourtant, ils sont près de 6 000 professionnels, dégustateurs, acheteurs, importateurs, journalistes qui font le voyage de Bordeaux à l’occasion de la Semaine des primeurs. Beaucoup publient leurs commentaires et notes où ils peuvent, jusque sur Facebook. Qui sont ces gens ?

Et toi, et toi, et toi ?

J’ai joué le jeu de la dégustation des primeurs quelque temps avant de comprendre que ce n’était pas mon rayon. Je ne saisis rien de ces vins à peine sortis de l’œuf (béton), je n’aime ni leur goût, ni leur puissance-violence, ni leur caractère échevelé, poilu. Je ne vais plus à Bordeaux à cette occasion depuis longtemps. Je considère qu’il n’y a que 25 dégustateurs capables de juger ces vins et de nous apprendre quelque chose sur leur capacité à se développer, que les autres sont des imposteurs, que je ne fais partie ni des uns ni des autres, qu’un peu d’humilité ne nuit pas. Quand j’explique ça aux propriétaires et aux patrons de châteaux qui m’invitent et dont je décline l’invitation, ils sont toujours d’accord avec moi avec le fond de l’œil rieur. Ils savent que j’ai raison, ils le disent. Ils savent déjà ce que leur réserve l’avenir. Des influenceuses qui feront des selfies en poussant des petits cris de ravissement avec les lèvres noircies par les tanins, en parasites des gros malins sus-cités. Ce qui ne fait rêver personne.

À quoi s’attendre ?

Sans consulter une boule de cristal, on peut prédire un gros embouteillage entre 94 et 97 points. Au-delà, certains osent, toute honte bue, 98, 99, 100. On attend, haletant, les 101 points. En deçà, personne ne verra les notes. Ce qui montre à quel point ces notations sont illisibles. La mémoire de l’actu étant ce qu’elle est, tout le monde aura oublié les notes « primeurs » quand les notes « en bouteille » sortiront dans deux ans, aucun parallèle ne sera établi, les imposteurs ne seront pas dénoncés. Sujet suivant.

 


 

 

mardi 19 avril 2022

Mes magnums (163)
Un saint-émilion sous le radar,
erreur ou omission ?

Château Bellefont-Belcier 2019, saint-émilion grand cru classé




Pourquoi lui
Nous cultivons une réelle considération pour Jean-Christophe Meyrou, le patron des domaines rassemblés par un investisseur chinois, Peter Kwok, sous l’enseigne « Vignobles K ». Ce garçon fait bien sur l’ensemble des vins qu’il produit et Bellefont-Belcier, sorte de navire-amiral des vignobles K, est une pépite rare. Situé à l’est de la côte Pavie, il bénéficie d’une combe de vignes parfaitement étonnante et qui poussent sur un entrelacs de sources (Bellefont pour belle fontaine) qui leur garantissent un bel épanouissement.

Avec qui, avec quoi
Ce 2019 requiert quelques années de patience avant de donner son plein potentiel. Pas d’urgence donc, même si l’amateur très avisé lui trouvera dès maintenant toutes sortes de qualités. Le moment venu, il sera temps de vous préoccuper du menu et des convives, mais c’est pas demain.

Combien et combien
115 euros.
500 magnums.

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve
Les 25 % de cabernet franc et 5 % de cabernet-sauvignon donnent une belle assise finale. Tannin dense, élégant avec une fraîcheur rebondie. Il va s’améliorer au fil des années et surprendra de belle façon d’ici cinq à dix ans. À ce stade, il convient de le carafer quelques heures.
93/100

 

 

jeudi 14 avril 2022

Tu le bois ou tu le vends ?

J’ai toujours pensé et souvent dit qu’il n’y a aucune raison qui empêche un vigneron de s’enrichir du fruit de son travail. Que ce privilège de plus en plus rare n’était pas réservé aux footballeurs africains, aux chanteurs de charme ou aux informaticiens de Californie.

La montée en puissance de gros prix impossibles fait vaciller cette conviction. Le sort réservé aux plus chères des bouteilles est aussi un sujet d’énervement. Là encore, pas question de juger ceux qui spéculent sur le vin. Ils font bien ce qu’ils veulent avec leurs bouteilles et s’ils considèrent que leur cave est un asset, ça les regarde. Le problème est ailleurs.
D’abord, dans la frénésie qui s’empare de quelques acteurs du vignoble de produire des vins à des prix stratosphériques sans que ces prix soient justifiés par l’exiguïté de leurs parcelles ou le prestige de leurs appellations. Que penser du nouveau pinot noir du Roussillon d’Hervé Bizeul avec son intitulé étrange, « Ah le monde est si beau qu’il faut poster ici quelqu’un qui du matin au soir soit capable de ne pas remuer » (c’est le nom de la cuvée, je vous jure) ? 360 euros la bouteille, ça laisse rêveur. Rapporté au prix d’un chambertin de chez Trapet (à peu près la même somme), on ne rêve plus du tout, on se marre franchement. Que dire de ces inconnus de Champagne qui sortent une cuvée de 777 bouteilles à 1 777 euros le bout pour célébrer le record de buts d’un footballeur inconnu (de moi) ? Faut-il éclater de rire ou trouver grotesque ce vigneron de Bordeaux qui lance une cuvée à 30 000 balles la bouteille ? Cet auto-proclamé legendary Loïc Pasquet ? Qui est ce légendaire inconnu ? De qui, de quoi se moque-t-on ? Où est la prochaine relance, comme au poker ? Plus 10 000 ou plus 100 000 ? On m’objectera qu’ils font ce qu’ils veulent de leurs tarifs et que s’ils arrivent à les vendre, tant mieux pour eux. Oui, sans doute, mais tant pis pour la filière, pour l’image du vin français dans les jeunes générations et à l’étranger.

Et je ne parle que des prix en vente directe ; les ventes aux enchères, c’est un autre sujet, voir plus bas. Certes, ce ne sont pas ces bouteilles qui font envie aux amateurs que nous sommes. Moi, j’achète (et je bois) le pinot noir d’Hervé Bizeul, mais l’autre, celui à 30 euros et je suis très heureux avec ça. En revanche, quand je vois sur tel site de vente un auxey-duresses signé Jean-Yves Bizot et tarifé à plus de 2 000 euros la quille, je m’étouffe un peu. Voyons son bourgogne de base. De 500 à 900 euros. Ah. Déjà, les prix pratiqués par Lalou Bize-Leroy m’agaçaient. C’était 80 euros, son bourgogne générique. On se disait que c’était Lalou Bize-Leroy, que c’était beaucoup, mais bon, sans doute justifié par l’immense talent et notoriété de la dame. Bien sûr, je me doute que les vins ne sortent pas de chez Bizot à ces prix délirants. Qu’il y a une filière qui déconne complètement, qui joue avec les vins et les marques pour leur unique profit, sans souci de l’image desdites marques et, pas plus, de celle de la Bourgogne. Cette filière est portée par une demande excentrique qui joue avec l’argent, comme d’autres avec des osselets. On commence à entendre ici et là qu’il existe un risque de bourgogne-bashing à l’image de ce qui est arrivé à Bordeaux. Sans pousser le bouchon aussi loin, on peut craindre un détournement de l’intérêt des amateurs de ces grands crus aux tarifs pire qu’inaccessibles, simplement obscènes.

Ou faut-il céder aux sirènes du lucre, acheter pour revendre après quelques années de conservation ? Un suivi attentif des ventes aux enchères, singulièrement sur le site d’iDealwine, peut faire briller les yeux de ceux qui ont quelques sous à placer et qui ne savent pas quoi en faire. C’est une option. Regrettable, certes, et loin de ce qui fait nos passions changeantes sans cesse renouvelées, mais c’est audible. Il y a un public pour ça. On raconte qu’un milliardaire nouveau éclot chaque jour. Que ce nouvel entrant veuille se parer des plumes statutaires du grand vin, très bien. Les ventes aux enchères de bouteilles mythiques sont faites pour lui. Pour ceux qui vendent, c’est l’occasion d’adapter la composition de sa cave à l’évolution de son goût, de transformer une bouteille en une ou deux ou trois caisses, de se débarrasser d’un vin qui n’intéresse plus pour se doter de douze bouteilles qui passionnent. Pour d’autres, encore, c’est l’occasion inespérée de faire main basse sur de grands vins à prix très doux, les sauternes sont un bon exemple.

On peut aussi se souvenir que chaque région viticole française ou européenne cache des merveilles à prix justes qui prospèrent à l’ombre des grands crus pour le plus grand bonheur des amateurs. Mercurey, Givry, Rully, Marsannay, Irancy, Fixin, les hautes-côtes en Bourgogne. Saint-Joseph et Crozes-Hermitage dans le nord du Rhône, certains ventoux et lubérons dans le sud. La Loire au sens le plus large de la côte roannaise jusqu’à Sancerre et au muscadet. Les appellations dites satellites à Bordeaux. D’autres, encore et partout, en Alsace bien sûr et, de plus en plus fort, dans le Languedoc et en Provence. Autant de promesses de plaisirs interminables, de découvertes sans fin. Ouf, nous ne sommes pas condamnés à l’abstinence puisque nous ne tombons pas dans tous les panneaux.

 

© Goddard Cartoons, D.R.

 

mardi 15 mars 2022

Le dernier jour du Laurent

 

« Tout fout le camp » s’attristaient les habitués aux comptoirs des bistrots en sifflant, mélancoliques, un ballon de rouge aussi ennuyeux que leurs converstaions. La nostalgie a-t-elle encore droit de cité ? Je dis oui.

J’étais la semaine dernière au Laurent, ce restaurant mythique des jardins des Champs-Élysées que je considérais, émerveillé, comme le meilleur de mon monde. C’était le dernier déjeuner, la fin d’une époque, la fin de tout. L’ambiance n’était pas venue, on pliait les gaules, on traînait les pieds, ce n’était pas d’une gaieté folle. La clientèle habituelle, un rien clairsemée ce jour triste, occupait les banquettes confortables de cette grande salle aux vastes baies vitrées qui envoient la plus belle lumière naturelle qui soit. Patrons du CAC 40, politiques, grands antiquaires de l’avenue Montaigne voisine, un entre-soi de bonne compagnie qui n’était pas la moindre des qualités du lieu. Cet endroit représentait une sorte de résumé parfait de ce que Paris pouvait être d’élégance, de simplicité chic, de mesure, de tout ce qu’on aimait dans notre capitale et qui a une fâcheuse tendance à s’effacer sous les coups de boutoir d’un villedeparisme, comme disait le regretté Laurent Bouvet, échevelé, hystérique, destructeur.

Je me souviens de la gastronomie d’Alain Pégouret, d’une rare justesse qui m’avait fait aimer l’endroit ; je me souviens de la meilleure sommellerie de Paris ; je me souviens de l’accueil de Philippe Bourguignon, de Ghislain, de Christian, des autres, tous les autres, du voiturier (un type formidable) au plus débutant des serveurs qui tous s’attachaient à produire le meilleur d’eux-mêmes dans un cadre unique et exigeant. Ici, on n’était pas assommé par une musique exagérée, on ne buvait pas de vins nature. Je me souviens, je regrette. Le printemps qui vient ne nous verra plus ravis sur la plus belle terrasse de Paris.

Le restaurant Laurent ferme.

Les murs appartiennent à la Ville de Paris, l’exploitation est concédée, la Mairie n’a pas retenu l’offre du concessionnaire historique, le groupe Partouche. C’est Paris Society dirigée par Laurent de Gourcuff qui prend la suite. Paris Society a créé une nébuleuse d’une vingtaine de restaurants « à la mode » à Paris, Courchevel, Megève, etc. Parmi lesquels Monsieur Bleu, la Maison Russe (devenue subitement, sottement, la Maison R. comme si le mot russe était devenu infréquentable, les imbéciles), Perruche et d’autres comme Apicius repris des mains fines et intelligentes de Jean-Pierre Vigato, on a vu ce qu’ils en ont fait, pas de quoi pousser des petits cris extatiques. Bref, tout ceci sent le branché et, pire, le festif. On y paiera trop cher une assiette approximative et une carte des vins à coefficient confiscatoire. À l’automne prochain, l’établissement fermera pour quelques mois, le temps des travaux. On va refaire la déco. Aïe. J’ai peur d’avance. La vulgarité nouvelle des Champs-Élysées gagne les jardins, n’en attendons rien de bon. J’avais déjà vécu pareille débâcle à la reprise de la Coupole à Montparnasse, nous avions beaucoup pleuré ce haut-lieu disparu.
Le monde change, vieux. C’est comme ça. Sans doute. Le monde pourra-t-il se passer de ses ancrages les plus brillants, les plus historiques ? Je ne crois pas. Je ne crois pas du tout.

Cela dit, le pire n’étant jamais certain, nous pourrions voir éclore une divine surprise.

Il y faudrait beaucoup d’humilité.

 

C’est ça, le prochain Laurent ? Qu’on ne m’y attende pas.
(photo extraite du site Paris Society)


 

lundi 7 mars 2022

Alice Paillard fait du champagne
(encore une fille de qui fait très bien)

 

Alice Paillard est plus jeune que la maison que son père Bruno a fondée. Cette Champenoise élevée aux grandes valeurs de la région qui l’a vue naître en est un porte-drapeau impeccable. Directrice générale de Champagne Bruno Paillard, elle joue avec son père la partition de la transmission exemplaire, sorte de modèle pour le monde dont beaucoup feraient bien de s’inspirer. Elle précise : « Ce n’est pas simple. Le rôle du fondateur qui doit maintenant laisser la place n’est pas d’une évidence parfaite. Nous parlons beaucoup, un dialogue permanent qui me permet de confronter mes idées à son expérience. Comme il est moins concerné par l’opérationnel, il est prudent dans ses jugements. Nous partageons un respect mutuel qui est enrichissant. » C’est beau à entendre, et rassurant.

 

Des études, New-York, Reims

Bien sûr, elle a repoussé aussi loin que possible le moment de rejoindre l’entreprise familiale. Puis, à un moment, un poste se libérait et c’était maintenant ou sine die. Elle a choisi de ne plus tergiverser. Nous sommes en 2007. Elle quitte l’antenne new-yorkaise de la Sopexa où elle s’initiait aux particularités singulièrement tordues du marché du vin aux États-Unis, ce marché à trois bandes sans équivalent, compliqué par le fédéralisme. Évidemment, l’ambition qui l’anime ne peut se passer de cette expérience indispensable à une bonne intelligence de ce marché prioritaire. Il est temps pour elle de prendre la mesure de son challenge. Elle dit : « Bruno Paillard, c’est 25 hectares en propriété et cinq autres en approvisionnement. Notre production se situe entre 350 et 400 000 bouteilles. Nous sommes, finalement, une assez petite maison. Notre domaine représente à peu près à 70 % de la production, puisque nous travaillons seulement la première presse. On pourrait techniquement en faire plus, c’est un choix dans la pureté des vins, leur qualité. La maison a toujours conservé la totalité des contrats que mon père avait engagé depuis la fondation. C’est rare qu’un vigneron nous fasse défaut. Avec les années, j’ai continué ce qu’il avait initié, c’est-à-dire avoir nos propres vignes. J’aimerais beaucoup garder ce ratio 70/30 en continuant à grandir, peu à peu. Nous avons identifié nos secteurs de prédilection dans la recherche de nouveaux contrats, la Montagne de Reims, par exemple. Il y a des zones où nous sommes mieux fournis que d’autres. Nous regardons tout ce qui se présente, nous disons souvent non. Notre vignoble doit être cohérent avec ce que nous faisons, avec nos emplacements actuels. La maison est aujourd’hui présente dans seize crus différents pour un peu plus d’une centaine de parcelles. C’est difficile à exploiter, c’est passionnant. Aussi, le risque est mieux réparti. Je parle de météo » 

Son père est engagé sur d’autres fronts champenois. Il préside aux destinées du groupe BCC-Lanson (Philipponnat, Boizel, Besserat de Bellefon, Chanoine, de Venoge, d’autres et Lanson, bien sûr). Il peut s’y consacrer le cœur léger. À la maison, la ligne du parti est sous contrôle et respectée.

 

Un an dans les rangs

Pour elle, la vigne est un sujet prioritaire. Quand elle est arrivée en 2007, elle a passé un an dans les vignes à établir une feuille de route aussi complète que possible (« c’est toujours ma responsabilité »). Pourtant, le constat n’était pas dramatique. Bruno Paillard, dès le premier jour, avait cessé l’emploi de tout désherbant et imposé le travail des sols, encore vrai aujourd’hui. Mais, dit-elle, « Nous travaillons les sols beaucoup moins profondément qu’il y a trente ans. Comme nous avons constitué le vignoble parcelle après parcelle, nous avons fait systématiquement des analyses de sols. Chaque fois, nous avons lancé des programmes pour relancer la vie microbiologique des sols. Je ne veux pas évoquer des sols morts. Je préfère parler de sols bloqués. La main du vigneron peut laisser un vignoble en meilleur état que celui dans lequel il l’a trouvé. Nous nous y employons. » On sent bien que tout ceci n’est pas un vœu pieu, que c’est une authentique prise de position, que la Champagne nouvelle est avancée.

 

Une gamme et quelques surprises (mais chut)

En une sorte de démarche marketing à l’envers, chez Bruno Paillard, on ne fait pas du vin pour plaire au public, mais « un vin qui traduise son origine de façon la plus précise possible. Cette volonté de nous concentrer sur les premières presses avec des dosages faibles tout en continuant à préférer des terroirs crayeux, ce sont clairement des choix qui nous emmènent à l’essentiel pour exprimer notre vision de nos terres de Champagne sans jamais la trahir. » Ceci se concrétise en une gamme à deux entrées. Les multi-millésimés constituent l’essentiel des volumes, comme partout. Il y a première-cuvée, le pilier de la maison, 60 % de la production. Puis viennent le rosé première-cuvée, le blanc de blancs grand cru et le dosage-zéro, création récente sous l’acronyme DZ. « Ensuite dans la famille des millésimes, nos sorties sont très variables, nous ne cherchons pas à millésimer chaque vendange. Et puis, nous faisons un coteau-champenois blanc depuis longtemps, en production confidentielle. » Et sinon, du neuf bientôt ? « La maison sortira des nouveautés dans les prochaines années. » Nous n’en saurons pas plus, hélas. Nous ne doutons pas qu’une telle discrétion – ou modestie – dissimule un gros travail. Soyons patient.

 

 

Alice Paillard photographiée par Mathieu Garçon
dans le parc des Crayères à Reims


 



 

lundi 28 février 2022

Désaccord sur les accords

 

Cette histoire d’accords mets-vins est à prendre avec des pincettes. Bien sûr, pas question ici de remettre en cause le bien-fondé de l’intention. Oui, il y a des vins qui s’accordent mieux à tel plat et d’autres, moins ou pas du tout. Cela posé, il convient de se calmer un peu sur le sujet. Pendant des lustres, tout un chacun y allait de son coup de rouge avec le camembert sans que l’ordre du monde en soit dépeigné. Ces gens-là, dont j’ai été avec gourmandise, n’ont jamais été des iconoclastes et pas plus des ploucs sans goût, de cette engeance vilipendée qui « fume des clopes et qui roule au diesel ». Simplement des gens pas encore touchés par la grâce de la connaissance en marche, par ce raffinement nouveau dont, d’ailleurs, ils se foutent avec beaucoup de bonne humeur sans enfiler un gilet jaune pour autant.

La même comédie se répète dans les grands établissements où, souvent, des sommeliers impérieux vous intiment de boire tel vin avec ce plat et tel autre avec le suivant. Et ainsi de suite comme disent les Québécois. Un maelstrom à vous faire perdre le nord et le goût de la fête. Et s’il me plaît à moi de boire du rouge avec mon poisson et du blanc avec ma viande ou si mon état général m’impose de ne pas trop mélanger les vins, quel sera mon châtiment ? Le plus grand péché étant, c’est désormais public, de boire du sauternes avec le foie gras. Là, c’est le bonnet de super-beauf qui vous guette. Pourtant, c’est un ravissement. Surtout avec des millésimes récents dont la sucrosité est moins patente et l’acidité plus présente. Si, comme moi, vous cuisez votre foie gras dans du vin de Sauternes, n’hésitez pas à finir la bouteille, ouvrez une seconde, voilà l’accord divin.

Vous qui lisez la presse, avez-vous jamais vu un critique gastronomique aborder le sujet des accords mets-vins ? Jamais. Déjà, ils mentionnent à peine l’existence d’une carte des vins et de la manière la plus floue.

C’est bien la preuve.

 


 

vendredi 25 février 2022

Sincère, authentique, les mots qui fatiguent

 

Chaque jour que Dieu fait voit ma boîte mail envahie par des messages, ce qu’on appelle des communiqués de presse, qui vantent tous avec un bel œcuménisme des vignerons « sincères » qui élaborent des vins « authentiques ». Cette banalité conceptuelle mijotée dans une bassine de superlatifs me rend ces messages illisibles. Qu’est-ce que c’est qu’un vigneron « sincère » ? Ce mot, nous apprend le Larousse, signifie : « Qui exprime, sans les déguiser, ses pensées et ses sentiments. » Bon, très bien.

Au fond, je me moque des pensées de tel ou tel vigneron, de ses sentiments tant que son vin est bon ou, mieux, très bon. Il peut bien être le plus méchant homme qui se puisse trouver, ça m’est égal. Je connais des gars merveilleux qui font des vins moyens et des types épouvantables qui font des vins épatants. Et le contraire, bien sûr. Le plus comique, c’est cette idée de vin « authentique ». Retour au Larousse. Qui dit : « Dont l’origine est indubitable ». Il y a belle lurette que les cuves à roulettes se sont absentées du paysage. On a même inventé l’appellation d’origine contrôlée pour ça. Oh, je vois bien ce que veut dire l’attaché de presse ou, plus sûrement, le journaliste masqué qui a rédigé le communiqué. Et comment il prend un mot pour un autre. Et ce quil met de romantisme dans son propos. Qu’au fond, il y a redondance entre sincère et authentique et que, en toutes circonstances, il nous ennuie avec ses extases de commande. Ce n’est pas ça que nous avons besoin de savoir, d’apprendre.

Nous voulons des précisions sur les pratiques culturales, sans nous parler du sauvetage de la planète. Il nous importe de comprendre les méthodes de vinification, pas les méandres de l’âme. Nous voulons un renouvellement des discours. Au passage, mettez les prix, trop souvent oubliés. C’est vulgaire ? Oui mais ça compte pour nos lecteurs.

Bref, quand il s’agit de s’occuper de la communication des vignerons, certains ont des idées. Laissons-les faire, s’ils veulent bien se montrer. Oui, les vidéos de petits formats réalisées par Thierry Desseauve sont autant de bons exemples.

 


 

mardi 22 février 2022

Mes magnums (162)
Abelé, le retour d'une belle maison

 

Abelé 1757, champagne blanc de blancs

 


 

 

Pourquoi lui

Cette maison historique vient d’être acquise des mains du groupe espagnol Freixenet par la grande coopérative Nicolas Feuillatte, intelligemment menée par Christophe Juarez qui lui assure un développement choisi. Si la maison perd son prénom, elle gagne deux pointures aussi jeunes que compétentes qui se voient dotées dune complète indépendance. Il s’agit de Marie Gicquel à la direction générale et Étienne Éteneau, chef de caves. Promesse tenue, les premiers tirages confirment la qualité retrouvée.

 

Avec qui, avec quoi

Aussi vaillant à l’apéritif que sur des entrées iodées, c’est un champagne qui mérite qu’on s’y penche avec attention. On le fait, d’ailleurs, et on le refait.

 

Combien et combien

Nombre de magnums non communiqué.

108 euros.

 

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve

Le nez est harmonieux, il dissimule de fines touches fumées, citronnées, d’acacia et de beurre frais. La bouche est onctueuse et dotée d’une densité crémeuse, le fruité blanc à pépin est mûr et la finale portée sur les amers de peau. 89

 

 

 

 

mardi 15 février 2022

Mes magnums ( 161) Un magnum de vin corse
et comment faire autrement ?

 

Clos Alivu, patrimonio rouge 2018

 


Pourquoi lui
Puisque la Corse connaît un renouveau de sa production sans précédent, quittons les chemins balisés et allons voir un peu chez les moins connus. Ce clos-alivu est une propriété d’une quinzaine d’hectares qui fait partie du domaine Poli, en appellation patrimonio. Entre Saint-Florent et Bastia. Ce vin rouge est issu à 100 % du cépage nielluciu, des vignes d’une cinquantaine d’années au rendement limité. Eric Poli en a fait un joli modèle de la netteté du fruit.

 

Avec qui, avec quoi
Partagez ce magnum hors saison, avec des amis de Corse ou des gens qui ne savent pas encore les progrès réalisés par la viticulture insulaire. Vous devriez remporter un bon succès. D’estime, au moins.

 

Combien et combien
1 000 magnums.

30 euros (prix métropole).

 

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve
Le Nouveau Bettane+Desseauve n’en dit rien encore. Évaluation en cours.

 

 

mercredi 9 février 2022

Mes magnums (160) Un cru du Beaujolais en forme de leçon de vin

 

Château du Moulin-à-Vent, moulin-à-vent 2015

 

 



 

Pourquoi lui

Nous connaissons les gens, les lieux et les vins depuis longtemps et nous avons toujours eu beaucoup d’affection pour les uns et les autres. Depuis que Jean-Jacques Parinet a acquis le domaine, qu’il a installé son fils et une jeune et fine équipe, chaque millésime fait mieux que le précédent. Ce vin est un assemblage de ses terroirs. Il embouteille aussi de très belles sélections parcellaires. Jai un goût marqué pour leur La Rochelle et, parfois, pour leur Champ de Cour.

 

 

Avec qui, avec quoi

Un moulin-à-vent, un bon, est un vin de garde qu’on traitera comme tel. Comme partout, les millésimes plus récents se révèlent plus vite. Ce n’est pas une assez bonne raison pour tirer le bouchon trop tôt. Prenez votre temps puisque vous l’avez. Ou achetez plusieurs magnums.

 

 

Combien et combien

1 500 magnums.

50 euros.

 

 

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve

Bouquet concentré, pur, myrtille, poivre. Bouche harmonieuse et pulpeuse. Tannins encore fermes, qui prolongent la finale. Le moulin-à-vent comme on l’aime.



lundi 31 janvier 2022

Mes magnums (159) Un magnum de champagne issu d'une solera

 

Alfred Gratien, Cuvée 595, champagne brut

 

Pourquoi lui
Il s’agit d’un assemblage de cinq millésimes selon le principe de la solera (vieillissement des millésimes dans la même cuve), il a vieilli neuf ans en bouteille, c’est un champagne nature (non dosé). Le dernier « 5 » du nom de la cuvée fait référence à nos cinq sens et promet de les ravir. Bref, ce qu’on appelle une cuvée de « prestige ». Chez Alfred Gratien, discrète maison de qualité, il est tout en haut d’une belle affiche.

 

Avec qui, avec quoi
S’agissant d’un grand champagne, c’est un vin de gastronomie, de bonnes tables. Sans surprise, il est l’ami des fruits de mer. Mieux, il surprendra son monde avec des viandes blanches et, singulièrement, des volailles crémées. Déjà, nous avons faim.

 

Combien et combien
Nombre de magnums non communiqué (ben pourquoi ?).

155 euros.

 

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve
Cette cuvée n’a pas encore fait l’objet d’un commentaire et d’une note dans le Nouveau Bettane+Desseauve. Cela ne saurait tarder.

lundi 24 janvier 2022

Mes magnums (158) Ce beaune premier cru, c'est plein de premiers crus de Beaune dans le même magnum

 

Beaune premier cru 2012, Célébration, Louis Jadot

 


 

 

Pourquoi lui

Nous aimons la maison Louis Jadot. En soi, c’est la meilleure des raisons. Ce vin issu d’un assemblage de plusieurs climats premiers crus de la côte de Beaune, tous indiqués sur l’étiquette, est une parfaite réussite, une célébration (cest son nom) et une preuve supplémentaire de la maîtrise de la maison et de son vinificateur, Frédéric Barnier, qui succède avec talent au célèbre Jacques Lardière qui coule des jours heureux de jeune retraité dans la propriété du groupe en Oregon.

 

Avec qui, avec quoi

Pour savoir en quoi le vignoble de Beaune vaut tous les détours, on lira avec intérêt l’excellent sujet de Laurent Gotti dans le numéro 26 d’EnMagnum. En attendant, il importe de savoir que cette cuvée Célébration et son étiquette en décalage avec les codes de la maison concentre toutes les attentions de la maison Jadot. Ce qui explique en partie son extrême qualité. Les terroirs assemblés font le reste.

 

Combien et combien

2 400 magnums.

77,80 euros.

 

Ce qu’en dit le Nouveau Bettane+Desseauve

Élancé, fin, tannin soyeux, allonge brillante, grand fruit, superbe.

95/100

 

 

lundi 17 janvier 2022

François des Robert,
l'homme qui vend des beaux vignobles

 

Notre homme, un physique pas éloigné d’un rugbyman, en plus chic, travaille dans la banque depuis quarante-cinq ans, dont trente années chez Edmond de Rothschild. Prendre sa retraite n’est pas un sujet. D’abord directeur du développement et fort de son succès dans ce domaine, il s’oriente assez vite vers la branche Vin qui gère les fusions, les acquisitions et le conseil auprès des familles. Dans le même temps, il préside l’Association française du family office, ce qui lui permet de développer un impressionnant carnet d’adresses parmi des dirigeants et des familles d’investisseurs : « Plusieurs milliers de contacts personnels. Tous sont des clients naturels pour une entreprise comme Edmond de Rothschild Héritage ». Chaque jour, il fait ce qu’il appelle « de l’origination ». Comprendre qu’il dirige vers ses équipes qui les traitent des demandes et des mandats de vente dans ce qui constitue le registre patrimonial, vignobles, cliniques, hôtels, maisons de retraite, éco-investissements, immobilier, forêts. Bientôt vingt ans qu’il opère dans cet environnement sensible avec des familles françaises ou étrangères. « L’enjeu est de trouver de quoi les alimenter avec des investissements et des dossiers dont nous sommes à l’origine. Ce sont des mandats exclusifs et des dossiers qui viennent de nos propres clients. Nous les proposons aux familles dans le cadre d’un investissement direct ou dans le cadre d’un co-investissement, en organisant des tours de table. » On le voit, François des Robert est un homme incontournable pour quiconque souhaite acquérir un vignoble d’importance. À ce propos, il confesse ne s’intéresser qu’aux opérations d’au moins quinze millions d’euros, ce qui limite le nombre d’opportunités et la qualité des investisseurs. Il se reconnaît un ou deux concurrents, pas plus. Comme nous les connaissons aussi, nous sommes d’accord avec lui. À ce niveau de transactions, il n’y en a pas d’autres. Même si, à la marge, tel ou tel dont ce n’est pas le métier premier peut mettre un pied dans la porte et réaliser une affaire spectaculaire. Cela posé, le moteur de son activité est le vin. Écoutons-le.

« Le vin est une passion depuis de nombreuses années. J’aime les vignerons, discuter avec eux, c’est un écosystème qui me plaît. La famille Rothschild a développé un portefeuille de vignobles importants, qui fait référence pour les investisseurs familiaux qui souhaitent travailler avec nous et s’implanter dans le domaine viticole. Le portefeuille des vignobles Edmond de Rothschild est perçu comme un modèle international diversifié (France, Espagne, Argentine, Afrique du sud, Nouvelle-Zélande, NDLR) qui est intéressant pour des gens qui ont de l’argent à investir. C’est un modèle de réussite inspirant. Trois générations de Rothschild ont occupé des terrains nouveaux, se plaçant toujours à l’avant-garde des technologies et du numérique, décryptant et anticipant les grandes tendances. » Évidemment, pour un candidat à la viticulture, même de loisir, pour une famille soucieuse de diversification, le modèle Rothschild a de quoi rassurer. François des Robert continue. « Je me suis consacré à ces familles. Le plus souvent, ce sont des propriétaires d’actifs industriels ou des entrepreneurs qui revendent leurs sociétés pour tenter un nouveau défi. Notre rôle est d’accompagner et de prendre en compte cette dimension psychologique forte qui accompagne un investissement dans le vin. Quand on achète un vignoble ou une forêt, c’est un retour à la terre. Même si les motivations d’achat sont diverses, c’est toujours une stratégie à long terme. Évidemment, un bon achat permet une bonne revente. » Il est hors de doute que ces investisseurs ont une vision assez éloignée de l’idée d’un coup de cœur et que, toutes choses égales par ailleurs, il n’est pas question de prendre des risques non calculés. La météo est une variable bien assez sauvage pour ne pas en rajouter.

« Tout cela demande de prévoir des investissements et nécessite un accompagnement. C’est notre mission. Trouver des biens, mais aussi des équipes qui correspondent aux ambitions différentes des investisseurs. Parfois, il s’agit d’industriels qui cherchent un château pour recevoir et avoir un lieu de convivialité. Pour eux, c’est un outil marketing. Pour d’autres, c’est l’occasion de raconter une histoire. Notre travail consiste à adapter notre conseil en fonction de ce réseau et de notre interlocuteur. C’est un travail de confiance et de compréhension pour connaître la philosophie de l’acheteur et celle du vendeur. Il y a une part psychologique importante. Parfois, il peut arriver que le vendeur culpabilise d’interrompre une chaîne de valeur en place depuis plusieurs générations. » On peut le comprendre. Cette culpabilisation est souvent aussi renforcée par les commérages du voisinage, de la famille. Il y a des décisions assez peu faciles à prendre quels que soient les enjeux financiers. Il y a aussi une nouvelle donne, liée à la crise sanitaire. « La crise entraîne des conséquences financières, économiques et morales. Ce phénomène de retour à la terre est exacerbé avec cette pandémie. La demande des investisseurs est forte. » Et pour ce qui concerne les vendeurs, nous retombons toujours sur l’épineuse question des droits de succession ou, simplement, des successions notamment lorsque le capital est divisé. « Les membres d’une même famille peuvent avoir des projets différents et besoin d’argent pour les financer. Il faut réussir à mettre tout le monde autour d’une table. Dès lors que les familles parlent d’argent, cela touche un domaine sensible. En tant que vendeur, nous ne connaissons jamais entièrement l’histoire qui se cache derrière chaque famille. Avant de travailler sur la transaction et de trouver le meilleur acheteur possible, tout le monde doit se mettre d’accord et présenter un dossier homogène, compréhensible et d’une grande transparence. »
C’est sans doute la part la plus difficile des multiples enjeux auxquels fait face François des Robert.

 

François des Robert

 La photo est signée Mathieu Garçon.                                                                                                                                                                        

Ce sujet a été publié sous une forme différente dans EnMagnum n°25