Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



lundi 30 juillet 2012

Champagne, le road-trip
(vous n'irez pas, vous devriez)

L'austère et crayeuse campagne champenoise

Reims. On est si vite arrivé. À peine le temps d’en finir avec votre quotidien d’élection que vous voilà propulsé sur la place de la gare. Un joli tour dans le vignoble champenois commence forcément par tenter d’épuiser les beautés de la ville des sacres, des rois. Dans cette très ancienne capitale mérovingienne, quinze siècles plus tard, le visiteur ne saurait être indifférent aux beautés de la cathédrale, ses 2 300 statues, cette histoire qui tient tellement au cœur des Rémois que les plus généreux d’entre eux en ont fait une destination pour leurs dons. Il faut dire qu’on n’en finit pas de panser les plaies des bombardements allemands de la guerre de 14-18. Les travaux de restauration pourtant entrepris dès 1919 durent encore.

Chez Pommery, à Reims

Les crayères
Avant d’aller déjeuner, on choisira de plonger au centre de la terre par l’entremise de l’un ou l’autre des réseaux de crayères. Et là, ce n’est plus le souvenir des Mérovingiens qu’on y célèbre, mais celui de la tribu des Rèmes. Ils ont creusé des sortes de puits tronconiques s’évasant sous terre à partir de l’ouverture pratiquée en surface et appelée « essor ». De cette belle craie, ils ont tiré des moellons qui constituaient les soubassements des maisons de ce qui allait devenir Reims. Vite abandonnées, on en retrouvait l’utilité en cas d’invasion de Huns ou de Goths, pour se protéger des vicissitudes propres à ces époques incertaines. Cinq grandes maisons de Champagne en possèdent aujourd’hui et proposent de les visiter. Pommery et ses bâtiments élisabéthains, Ruinart, Taittinger, Veuve-Clicquot, Martel. Sans aller jusqu’à qualifier ces réseaux souterrains de ville sous la ville, il faut reconnaître l’intérêt crucial que ses grottes immenses, humides et fraîches constituent pour la conservation du champagne. Mais certaines reçoivent des expositions d’art contemporain, d’autres baignent dans l’humidité providentielle, toutes affichent des températures idéales par temps chaud, autour de 10-12°C. Pas moins d’un milliard de bouteilles attendent leur heure dans les caves et les crayères de Champagne. Et puisqu’on y est, sur cette même butte Saint-Nicaise, on ne rate pas la visite de la très joliment restaurée Villa Demoiselle, sommet du genre anglo-normand, dont chaque détail est une œuvre d’art en même temps qu’un tour de force, mené de main de maître par Nathalie et Paul-François Vranken, propriétaires du champagne éponyme et des champagnes Pommery, avec ces incroyables bâtiments élisabéthains, aut-lieu historique du champagne et sanctuaire ultra-moderne de l’art contemporain, de l’autre côté de la rue.

Les Crayères
À table. On hésitera longuement entre les charmes de L’Assiette champenoise, le restaurant mené par le jeune chef-propriétaire Arnaud Lallement et ceux des Crayères, justement, le Relais & Châteaux propriété du groupe Gardinier (Taillevent à Paris et Phélan-Ségur à Saint-Estèphe). Les deux ont deux étoiles au Michelin. Et puis, le vaste parc et ses beaux arbres, le choix entre gourmand et gourmet, la réputation du chef Philippe Mille et du sommelier Philippe Jamesse, tout ça l’emporte. C’est là, au gastronomique Le Parc ou au bistronomique Le Jardin que vos pas vous portent. Bonne pioche.

L'orangerie de Moët & Chandon, à Épernay

On ze road again
Vers le milieu de l’après-midi, quand la lumière baisse un peu, en route pour Épernay. Traverser la montagne de Reims à l’assaut des coteaux, s’enfoncer dans la forêt avant de redescendre vers la Marne, bon fleuve un peu mou, c’est lui le responsable des équilibres climatiques pour l’instant. Au passage, à Mareuil-sur-Aÿ, on admirera le reflet du Clos des Goisses dans les eaux calmes de la rivière. La colline et son reflet forment une très parfaite bouteille de champagne et la maison Philipponnat, propriétaire de ce clos en avait fait, quelques temps, une vieille histoire, l’image de ses réclames. Sur les routes étroites, de belles autos. Se souvenir que la région est riche. Un hectare de vigne rapporte à son propriétaire entre 50 000 et 70 000 euros par an, minimum. Il fût un temps où la maison Moët & Chandon incitait ses ouvriers et collaborateurs de toutes sortes à acheter de la vigne, puis à signer un contrat avec la maison. L’idée était de sécuriser les apports de raisin. Cette idée a fait la fortune, récente, de ces familles, revenu et patrimoine. À un million d’euros minimum l’hectare de vigne, il n’y a pas de chiffres après la virgule, les calculs sont simples et le concessionnaire Mercedes dit merci.
Cumières, Bouzy, les villages défilent, le pays des pinots à vins rouges, la grande époque du bouzy a passé dans les brasseries parisiennes et puis, comment vendre une bouteille de rouge plutôt classique au prix d’une bouteille de champagne ? Aujourd’hui, le vin rouge de Champagne entre dans l’assemblage du rosé, mais des coteaux-champenois, on en voit, on en boit, de moins en moins. Ou alors c’est un sommet du genre, production confidentielle pour quelques initiés qui, à 50 euros la bouteille, se disent que c’est encore une affaire quand on voit les prix des grands crus bourguignons. La maison Egly-Ouriet a, sans doute, du mérite, mais elle est très seule.
Voilà Épernay, la cossue, la quiète petite ville de province, au cœur du vignoble champenois. L’avenue de Champagne, les beaux hôtels particuliers des grandes marques, tous restaurés sans barguigner, feront les délices des amateurs d’Histoire en pierre. Oui, un fort contingent de l’aristocratie à bulles est là, les autres n’ont pas quitté Reims.

Chez Selosse
L’étape du soir est une nouveauté. Il y a quelques mois, le célèbre Anselme Selosse, bien connu pour l’excellence de ses champagnes de la côte des Blancs, a décidé d’ouvrir un restaurant agrémenté de quelques chambres. Comme l’affaire se passe à Avize, l’endroit s’appelle Les Avisés, ah, ah, ah. Il a bien fait, ce monsieur Selosse, la Champagne est un désert hôtelier et son refuge est agréable.

L'austère Champagne
En Champagne, une chose vous frappe d’abord. L’austérité des paysages couverts de vignes dans des proportions qui paraissent exagérées. Pour que le décor devienne un peu plus riant, varié, il faut descendre vers le sud, comme souvent, et quitter la Marne. Passer Troyes, direction l’Aube, la côte des Bar. La Champagne, le champagne, ne seraient rien sans les raisins de l’Aube. Ici, c’est le royaume du pinot meunier qui entre dans presque tous les assemblages, qui garantit les volumes importants dont le monde a besoin. Retrouver un peu de ce qui fait la légende des paysages français, la polyculture. Aujourd’hui, on dit plutôt bio-diversité. Et, comme de juste, s’arrêter chez Fleury, l’un des très rares producteurs de champagne bio et le pionnier de ce retour aux sources de la viticulture. Encore mieux, ce qu’il fait est bon. Aller voir les Drappier, père et fils. André, le père, a laissé le volant à Michel, le fils. C’est un garçon sérieux – il est Commandeur de l’Ordre des coteaux de Champagne, mais créatif. Cuvées sans sucre, sans soufre, assemblage de cépages rares, millésimé somptueux, on se souvient que le général De Gaulle, un voisin, aimait ce champagne et en avait fait son champagne personnel, celui de Colombey-les-Deux-Églises. Ce n’était que quelques cols, mais l’honneur était là, qui dure. En suivant la Seine, on arrive dans un bel endroit, un beau parc, c’est le siège de la très puissante Union Auboise, un rassemblement de producteurs mené de main de maître par Laurent Gillet, son habile président. Là, son épouse Marie a restauré une jolie maison bordée par la rivière, on est heureux d’y être, c’est énorme. Bien sûr, l’endroit est fait pour y découvrir les gammes des champagnes Devaux, le non-dosé ne se discute pas.

Une cave champenoise, chez Morize aux Riceys

Les Riceys, c'est ravissant
Et vous ne devez pas manquer les Riceys, trois villages ravissants, dédiés au vignoble. Comme si c’était le but de toute cette promenade. C’est là que l’on produit le rosé des Riceys, le chouchou des grands amateurs. Pourtant, ils ont beaucoup plus de mal à le vendre que le champagne. On se demande pourquoi. Aux Riceys, une vingtaine de vignerons a choisi de continuer à produire ce vin rare. Ensemble, ils proposent 60 000 bouteilles, c’est très peu. Ces rosés admirables et forts en couleur (on n’est pas à Saint-Tropez) vieillissent bien et longtemps dans les caves millénaires, immenses et profondes dont sont dotées toutes les maisons du bourg, un rêve pour l’amateur à un point tel qu’on en est presque à chercher l’agent immobilier qui nous mettrait sur la piste d’une jolie maison – avec cave – où installer nos trésors de flacons, au milieu d’une belle campagne à 90 minutes seulement de Paris. Là, un hôtel agréable dans sa configuration d’un classicisme gentiment désuet accueillera le voyageur avec cet air étonné et un peu rigide propre aux endroits peu fréquentés. Rien de grave, on a vu pire.

L'abbaye d'Hautvillers, chère à Dom Pierre Pérignon

L'adorable Champagne
Pourtant, la Champagne n’est pas à proprement parler une destination touristique. Très peu d’hôtels, de restaurants, une campagne comme on n’en fait plus. Il faut aimer le vin et ses paysages civilisés pour comprendre ce qu’on y fait. Mais la Champagne est adorable à tous égards. Il y a dans l’organisation champenoise quelque chose de très rare qui devrait passionner le touriste moderne, féru d’ethnologie sociale et curieux de tout. La prospérité apportée par l’engouement mondial dont bénéficie le champagne est également partagée par tous les acteurs de la filière. Le petit vigneron, bien représenté, celui qui vend son raisin, est traité avec infiniment d’égards par les grandes maisons de négoce, l’approvisionnement est l’enjeu. On l’emmène en croisière, voir les autos des Grands Prix, au Festival de Cannes, on le choie. Ceux qui embouteillent à leur marque, ce qu’il est convenu d’appeler du « champagne de vigneron », vivent très bien de leur terre. Les grandes maisons font des affaires en or tout autour de la planète qui consomme la bagatelle de 300 millions de bouteilles par an, dont la moitié pour la seule France, pas mal. Tout le monde est content. Bien sûr, il a fallu du temps pour arriver à ce bel angélisme. Il a fallu des émeutes et des violences, des morts et des gendarmes, on se souvient des drames de 1911, mais 1911 est loin et le résultat est là, il est convaincant. La Champagne, riche et tranquille, assoupie sous le soleil d’été, vous gagnera très vite. La sérénité qui s’en dégage, c’est l’avantage de ces contrées à peu près désertes et si calmes. Très contagieux, ça.


Pour en savoir un peu plus sur les Riceys et leur admirable vin rosé, cliquez ici

L'autre voyage que vous ne ferez pas (vous devriez, pourtant), ici

Les photos : le vignoble et la cave sont signés Mathieu Garçon, les autres sont de diverses provenances (D.R.). Cet article est paru sous une forme et sous un titre différents dans la livraison de juillet de Série limitée - Les Échos

13 commentaires:

  1. thibaut le mailloux (perso)1 août 2012 à 21:51

    Cher ami, de mémoire il n'y eut justement aucun mort en 1911, ce qui n'enlève rien à la vertu fondatrice de cette révolte de Champagne d'ailleurs. Mais n'oublions pas non plus la solidarité au sein d'une région meurtrie par les guerres.
    Bien à vous
    tlm

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    1. Même à Mailly ? Je croyais pourtant qu'il y avait eu quelques morts. Mais votre contribution est bienvenue !

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  2. ... Le paradoxe veut que c'est sur une terre aussi meurtrie (et retournée) par les guerres que l'on élabore un vin de fête et de célébration...

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    1. Oui, c'est une sorte d'embouteillage historique ;-)

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  3. je vérifierai cela dès que les archives réouvriront après la pause estivale ;) tlm

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    1. D'accord, c'est intéressant.

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    2. Bonjour, vous dites que l'aube est le terroir des pinots meunier mais il me semblait que c'etait la vallee de la marne? il me semble que l'aube est un terroir de pinots noir dont les grandes maisons raffolent.....

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    3. Il me semble que c'est exactement le contraire. Que la vallée de la Marne est le grand terroir des pinots noirs et que l'Aube est celui des meuniers. Mais je peux me tromper. On peut toujours se tromper.

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    4. Oui Nicolas, le terroir historique des meuniers et bien la vallée de la Marne. Les noirs, les grands noirs trouvent leur berceau en la montagne de Reims. Je dis bien historique. Les meuniers n'ayant pas de cote commerciale, ils vieillissent assez mal, les vignerons de la vallée de la Marne plantent de plus en plus de pinot noir et de chardonnay. Pour les encourager, un système de prime aux cépages dits nobles a été mise en place autrefois avant de disparaître il y a une vingtaine d'années.
      Tout a tellement changé depuis vingt ou trente ans.
      La très discrète Olympe.

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    5. Très discrete Olympe, vous avez bien raison la Vallée de la Marne est bien à dominante de pinot meunier.(2/3 de l'encepagement sur cette partie de la Champagne)
      Une fois passé Epernay en direction de Chateau Thierry c'est à dire la partie Ouest de la vallée de la Marne, le pinot meunier est tres présent, on retrouvera des pinots noirs (en majorité) sur la partie Est de la Vallée de la Marne (Ambonnay ,Bouzy,Mailly, Verzenay..)
      Cordialement

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  4. Je placerais humblement le Meunier dans la Marne, et le Noir dans les Bars. Et n'oublions pas l'isolée colline de Montgueux, proche de Troyes, qui fait écho à la côte de Sézanne et qui est spécialiste du Chardonnay.

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