Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



lundi 20 juin 2016

La mort de Bruno Lafourcade

Bruno Lafourcade était un garçon indispensable au paysage immobilier provençal. Un très grand nombre de bastides, de mas, de châteaux ont retrouvé leur superbe après qu’il s’est décidé à restaurer leur avenir, à les relancer dans la vie pour cent ans. C’était un homme de goût, un talent rare, il avait un sens très pointu des matériaux et des ambiances, de la belle pierre et du fer forgé aérien.
Il est mort à la fin de l’hiver.
Je garde la mémoire d’une belle histoire père-fils et, surtout, d’un Lafourcade drôle et sympathique. Nous déjeunions de temps en temps avec lui chez Jean-André Charial, ce sont de très jolis souvenirs. Pour lui rendre hommage, voici le portrait que j’avais écrit en 2005 dans un magazine de luxe dont j’étais le rédacteur en chef.
Sur la photo prise par Mathieu Garçon il y a un peu plus de dix ans, il est avec son fils Alexandre à qui il avait confié les clefs du bureau depuis quelques années.






Bruno Lafourcade est un type attachant. Il a dans l’œil l’éclat rieur du potache qui vient d’en faire une bien bonne. Ce multi-passionné aime autant les maisons anciennes que les voitures de collection ou les avions historiques. Il dissimule sous un fin sourire, une immense culture de tout ce qu’il aime. À le regarder, on comprend très vite qu’il a passé sa vie à faire ce qu’il voulait et que, ce qu’il voulait, c’était drôlement bien. Dont son fils Alexandre. Il l’a poussé à le suivre dans ses aventures, il l’a aidé à laisser éclore son propre talent, il l’a beaucoup voulu et il y est parvenu. « Il y a déjà longtemps qu’Alexandre a ses propres chantiers dans lesquels je n’interviens pas ou peu. »

En artisans de la métamorphose, ils réinventent des ambiances, retrouvent des allures, travaillent la modernité à l’ancienne. Pas comptables de leur temps, les voilà à demeure sur un chantier, histoire de motiver des équipes ralenties. Ils ne passent pas pour des patrons faciles, mais leur implication – et le résultat – forcent l’admiration. Les meilleurs sont toujours à leurs côtés. On aime toujours plus les gens qui savent ce qu’ils veulent. 

C’est Émile Garcin, le cher complice, qui a lancé Bruno dans les Alpilles, dans le Luberon, puis dans toute la Provence au sens large et jusque sur la Côte d’Azur. Trente-cinq ans déjà, le jeune Bruno venait de remporter le premier prix national de restauration pour un château redressé dans le Lot en 1970. Il a transformé des choses banales en ravissantes maisons de vacances, il a rendu leur grandeur à des châteaux sublimes, il a fait surgir des constructions adaptées à des sites parfaits. Et il a recommencé. Un très grand nombre de fois. Avec la même ferveur, cette belle obstination que confère la certitude de bien faire et la connaissance qui l’accompagne. 

Pour avoir visité bon nombre de ces propriétés créées ou restaurées, nous pouvons témoigner d’au moins deux choses. Elles présentent tous les symptômes des endroits agréables à vivre et elles sont merveilleusement intégrées dans leur environnement. Ce qui est à peu près l’essentiel. C’est sans doute parce que « Je n’engage jamais un collaborateur qui me montre des projets par ordinateur. Dans ce métier, on sait dessiner ou on ne sait pas. Il faut communiquer le plaisir tactile de la main qui crée ». Bruno Lafourcade sait être très précis, on le comprend très bien. 


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