Nous avons rendez-vous dans le trois-étoiles de la rue de Varenne avec Silvio Denz, propriétaire de Lalique et, entre autres vignobles en Europe, du château Faugères à Saint-Émilion. En reprenant la cristallerie créée au début des années 20 par René Lalique, Silvio réalisait un rêve d’enfants, amoureux qu’il est depuis très longtemps des créations de la marque. Mais il a grandi et, ce faisant, a développé une autre passion, le vin. Pour le vin, il faut des verres adaptés et la cristallerie Lalique n’en avait pas. Pas la moindre gamme œnologique. C’est très bizarre, je vous l’accorde, mais les grandes cristalleries françaises ont depuis longtemps abandonné ce marché (on se demande pourquoi) à leurs homologues allemands, italiens et, surtout, autrichiens, Riedel en maître du monde. Certes, Baccarat a développé une gamme Chateau récemment avec l’excellent Bruno Quenioux, mais laisse l’impression de ne pas suivre l'histoire.
Chez Lalique, Denz ne s’est pas trompé. L’œnologie et l’héritage de René Lalique convenablement assemblés, ça devait marcher. Pour lancer sa gamme dans le monde entier, il s’est assuré les services de James Suckling qui a posé sa signature sur ces verres et carafes. La collection s’appelle 100 points, c’est malin.
(À l’intention de ceux qui ne suivent pas forcément toute la conversation, rappelons que 100 points est la note suprême d’un vin, une notation inventée par les Américains, je crois, Parker en tête).
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| On dit « striée à côtes dépolies » |
Après un premier verre qui est un modèle d’équilibre et d’esthétisme, Lalique complète avec un « bordeaux », un « bourgogne », un « champagne », deux tumblers, une carafe à eau et une carafe à vin. Le premier est ce qu’on appelle un verre universel, mais le marché voulait des verres de plus grosse contenance. Les voilà, portés par cette jambe sublime qui est la signature de la collection 100 points, la jambe « striée à côtes dépolies ». Les carafes d'inspiration classique et maritime sont d’une rare beauté où l’interprétation s'intègre bien dans la gamme.
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| La carafe à vin dont la forme vient des carrés d'officiers des bateaux du XIXe siècle |
Bien sûr, nous avons essayé tous ces verres avec des vins notés 100 points par Suckling qui est censé s’y connaître. Bon, là, 100 points ou pas, il n’y a pas eu d’erreur.
Dom-pérignon Œnothèque 96, haut-brion blanc 09, cheval-blanc 98, barolo Le Rocche del Falletto 00 de Giacosa et yquem 01. Un festival et c’est Gaylord Robert, le sommelier de Passard, qui tirait le feu d’artifice avec le talent qu’on lui connaît. C’est peu de dire que l’extase m’a saisi. Je passe sur les deux premiers, évidemment parfaits, pas de surprise. Le barolo a damé le pion au cheval-blanc et yquem est une chance dans une vie. Dans la mienne, en tous cas. Ce dernier vin, point d’orgue à une rare suite, est à l’orée d’une carrière éblouissante dont chacun s’accorde à penser que nous n’en verrons pas le bout. Convenons aussi que le barolo est d’un niveau éblouissant, je lui aurais donné 101 points si on m’avait posé la question. Il y a quelque chose de diabolique chez ces Piémontais qui arrivent à vous donner l’éclatante fraîcheur du vin jeune en même temps que l’harmonie apaisée d’un nectar de douze ans d’âge. Le fruit et les fleurs, fromage et dessert.
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