Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



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jeudi 12 septembre 2013

Riedel, chapitre 11

En juillet dernier, Maximilian Riedel est devenu le onzième du nom à diriger la maison qui a inventé le verre œnologique, il y a un peu plus de cinquante ans. Retour sur une longue saga verrière, cristalline et familiale dont le cœur ne bat que pour le meilleur du vin.

Verres et carafes Riedel, un tout petit résumé
(cliquez sur la photo pour la voir en grand, ça vaut le coup d'œil)


Un verre Riedel n’invente rien. Il ne cache rien, non plus. Cette vérité-là, celle du sol, du vignoble, du ou des cépage, du millésime, du travail effectué au chai et du temps qui a passé dans la cave, c’est celle du vin. La laisser s’exprimer, c’est tout ce que la famille Riedel demande à ses verres. Et tous ceux qui aiment le vin, amateurs ou professionnels, célèbres ou moins, l’en remercient chaque jour. Un homme a fait précéder la conception des « contenants » de travaux de dégustation d’une précision rare. Ce faisant, il a révolutionné l’œnologie. Il s’appelle Georg Riedel. D’un mot drôle, il résume toute l’affaire, il dit que sa maison propose des « hauts-parleurs ».
Pour devenir le premier à mettre en place une approche aussi extrême, presqque chirurgicale, la manufacture Riedel s’appuie sur une longue histoire autrichienne. Tout commence en 1756. Pendant presque deux siècles, elle améliore son art et sa manière, avant que la Seconde Guerre mondiale ne vienne interrompre avec brutalité - réquisition de l’usine par les Russes et dix ans de travaux forcés pour Walter Riedel - la perpétuation de ses savoir-faire. Pour un temps seulement. La renaissance a lieu en 1956 quand Claus Riedel décide de relancer une petite fabrique avec l’aide de la déjà fameuse famille Swarovski. En 1958, il invente les premiers verres en cristal soufflé à la bouche adaptés aux caractéristiques de chaque cépage. Il crée ensuite la gamme Sommelier, dont la modernité est inégalée à ce jour. Le concept est poussé un pas plus loin avec Georg, qui en développe une version mécanique tout aussi précise appelée Vinum, qui sera complétée avec Vinum Extrême, conçue pour les vins plus puissants venus du Nouveau Monde. La dernière génération de ces verres si parfaitement « à vin » a été élaborée par celui qui reprend aujourd’hui les rênes de la maison familiale, Maximilian Riedel.
Pensée pour les jeunes urbains, leurs contraintes de rangement comme l’usage systématique du lave-vaisselle, la gamme O propose les même calices - leur efficacité n’est plus à revoir, mais fait disparaître les pieds. Débarrassé de sa fragilité, l’outil s’adapte encore et toujours à l’art de boire. Le choix du verre joue un rôle déterminant sur la perception du vin. Chaque cépage, chaque région, et même, pour les très grands, chaque vin - un verre Cheval Blanc a été conçu par Georg Riedel et Pierre Lurton - nécessite une approche particulière de ses arômes, de son fruité, son acidité, son gras et ses tanins.
Chez Riedel, la discussion ne porte pas d’abord sur le design ou les arts de la table, même si la dernière carafe Boa ou les verres noirs destinés aux dégustations à l’aveugle sont des objets plus que désirables. La qualité première d’un verre Riedel est de n’obéir qu’à sa fonction. Seule compte la dégustation. Ainsi, lorsque Georg Riedel et Pierre Lurton ont tenté d’identifier, parmi différents modèles, celui qui conviendrait à une opération mondiale consistant à proposer “Yquem au verre”, ce n’est pas le verre “Sauternes” qui s’est imposé. C’est le “Sauvignon” qui a su le mieux exprimer la minéralité particulière et la longue et élégante finale du célèbre liquoreux.

Après avoir effectué durant quarante ans ce travail de pionnier éternellement renouvelé qui consiste à étudier sans cesse chacun des cépages majeurs, dans toutes les grandes régions viticoles du monde, Georg confie aujourd’hui les rênes de son entreprise, dont il reste propriétaire et conseil, à son fils. « Je suis fier de Maximilian, qui a su développer notre marché en Amérique du Nord avec un succès exceptionnel, et dont le talent et la créativité extraordinaires ont largement contribué au développement de la marque. Il sera secondé par ma fille Laetizia Riedel-Röthlisberger, avocate en droit des affaires et ambassadrice de la marque. » Face à cette passation de pouvoirs entre la dixième et la onzième génération de Riedel, le dégustateur reste confiant. Jusqu’à présent, pour reprendre l’expression du Time Magazine, la dynastie Riedel a plus fait pour contribuer au plaisir de l’œnophile que si elle avait possédé une étiquette.
Cela ne devrait pas s’arrêter. Maximilian Riedel a d’ores et déjà annoncé qu’il souhaitait renforcer la présence de Riedel sur le marché européen, développer les filiales en Chine et ouvrir des marchés en Amérique du sud. Certes, l’avenir sera forcément fait de nouveaux amateurs et de nouveaux vins. Mais ce qui ne changera jamais, c’est que le seul moyen de contenter les premiers sera toujours de savoir leur révéler les seconds. Less is more et rien n’est plus visionnaire que la simplicité.
Amélie Couture 
(mon invitée que j’ai)

Riedel, ma part de vérité 
J’ai eu la chance, il y a quelques années, d’être invité à la fête qui célébrait les 250 ans de la maison Riedel. Un souvenir étonnant. Tout s’est passé à Kufstein, village de carte postale dans les Alpes autrichiennes et berceau de la cristallerie Riedel. Pour célébrer 250 ans d’existence, Georg Riedel avait invité 250 personnes à un grand dîner de gala dans une des salles de l’usine. Il a tenu non seulement à saluer chacune d’entre elles, mais à trinquer avec tous, l’un après l’autre. Une scène étonnante. Pour démontrer les qualités de ses productions, Georg Riedel frappait son verre contre celui de son invité avec force. Élasticité du cristal, solidité du verre, en tous cas pas un ne s’est brisé sous ce qu’il faut bien appeler un grand choc. Très impressionnant et je dois dire que je n’ai jamais osé refaire l’expérience moi-même. Sidérant aussi, le discours de l’un des invités, Angelo Gaja, le parrain de la viticulture moderne en Italie. Ce grand vigneron du Piémont s’embarqua dans un speech de vingt minutes, sans notes, en anglais et avec l’accent de Jo Pesci dans Les Affranchis (genre you fuck-a my wife). Costume et cravate noirs et chemise blanche, il était très drôle. Bien sûr, il ne put s’empêcher de faire un peu de pub pour sa production en rappelant que si le cabernet sauvignon, c’était John Wayne, le nebbiolo lui faisait surtout penser à Marcello Mastroianni. Ce soir-là, tout le monde était d’accord dans un grand éclat de rire. Les extraordinaires vingt blancs autrichiens aux noms imprononçables y étaient aussi pour beaucoup.
Les verres Riedel sont nos compagnons de tous les jours, d’excellents supports de dégustation et il faut bien dire que s’il en existe pour tous les cépages, il y en a un qui est considéré par tous les dégustateurs comme LE verre universel, c’est le modèle Chianti Classico. Il a sans doute toutes les qualités dont un prix abordable. Bonne idée.


La photo : est signée Fabrice Leseigneur. L’article d’Amélie a été publié sous une forme différente et avec une autre photo dans Série limitée, le supplément mensuel du quotidien Les Échos.

jeudi 6 juin 2013

La Co(o)rniche et les co(o)rnichons

Le site extraordinaire de la Co(o)rniche, au Pyla. En face, c'est le Cap Ferret.





Il y a des années que je me dis que la Co(o)rniche, c’est vraiment ze place to be, que je dois y aller vite, que j’en meurs d’envie, que le Pyla et son Bassin d'Arcachon sont la destination urgente. Il semble que je n’ai pas raison. Voici un témoignage tout chaud que m’adresse une de mes amies et que je livre sans en changer une virgule. Bon, une ou deux.

« La Co(o)rniche, le fameux hôtel restaurant qui appartient à un retraité du rugby et qui a été décoré par Starck himself - en voisin qui aime, quand il sort de chez lui, aller dans des endroits lookés comme chez lui, est donc, je reprends, un endroit magnifique - vu de l'extérieur - et catastrophique de l'intérieur. 
Nous étions plusieurs invités par un acteur majeur de la filière Vin & Spiritueux. Le directeur de cette société est arrivé avec des bouteilles à déguster en accord avec le menu qui avait été précédemment établi. Le sommelier lui a répondu qu'il finissait une commande et s'occuperait de lui après. Ce même sommelier était tellement occupé pendant le dîner que notre hôte s’est levé à plusieurs reprises pour servir les vins lui-même. 
Pour continuer dans le registre du service, passons par pertes et profits des serveuses aussi j’menfoutistes que maladroites. 
Parlons du fond. Et le fond d’un restaurant, c’est l’assiette. J'avais choisi comme entrée des asperges et j'ai vu arriver quatre pauvres choses, deux blanches et deux vertes avec un peu de jambon dessus. Pour suivre, j'avais choisi la brandade de morue et le filet de cabillaud emmailloté dans sa feuille verte, très joli mais immangeable au risque de se rendre malade. À la première fourchette de cabillaud, j'ai senti un affreux goût d’ammoniaque. Ne voulant pas faire d'esclandre, je n'ai rien dit jusqu'au moment ou j'ai glissé doucement mon avis à la serveuse qui m'enlevait mon assiette en disant : " vous êtes sûre d'avoir fini, Madame ? " À mon propos, elle n'a pas eu de réaction, ni plus tard d'ailleurs, ni le chef non plus, ni la direction encore moins. 
Au moment du dessert, notre hôte s'est plaint du mauvais service. Cela a eu un effet incroyable, nous n'avons plus revu ni serveuse, ni sommelier jusqu'à la fin du repas. C'est donc notre hôte qui a fini par se lever pour aller chercher et régler la belle addition à laquelle on avait pris garde de bien ajouter des droits de bouchon considérables. Une honte. 
Et, Starck ou pas, ce n'est vraiment pas un endroit recommandable et cet avis a fait l'unanimité autour de notre table. » 

Oui, c’est désolant. Un aussi beau spot gâché par une bande de cornichons. Ne perdons pas de vue que, dans un restaurant, un hôtel, le service est toujours l'exact reflet de la qualité du patron.
J’ai bien fait de ne pas y aller, tiens.
Merci, chère amie, pour ce papier à la TripAdvisor.


La photo : je l'ai trouvée sur le site de l'excellente Agence Fleurie. Cliquez sur la photo pour l'agrandir, ça vaut la peine

jeudi 20 décembre 2012

2012 : Yquem vs. Climens

Face à la défection d’Yquem (qui ne millésimera pas 2012), deux attitudes se mettent en place. Les plaintifs et les toniques. Au rang des plaintifs, quelques châteaux se désolent de la décision de Pierre Lurton en expliquant que le mauvais exemple donné par Yquem pèsera à coup sûr sur les ventes des autres châteaux. Laissons cela.
Parmi les toniques, on retrouve, comme souvent, l’épatante Bérénice Lurton, cousine du premier, personne énergique et audacieuse. Elle est aux commandes du très fameux Climens, cru classé de Barsac, vrai compétiteur d’Yquem.
Elle nous a adressé ce journal de vendanges que je reproduis avec une certaine jubilation. C’est vif, drôle et ça se lit comme un roman.


Bérénice Lurton, propriétaire de Château Climens, à Barsac


« Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’année 2012 n’aura pas ressemblé à une croisière de tout repos. Tempêtes et écueils ont largement parsemé cette traversée, ce qui nous rend finalement encore plus heureux d’avoir regagné le port avec une cargaison inespérée.
Pour commencer, le printemps fut singulièrement chaotique. Chaud et sec en mars, il se fait effroyablement humide en avril et mai, nous obligeant même à traiter (péniblement) à dos d’homme, faute de pouvoir faire circuler les tracteurs sur nos argiles sablonneuses bien glissantes. Le thermomètre joue quant à lui au yoyo, et la vigne fait grise mine. Pourtant, la sortie de grappes paraît satisfaisante et nous comptons sur la biodynamie pour aider la vigne à résister aux à-coups climatiques violents auxquels nous sommes désormais abonnés.

Hélas, ce ne sera pas suffisant cette année, la fleur ayant en outre été malmenée par les excès thermiques (dans un sens comme dans l’autre) du mois de juin. Les taches de mildiou se multiplient sur les feuilles ; les grappes paraissent modérément touchées, mais c’est au cours du mois de juillet, lorsque les grains atteints noircissent en séchant, que nous constaterons mieux la situation. Les dégâts sont très variables d’une parcelle à l’autre, voire à l’intérieur d’une même parcelle, sans doute en raison d’une hétérogénéité de maturité importante. La moyenne des pertes est vraiment difficile à évaluer, sans doute autour de 30 %.

En passant en biodynamie, nous avons ôté à la vigne sa béquille chimique, elle est encore en période de sevrage, et donc fragilisée malgré tous les soins apportés. Nous avons accepté ce risque et sommes plus que jamais déterminés à avancer dans cette voie, même si la vision de ces grappes affectées est ô combien désolante pour un viticulteur.
Nous espérions un temps plus sec, nous l’aurons jusqu’à la caricature, plus de deux mois sans quasiment une goutte de pluie. Les pontes de vers de la grappe prennent des proportions inquiétantes, mais des traitements bios et bien appliqués nous éviterons plus tard d’être les victimes de ces minuscules gloutons (nous aurons bien assez d’embûches sans cela). La vigne est plutôt à l’aise avec la sécheresse, mais septembre avançant, elle commence à souffrir, surtout après un mois d’août parfois caniculaire.
Le raisin peine à mûrir, les peaux restent très épaisses, et le sieur Botrytis reste aux abonnés absents, évidemment.
Le 23 septembre, une période pluvieuse daigne arroser nos sols desséchés : 40 mm en quelques jours, cela aide notre champignon à montrer le bout de son nez, mais guère plus. Si les grappes enfin dorées se couvrent bien des taches de rousseur attendues, l’évolution ne va guère plus loin. Aussi, le 28 septembre, célébrons-nous ironiquement la fin des vendanges 2011, espérant ne pas battre le record de 1978, et son début de vendanges au mois de novembre.
Nous aurons décidément passé une bonne partie de l’année à espérer la pluie ou à la maudire. Quelques gouttes le dimanche 7 octobre nous font espérer une accélération, mais cette année la patience est de mise. Une petite consultation des archives nous rappelle que les superbes vendanges de 1988 n’ont commencé qu’au 15 octobre pour se finir dès le 29, voilà qui nous redonne le moral à peu de frais. Les dates d’ailleurs vont s’avérer quasiment les mêmes, mais les conditions resteront assez différentes.

Après une semaine de suspense et d’attente, la concentration ayant finalement fait son œuvre, nous attaquons enfin le lundi 15 octobre, sous un beau soleil. Dès le lendemain, le temps sera plus chagrin, mais cette petite bruine n’aura heureusement aucune incidence, si ce n’est sur le confort des vendangeurs. Le temps changeant et imprévisible nous donne quelques palpitations, mais nous resterons à l’abri de la pluie jusqu’à la fin de la semaine, ce qui nous permet d’avancer sérieusement dans notre première trie. En fonction des parcelles, la charge est hétérogène, de même que la qualité des raisins sur pied. Le travail de tri est donc très variable, mais dans l’ensemble, la vendange est belle, tout particulièrement dans les parcelles de vieilles vignes.

Malheureusement, la pluie arrive le vendredi 19 octobre au matin. Ne sachant si elle va s’installer durablement, nous en profitons pour faire un nettoyage sur les plus jeunes vignes. Celle de 1997 a très mal supporté les conditions du millésime et restera un de nos pires souvenirs de vendanges: les trois quarts des grappes s’avèrent à la coupe atteintes de pourriture aigre ou grise, et doivent être jetées tandis que nous pataugeons dans la boue jusqu’aux chevilles. Les autres ont dans l’ensemble bien évolué ; elles auraient juste supporté un peu plus de concentration, mais à leur stade avancé, elles ne supporteront pas la pluie. Un rapide égouttage des paniers avant le passage sur le plateau de contrôle suffit heureusement à se débarrasser de l’eau qui reste superficielle. Sous les gouttes incessantes, nous ressemblons à une petite armée à dominante kaki, couverts que nous sommes de pied en cap par bottes et cirés. Hélas, la nuit suivante est également pluvieuse, aussi décidons-nous de sauver ce samedi les quelques grappes confites qui parsèment les parcelles moins avancées : le raisin y reste joli, mais l’eau de la journée et de la nuit précédente a bien pénétré les grappes, et il nous faudra séparer le jus d’égouttage pour atteindre des degrés convenables. Au moins, sommes-nous soulagés à l’issue de cette épreuve. Nous avons évité le pire, toutes les parcelles le nécessitant ont vu passer les sécateurs.

Du lundi 22 octobre au mercredi suivants, nous retrouvons un temps plus clément, les brouillards matinaux laissant place au soleil l’après-midi, avec des températures assez chaudes pour la saison (22/23°C). Le botrytis se développe, mais l’humidité ambiante reste importante, il fait trop moite pour que la concentration ne progresse véritablement. Le ciel est plus chaotique les jeudi et vendredi, et quelques petites averses ne nous donnent guère d’espoir de progrès ; les prélèvements opérés ne sont d’ailleurs pas très encourageants. Nous craignons que cette humidité permanente ne favorise un développement de la pourriture grise au sein des grappes, qui sont en grande majorité aux stades chocolat et pourri plein. Le botrytis prend un aspect un peu noirâtre qui ne lui sied guère, et les raisins commencent à avoir un goût un peu douteux. Le reste d’une récolte déjà entamée par le mildiou est en péril, et même si nous essayons de garder espoir, le moral n’est pas bien vaillant. Le scénario 1988 n’est hélas plus envisageable. La tension n’est pas améliorée par la proximité de mon départ pour la Chine, prévu de longue date pour le lundi suivant (il y a si longtemps que nos vendanges n’ont pas été aussi tardives, que j’ai cru ne pas prendre trop de risques à partir un 29 octobre).

Le temps du samedi 27 reste menaçant, mais bien heureusement la pluie comme la grêle (qui frappe le nord du Bordelais) nous seront épargnées. En revanche le vent, que nous appelions de nos vœux, souffle à grandes bourrasques. Mais c’est encore une fois un dimanche qui va nous sauver : le vent est toujours présent, mais il a changé de cap : passé au nord-est, il a fait chuter les températures de façon très brutale et ramené le soleil. A partir de 16 h, nous arpentons le vignoble, en quête d’une trace d’évolution. À l’oeil, nous ne faisons guère de différence, mais décidons de faire de nouveaux prélèvements sur différentes parcelles pour comparer avec les résultats de l’avant-veille. Nous voici donc dans la cuisine du château, à presser nos divers sachets de grappes botrytisées, soigneusement choisies de façon à être représentatives de l’ensemble de leur parcelle.
Je dois reconnaître avoir poussé un « Yes » de jubilation fort peu orthodoxe au vu de l’affichage du réfractomètre: la concentration, quoique peu visible, a progressé en deux jours de plusieurs degrés, elle est bien suffisante pour que nous reprenions enfin les vendanges. Mieux encore, le moût obtenu est parfaitement net, ne gardant aucune trace de cette déviation que nous avions sentie en mâchant les peaux. Nous qui étions à la veille de désespérer à peine quelques heures avant, retrouvons sourire et entrain, avec pour mission en ce dimanche soir de rappeler tous nos vendangeurs, voire de recruter quelques étudiants en vacances de Toussaint pour arrondir la troupe. Nous savons avoir quelques jours de beau temps devant nous pour ramasser le reste de la récolte, « à tire » puisque les degrés sont déjà suffisants sur certaines parcelles, et que les autres devraient suivre à la faveur de ce temps hivernal.

Au petit matin du lundi, tout est recouvert d’une fine pellicule de givre ; l’ensemble de la troupe de vendangeurs est sur le pied de guerre, et les doigts gelés se réchauffent petit à petit au soleil. La qualité de ce que nous ramassons nous étonne nous-mêmes. Le contenu des paniers est plus joli qu’espéré, les raisins ont moins souffert de l’humidité qu’on pouvait le craindre. Le tri est toujours aussi précis, mais la proportion de raisins à écarter est plus faible que nous l’envisagions. Nous sommes également rassurés par les degrés des premiers jus qui coulent du pressoir, et validons la coupe à tire. Il ne nous reste plus qu’à effectuer un choix judicieux dans le déroulement de cette deuxième et dernière trie : nous vendangerons avant tout en fonction du niveau de concentration des parcelles, mais en tenant compte de la quantité de récolte encore sur pied (on ne sait jamais ce qui peut arriver).

Le lundi après-midi, je quitte Climens, le coeur gros de laisser mes vendanges pour la première fois depuis 19 ans, mais soulagée de la tournure des évènements. (Néanmoins, on ne me reprendra pas à accepter des dégustations à l’autre bout du monde avant la mi-novembre) Il ne reste plus qu’à tout ramasser avant le 1er Novembre, la Toussaint correspondant (tradition oblige ?) au retour de la pluie. Heureusement, les fermentations des premiers lots suivant tranquillement leur cours, Frédéric peut rester sur le terrain en permanence. Tout se déroule comme prévu, le potentiel des lots variant de 20° à un peu plus de 21°. La coupe « à tire » ne démérite pas : elle est aussi saine que généreuse, nous permettant d’engranger 54 barriques en trois jours soit un peu plus de 40% de la récolte. Nous nous permettrons même le luxe de terminer ces vendanges 2012 dès la fin de matinée le mercredi 31 octobre.
Ces huit jours de vendanges sur une période de seize jours (15 au 31 oct.) nous auront finalement offert un rendement (de l’ordre de 10 hl/ha) et surtout une qualité inespérés. Pour un millésime si chahuté, le bilan est franchement positif.

Il s’agit de surcroît d’un joli pied de nez aux mauvaises langues qui avaient décrété le vignoble de Climens « raclé » par le mildiou. La nature n’aura finalement pas été si ingrate. Quant à la biodynamie, sans laquelle sans doute nous aurions perdu moins de raisins pour cause de mildiou, elle a certainement aidé la vigne à mieux supporter la sécheresse de septembre, et les pluies malvenues de fin de campagne... Les dégustations d’après fermentations sont bluffantes. Mis à part deux ou trois lots plus simples mais honnêtes, l’ensemble est excellent. Pour commencer, la pureté aromatique est parfaite du début à la fin. Et pour la majorité des lots, longueur, complexité, élégance et panache sont au rendez-vous : nous aurons un très beau climens 2012, cela ne fait aucun doute. C’est donc non sans fierté que nous donnons rendez-vous aux professionnels au printemps prochain pour déguster ces différents lots à la barrique. »
Bérénice Lurton

La photo : est signée Mathieu Garçon.

vendredi 7 octobre 2011

Clémentine au Pantruche

Clem is back. Un certain nombre d’évènements dans la vie de Clémentine de Lacombe l’ont tenue éloignée de mon blog depuis le début de l’été, à mon grand regret évidemment. Tout s’organise et revoilà la petite insolente, drôle et percutante. Je bats des mains, vous aussi, j’en suis sûr. Non, pas toi, ni toi, mais toi et toi, là, je sais que vous êtes contents avec cet esprit ricaneur qui vous caractérise. Cette fois, Clémentine a été au Pantruche, un restaurant fatigant dans un bout de rue assez sinistre pour ne m’avoir jamais donné envie d’y aller. Mais, bon, j’irai pas plus maintenant. Écoutez ça, vous comprendrez.

« Je me dois de suivre les tendances, question de standing. Je parle pas de celles du CAC40, sinon je me serais déjà ouvert les veines, mais de celles des places-to-be de Paris, c’est plus funky. J’aime les cafés où tu peux croiser Beigbeder, les restos où les chefs ont des abdos, les boîtes de nuit où sans carte de membre à 1000 euros l’année tu peux pas mettre les pieds, et les bars à vins où tu poireautes sur le trottoir parce que ça prend pas de résa et que ya que six tables.
En ce moment, je me prends trop pour François-Régis Gaudry. Quand je vais au restaurant, je fais tout plein de photos avec mon iPhone. Généralement, elles sont moches, on voit rien, mais je m’en fous. C’est juste pour faire celle qui s’y connait et que le serveur soit sympa avec moi des fois que je sois une blogueuse VIP.
Dans le SoPi (le quartier IN du South Pigalle pour ceux qui lisent même pas L’Express-Styles et sont en passe de rater leur vie), il y a le Pantruche. Le nom est naze, je sais, et si t’es pas plus prof d’étymologie que moi, tu te demandes où est ce qu’ils ont bien pu aller le choper. J’ai googlisé Pantruche pour toi, et pour ma mère qui me pose tout le temps des questions pièges qui me font sentir bête, et le wiktionnaire dit que c’est pas une ruche dans laquelle tu fais sécher tes pantalons, mais de l’argot pour dire Paris.
Quand tu y rentres, tu te dis que les tendances, elles ont prit un sacré coup de vieux. Ici, c’est le style PMU en propre, les chiottes sont pas à la turque. Ya un grand comptoir en zinc un brin poisseux, des miroirs partout pour minettes égocentriques et une banquette en skaï esprit scotch chatterton, ça colle.
Ambiance coude à coude, tu manges quasi dans l’assiette de ton voisin, mais les bobos sont comme ça, c’est revival des 70’S, tout le monde y s’aime et y se parle, on est tous potes.
D’ailleurs, tu parles pas dans ce bistrot, tu hurles. C’est super, comme ça tu affirmes ta personnalité. Déjeuner là, c’est un exercice bien plus balèze qu’une présentation marketing à ton N+1. Tu dois hausser ta voix de six tons et articuler comme quand tu causes à un nouveau-né, voire même apprendre le langage des signes pour te faire comprendre.
Heureusement dans l’assiette, ça balance. D’habitude, tu trouves tout ce qui est qualifié de bistronomique pathétique, synonyme d’addition astronomique pour une bouffe de bistrot ascétique. Mais là y’a presque du gastronomique et ta voisine trouve ça orgasmique. Elle roule des yeux et râle de plaisir. Quand le jeune chef pointe le bout de son nez, elle déboutonne son décolleté. Dommage pour lui, cheveux peroxydés et Converse aux pieds, la Arielle Dombasle locale est tout aussi âgée, mais moins bien conservée.
L’agneau que tu as commandé est divin, quasi pascal. T’oublies complètement le bébé mouton tout blanc aux petites oreilles rose qu’il était avant de finir dans ton assiette. Parce qu’une viande qui glougloute comme un vin, c’est rare. Et chez Pantruche, l’agneau glisse dans ton gosier comme un snowboard dans la poudreuse. Tu dévales la piste et slalomes entre quelques touches de curry et une aubergine moelleuse comme un duvet en plume.


Avec ça, on boit un corbières, tannique et voluptueux comme un cigare cubain, pas fait pour les cœurs tendres et romantiques. De grosses volutes de cuir et une couleur de sang noir comme un encrier d’écolier. Le garçon en face de moi, il pense que je peux pas l’aimer ce vin-là, que c’est pas pour les jeunes filles en fleur et que ça va tout râper ma gorge délicate. Mais moi, désolée, j’adore. Ça sent le mâle viril, ça m’émoustille, je suis pas loin de déboutonner mon chemisier et d’aller voir en backstage ce que le cuistot a dans le frigo.
Pantruche, c’est bruyant comme une ruche, mais quand t’es une jeune fille en fleur qui aime butiner, c’est le lieu rêvé pour chasser, tous les bobos du quartier viennent squatter. »
Clémentine de Lacombe

La photo : un clos d’espinous, corbières 2010 du domaine Jalliet. Première fois que je vois cette bouteille. Photo Clémentine de Lacombe.

Au lecteur : François-Régis Gaudry, cité plus haut, est le critique gastronomique de L’Express. Une idole, à l’évidence. Son blog, ici.

lundi 27 juin 2011

Clémentine et Lily


"Je crois qu'il existe sur terre toute une génération marquée à vie par Tintin. Le petit reporter à la folle mèche rousse, avec son air de pas y toucher, a une influence dingue. Cela se manifeste de différentes façons selon les individus. Certains prénomment Milou leur chien, leur enfant ou leur mari-femme (en privé). D'autres se mettent au golf pour justifier le port du pantacourt bouffant. Et puis, il y en a qui ouvrent un restaurant. Les Frères Costes pour ne citer personne. L'addition Restaurant + Costes + Tintin et le Lotus Bleu = Lily Wang. La preuve par 3.
Le nom
Dans Le Lotus Bleu, Tintin vient en renfort des Fils du Dragon, une société secrète dirigée par M. Wang, qui lutte contre des trafiquants d'opium. Sa femme, souvent à ses cotés, l'épaule discrètement dans son combat. Comme toi, comme moi, les Frères Costes au fil de leurs lectures ont noté que Tintin, les filles, c'est pas trop son truc. À part la Castafiore, il est pas super entouré, mais il cherche pas non plus des masses. Donc, quand ils ont commencé a se creuser la tête pour le nom de leur nouveau resto chinois, ils ont été bien embêtés, parce que M. Wang, ça fait plus Belleville que VIIe. Coup de bol, M. Wang, lui, a été capable de se dénicher une compagne, qui a le bon goût de ne pas avoir de petit nom, tant mieux on va pouvoir lui en coller un qui arrange tout le monde. Comme les Frères Costes sont fans de Tintin ET de Lily Allen, ben le restaurant s'appelle Lily Wang. CQFD.
La déco
Jacques Garcia, qui signe la déco de beaucoup de Costes, aime bien t'accrocher des trucs au dessus de la tête. Au Café de L'Esplanade, j'ai toujours la trouille qu'un boulet de canon m'assomme. Chez Lily, ce sont des lampions colorés qui veillent sur toi, ambiance fumerie d'opium. Les mêmes que dans le Lotus Bleu, fleurs kitsch en bonus au mur pour un dépaysement total. Pas besoin de se défoncer, t'es aussi pur et innocent que Tintin mais t'as quand même l'impression de flotter.
Les prix
L’opium, c’est très cher. Chez Lily Wang, l’addition aussi. Pas plus compliqué que ça. Est-ce que c’est l’arnaque, comme dans les pages « Do It Yourself » du Elle où on essaye de te faire croire qu’avec tes 2 mains gauches, tu vas réussir pour 4,50 euros à transformer tes sandales La Redoute en stilettos Louboutin ?
Carrément non, parce que :
- L’opium te rend stone. Chez Lily Wang, les fauteuils en velours noir, confortables comme tes Moon Boots, aussi.
- L’opium te rend heureux. Chez Lily Wang, les plats finement parfumés aux textures délicates, aussi.
Carrément oui, parce que :
- L’opium fait disparaitre la sensation de faim. Chez Lily Wang, vu la taille des portions, non. Ils doivent même avoir un partenariat avec Weight Watchers ou des tortionnaires de ce genre. Pour ton plat au prix moyen de 25 euros (soit 5 paquets de clopes, 2 pleins d’essence pour ton scooter ou une séance chez le kiné) compte pas sur un à-côté quelconque. Si tu veux du riz ou des légumes, c’est en supplément, c’est cinq euros et c’est six points en plus au compteur WW.
- L’opium fait ressentir de la chaleur. Chez Lily Wang, vu que l’été parisien a duré deux semaines en avril et qu’ils ont, depuis, perdu la télécommande de la clim, non.
Au final, Lily Wang, on la balance à la B.A.C. ou pas ? Faites-le si vous le voulez, moi je le ferais pas, j’y ai bu une bouteille de reignac 2003 toute douce et veloutée, comme un lait-grenadine, mais en plus épicé, qui m’a clairement fait planer et sans même prendre d’opium."
Clémentine de Lacombe

Lily Wang, 40, avenue Duquesne, Paris VIIe, tél. : 01 53 86 09 09.
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Clémentine au grand restaurant
Clémentine est amoureuse de Carole
Clémentine a bu du vin de messe
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vendredi 20 mai 2011

Clémentine au grand restaurant


Clémentine, mon invitée que j’ai, a été déjeuner chez Lapérouse et, à l’en croire, c’est nul. Quand on a 24 ans, je comprends que ce lieu extraordinaire ne parle pas une langue très audible. La légende la laisse de glace, la magie n’opère pas. Elle est partie avec le vague sentiment qu’on l’avait prise « pour une quiche », comme elle dit. Mais bon, elle voulait déjeuner, pas aller en cours d’histoire. Lisons.

« "Vivez l'expérience" qu'ils disent sur le site internet. Moi, j’adore les expériences. Donc, j’étais carrément excitée d'y aller. Je m’attendais à des effets spéciaux comme au Futuroscope ou à manger des vers de terre vivants comme dans Koh Lanta. En fait, on n’a pas fait d’expérience bouleversifiante. C’était très convenu tout ça et je me suis ennuyée profond, genre anniversaire de Philip Duc d’Edimbourg à Buckingham Palace.
Avant d'y aller, je me suis un peu rancardée sur le lieu, histoire de pas passer pour l’inculte de service qui connaît rien. J’avais eu ma dose au dernier repas de famille quand papa a dit que « ça fait chier que tricher augmente les taux de la BCE ». Je ne triche pas souvent, mais ça m’arrive, j’étais embêtée que ça puisse perturber mon papa. J’ai promis solennellement à tout le monde d’arrêter, même quand on joue au Monopoly. Quelle idée de s'appeler Trichet.
Bref, j’ai découvert que Lapérouse a un historique chargé, surtout d’histoires pas très nettes. On y venait libertiner comme on passe au Mac Drive chercher son Big Mac. Salons intimes tapissés de miroirs et alcôves coquines lui font une réputation aussi sulfureuse que celle de DSK. Le problème, c’est qu’aujourd’hui tu rentres là-dedans comme dans un magasin de lingerie. T’es pas super à l’aise, même si tu trouves tout hyper glam.
Lapérouse est niché dans un hôtel particulier du XVIIIe. Longtemps, c’était « the place to be ». Tu pouvais tomber nez à nez avec Maupassant en sortant des WC, dîner à côté de la table de Dumas et siroter un mojito au bar avec Victor Hugo. Aujourd'hui, il n’y a guère plus que Pudlo et François Simon pour en parler sur leur blog, de quoi reléguer ce lieu dans la plus profonde has-beenitude.
Dommage pour la vue plongeante sur les quais de Seine. Pour les petits salons aux belles boiseries. Pour les miroirs qui ne tâteront plus les diamants des belles voulant checker que leur prétendants les prenaient pas pour des quiches. Hormis pour les mises en scène convenues des critiques gastronomiques. Parce que Lapérouse à la base, c’est tout de même un restaurant. Et dans un restaurant, on mange, on boit. Rien à dire sur le service. Morgane notre serveuse toute dévouée est aussi bienveillante que charmante, pas hyper à l’aise, ça la rend super touchante. En plus, on a les mêmes goûts pour les desserts. Serais bien repartie avec sous le bras. Surtout qu’on se demande ce qu’elle fiche dans le décor. Avec son joli minois et ses 20 ans, on l’attend plutôt à la terrasse d’un Costes. Le sommelier, Mehdi Zerizer, fait lui aussi bien jeune dans cette atmosphère cérémoniale. Il contrebalance avec un maniérisme exagéré. On doit comprendre qu’on n’est pas dans n’importe quelle maison. Mehdi se veut défenseur des accords mets-vins et travaille, dit-il, main dans la main avec le chef autour d’une carte des vins faite de classiques incontournables et de petits domaines moins connus, mais qu’il pressent comme les stars de demain. Dis comme ça, avec l’enthousiasme du fringant Medhi, ça fait rêver. Avec la carte des vins entre les mains, le fantasme devient réalité. Un book noir épais comme une côte de cochon de chez Louis Ospital. Des pages entières couvertes de noms superbes. Tu sais plus où regarder, la tête te tourne, tu refermes ça comme un grimoire de formules magiques, les yeux qui brillent mais le cœur serré par la peur. Trop de choix, c’est la panique. Alors, tu plonges dans le menu. Mehdi l’a dit, il travaille les accords. Bien, tu vas choisir les plats, Mehdi choisira les vins. Il a l’air ravi par l’exercice, toi t’es ravi de pas avoir à assumer le choix d’un vin parmi 3 000 références, tout le monde est content. Tu composes donc ton menu à la lecture des intitulés à rallonge et à majuscules, ça te fait grave saliver tous ces mots.
« L’Oeuf Mollet Lapérouse - En Croûte de Pain Brûlé, Purée Fine d’Oignon Doux,Truffe Noire, Nuage d’un Lait Réglissé et Jus de Volaille au Soja. »
« Ris de veau - Braisé à la Maniguette de Côte d’Ivoire, Chicorées confites et poêlées, Jus aux Grains de Café de Colombie. »
« Soufflé Lapérouse - Au Pralin et Caramel aux Epices, Glace Malaga. »

A peine ta commande passée, tu sais déjà plus ce que t’as choisi, un truc comme de la réglisse en entrée, du café en plat et des épices en dessert. Mais bon tu t’en fiches parce que tu commences à comprendre que si t’es là, c’est pas plus pour le verre que pour l’assiette. Les plats sont beaux, bons, mais pas assez pour que tu t’en souviennes trois jours après. Le vin se laisse boire, mais les accords sont pas plus percutants qu’une bataille de plumes d’oie. Medhi sait parler des vins, de sa carte, il est plein de bonne volonté. Manque de bol, il nous a servi « en accord » avec les plats choisis, les vins banals, sancerre et savigny-les-beaune 1er cru, proposés au verre avec le menu du jour. Mais sans les plats du jour. Sûrement la politique de la maison. Si t’es là, c’est pour le parquet en bois, les gravures et les peintures comme dans les musées, le calme et la sérénité, la vue imprenable sur la Seine.
Bref, si t’es là, c’est vraiment pour te faire chier. »

Clémentine de Lacombe

La photo : un des petits salons de Lapérouse, où personne n'entre sans frapper, photographié par Clémentine de Lacombe. L'amateur ne manquera pas le canapé de velours rouge devant la fenêtre…


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Clémentine est amoureuse de Carole
Clémentine a bu du vin de messe
Mon invitée que j’ai

samedi 9 avril 2011

Clémentine est amoureuse de Carole


Clémentine, mon invitée que j’ai, est tombée amoureuse de Carole Bouquet. Je la comprends, vous aussi. Tout le monde est d’accord. On ne sait pas très bien si c’est le passito de Carole qui lui fait de l’effet ou l’extrême allure de cette dame. J’opterais pour un subtil assemblage des deux, comme pour moi. Carole Bouquet est drôle, détendue et sympa, à des lieues de l’image de beauté glaciale qu’elle trimballe. Ce qui peut scotcher une jeune fille de 24 ans qui commence avec peine à comprendre deux, trois trucs sur la vraie vie des vrais gens. Écoutons Clémentine :

« L’autre jour, j’ai fait un truc dingue. J’ai pris le RER A. LA ligne où les incidents voyageurs sont aussi fréquents que les appels affolés de mon banquier pour d'obscures histoires de découvert. Faut dire, je les comprends, tu t’enfonces six pieds sous terre et t’as même pas ton propre cercueil. Moi, j’ai su rester zen parce que j’ai un self-control digne de Batman face au Joker. Et puis, j’avais qu’un arrêt, donc j’ai pu stopper ma respiration sans trop risquer ma vie.
Me suis ruée hors du train à La Défense, je commençais à virer violet. Leçon n°1: ne pas se fier au nombre d’arrêts mais au nombre de kilomètres qui les sépare. Lavinia, l’espace dédié au vin le plus hype de Paris, a décidé de planter un second Lavinia au CNIT. Beaucoup moins glamour que le boulevard de La Madeleine, mais bon, ils ont oublié de me demander mon avis.
Heureusement, ils m ont invité à l’inauguration, ça a un peu rattrapé le truc, surtout qu’on m’avait promis des VIP. Suis pas du genre à lire Gala ou Closer et je m’en tamponne sec quand Miss Hilton fête ses 30 ans au champagne (même pas millésimé) sur la lune.
Mais je m’attendris comme ma mère devant ses iris en fleurs pour des people français aussi basiques qu’une petite robe noire. Gérard Depardieu m’a fait valser. Yves Montand m’a appris à faire de la bicyclette. Alain Delon ressemblait à mon papa.
Ce soir, on avait fanfaronné la Carole Bouquet. Sa seule venue (et la joyeuse perspective d’un verre plein) a suffi à me faire passer le périph’.
J’ai pas été déçue.
T’as déjà vu le loup libidineux de Tex Avery quand la vamp ultra-sexy ramène ses gambettes ? La langue qui se déroule comme un tapis. Heureusement, ma langue a des proportions raisonnables, sinon la sécurité m’aurait sûrement raccompagné vers la sortie.
Carole, elle est pas vamp. Elle est bien au dessus, mais ça fait le même effet. Elle a LE style de la Parisienne, celui dont tous les magazines féminins te rebattent les oreilles, mais tu sais pas trop ce que c’est. Quand tu vois Carole, tout s’éclaire comme le jour où t’as compris que HS ne s’écrivait pas « achèsse » et voulait dire Hors Service. Elle est gracieuse comme une ballerine alors qu’elle a sûrement jamais été obligée, enfant, de porter des collants chair et un justaucorps rose pâle qui gratte. Elle a le pas aussi léger qu’un pull en cachemire sans que ça lui coûte un SMIC. Elle irradie sans qu’on boucle le secteur. Et moi, je suis bouche bée. Même Pete Doherty m’a jamais mise dans cet état.
Saisie. Transie. Elle est déjà partie.
Heureusement, on est VIP toutes les deux et quand t’es VIP, t’as accès au Carré VIP, un espace plus ou moins enchanteresque selon le degré de branchitude de l’organisateur. Chez Lavinia, c’est succinct. Dieu soit loué, ils ont eu le bon goût de déboucher pas mal de bouteilles pour meubler. Au milieu du Carré, Carole. À côté, des caisses de son passito Sangue d'Oro. Sur l’étiquette, son nom.
Carole fait du vin. Elle pose devant une pyramide de bouteilles, les flashes crépitent, c’est divin. Je pleure presque devant tant de beautitude et de classe. Pour me remettre, je remplis mon verre de passito.
Une robe sicilienne d'un jaune d'or chaud, chaud bouillant. Des arômes de fruits confits, de pêche, d’abricot, une note finale de réglisse, c'est suave, j'en ai des palpitations. Dense, il te remplit la bouche comme un tsunami.
J’avais ricané devant le vin de Christophe Lambert, j'avais déjà plus de respect pour celui de Depardieu (avec son pif, il doit s'y connaître). Celui de Carole, je l’adoube dans ma cathédrale des liquoreux.
C’est pas du château-d’yquem, mais c’est réconfortant, gourmand. Il se suffit à lui-même. À siroter un soir d'été, sur la terrasse, de préférence sans 80 personnes autour de toi et debout sur le trottoir, mais au fond d'un de ces rocking-chairs avec des coussins moelleux comme une brioche.
Depuis l’inauguration, Carole et moi on est inséparables. Je dînais chez Jaja hier, devine qui a débarqué en fin de soirée… Ma meilleure amie qui, adolescente, avait placardé Carole sur la porte de sa chambre (j’ai longtemps cru qu’elle était lesbienne à cause de ça, le culte qu’elle voue à Carole est pas méga-sain), trouve ça injuste. Moi, je suis ravie. Apercevoir Carole, c’est comme se faire un shoot de Sangue d’Oro et se retrouver direct en Sicile. De quoi tenir la distance jusqu’aux prochaines vacances. »
Clémentine de Lacombe

La photo : c’est qui cette belle brune qui fait rougir Yannick Branchereau, le patron de Lavinia ? En tous cas, c’est pas Miss Vicky Wine… Photo Clémentine de Lacombe

samedi 5 mars 2011

Clémentine a bu du vin de messe


Revoilà la jolie Clémentine, mon invitée que j’ai. Elle a toujours 24 ans, est toujours aussi pragmatique, insolente. Elle fait toujours dans la complaisance zéro. Elle représente parfaitement sa génération, ne connaît pas l’histoire, se fout des icônes de ses aînés, s’en tient à ce qu’elle voit-boit. Elle a assisté à un dîner-dégustation dont elle ricane, bien sûr. Elle oublie un peu vite que les dîners organisés par sa victime du jour sont d’une autre qualité que certains autres qui coûtent cinq fois plus cher, où l’on « déguste » des vins morts et où l’animateur-organisateur ne s’exprime qu’en onomatopées ponctuées de banalités, ce qui n’était  pas le cas cette fois. Mais bon, il va falloir apprendre à convaincre cette bande de jeunes qui aime le vin et arrive dans les rayons sans trop d’a-priori ou certitudes, mais avec ses applis i-phone, ses illusions vertueuses et son manque de préjugés. Avant d’essayer de lui vendre vos vins, écoutez-la.

« Tu te souviens, gamin, de cette corvée dominicale qu'on appelle la messe?
Un sanctuaire immense et froid, toi t'es tout petit, tout perdu, ça te fait chier comme pas permis, mais on t'a pas demandé ton avis, comme d'hab. Un long moment à passer, surtout si t'as jamais été touché par la Grâce divine. Pour te faire plaisir, on t'a propulsé au milieu des allées avec une corbeille pour ramasser des sous à la fin. En plus, c'est même pas gratuit, tu cries au scandale, on t'explique que c'est pour entretenir l'église.
Mon cul oui, les pierres sont aussi noires que les dessous de tes ongles et il fait froid comme quand tu sors de ton bain. Les sous, tu vois très bien où ils finissent, le mec sur l'estrade a autant de bagues qui brillent à ses doigts que tes deux grand-mères, tes quatre tatas, ta mère et ta belle-mère réunies.
En grandissant, tu relativises, tu continues ou tu arrêtes de te lever tôt le dimanche, c'est ton choix, t'es content.
L'autre jour, j'ai assisté à la plus inattendue des célébrations.
Tu sais, un peu comme quand tu vas chez ta mère pour le poulet du samedi midi et qu'à la place, elle te sert des lasagnes Picard qu'elle vient de réchauffer au micro-ondes. Tu t’attendais à prendre ton pied mais finalement tu te fais juste baiser.
Un amateur d'excellents vins, dont les goûts me vont aussi bien que mon dernier vernis à ongle bleu-nuit, m'a proposé de le remplacer à un dîner-dégustation au programme des plus alléchants.
J'ai applaudi des deux mains (ça fait sécher le vernis plus vite) et j'ai mis un gros coeur dans mon agenda. J'aime boire, de bons vins tant qu'à faire, et j'aime manger, de bons plats en accord avec les vins tant qu'à faire.
La soirée débutait à 19h30, à 20h j’étais encore à tourner autour du restaurant comme une hyène autour d'un troupeau de zèbres. Issy-les-Moulineaux, c'est la proche banlieue. Proche comme « oublie l'idée de te garer, y a pas de place », banlieue comme « oublie l'idée de venir en métro, y en a pas ». Un retard tout ce qu'il y a de plus banal somme toute pour un dîner, mais les offices, eux, commencent à l’heure. Donc, la cérémonie avait déjà commencé dans une vraie belle cave.
Moi, ma fourrure et ma coupe de champ’, on s'est calées contre une caisse de Schoenenbourg 2007 du Domaine Marcel Deiss qui dormait là, pour écouter un petit bonhomme à l'air grave parler des bulles et de la voûte. Une dizaine de personnes, la mine inspirée, le nez plongé dans la flûte, écoutait religieusement sans piper mot. J'ai failli entonner un « plus près de toi mon Dieu », mais on m'a collé une verrine dans la main. J'ai dû poser ma coupe sur Marcel pour avaler une betterave en mousse, Marcel a été cool, il n’en a pas profité pour me siffler le champ’, maintenant on est potes à la vie. J'aurais pas voulu passer toute la soirée là, je me voyais mal dîner debout, ça tombe bien on a fait demi-tour, à la queue leu leu entre les caisses.
Partout des grands vins, j'aurais bien glissé un carton ou deux sous ma fourrure, mais j’avais personne pour faire le guet. Notre guide avait un trousseau de clés digne de celui de Passe-Partout dans Fort Boyard, le truc qui en impose. J'aimerais pas être sa femme et qu'il me confie les clés, un coup à déformer le sac Darel.
On passe aux choses sérieuses. Je suis à droite de Dieu le Père, nous sommes douze apôtres, un ange passe. On découvre les vins des villages de la Côte de Beaune qui vont nous êtres servis, les plats qui ont été réfléchi pour. C'est joli sur le papier. Dix vins, de 2007 à 1910. Un chablis, un chassagne-montrachet, un ladoix, cinq cortons et un porto en bénédiction finale.
Parmi les vins, deux intrus. Un vin-surprise en bonus, pas inscrit sur la feuille parce que c'est une surprise. Et un vin sans étiquette parmi les cortons, le dernier, 1959 ou 1955, on sait pas trop, mais non reconnu comme un corton par le maître de cérémonie après dégustation. Il passe de l'avant-dernière place de la dégustation à la troisième. Moi, je l'aurais plutôt mis juste avant le premier corton. Histoire de pouvoir comparer et nous aussi, comme Jésus, rendre témoignage à la vérité.
Donc, je demande pourquoi on l'a mis là et pas là. Sois patiente et tu verras, me répond le gourou. Tout le monde rigole, genre elle est con ta question. Sauf qu'elle est complètement hors sujet sa réponse, je suis pas plus avancée. Suis carrément vexée. Je boude un peu.
Autour de la table, c'est pas très drôle non plus. Un couple de carpes qui ne mouftera pas de la soirée. Un groupe de potes trentenaires, habitués du lieu et du cérémonial roulent des mécaniques, genre à l'aise dans l'exercice. Exécrable. Une Ukrainienne au nom imprononçable qui s'est surement perdue dans le quartier et s’est installée à table, attirée par le feu dans la cheminée.
« On n’est pas nez pareils » lance le top départ. On aura le droit à un évangile pour chaque vin. Les dates importantes du millésime, les événements marquants. C’est ludique. Un peu chiant en fait, mais comme personne parle, ça meuble.
Dans l'assiette, c'est pas trop funky non plus. On n’est pas chez Senderens. Deux vins sur un plat, parfois trois. Et des verres qui dégagent la même odeur métallique que les barres en fer auxquelles tu t'accroches désespérément aux heures de pointe dans le métro.
Les vins sont servis, les assiettes suivent.
Une florentine de saumon écossais label rouge pour le chablis 1er cru les-vaillons 2007. La florentine, c’est des épinards avec du saumon mariné ; le chablis, c’est du blanc. Un vin droit et minéral, avec une belle amertume d’agrume. Idéal avec le poisson cru, mariné ou carrément avec des fruits de mer. Joli accord avec le saumon mariné, donc. Les épinards, eux, on se demande ce qu’ils viennent faire là. Comme si le rabbin de la synagogue voisine se ramenait au moment de l’eucharistie. Leur amertume fait disparaitre le malheureux chablis de Dauvissat qui n’avait rien demandé à personne. Heureusement, le chassagne-montrachet 1991 de Louis Carillon vient à la rescousse. Servi avant la fin du plat, il prend le relais et tient tête vaille que vaille aux épinards.
On enchaine avec le corton « mystère » et un ladoix 1er cru la-micaude » 1988 de Capitain, servis sur une aumônière d’ombrine aux petits légumes et coulis de poivron. Sur le papier, ça commence mal, Capitain a perdu un « i » dans la bataille. Le corton en est, en est pas ? Faux débat qui retombe comme un soufflé. La salle replonge dans sa soumission assumée et l’aumônière passe comme une ombre.
Ensuite, c’est le bordel, je sais pas s’ils se sont embrouillés dans le service des vins ou quoi, mais on nous a servi un corton grand cru les-renardes 1988, du toujours bien mal nommé « Capitan », logiquement je pensais voir arriver une assiette ficelée cahin-caha pour un accord. Mais la serveuse à qui on aurait donné le bon dieu sans confession a soudain été possédée ; les trois derniers cortons ont directement atterris dans trois verres devant moi.
Le malheureux canard aux fruits confits a fini par faire son entrée. Mais, seul face à quatre vins, il n’a pas pu faire grand-chose pour se défendre. Ils l’ont un à un assommé sur l’autel de mes papilles.
Au milieu de ce gang de malfrats, un ange tout droit venu de là-haut est apparu. Le corton- bressandes 1966, fait par Joseph Drouhin. Je sais pas si sa mère s’appelle Marie et tente de faire gober à tout le monde qu’elle est vierge, mais le vin de son fils, c’est un miracle.
J'étais dans un état avancé de léthargie, un peu comme papy devant le Tour de France, quand soudain, dans un souffle tragique, le vin-surprise a été annoncé.
Me suis un peu cru à la foire, quand on annonce la femme à barbe et que les gens s'agglutinent, poussent pour être au premier rang. Nous, on est civilisés, et puis on était déjà assis alors tout le monde s'est contenté de se contorsionner sur sa chaise en levant légèrement les fesses pour L'apercevoir. Le Maître s'est levé, une jeune femme au corsage bien garni a poussé le chariot à fromage réquisitionné pour l'occasion où trônait LA bouteille, et tout le monde s'est tu. Ce qui n'a pas fait grande différence. Après, je crois qu’on est entré dans un monde parallèle, une quatrième dimension, on a du être aspirés par un truc pas net parce que l'officiant est juste devenu illuminé. Vous saviez, vous, que la cire pouvait être redoutable ailleurs que sur mes jambes chez l'esthéticienne ? Sur notre bouteille-surprise, elle était bigrement redoutable, la coquine. Le bouchon lui était carrément vivant, mais âgé. Après, ça a un peu dérapé, il a attrapé un tire-bouchon, plaqué la bouteille en hurlant qu'il enfonçait le tire-bouchon, là j'ai carrément eu peur pour ma virginité. Le bouchon nous attendait depuis très, très, très longtemps qu'il a dit, même qu'il était un peu mou. J'ai eu moins peur pour ma virginité. C’était très émouvant, en tout cas il était très zému et il a pas arrêté de nous demander si on ressentait l'émotion. J'ai fini par ressentir l'émotion quand j'ai enfin eu le droit de voir le vin dans mon verre. C'est vrai qu'il était chouette à l'œil, un vieux vin du Jura, à la robe d'un doré un peu sale. Normal à 104 ans. Un don du coeur de l'Immaculée Conception parce qu’il est fait par des bonnes sœurs, paraît-il. Servi avec deux morceaux de stilton affinés par Marie Quatrehomme (sûrement pas vierge, celle-là), il m’a presque convaincu de faire mes vœux. Malheureusement pour ma carrière de Sainte-Nitouche, il s’est très vite volatilisé, j’ai retrouvé mes esprits et confirmé ma candidature comme playmate chez Playboy.
Qu'est ce qu'on retient après dix vins et cinq plats? À part les 300 euros réglés au prêtre, pas grand’chose. La quête a été bonne, les ouailles ont l'air ravies. Moi, je me l'étais déjà dit, les messes, c'est pas mon truc. La prochaine fois que mes boots foulent un sol sacré, c'est Routard sous le bras, appareil photo en bandoulière, et surtout pas d'audio-guide, ça gâche tout le plaisir.
Clémentine de Lacombe

Envoyé de mon iPad (what else ?) »

Un corton-bressandes 66, l'un des cortons bus ce soir-là. Clémentine de Lacombe a fait les photos avec son iPhone (what else?)

vendredi 14 janvier 2011

Clementine de, le retour

Après quelques semaines de silence radio que nous devons sûrement à la période de « fêtes » que nous venons de traverser, Clémentine de Lacombe m’a envoyé ce qui suit que je publie tel. Cette fois, avec le minimum de corrections nécessaires à une lecture facilitée. Je continue à trouver ça drôle, bien tapé, juste et grinçant, j’aime ça, moi. J’espère que toi aussi, ami lecteur. Réfléchis bien, c'est pas tout le monde qui formule des vœux aussi agréables à recevoir avec son langage moins de 25 ans que même les plus grands n'auraient pas renié.

Cher, Cher, Cher, Très Cher Ami.
Tu as entamé l’année 2011 avec autant d’entrain que la bûche de Noel le 24 au soir chez belle-maman. Dans les deux cas, t’en as pas trop envie, normal.
Pour la bûche, tu sais qu’elle vient de chez Franprix. Heureusement, l’expérience t’a appris que l’arroser généreusement de n’importe quel alcool présent sur la table facilite son ingestion. C’est une maigre consolation, mais ça aide toujours à passer le cap.
Pour 2011, tu sais que tu vas devoir prêcher la bonne année sans y croire pendant deux mois et créer 1 458 nouveaux dossiers clients « 2011 » sur le commun du serveur de ton entreprise en deux jours. T’en as une migraine olfactive à te décoller la rétine rien que d’y penser.
T’as pas vraiment le choix et c’est comme ça chaque année.
Le regard de belle maman est aussi perçant que celui de la civette de Malaisie. Ne pas finir la bûche c’est trouver de la mort au rat dans le dentifrice le soir même.
Quant à la nouvelle année, même Harry Potter a pas pu empêcher la mort de Dumbledore, alors tu crois quand même pas que c’est toi qui va empêcher 2011 de commencer.
Cherchons le bon côté des choses, le bon côté du vin.
2010 selon les experts sera un bon millésime. Encore meilleur que 2009. Tu sais pas trop pourquoi, le réchauffement climatique, on en parle beaucoup à la télé. Et tu te réjouis. T’as pas encore bien compris qu’avec les primeurs et ceux qui ont confondu la place de Bordeaux avec le Cac 40, sans oublier les Chinois aux portefeuilles aussi garnis qu’ils sont petits et jaunes, tu boiras jamais une seule goutte de ce millésime.
Cherchons ailleurs. Les salons, les dégustations, Vinexpo. Bof. Moi je veux de la nouveauté. Pas la Tour d’Argent élue « meilleure carte des vins de l’année » par la Revue du Vin de France. Tout ça c’est convenu, déjà vu et ça ne m’amuse plus. Je veux partir voir ce qu’il se passe ailleurs. Les vins chiliens sont-ils bons ? L’Australie pratique-t-elle de bons prix ? Même au Royaume-Uni, on vinifie. On nous cache tout, on nous dit rien.
Tout ce que je te souhaite pour 2011, c’est des découvertes boulversifiantes, des vins vertigineux accompagnés de festins gargantuesques, rien de triste, que des marrades.
Et si tu es blogueur, je te souhaite que tu exploses tes stats de l’année dernière. Parce que t’es obsédé par ça, euphorique quand tu vois le passage furtif d’un Québécois, apaisé quand tes graphs montent en flèche, déprimé quand ils dévalent les pistes enneigées.

vendredi 26 novembre 2010

Mon invitée que j’ai

C’est une fille de 24 ans, ravissante et qui affecte d’être moderne, comprendre qu’elle ne respecte rien ni personne. Elle a le goût des beaux vins, avec une préférence nette pour les liquoreux, ce qui nous a fourni un sujet de conversation forcément, elle dit que ce sont les sauternes et tokay qui lui ont fait aimer le vin. D’habitude, c’est le contraire. Elle écrit drôle, elle a de l’esprit et un mauvais fond qui m’enchante. Je publie ce qui suit sans y toucher, fautes de frappe, d’orthographe, de typo et impropriétés incluses. Je ne partage pas tout ce qu’elle nous raconte. Il va de soi qu’elle signe d’un pseudo, une histoire de « carrière ».

C’est trop « in » d’acheter ses vins sur chateauonline.

Tu es jeune ? Tu es amateur de vin ? Le web 2.0 est ton meilleur ami et le web 3.0 ne te fais même pas peur ? tu connais les chiffres de ta CB par cœur, pas le code pour retirer du cash mais ceux inscrits en relief et le crypto à l’arrière ?
Bravo, tu es bon pour filer sur chateauonline.fr.
Sur ce site, c’est trop la fête. Des promotions à gogo, une sélection internationale, les ventes en primeur, des idées cadeaux et même une rubrique mets-vins.
T’y connais rien mais t’as bien senti que tu pourrais plus y échapper, entre ton nouveau taf d’assistant marketing et tes potes qui se shootent au Nez du Vin ? y’a même une rubrique « J’y Connais Rien ». Un peu la honte, faudra juste pas oublier d’effacer l’historique de navigation du Safari de ton Ipad dernier cri après consultation.
Mais moi perso, je trouve ça plutôt flippant d’acheter du vin en ligne. T’as même pas un gentil caviste pour t’expliquer pourquoi tu vas l’aimer, du coup tu reprends toujours la même bouteille parce que celle là tu sais que beau papa il l’aime, et au final tu passes pour un ringard sans originalité, de surcroît radin vu que tu ne pourras pas t’empêcher de te vanter que tu l’as acheté moins cher et en ligne (c’est ton côté geek ça).
Et puis les prix cassés je trouve ça louche. Tout le monde sait que le bon vin coûte aussi cher qu’un manteau en peau de ragondin.
Heureusement ils sont futés chez Chateauonline.fr, ils les ont vu venir les petits sceptiques comme moi qui tel Saint Thomas, ne boient que ce qu’ils voient.
Alors ils organisent régulièrement des dégustations. Dans le monde réel. Celui ou tu peux sentir le vin, et même le faire couler dans ta gorge. Celui ou tu payes en cash.
30 €. Plus cher que le prix d’un dîner vin compris au bistrot en bas de chez toi, surtout si t’as fait ta résa sur lafourchette.com et bénéficié de 50% de réduction sur l’addition (hors menu, hors boissons)
Mais pour 30 €, t’en as pour ton argent. Une sélection de vignerons, des vrais, ceux qui font du vin dans leurs vignes toute l’année, ceux qui connaissent la terre, la campagne et sautent chaque année en septembre à pieds joints dans leur récolte.
Pour 30 € t’es content, tu vas pouvoir toucher du vigneron, lui parler, lui poser des questions, lui il va ta répondre, tu vas boire son vin plus que ses paroles parce qu’en fait tu comprends rien à ce qu’il te dit, mais c’est pas grave parce que sur chateauonline, de toute façon t’as toutes les fiches techniques, et donc il sera toujours temps de les apprendre par cœur avant le dîner ou tu serviras la bouteille de celui que tu connais maintenant personnellement.
Sauf que.
Sauf que derrière la table, 3 fois sur 4, c’est pas le vigneron à qui tu causes. Tout au mieux son agent sur Paris, quand c’est pas le stagiaire de chez Chateauonline réquisitionné pour l’occasion.
T’as vraiment cru que le vigneron, il allait venir depuis sa Bourgogne profonde pour une dégustation d’inconnus, de surcroit amateur, et pour laquelle il doit payer ?
La blague.
Heureusement t’y vois que du feu, parce que t’es quand même sur la péniche Maxim’s, ambiance art-déco, tu trouves ça trop classe les moulures dorées et les miroirs partout. Et puis y’a un bête de buffet où tu peux manger tout ce que tu veux, gratuitement (t’as oublié les 30 € de l’inscription, c’est ton 5e verre et t’oses pas cracher, t’as peur de t’en foutre partout). Juste un conseil, évites le gouda au cumin, ou sinon oublie le vin, parce que tu sentiras plus rien. Je sais pas qui est le traiteur, mais si Robert Parker avait été là, il lui aurait foutu un procès. C’est criminel de servir un truc pareil à une dégustation. Et pourquoi pas de l’ail cru à grignoter aussi ?
Allez, t’as fais le tour des 4 tables, mis 3 cœur à côté du vin le plus cher sur ton carnet de dégust, c’est le cœur léger que tu te diriges vers la sortie.
Tu penses déjà à ta prochaine commande. Noel approche va falloir leur en mettre plein la vue. Surtout que maintenant que t’es un pro, on t’attend au tournant. Heureusement chateauonline à pensé à tout, « Quel Noel êtes vous ? » t’assures de casser la baraque. Tu vas pouvoir choisir entre Classique, Original, ou Inattendu. Et ça c’est stylé. Tu te vois déjà annoncer : sur le chapon ? Oh, j’ai voulu faire un accord classique… Mais tu vas voir sur la bûche, c’est très inattendu ! J’ai pris de risques, mais je suis confiant, j’avais longuement parlé au vigneron lors d’une dégustation sur la péniche Maxim’s, ça va très bien fonctionner.
Joyeux Noel.
Clémentine de Lacombe