Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



mardi 24 mars 2009

Le temps s’est arrêté à la Grande Jatte

Les hasards de l’existence (aller chercher un scooter à la fourrière de Nanterre, la plus introuvable du monde…) nous ont menés à notre premier déjeuner en terrasse de la saison. La Guinguette dans l’île de la Jatte (ou de la Grande Jatte). Pour avoir bossé cinq ans dans un immeuble acier-verre de cette île de pub, à une époque où les salaires étaient considérables et les loisirs aussi, nous avons fréquenté la Guinguette vraiment souvent. C’était la deuxième moitié des années 80 et nous n’y étions jamais retournés. Etrangement, si l’immobilier local a beaucoup changé - plein de petites maisons de luxe au lieu des terrains vagues, des réparateurs auto, des chiffonniers en tous genres, les restos sont les mêmes. Même Café de la Jatte et son inamovible patron avec super-sympa qui clignote sur le front, même Guinguette et ses gentilles attentions approximatives, même Petit Poucet et sa clientèle en sur-régime, même Pieds dans l’eau, doucement largués. Le seul truc vraiment nouveau, c’est la sonnerie des portables en wild. Cette sensation que rien ne change est très rare à Paris où tout bouge et se transforme, surtout les restaurants. Pas vraiment sûr que ce soit agréable, plutôt une sorte de trouble. La serveuse a 20 ans, mais on a envie de lui dire « vous me reconnaissez ? », comme dans la pub. Forcément, elle va prendre ça pour du harcélement et on n’aura jamais le temps de s’expliquer avant l’arrivée des flics. Alors, bon. Les yeux dans les frondaisons encore dégarnies des grands arbres, le nez à l’écoute des remugles de ce bras de Seine, l’oreille dans l’absence de pots d’échappement, un samedi de premier soleil, c’est pas mal, la Grande Jatte. Au menu, c’est la carte parisienne de base, pas l’ombre d’une surprise même mauvaise. Alors, va pour le tartare aller-retour et son verre de grosses frites maison (des frites dans un verre, j’te jure). Et le cabillaud au ras du pas assez cuit donc parfait, nacré, nerveux presque, avec la purée de pommes de terre de quand j’étais petit. Tout ça dans une rusticité de demi-teinte. Pas de coup de klaxon, mais pas de moquerie non plus. Ici, comme partout, le café est baptisé gourmand. Un café et quatre petites pâtisseries, le dessert est compris dans la question, on a l’impression de faire maigre et c’est bon. Oui, le café aussi. Le mini-financier est chaud et croustillant, le sablé épais comme une feuille s’accorde parfaitement au café et le macaron à la framboise va très bien à la dernière gorgée du vin. Le vin, justement. Ici, on fait pas dans le militantisme nature. Pour faire plaisir à ses clients, le préposé de la Guinguette aligne une variété de seconds vins des grands crus classés. Connétable de Talbot, Esprit de Chevalier, celui d’Issan, d’autres encore dans un embarras du choix assez surprenant. Plus ou moins 40 euros le col ou au verre. Ou encore dans un format intermédiaire, c’est ce que vous voulez. La Guinguette a toujours été à l’écoute de ses clients. Et la serveuse ? Elle ne nous a pas reconnu mais elle fait très bien dans une interprétation perso-bien jouée du ni trop, ni trop peu. Faut-il y aller même si mon scoot n’est pas à la fourrière et si on n’a pas grandi sur les genoux du patron ? Oui, sans doute. Pour le prix (moins de 100 euros à deux), il y a bien pire.

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