Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



vendredi 22 septembre 2017

Mes magnumsn (48), un champagne nature

Veuve Fourny & fils, blanc de blancs, premier cru, brut nature



Pourquoi lui
Dans ce magazine, on aime bien les champagnes qui alignent les singularités. Ici, blanc de blancs + brut nature + premier cru, c’est un bon candidat. En plus, et pour faire bonne mesure, ce vin est élevé sept mois sur lies en cuves et fûts sans ajout de soufre. Là, toute la bistronomie du XIe arrondissement de Paris s’évanouit de bonheur. Autre particularité, c’est un assemblage de trois millésimes consécutifs (et vins de réserve, bien sûr).

On l’aime parce que
On peut toujours se moquer des bobos (n'hésitons jamais), mais ce champagne dans sa droiture et son tranchant est l’ami des apéritifs réussis. Il a sa façon de vous propulser à table, c’est tout ce qu’on lui demande.

Combien et combien ?
Quantité de magnums produite non communiquée, 59 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Avec les plus branchés de votre carnet d’adresses et avec des morceaux de parmesan (les trois sont faits pour s’entendre)

Il ressemble à quoi ?
C’est l’avenir du champagne, ce genre d’élaboration. S’il y aura toujours une place pour le grand classicisme, les innovateurs à la Fourny prennent de plus en plus de place. Ce sont des séducteurs.

La bonne heure du bonheur
À l’apéritif et même pour les après dîners un peu durs. Sa fraîcheur requinquera les plus atteints.

Le bug
Ce n’est pas la marque la plus facile à trouver

Le hashtag
#NewBubbles

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Droit, pur, intense, d’une race équivalente au brut, mais pour amateurs exigeants. 17/20


Ce texte a été publié sous une forme différente dans ENMAGNUM n° 8. Le numéro 9 est en vente depuis peu chez votre marchand de journaux. Voici la couverture de ce nouveau En Magnum #09 :




lundi 18 septembre 2017

Mes magnums (47),
un grand champagne de l'Aube

Drappier, Grande Sendrée, champagne brut 2006 


Pourquoi lui
C’est la grande cuvée de la célèbre maison d’Urville, chère au cœur et au palais du général De Gaulle. Drappier était son fournisseur personnel et livrait surtout à Colombey-Les-Deux-Églises, en voisin. Michel Drappier a pris la suite de son père Bernard, un vieux monsieur de bonne humeur. Logée dans une bouteille reprise du XVIIIe siècle, cette cuvée nous attend depuis dix ans dans des caves cisterciennes du XIIe siècle.

On l’aime parce que
L’Aube regorge de trésors. Cette cuvée est baptisée ainsi d’après une parcelle recouverte de cendres après un incendie qui ravagea Urville en 1838. Le « s » vient d’une erreur de recopiage du cadastre, jamais corrigée. Ce qui vous donne une histoire à raconter.

Combien et combien ?
Quantité non communiquée, 160 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Comme tous les grands champagnes, le choix est vaste. Il peut rafraîchir une fin d’après-midi d’été, faire un apéritif des plus convenables, il peut passer à table ou encore alimenter une conversation philosophique d’après-dîner. Choisissez votre camp.

Il ressemble à quoi ?
C’est un grand vin, faiblement dosé (5 grammes de sucre par litre), sulfité a minima, issu des plus belles parcelles de la maison Drappier. À un prix encore raisonnable, il en remontre volontiers à des vins beaucoup plus coûteux, mais pas plus goûteux.

La bonne heure du bonheur
Idéalement, c’est un vin de méditation. Goûtez-le tard, au coin du feu, en picorant des bouts de comté de bonne provenance.

Le bug
Le rosé est encore meilleur

Le hashtag
#pasdechampagnesanslesvinsdelaube

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Ce millésime, sans rejoindre le grand 2002, développe plus d’énergie tout en s’inscrivant dans un style puissant. Un champagne de table. 16,5/20

mercredi 13 septembre 2017

Marc Monrose et cette envie de bien faire

Quand Roger Zannier visite le château viticole Saint-Maur à Cogolin pour la première fois, il n’est pas comme nombre de ses pairs à la recherche d’une « maison de vacances exceptionnelle avec piscine ». Non, vingt ans plus tôt, en 1991, il avait investi dans un beau domaine du Douro portugais, la quinta de Pessegueiro où il produisait des vins secs sous la nouvelle (1979) appellation Douro. Des vins élaborés sur le conseil de Jean-Michel Cazes (Lynch-Bages) par la célèbre et très qualitative Quinta do Noval. Le vin, sa production, son commerce, il savait ce que c’était, il n’a pas découvert les vignes du château Saint-Maur au moment de signer chez le notaire comme cela arrive parfois. Et le voisinage avantageux de Saint-Tropez agissait plus comme une opportunité de marketing que comme un aimant people. La belle histoire était là était là.


Marc Monrose, photographié à Paris



Qui est Roger Zannier ? Un fils de maçon italien établi à Saint-Chamond, entre Lyon et Saint-Étienne. Là, un beau jour, il achète deux machines à coudre et lance une activité de confection et à force de travail et de bonne fortune, il est aujourd’hui à la tête d’un empire dans le secteur du vêtement pour enfants et de la mode. Chacun connaît ses marques, de Kickers à Z, de Tartine & Chocolat à IKKS. S’il en a cédé certaines, toutes ont contribué à sa gloire. On l’a connu aussi à la tête de Z, une équipe cycliste, mais c’est fini. Son fils Arnaud développe un pôle hôtellerie et c’est son gendre, Marc Monrose, qui a la responsabilité des vignobles familiaux et que nous rencontré à l’occasion d’un de ses passages à Paris, entre deux avions, entre deux marchés d’export. Sa vie a basculé à l’occasion d’une visite dans les vignes portugaises de son beau-père. Est-ce la beauté austère et un peu étrange du Douro, l’appel du changement de vie, la qualité des vins produits ? Nous sommes en 2006 et il s’inscrit illico à l’université de Dijon, sa ville natale, et trois mastères plus loin, il cède ses affaires personnelles et le voilà aux commandes des vignobles Zannier, à plein temps à partir de 2009. Huit ans déjà. Un premier constat ? « Le plus dur avec les vins portugais en, France, c’est de les vendre ». Alors, il croche dedans, s’efforce autant qu’il est possible, change de pied et, peu à peu, le succès s’organise. Il a compris que quand on n’est pas une famille du vin « On ne vend pas de vin, mais du rêve, des souvenirs, des idées, des sensations ». Pourtant, il est dans le réel quand il conseille à son beau-père d’agrandir la propriété de plus du double (de 11 à 30 hectares), d’acheter un terrain pour construire une cave ultra-moderne et de mener des études sur la structure parcellaire du vignoble, l’adéquation des méthodes et des cépages aux sols, avant de reprendre l’élaboration des vins à la quinta, plutôt que chez Noval. Marc Monrose a d’abord été enthousiasmé par les compétences des équipes en place à Pessegueiro depuis les premiers jours de l’exploitation sous la gouvernance Zannier. D’abord, ils sont toujours là, ce qui est un signal fort tant sur l’endroit que sur le patron. Ensuite, dit-il, « Chacun, là-bas, a une culture du vin exceptionnelle. Ils ont tous quelques vignes pour leur consommation personnelle et ils revendent des raisins en état sanitaire parfait. » Pourtant, c’est parfois compliqué, la viticulture locale. Sur certaines parcelles de vieilles vignes, on trouve jusqu’à 70 cépages différents sur un seul hectare. D’où l’importance de replanter de grandes parcelles de touriga nacional, le cépage noble du Douro. Et puis, à force d’entêtement, le nouveau chai est sorti de terre. Sa tour de 23 mètres de haut abrite un cuve-ascenseur. En 2011, pour la première fois, Pessegueiro a produit un porto, « Nous avons profité du millésime exceptionnel pour déclarer un vintage. » Aujourd’hui, Marc Monrose produit deux grands rouges secs, Aluze et Quinta do Pessegueiro. En 2011 encore, il a sorti une cuvée d’exception baptisée Plénitude et vendue 60 euros, un prix très élevé pour un rouge du Douro. Cette cuvée a de nouveau été produite en 2015 pour 3 000 bouteilles. En tout, 120 000 bouteilles et quelques pots de miel sortent chaque année de Pessegueiro, objectif 150 000. L’un des atouts maîtres de Marc Monrose est son consultant, l’impeccable Éric Beaumard, surtout connu pour être un sommelier hors pair et le directeur général de l’hôtel George V à Paris. Il aurait pu choisir de travailler avec l’un ou l’autre de nos grands consultants, ces flying winemakers que le monde s’arrache, mais non, il a préféré s’entendre avec un sommelier, c’est une idée neuve, mais pas unique. D’autres en font autant. C’est aussi en 2011 que Vignobles Zannier acquiert le château Saint-Maur. Ce vignoble est inscrit au classement des crus de Provence de 1955, ce qui n’a pas grand sens, mais confère une certaine crédibilité dans le public. Dès l’affaire conclue, Marc Monrose se met au travail. Une nouvelle cave sort de terre pour le premier millésime du nouveau Saint-Maur en 2013. Marc s’enthousiasme : « Je veux vendre du vin à Saint-Maur, comme on vend du champagne. » Déjà, avec des bouteilles originales, il en revendique les codes. Et les volumes. De 2013 à 2016, il est passé de 80 000 bouteilles à 400 000. Et, comme si tout ceci ne suffisait pas, il a créé un rouge en 2015. De ses trois cuvées, il tire beaucoup de fierté, content aussi des prix de vente acceptés par le public et les cavistes, 10, 18 et 32 euros, c’est déjà très bien. On sent l’homme en pleine phase avec ses défis, le succès est au coin de l’histoire, la sienne. Il conclut : « C’est le plus beau métier du monde, l’égal des orfèvres ou des denteliers ». Bien vu.

La photo : Mathieu Garçon

mardi 12 septembre 2017

Mes magnums (46) un beau pinot noir de Beaune

Beaune premier cru, Vignes franches 2015, Louis Latour 

 

Pourquoi lui
À la mesure de la production bourguignonne de ces dernières années, un beau pinot noir de Beaune se fait de plus en plus rare. Quand on en voit passer un, on lui demande de rester un peu. Et quand il nous rappelle une époque où les propriétaires fonciers ne payaient pas de taxe (vignes franches), la nostalgie nous étreint et le bouchon est tiré.

On l’aime parce que
Comme la plupart des grands rouges de la maison Louis Latour – nous pensons à l’admirable corton-grancey, ce beau magnum est fait pour vieillir à fond de cave, mais pour quelques semaines encore, il est merveilleux. Après, il connaîtra une éclipse, on dit qu’il s’est « refermé ». L’image est forte.

Combien et combien ?
100 magnums, 99 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Avec ceux qu’on aime, ceux qu’on souhaite honorer, ceux qui le méritent. Ce qui exige de passer son carnet d’adresses au peigne ultra-fin.

Il ressemble à quoi ?
À ces grands bonheurs dont l’enchérissement progressif nous éloigne inexorablement. Les bourgognes, les truffes blanches, les voitures de collection. Tout ce qui s’affole dans les catalogues des marchands. Cela dit, à 99 euros, ce magnum de beaune premier cru est encore à peu près accessible.

La bonne heure du bonheur
C’est un vin de bon dîner, de gibier à plumes, un vin limpide et brillant, un beau bourgogne en somme.

Le bug
Cent magnums de ce vin… Comment dire ? Ne perdons pas une minute.

Le hashtag
#pinotnoirforever

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Très coloré, savoureues notes de cerise noire bien mûre, tanin fin, corps charnu, bel équilibre. Attendre deux à trois ans minimum.


mardi 5 septembre 2017

Phélan-Ségur est vendu

Phélan-Ségur, un soir d'été et d'orage.


Les frères Gardinier, propriétaires de Château Phélan-Ségur, Groupe Taillevent, Les Crayères à Reims et un important domaine d'agrumes en Floride, annonce la vente (négociation exclusive, en fait) de Phélan-Ségur à un entrepreneur belge, Philippe Van de Vyvere.
La rumeur courait depuis un moment, elle n'était donc pas sans fondement. Rappelons que la famille Gardinier a signé un long passage de trente ans aux commandes du cru. Lequel est devenu l'un des plus exemplaires de l'appellation et, certainement, un grand du Médoc.
Voici ce que les frères Gardinier disent :
« Afin de renforcer la cohérence entre nos différentes activités, nous avons décidé de consacrer
l’essentiel de nos investissements à venir dans les métiers de la gastronomie (restauration,
distribution, …) et de l’hôtellerie haut de gamme. Taillevent Paris, le Domaine Les Crayères et le
Comptoir du Caviar en seront les premiers bénéficiaires, avec des projets déjà définis. Le renforcement du groupe pourra également passer par de la croissance externe si cela s’avère être
complémentaire », expliquent les trois frères, Thierry, Stéphane et Laurent Gardinier, et d’ajouter
« le vin, l’une de nos passions, reste au coeur de l'ADN du groupe. Nous gardons ainsi une réelle
proximité avec nos amis viticulteurs. »


À propos de l'acquéreur
Philippe Van de Vyvere, qui a construit son développement autour d'activités maritimes et portuaires
à travers son groupe Sea-Invest, a toujours cultivé une passion des grands vins.
« Initié dès mon plus jeune âge par mon grand-père, grand connaisseur et collectionneur des Vins de
Bordeaux, je perpétue cette tradition familiale. Parmi mes amis, je compte d'heureux propriétaires
dans le Bordelais, et mon rêve de posséder un jour une belle propriété a été exaucé lors de ma
rencontre avec la famille Gardinier. J’ai eu un réel coup de coeur pour Château Phélan Ségur,
magnifique domaine surplombant la Gironde. Les nombreux échanges avec les frères Gardinier leur
ont fait comprendre que j'allais être un acquéreur respectueux du passé, et ayant la volonté de
continuer l'excellent travail accompli. Mon ambition est de pérenniser Phélan Ségur comme l'un des
grands Saint Estèphe. »



La photo : est signée Mathieu Garçon

jeudi 31 août 2017

Bettane+Desseauve, le Guide 2018.
Voici les palmarès de l'année


C'est la rentrée, le Bettane+Desseauve est sorti.
Dans sa belle livrée caramel, il est assez chic, mais ce n'est pas le sujet.
Non, ce sont nos amis les vins qui occupe cent pour cent de la pagination
(et de nos pensées). Pas moins de 11 450 étiquettes ont été retenues, sur une somme de 50 000 vins dégustés. Un travail de titan, ayons une pensée pour les dix experts B+D qui ont goûté tout ça. Ces vins sont issus de 2 360 domaines, châteaux, propriétés, maisons, coopératives.

Voici, en exclusivité mondiale, les palmarès de l'année argumentés, débattus et décidés par Michel Bettane et Thierry Desseauve. C'est eux qui ont le final cut, la décision ultime. Ils établissent ensemble le tableau d'honneur de l'année écoulée.


 
LES DOMAINES DE L’ANNÉE

LE NUMÉRO 1 DE L’ANNÉE
Château Mouton-Rothschild

LES PRODUCTEURS DE L’ANNÉE (Top 10)
Domaine Louis-Claude Desvignes
Château Tertre-Roteboeuf
Domaine Leroy
Domaine de la Vougeraie
Laurent-Perrier
Domaine André et Mireille Tissot – Stéphane Tissot
Domaine Thibaud Boudignon
Château des Tours
Famille Perrin
Domaine de l'Île

LA CONFIRMATION DE L’ANNÉE
Château Marquis de Terme

LA PROGRESSION DE L’ANNÉE
Piper-Heidsieck

LE GRAND RETOUR
Mas Conscience

LE DOMAINE BIO DE L’ANNÉE
Domaine de l'Oratoire Saint-Martin

LA SIGNATURE DE L’ANNÉE
Dauvergne Ranvier


LES VINS DE L’ANNÉE

LES VINS NUMERO 1
Domaine Chanson Père et Fils
Beaune premier cru Clos des Mouches 2015, rouge
Beaune premier cru Clos des Fèves 2015, rouge
Beaune premier cru Les Grèves 2015, rouge

VINS DE L’ANNÉE (Top 10)
Château Cos d'Estournel
Saint-estèphe 2014, rouge
Château Suduiraut
Sauternes 2015, blanc
Domaine J.A. Ferret
Pouilly-fuissé Hors Classe – Tournant de Pouilly  2015, blanc *
Pouilly-fuissé Tête de Cru Clos des Prouges 2015, blanc
Champagne Jacquesson
Champagne Dégorgement Tardif N°736 Extra-Brut NM
Domaine Peyre Rose
Languedoc Syrah Léone 2007, rouge
Domaine Cosse Maisonneuve
Cahors La Marguerite 2014, rouge
Domaine Jean-Louis Chave
Hermitage L'Hermitage 2014, blanc

L’ÉMOTION DE L’ANNÉE
Domaine René Bouvier
Marsannay Champs Salomon 2015, rouge

LA RÉVÉLATION DE L’ANNÉE
Champagne de Castelnau
Champagne Hors Catégorie NM

LA CONFIRMATION DE L’ANNÉE
Clos Venturi
Corse Clos Venturi 2015, blanc

L’EXPRESSION DU TERROIR
Mas Jullien
Terrasses du Larzac Autour de Jonquières 2014, rouge

LA BELLE SURPRISE
Clos Saint Vincent
Bellet Vino Di Gio 2015, rosé

LE VIN À METTRE EN CAVE
Domaine Anne et Hervé Sigaut
Chambolle-musigny premier cru Les Noirots 2015, rouge

LE VIN À METTRE EN CAVE
Château Léoville Poyferré
Saint-julien 2014, rouge

LE MEILLEUR RAPPORT PRIX-PLAISIR
Domaine des Champs Fleuris
Saumur-champigny Les Tufolies 2016, rouge


LE VIGNOBLE DE L’ANNÉE
MÂCON ET MÂCON-VILLAGES 



Le Guide Bettane+Desseauve 2018 est en vente chez votre libraire

mercredi 30 août 2017

Le vin est-il échange et partage
jusque dans les Foires aux vins ?

1. Comme les Foires aux vins se tiennent plutôt dans des hypers et des supers, la GD honnie, vous évitez toute une frange de donneurs de leçons qui peut se révéler lassante à la fin. Ce fin marécage aurait tôt fait de vous dégoûter du vin. Une chance, ils ne fréquentent pas les enseignes de la grosse distribution, ils craignent de ne pas savoir faire avec un caddie ou quelque chose comme ça.

2. Après les donneurs de leçons, en général, le ressac dépose sur vos chaussures effarées les pasionarias du vin « nature », genre Madame Feiring (celle qui traite Michel Bettane de lepéniste au motif qu’il a un avis plus mesuré qu’elle sur les vins « nature »). Elle, elle vous dégoûtera sûrement de tout, y compris du débat, des mois de septembre, de l’avenir, de la nuance. Elle ne donne pas de leçons, elle jette des anathèmes sur tout ce qui bouge. Elle non plus ne va pas à l’hyper, ouf.

3. Les Foires aux vins réunissent surtout un public masculin très concentré sur ses achats, la constitution de sa cave, les bonnes affaires. Du coup, les quelques femmes qui s’y trouvent ne manquent pas d’intérêt, bien au contraire. Si elles sont là, et sans l’homme de leur vie, c’est qu’elles aiment le vin et qu’elles savent compter. Deux beaux atouts. De plus.

4. Pour engager la conversation, demandez-lui un avis au lieu de donner le vôtre comme un gros lourd. Et si elle vous le donne, remerciez le ciel et tenez-en le plus grand compte. Trois bouteilles du vin recommandé, voire une caisse de six (en signe d’allégeance) est un bon début pour envisager une suite.

5. N’en faites pas des caisses, justement. Elle sont lourdes, certes, mais la personne est équipée d’un caddie en état de marche et, à moins que la caisse choisie soit trop haute ou trop lourde, ne proposez pas sans cesse vos services, c’est exaspérant et vous pourriez agacer. N’oubliez pas que 99 % d’entre elles se débrouillent très bien toutes seules le reste du temps.

6. La moindre hésitation (de sa part) peut vous permettre une avancée non négligeable. Soyez secourable, pas envahissant. Si vous dégainez votre smartphone, assurez-vous que l’appli dont vous vous servez est Grand Tasting, l’appli qui donne des infos et des conseils sur les vins de toutes les Foires aux vins de cette année, donc sur la bouteille qui est pile devant elle. Dingue, non ? Vous avancez de dix cases. Sauf si un autre homme seul à l’hyper a également l’appli Grand Tasting, ce qui risque fort d’arriver. Pour conserver de l’avance, ayez sous le bras le dernier numéro de EnMagnum qui propose une belle centaine de pépites des Foires aux vins. Ah, il n’y avait pas pensé, ce boulet.

7. À ce stade, il va falloir inventer. Vous montrer sous votre meilleur jour, par exemple. Précéder ses envies de vins, la comprendre, psychologie-etc., toutes ces choses compliquées. Ne proposez pas de rosés sous prétexte que c’est une femme, on n’imagine pas plus ringard (c’est ce qu’elles disent dans ELLE, en tout cas). Faites plutôt valoir les qualités organoleptiques des vins que vous voudriez qu’elle achète (au cas très improbable où vous seriez amené à les boire avec elle).

8. Passage obligé, faire rire. Il paraît que ça crée des ouvertures. Au moins, vous tomberez amoureux, c’est déjà ça. Pour la faire rire, moquez-vous des étiquettes ridicules, il y en a plein. Ces vins qui s’appellent Grololo, Vin de merde ou Fuck@Sarkozy sont autant de parfaits exemples du pire. Dites « Vous imaginez ça sur votre table ? ». Non, elle n’imagine pas, mais elle pouffe. Ça suffira à créer un commencement de complicité.

9. Occupez-vous de votre caddie. Disparaissez, remplissez, revenez. Repartez. Si vous n’avez pas une vie propre et des goûts qui vous appartiennent, vous n’existez pas. Et surtout ne pas siffloter d’un air trop cool le tube de Springsteen, Queen of the supermarket, elle va tout de suite comprendre que vous bafouillez un anglais des plus approximatifs et que vous n’avez pas compris les mots de la chanson.

10. Allez, circulez. Arrêtez d’emmerder cette jeune personne, vous avez la même à la maison. Le vin est échange et partage, certes, mais ce n’est pas une raison.

lundi 21 août 2017

Mes vins de l'été (point d'étape)

Belle tombée de vins étrangers, cet été. Il en est venu de partout ou presque. Commençons par le commencement, c’est-à-dire l’Italie.

Italie.

Très joli barbera de Sottimano partagé avec bonheur
et avec une grande journaliste/écrivain gastronomique
chez Vantre, la bonne adresse de Marco Pelletier à la République.

Brunelli fait du brunello et il le fait très bien.
Ce brunello-di-montalcino s’inscrit parmi les meilleurs des grands italiens.
Il n’a pas déçu, fait mille promesses. Mais trop jeune, à la fin.

Entre quelques bouteilles de barolo du même producteur (Alessandria),
ce dolcetto très suave qui mérite vraiment qu'on l'attende (J’adore la nappe).

Le fantastique granato d'Elisabetta Foradori.
Le cépage est le teroldego et tout ceci nous arrive en magnum du Haut-Adige,
l'extrême nord de l'Italie. C'est un vin rouge, millésime 2006.


Autriche.

L'été des vins épatants, chapitre 5 962 :
un zweigelt (c'est le cépage) autrichien. On en fait aussi en Italie dans le Trentin Haut-Adige
et c'est toujours très bon pour ce que je sais des vins de Lageder ou de Hofstatter.

Liban.


L'une des cuvées de Kefraya, grand vignoble de la Bekaa au Liban.
Un vin facile, équilibré et flatteur, sans exagération dans aucun registre.
Content de l'avoir vue, cette bouteille. Trop petit, le 75 cl.

Chine.


L'étiquette d'une merveilleuse élégance, c'est Ao Yun,
le vin en progrès de Moët-Hennessy qui nous arrive des confins montagneux de la Chine.
Déjà un succès pour cette aventure viticole incroyable
(toute l'histoire dans En Magnum #08 en vente chez votre marchand de journaux).

Portugal. 

Un rouge sec portugais facile et sympa, on en boit jamais assez des comme ça.
Merci à Daniel Pirès, le sommelier de la Scène Thélème à Paris, qui me l'a fait découvrir.

Dans une brasserie qui va bien de l'avenue Gambetta, ce douro rouge (sec) parfaitement à sa place.
No surprise, Ramos Pinto fait partie des domaines supervisés par Jean-Baptiste Lécaillon (Roederer, etc.). Donc, c'est bon d'avance et c'est bon aussi pendant. Et à un prix serré.

USA, Californie.


Un déjeuner de champagne chez Albert Corre (Le Petit Pérgolèse),
mais avec un très grand rouge sur la viande, opus-one 2010, sacré jus.
Évidemment, c'est plus chic comme ça. Bravo et merci à Damien Champy
et à l'équipe champenoise de la petite coopérative Le Brun de Neuville.

Australie.

Un cabernet-sauvignon pas mal, pas trop extrait, l'Australie.
Bu à table dans un petit restaurant de la Spey, en Écosse.


USA, Oregon.


Chez Il Vino.
Regoûté avec gourmandise le pinot noir d'Oregon de Jean-Nicolas Méo.
Une très belle interprétation du terroir et du cépage.





vendredi 18 août 2017

Mes magnums (45)
Un beau rouge de Provence (très mois d'août)

Château Rasque, Pièce Noble, côtes-de-provence rouge 2012




Ce qu’il fait là
Il vient nous rappeler à quel point la Provence est une terre de rouges (et de blancs, aussi), alors qu’on croirait la ravissante province toute vouée au rosé.

Pourquoi on l’aime
Un assemblage syrah-grenache créé pour dire au monde les qualités des terres qui portent ces deux cépages. Un vin de Provence, en rouge, a toujours une pointe d’amabilité en plus, presque de la bonhomie.

Combien et combien
400 magnums. 49 euros le magnum (au domaine, 04 94 99 52 20).

Avec qui, avec quoi
La Provence, quand il s’agit de vins, réclame autre chose que les petits cris extatiques ordinaires. S’assurer de partager ce magnum avec le meilleur monde.

Il ressemble à quoi
À tout ce qui arrive à point nommé. Après 30 mois d’élevage en cuves et en foudres, on sent qu’il y a un effort consenti pour en faire un vin original qui met toutes les chances de son côté. Rien que pour ça, on en veut.

La bonne heure du bonheur
Un vin de changement de saison, de vent dans les cheveux, quelque chose qui tient ses promesses, sans mollesse, avec noblesse. L’aristocratie provençale a toujours eu du panache.

Le bug
Un vrai inconnu, ça ne facilite pas les recherches.

Le hashtag
#vindesaison

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Il se la joue tout en souplesse, sur la fraise acidulée et la cerise mûre. Des notes lactées lui confèrent un côté nonchalant, comme une sieste d’été sous un parasol. 13,5/20



Ce texte a été publié sous une forme différente dans ENMAGNUM n° 7. Le numéro 8 est en vente chez votre marchand de journaux pendant trois semaines encore. Voici la couverture de ce nouveau En Magnum #08 :



jeudi 27 juillet 2017

Mes magnums (44)
Un champagne début de siècle

Champagne Lanson Gold Label, brut 2004 



Ce qu’il fait là
J’adore la belle histoire qui s’écrit tranquillement chez Lanson, le côté revenu d’ailleurs et, même, de loin, l’excellence en étendard, l’innovation au coin de tous les couloirs de l’entreprise. Tout ça au bénéfice d’une marque légendaire.

Pourquoi on l’aime
C’est le dernier millésime sorti par la maison, ce qui montre le soin et le temps consacrés à l’élevage chez Lanson aujourd’hui.

Combien et combien
Quantité produite tenue secrète.
80 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi
Avec des nostalgiques d’une époque où les grandes marques tenaient le haut du pavé.
Avec des fanatiques de ces retours en grâce fantastiques qui font un bel écho à l’intelligence des hommes.

Il ressemble à quoi
À un grand lanson d’avant, de ceux qui n’ont
« pas fait leur malo » comme disent les chefs
de caves. Comprendre que c’est un champagne plus vif, plus tonique, qu’on a intérêt à garder un peu plus que d’autres.

La bonne heure du bonheur
Apéritif, bien sûr, mais il peut se mesurer à une gastronomie goûteuse.

Le hashtag
#lansonàfond

Le bug
Il n’y a plus de bug chez Lanson.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Robe dorée, nez harmonieux aux accents miellés et floraux, bouche ample et onctueuse, généreusement construite. 17/20

Ce texte a été publié sous une forme différente dans ENMAGNUM n° 7. Le numéro 8 est en vente depuis peu chez votre marchand de journaux. Voici la couverture de ce nouveau En Magnum #08 :

 

lundi 24 juillet 2017

Mes magnums (43)
Un cru classé de Margaux en bio

Château Durfort-Vivens, grand cru classé de Margaux 2013 



Ce qu’il fait là
L’étiquette est incroyablement belle et Gonzague Lurton, heureux propriétaire de ce joyau margalais, a eu le bon goût d’en conserver tout le caractère et la poésie. En plus, Michel Bettane dit volontiers les louanges de ce domaine en plein renouveau qualitatif.

Pourquoi on l’aime
Pour le cabernet-sauvignon, largement majoritaire et qui roule sous la langue. Pour la viticulture très engagée : 2013 est le premier millésime de la conversion totale en biodynamie. Si quelques-uns, comme lui, ont pris la suite de Pontet-Canet dans cette noble pratique, ils sont encore peu nombreux parmi les châteaux bordelais.

Combien et combien
Nombre de magnums non communiqué. On le trouve encore à La maison Souleau à Bordeaux et à La Vinothèque en vente en ligne. 70 à 80 euros le magnum

Avec qui, avec quoi
Avec des amateurs raffinés qui auront le bon goût de reconnaître le supplément d’âme de ce vin et la beauté de l’étiquette. Si c’est le cas, la soirée est sauvée.

Il ressemble à quoi
À une manifestation new-age, à une percée de modernité dans un monde de traditions, mais avec les beaux habits de la tradition. Bien vu.

La bonne heure du bonheur
On le boira sans se presser en attendant les 2010 d’un côté et les 2015 de l’autre.

Le hashtag
#mêmeàBordeauxcestpossible

Le bug
Le millésime 2013 n’est pas le grand millésime concentré et puissant, allez plutôt y chercher de la finesse et de la subtilité, c’est un exercice épatant, mais plus exigeant.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Magnifique texture, grande noblesse et sincérité aromatique, longueur étonnante, ne pas manquer. 17,5/20

Ce texte a été publié sous une forme différente dans ENMAGNUM n° 7. Le numéro 8 est en vente depuis peu chez votre marchand de journaux. Voici la couverture de ce nouveau En Magnum #08 :

 

jeudi 20 juillet 2017

Pendant que j’y pense #27

La mort de Domenico Clerico
Le grand producteur du Piémont vient de claquer la porte. Je ne le connaissais pas, j’avais juste bu quelques millésimes de son somptueux barolo à table, au Ciau del Tornavento à Treiso, village perché à peu près au-dessus d’Alba.
Alors, j’ai demandé à Michel Bettane : « Je ne sais pas de quoi il est mort. Il avait tragiquement perdu sa fille il y a quelques années et été bien malade, mais il s'était peu a peu remis. Je l'ai bien connu il y a 15 ans. Il était plein de fantaisie et de talent. Grand ami de Rivetti, noceur, gourmand, il incarnait avec sa tête à la Pasolini le modernisme piémontais. »
D’où mes regrets de ne l’avoir jamais croisé. Il est mort jeune, 67 ans, ça me dérange. Beaucoup de vieux jeunes du vignoble meurent trop tôt. Pourquoi ?

Domenico Clerico, une bonne nature


La pauvre affaire Sibard
Marc Sibard condamné pour harcèlement, ça dit seulement que la justice a décidé qu’il était coupable. Ce caviste étiqueté stupidement « beaux quartiers » quand il est le héraut du vin sans soufre ou naturel ou nature, on ne sait plus comment ça s’appelle à la fin. Il avait repris la cave Augé, boulevard Haussmann, plus tard acquise par Lavinia.
C’est une affaire de pauvre con, de sexisme et de misogynie, ces agressions comme il en existe trop, partout, dans quasi toutes les entreprises, tous les dîners, toutes les réunions de plus de une personne, en lourdingue ou en insidieux, grande gueule ou petit vicieux, c'est pareil, c’est toujours la même mauvaise mayonnaise. Ce qui n’excuse rien, mais voilà.
Un père-la-morale de réseau social, aussi outrancier qu’il est grossier et toujours prompt à pourfendre ceux qui ne s’intéressent pas à lui, c’est dire l’ampleur de son combat, voudrait nous faire croire que c’est bien la preuve des mauvaises manières du mondovino parisien et de ses journalistes affidés, comme si les choses étaient liées. Il explique clairement que la presse pourrie étouffe la sale affaire. Quelle déconne. Moi, je prétends que vin et mauvaises manières n’ont aucun lien et je peux le défendre longtemps. Il faut être bête comme un prohibitionniste pour tenter de nous faire avaler pareille couleuvre. Sibard n’a jamais été mon pote en aucune manière ou celui de mes amis, ses aventures ne me regardent en rien, ne regardent personne du monde du vin. Sauf, bien sûr, ses victimes dont je salue ici le courage. Et celui, déjà, d’avoir mené cinq années de procédure face à une justice bien molle, bien lente, inopérante au point que l’agresseur a été condamné à de la prison, mais avec sursis. Le communiqué de Lavinia est parfait qui nous explique dans un genre sobre que de tels agissements n’ont pas leur place chez eux. Et que fallait-il ajouter pour calmer le vulgus ?
Je trouve que ce bonhomme en forme de pétaudière et qui accuse tout le monde tout le temps de toutes les turpitudes serait bien avisé de cesser ses imprécations et ses injures et devrait méditer la théorie du boomerang. À un moment, Toto, il te revient toujours en pleine poire. Je me suis laissé dire deux, trois trucs te concernant. Ce qui expliquerait un tel déchaînement, bien sûr. Bon, on attend encore un peu ?
(J’ai pas voulu mettre une photo de Sibard. C’est carrément pas Alain Delon jeune, non plus)

La beauté des campagnes
J’ai passé de jolis moments à Mercurey, les yeux écarquillés chez nos amis du château de Chamirey et j’ai réalisé plusieurs choses. D’abord, c’est à quelques minutes d’auto de Puligny-Montrachet, c'est-à-dire de Beaune et ce très court trajet nous a fait changer de planète. Ensuite, si le Grand talus qui porte les beaux climats de Bourgogne, côtes de Beaune et de Nuits, a une portée symbolique qui nous projette dans l’Histoire avec force, il faut reconnaître qu’en termes de beauté des paysages, c’est un peu court. Regarder le Talus, d’accord. Regarder ce qu’il regarde, aucun intérêt. Alors que la côte chalonnaise, c’est sublime, on y voit le Mont-Blanc beaucoup mieux. Faites la toupie, où que le regard porte, l’enchaînement des collines, des combes et des valleuses couvertes de vignes, de bois, de forêts, de calvaires et de belles maisons est un enchantement. Allez-y, buvez-en.
Bientôt, les belles photos de Mathieu Garçon dans En Magnum.



La photo de Domenico Clerico : Clay McLachlan / Aurora Photos

mardi 18 juillet 2017

Mes magnums (42) un grand du siècle

Champagne Laurent-Perrier, cuvée Grand Siècle 

 

Pourquoi lui
Ce Grand Siècle est un champagne singulier. L’assemblage de trois grands millésimes (mais lesquels ?) en fait une sorte de témoin des performances des terroirs des grands crus champenois sur une période donnée.

On l’aime parce que
D’abord, c’est très bon. Chaque millésime est choisi pour ce qu’il apporte de fraîcheur, de finesse, de structure et comme ceux qui font ça travaillent bien, le vin est assez somptueux. Ensuite, la big black bottle claque fort au milieu des beaux verres.
Très réussie.

Combien et combien
Nombre de magnums tirés non communiqué. 246 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi
Pas besoin d’être un œnophile averti pour être bouleversé, carrément, par une grande cuvée de Champagne. Les puristes passeront à table avec ce vin, les plus assoiffés d’entre nous ne lui permettront pas de dépasser l’apéritif.

Il ressemble à quoi
À un représentant historique du Top Ten des grands champagnes qui font plaisir aux amateurs.

La bonne heure du bonheur
Ce vin est aussi un parfait champagne de fin de soirée, un vin de méditation,
une quête des mystères du champagne très bien éclairée en même temps qu’un rafraîchissement sans heurt.

Il fait penser à
Charles de Gaulle. La légende familiale enseigne que c’est lui, le général,
qui a suggéré « Grand Siècle », ce nom de baptême, à Bernard de Nonancourt qui l’interrogeait poliment.

Le hashtag
#tellthestory

Le bug
L’absence d’infos sur la contre-étiquette. Le minimum serait de connaître les trois millésimes qui composent chaque tirage. Pour un grand amateur qui va dépenser 250 euros pour un magnum, qui en possède d’autres acquis au fil du temps, savoir l’âge des bouteilles n’est pas dommage.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
De la rondeur, un fruité charmeur, des notes florales et une allonge très tendre et très persistante. Finale onctueuse et d’un raffinement absolu.
18,5/20


Ce texte a été publié sous une forme différente dans ENMAGNUM n° 7. Le numéro 8 est en vente depuis peu chez votre marchand de journaux. La photo du magnum est signée Fabrice Leseigneur. Voici la couverture de ce nouveau En Magnum #08 :

 

lundi 10 juillet 2017

Mes magnums (41) le malbec du prince

Clos Triguedina, cahors 1998 





Ce qu’il fait là
Un cahors (un cador ?) a sa place dans tous les bons journaux du vin. Depuis plusieurs années déjà, c’est toute une appellation qui revit en assurant la pédagogie de son cépage-roi, le malbec. Et en rappelant au monde que l’Amérique du Sud n’en a ni l'origine, ni l’exclusivité.

Pourquoi on l’aime
La cuvée Prince Probus rend un hommage lointain à l’empereur qui fit replanter des vignes dans le Quercy dès le IIIe siècle de notre ère. On l’aime aussi parce qu’un cahors de 1998, c’est un vin apaisé des exigences de la prime jeunesse.

Combien et combien
300 magnums, 90 euros le magnum. Existe dans le millésime 2000 : 150 magnums, 104 euros le magnum. Ces deux vins sont disponibles à la propriété : 05 65 21 30 81.

Avec qui, avec quoi
Avec une vraie tablée, tant au niveau de l’assiette que des convives. Un beau cahors de bientôt vingt ans réclame le meilleur, il lui faut du sérieux, de la gastronomie à la hauteur, du plat de ménage qui ne se pousse pas du col. Et des dîneurs du même métal.

Il ressemble à quoi
Un vin pour la table, pour les confits et les magrets, les côtes de bœuf et le Sud-Ouest. Toutefois, parler avec l’accent local n’est pas obligatoire.

La bonne heure du bonheur
Dîner d’automne ou déjeuner du dimanche. Peu recommandé aux adeptes du brunch ou du match de rugby de l'après-midi.

Le bug
300 magnums de 1998, 150 du 2000, c’est très court.

Le hashtag
#malbecfirst

Ce qu'en dit le Bettane+Desseauve
No comment, le Bettane+Desseauve a été publié pour la première fois en 2007.



Ce texte a été publié sous une forme différente dans ENMAGNUM n° 7. Le numéro 8 est en vente depuis peu chez votre marchand de journaux. La photo du magnum est signée Fabrice Leseigneur. Voici la couverture de ce nouveau En Magnum #08 :




vendredi 7 juillet 2017

Mes magnums (40) un grand chambolle-musigny

Pousse d'Or, chambolle-musigny premier cru Les Groseilles 2014 



Pourquoi lui
Parce qu’une vie ne se passe pas sans quelques magnums de bourgognes d’anthologie. Ceux du domaine de la Pousse d’Or, à Volnay, jouent dans la catégorie top of the shelf depuis l’invention du vin rouge. Le IVe siècle pensent quelques experts. L’an de grâce 1100 annonce le propriétaire, plus mesuré.

On l’aime parce que
Ce chambolle est une leçon de pinot interprété par des virtuoses de la ciselure et de la grande dentelle. Nos experts à nous, les Bettane+Desseauve, pointent une « précision de montre suisse dans l’expression des terroirs ». J’adore l’idée. Serait-ce un modèle du genre ?

Combien et combien
60 magnums. 146 euros TTC départ Volnay.

Avec qui, avec quoi
Avec de grands amateurs, fins, spirituels. Et un pâté en croûte façon Oreiller de la belle Aurore chez Gallopin, ou celui de Westermann, aux trois viandes, dans son bar à champagne du haut de la rue Lepic ou n’importe quel jambon persillé de bonne venue.

Il ressemble à quoi
À un de ces grands bourgognes dont ne voit presque jamais la couleur.

La bonne heure du bonheur
C’est un vin qu’on ne siffle pas en pensant à autre chose. Un vin de dîner, plutôt. Et pas demain soir. 2014 est un beau millésime et un chambolle comme ça, on l’attend. Oui, le temps qu’il faut (rien avant 2024).

Il fait penser à
Un ballet classique à l’Opéra-Garnier quand on se laisse porter enfin.

Le hashtag
#pateencroute (j’ai hésité, pour les accents, mais non finalement).

Le bug
Il existe (existait, ça part à toute allure, ces choses-là) 60 magnums, on compte 365 dîners par an. Cherchez l’erreur.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Situé à l'intersection de trois chemins de vignes et sous les Gruenchers, c'est un climat qui signe ici un joli vin, profond, charmeur, tout en longueur, velouté, qui se démarque par des tannins patinés et par sa superbe finesse de grain, avec une allonge sur un fruit dense et épuré.


Ce texte a été publié sous une forme différente dans ENMAGNUM n° 7. Le numéro 8 est en vente depuis peu chez votre marchand de journaux. La photo du magnum est signée Fabrice Leseigneur. Voici la couverture de ce nouveau En Magnum #08 :


 

lundi 26 juin 2017

Mes magnums (39)
Un blanc de blancs fin et ciselé

 Bruno Paillard, blanc de blancs grand cru


Ce qu’il fait là
Bruno Paillard, grand défenseur de la marque « Champagne » et fin élaborateur de belles cuvées est également associé à Philippe Baijot dans le groupe BCC, c’est dire son poids dans le paysage champenois. On ne pouvait pas faire sans et il y a longtemps que je trouve plus que des qualités à ses vins qui se réunissent derrière l’idée qu’on peut se faire de l’élégance d’un champagne.

Pourquoi on l’aime
Plus que d’autres, ce blanc de blancs est fin et ciselé, très clairement apéritif, même si la technique de vinification spécifique se traduit par une effervescence moindre. Mais c’est un extra-brut. Alors…

Combien et combien
Volume de production non communiqué. 111,80 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi
Avec des convives raffinés qui sauront reconnaître aussitôt la finesse de cette cuvée et s’enchanteront des notes de craie. Bref, ne servir ce vin qu’à un aréopage de connaisseurs.

Il ressemble à quoi
À une fragilité à traiter avec tous les égards et infiniment d’attention.

La bonne heure du bonheur
Comme tous les très beaux champagnes, avant et après le dîner sont les bons moments.

Le bug
Comme toutes les divas, il ne va pas avec tout, ni avec tous.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Svelte, profond et fin, avec des notes d’agrumes vives, la cuvée a gagné en intensité. 16,5/20





Ce texte a été publié sous une forme différente dans ENMAGNUM n° 6. Le numéro 8 est en vente depuis quelques jours chez votre marchand de journaux. La photo du magnum est signée Fabrice Leseigneur. Voici la couverture de ce nouveau En Magnum #08 :



 

vendredi 23 juin 2017

Chais d'œuvre,
la box qui fait le trou

Manuel Peyrondet, prince de la sommellerie parisienne, a décidé de voler de ses propres ailes, il a monté sa boîte avec une box et, tiens, ça marche à fond. Pourquoi ?


Manuel Peyrondet


C’est François Mauss qui m’a prévenu il y a déjà quelque temps, « Tu le connais, Peyrondet ? Il fait fort avec sa box. » Je m’en moquais fort de la box d’un sommelier, fût-il de haut niveau. Erreur. Un ou deux coups de klaxon supplémentaires venus d’ici ou de là ont fini par me convaincre qu’il se passait quelque chose avec ce Manuel Peyrondet. J’ai été voir. C’est rue de Chateaudun, le quartier de la Trinité, à Paris. Le centre de Paris, mais pas le ventre. Un quartier de bureaux et d’autos, bien agressif, mais là, au fond d’une cour de lumière, notre jeune héros a installé une fine équipe de six ou sept dévoué(e)s qui veillent au développement inexorable de Chais d’œuvre, la bonne idée de Manuel.

Tout petit, déjà
Il est le fils d’un médecin d’Autun, gros bourg bourguignon, pas forcément super-hype. Son père rassemble ses meilleurs amis pour des dîners d’anthologie, Maman fait la cuisine et c’est somptueux. Il avait de douze à seize ans, c’était au temps où un médecin de province pouvait acheter les grands vins de Bourgogne dont les noms nous font seulement rêver aujourd’hui. Hier, c’était la-tâche à presque tous les repas. Bref. Manuel, engagé-fourvoyé dans un cursus pré-scientifique, décide de changer d’air pour aller respirer celui des cuisines. Il a dix-sept ans, il fait un stage dans un établissement saisonnier de La Napoule, il en parle sans rire, il dit « un stage à l’ancienne ». Comprendre « à la dure », on voit l’ambiance dans son regard, ça ne fait pas envie. On le plaint en silence et on passe à la suite.

T’as le bonjour de Pierre Hermé
Pourtant pas dégoûté à vie, il fait des études dans une école hôtelière de Poligny, dans le Jura et là, un cours d’œnologie sur le sauternes et pschitt, la piqûre pour la vie, il décide de devenir sommelier. Après avoir peaufiné sa formation à Dijon, une ville qu’on croirait inventée pour ça, il envoie CV et lettre de motivation à l’excellent Éric Beaumard, directeur et grand sommelier du V, le restaurant gastronomique de l’hôtel George V, palace parisien enviable. Premier coup de chance, Beaumard le reçoit, puis l’engage (deuxième coup de chance). Là, il tombe dans un vivier de talents rarement réunis. Parmi lesquels Enrico Bernardo, bientôt Meilleur sommelier du monde, et aussi Thierry Hamon, bras droit (sans rire) de Beaumard et maître à penser du jeune Manuel. Acte 2, il entre chez Taillevent. Il dit : « Là, j’étais l’enfant gâté dans le magasin de jouets ». Un stock considérable de 350 000 bouteilles, dont 45 000 dans la cave de service ; les autres, au vieillissement. Il passera sept ans de rêve avec Pierre Bérot, patron des vins chez Taillevent à l’époque, « Mon boulot, explique Manuel, c’est de visiter les domaines, en découvrir de nouveaux, les faire monter à la carte. » Un job de rêve, en effet, où il donne libre cours à sa passion dévorante et s’aligne dans les concours. Il est reconnu Meilleur jeune sommelier de France en 2005, Master of Port et deuxième Meilleur sommelier de France en 2006. Et en 2007, pour devenir Meilleur ouvrier de France, le célèbre MOF, il échoue. Aussitôt, un des clients de Taillevent lui propose de le coacher pour gagner la prochaine fois. Fort de ce soutien, Manuel enchaîne les cours de théâtre, les dégustations d’exception, les lectures les plus arides, il apprend à être malin sans être lourd, il suit des cours d’improvisation, il bosse comme un fou et en 2008, il devient M.O.F. Ça ne change presque rien pour lui, ou alors à la marge « Pierre Hermé me dit bonjour ». Je l’ai rencontré, plus tard, au Carpaccio, le resto italien de luxe de l’hôtel Royal-Monceau, où il occupait le poste de chef-sommelier. Il avait quitté l’étoilé de la rue Lamennais après la mort de Jean-Claude Vrinat, un mythe de la grande restauration parisienne. Avant d’arriver dans le palace de l’avenue Hoche, il passe un an avec Marco Pelletier au Bristol, son très grand ami qui, aujourd’hui, a ouvert son propre restaurant à Paris, Vantre. Une recommandation forte de la rédaction de EnMagnum. Au Carpaccio, Manuel Peyrondet invente sans cesse de nouvelles manières de donner le goût du vin à une clientèle haut de gamme. Il partira après avoir atteint un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros dans l’année sur le seul vin.

L’idée qui change tout
Son nouveau challenge, Chais d’œuvre, est né d’un service rendu à des copains, des clients, des amis d’amis. Il propose à quelques-uns d’acheter « groupé » tel vin qui lui avait particulièrement plu. Le premier mail déclenche quarante réponses. Il décide alors d’en faire un métier. Les 40 sont les premiers membres. Le principe : une box de deux ou trois bouteilles selon l’abonnement et une soirée dégustation par mois. En quelques semaines, ils se comptent 150. C’est parti. Il rencontre celui qui devient vite son directeur général parmi les premiers membres. C’est un fou de vin, lui aussi, qui a appelé ses filles Romane et Margaux. Aujourd’hui, ce sont 650 membres qui, en moyenne, achète cent bouteilles par an. La lecture de la liste fait mieux comprendre l’intérêt de la box de Manuel. Ainsi, on trouve de bons vignerons, tous authentiques amoureux du vin. Hervé Bizeul (Clos des Fées), Stephen Carrier (Château Fieuzal), Xavier Amirault à Bourgueil ou Rémy Pedreno (Roc d’Anglade) sont membres de Chais d’œuvre, comme un bon de garantie apposé sur la box qu’on ouvre chaque mois avec le même sourire aux lèvres, jamais déçu. Ce côté Noël tous les mois.

Le secret, c’est qu’il n’y a pas de secret
Tout ceci est très bien, mais d’où vient ce succès ? Comment ce garçon, à peu près inconnu du grand public, arrive-t-il à vendre le même volume qu’un palace parisien au fond d’une cour dans le quartier de La Trinité, à Paris ? On peut isoler plusieurs raisons, en plus de la personnalité du fondateur. La mise en avant et la façon dont elle est faite. Le travail didactique, dans les documents inclus dans la box, dans les soirées dégustation, dans les excellentes vidéos du site de Chais d’œuvre, dans le sérieux des choix des vins. Il ajoute « Nous payons les vignerons rubis sur l’ongle et nous ne vendons que ce que nous avons acheté ». Il ne fait jamais de ventes à prix cassés. Le sérieux est reconnu par les grands vignerons et Manuel a des allocations là où il faut. Il propose cinquante vins différents par mois, trois ventes flash par semaine, un coffret par mois, deux soirées par mois, bientôt en province. Il n’arrête jamais. C’est sans doute (c’est surtout) ça, le secret du succès, le sien en tout cas.


La photo : est signée Mathieu Garçon 

jeudi 22 juin 2017

Mes magnums (38)
Ce champagne est un grand classique

Pol Roger, vintage brut 2006 


Ce qu’il fait là
Nous connaissons tous des familles où Pol Roger a participé à l’éducation (du goût, au moins) des enfants de pères et de mères amateurs des champagnes de la marque. J’ai été l’un de ces enfants. Mon père était très content avec Pol Roger, j’ai donc cessé d’en boire dès que j’ai eu mon mot à dire sur le choix. J’ai eu tort, bien sûr. Ce champagne n’a jamais été aussi bon que ces années récentes.

Pourquoi on l’aime
Pol Roger est une maison de tradition qui ne rigole pas avec les fondamentaux du champagne. Chez eux, un millésimé est forcément un vin de garde, alors tenez-en compte et repoussez le moment de l’ouvrir autant qu’il est possible.

Combien et combien
La maison ne communique pas etc. 125 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi
Avec ceux de vos proches qui ont le sens du style et du goût pour les belles choses.

Il ressemble à quoi
La très belle étiquette annonce un vin du même acabit, il n’y a pas de tromperie sur la marchandise chez Pol Roger, what you see is what you get, sans doute pour ça que Winston Churchill l’aimait tant.

La bonne heure du bonheur
Je le servirai volontiers après un beau dîner, pour prolonger le bonheur des vins complexes.

Le bug
Un classicisme forcené est-il un handicap ?

Le hashtag
#thebestisgoodenoughforme

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Consistant, avec ses arômes grillés et sa maturité de fruit, son ampleur généreuse en bouche, sa finale persistante. Aujourd’hui dans sa maturité. 17/20



Ce texte a été publié sous une forme différente dans ENMAGNUM n° 6. Le numéro 8 est en vente depuis quelques jours chez votre marchand de journaux. La photo du magnum est signée Fabrice Leseigneur. Voici la couverture de ce nouveau En Magnum :

 



vendredi 16 juin 2017

Les assoiffeurs du peuple

Mardi soir, dans un de ces beaux endroits dont Paris a le secret, quelques 500 personnes étaient réunies pour décerner les Plumes d’Or du Vin et de la Gastronomie. Le principe est drôle, ce sont les vignerons qui élisent le meilleur écrivain/rédacteur/journaliste du verre et de l’assiette. Ainsi, l’an dernier, c’était Michel Bettane pour le vin et Thibault Danancher (Le Point) pour la gastronomie, le ton était donné, il y a du niveau comme on lit dans L’Équipe.
Cette année, c’est Laure Gasparotto (Le Monde) qui a été distinguée pour le vin et Stéphane Durand-Soufflant (Le Figaro) pour la gastronomie. En passant, dire que Stéphane est le meilleur chroniqueur judiciaire contemporain, il s’essaie maintenant à la chronique gastronomique, avec bonheur comme on le voit.
Tout se passait dans le meilleur des mondes. Ce petit rassemblement a plu à chacun de ceux qui étaient présents, une soirée bon enfant, drôle et sympa, sans qu’il s’agisse non plus de l’événement du siècle. Mais voilà qu’un justicier de réseau social s’empare du machin pour en faire une « affaire ».
L’atrabilaire en mal de promotion poste le statut Facebook dont voici une capture d'écran :

Mais non, ça choque personne. Pfff…

Aussitôt, la toute petite foule des chacals du Net, aka La Patrouille, rapplique en frétillant. Chouette, un lynchage ; chic, une exécution publique. Ces mecs, pour l’ambiance, ils s’y connaissent. Notre rebelle de bac à sable, ravi, anime son fil de conversation en se rengorgeant avec infiniment de contentement jusqu’à ce que, agacé d’autant d’outrance, je m’en mêle en lui rappelant qu’il avait assisté à cette soirée l’an dernier et qu’il avait tweeté des choses aimables. Qu’en somme, tout ce foin me semblait légèrement exagéré. Que s'est-il passé ? A-t-il été vexé de n’être pas récompensé ? Quelqu'un a-t-il oublié de l'inviter ? Je ne sais pas.

Toujours est-il que mon intervention me vaut instantanément les deux insultes les plus prisées par ces gens : « vendu » et « chef de pub ». Où l’on est prié de comprendre que plus pourri que moi, y a pas. Aucune importance, j’ai déjà subi ce genre d’avanies, ça fait marrer les copains, c’est déjà ça et j’ai l’habitude depuis certains posts sur ce blog depuis le Davos du vin à Côme ou une dégustation du Grand jury où Reignac était sorti premier.


Pour celles et ceux qui ne sont pas au fait des codes de ce milieu, je tiens à préciser que je n’ai jamais accepté d’autre argent que le salaire qui m’est versé chez Bettane+Desseauve, que j’ai toujours refusé les différents jobs de consultant que tel ou tel a pu me proposer très aimablement. C’est agréable, c’est rentable, c’est même gratifiant, mais non, je ne sais pas mélanger les genres, quoi qu’en pense notre rebellito. Bref, pour être « vendu », il faut être achetable et ce n’est pas moi. Si ça t’intéresse, Toto, j’ai des noms.
Je précise que j’ai le plus grand respect pour ceux qui font ce difficile métier qui consiste à vendre des pages de pub dans les journaux et qui, ainsi, rendent possible notre belle activité. J’ajoute que ce métier a été inventé par un chef de pub, justement, mon très cher ami Daniel Benharros, un authentique passionné très loin de l’image diabolique qu’on ne nous imposera pas et à qui notre procureur auto-proclamé doit beaucoup. En plus.

Et puis, il faut se calmer.
Nous savons tous que 99 % de l’accusation de collusion annonceurs – journalistes est pur fantasme, mais ça ne gêne pas ce Chavez du tire-bouchon de véhiculer le doute et le soupçon pour agréger un public de suiveurs sans feu ni lieu, tout en jetant l’opprobre sur ceux qui ne sont pas d’accord avec lui, son idéologie. Une caricature. On pourrait aussi relativiser beaucoup le fond de ces arguties, mais bon, c’est vain. Si j’ose dire ;-D

Et puis, dites-donc, vous avez vu la liste des nantis qui étaient là ce mardi pour remettre les Plumes d’or à ceux qui les méritent ? Notre boute-feu a dévié habilement la conversation, mais retour au vrai sujet. Les voilà les grossiums, les Rapetou du pinard, le voilà le grand capital :
Thierry Germain (Loire)
Jean-Dominique Vacheron (Loire)
Yves Canarelli (Corse)
Pierre-Jean Villa (Rhône-nord)
Yves Gangloff (Rhône-nord)
Laurent Combier (Rhône-nord)
Christophe Sabon (Rhône-sud)
Pierre-Yves Colin-Morey (Bourgogne)
Francis Egly (Champagne)
Anselme Selosse (Champagne)
Anne Trimbach (Alsace)
Ludovic David (Bordeaux)
Nicolas Audebert (Bordeaux)

Et il y en avait quelques autres, largement aussi nantis, bien sûr. Moi, quand je vois cette bande d’assoiffeurs du peuple, j’ai envie de voter Mélenchon.
(nan, j’rigole)
En fait, je suis effaré qu’on ose reprocher ("nanti" est un reproche) à ces viticulteurs le succès provoqué par leur talent, leur travail et leur ténacité, en oubliant si vite que la terre est basse et le ciel, menaçant. Je suis effaré de tout ce mépris. Et, quitte à manier le hashtag, voilà le mien : #faispasleboulet


jeudi 15 juin 2017

Bordeaux au sens large

Bernard Magrez n’est ni un tycoon ni un magnat ni rien de superlatif, c’est un entrepreneur avec un sens très aigu des stratégies gagnantes et des moyens de parvenir à ses fins, c’est-à-dire construire un groupe consistant et fort. Rencontre autour d’un verre d’eau

Bernard Magrez dans l'escalier du château Pape-Clément


C’est le milieu de l’après-midi dans le lounge d’un palace parisien. Bernard Magrez observe tout, note ce qui l’intéresse, s’interroge. Il faut dire qu’il est aussi le propriétaire d’un petit palace à Bordeaux et que, ne méprisant jamais rien ni personne, il a l’intelligence et l’humilité de croire que toute expérience est bonne à comprendre. Cette capacité étonnante à être aussi concentré sur les grands enjeux de ses activités que sur les mille et un détails qui s’y attachent. Nous avons fait un tour d’horizon de son actualité.

La Grande Maison, an 2
Sa Grande Maison bordelaise est dans cette période tumultueuse qui suit les lancements. En année 2, elle est fragile, il le sait. Lui et son ami Joël Robuchon (ils partagent aussi un domaine dans le Médoc, le château des Trois-Amis) ont décidé de mettre un terme à leur collaboration et c’est Pierre Gagnaire qui tient la cuisine désormais, avec un brief différent : « Le changement vise à placer notre établissement dans un champ de choix à la mesure de Bordeaux, de son bassin de clientèle. » Ce qui semble assez difficile à cerner. Ce qu’on sait, c’est que les propriétaires bordelais organisent beaucoup de dîners, de déjeuners, de réceptions de toutes sortes dans leurs châteaux – Bernard Magrez le premier – et que c’est un pan d’activité qui échappe à la belle restauration. La solution viendra de l’extérieur.

Pied au plancher
« Nous sommes au cœur d’une vaste région à fort capital touristique et les transformations menées à Bordeaux, le classement à l’Unesco, la Cité du Vin sont autant de forts accélérateurs. Nous devons nous inscrire dans ce courant porteur. Nous avons acheté un beau bâtiment à côté de la Grande Maison, mais nous n’avons pas encore décidé ce que nous allons en faire. Agrandir ou créer un établissement distinct ? » L’œno-tourisme est au cœur des préoccupations de Bernard Magrez. Dans le même registre, il vient de prendre une participation « significative » dans Bordeaux River Cruise, une affaire de tourisme fluvial qui compte trois bateaux et qui possède l’île de Patiras, sur la Gironde en face de Pauillac. Il vient aussi de lancer l’Académie du vin à Bordeaux, nouveau concept de cours de dégustation en immersion prolongée pendant trois à quatre jours. Et puis il y a le quatuor à cordes sobrement baptisé Quatuor Château Pape-Clément, le nom de son cru classé de Pessac-Léognan, cher à son cœur et pour lequel il a acquis deux violons, un Stradivarius de 1713 et un Nicolas Lupot de 1795, un violoncelle Fernando Gagliano de 1788 et un alto signé Cassini de 1660. Nous apprenons au passage que la Fondation Bernard Magrez est la seule au monde à être propriétaire de quatre instruments aussi exceptionnels qu’historiques confiés à des virtuoses.

La face B
Ce millésime 2016 ? « Comme tout le monde, on a frôlé le pire et, à la fin, c’est égal ou supérieur à 2015 avec un bon 8 % de volume supplémentaire. Bordeaux avait besoin de ces deux millésimes consécutifs. Surtout à l’export. » La rumeur est insistante qui voit Bernard Magrez prêt à acquérir un autre cru classé de Bordeaux, mais c’est très lent, dit-il. « Il faut trouver une famille prête à vendre. Et les propriétaires institutionnels, compagnies d’assurance ou autre, soucieux de réaliser un capital, ont des exigences financières souvent irréalistes. » Et Pomerol, non ? « Je crois à la valeur mondiale de la mention “cru classé“, ce qui disqualifie Pomerol à mes yeux. On y trouve certains des meilleurs vins du monde, mais ce n’est pas pour moi. » Comprendre que c’est hors stratégie. En revanche, il veut prendre pied à Châteauneuf-du-Pape. « Il y a un pont à établir entre Pape-Clément et Châteauneuf-du-Pape, un lien fort pour rappeler au monde les racines chrétiennes du vin en France, un beau cours d’Histoire à l’usage des amateurs de grands vins, je crois que tout le monde en bénéficierait. » Bernard Magrez croit aux choses importantes, mais ne s’en vante pas toujours, il faudra insister beaucoup pour apprendre qu’il est engagé pour trois ans sur des sommes annuelles considérables pour aider le professeur Khayat dans sa recherche contre le cancer. Une face B du personnage qu’on est content d’apercevoir. Et que tout le monde ne voit pas.



Ce texte a été publié sous une forme différente dans ENMAGNUM n° 6. Le numéro 7 est en vente jusqu’à ce soir et le 8 arrive demain chez votre marchand de journaux. Voici déjà la couverture de ce nouveau En Magnum.