Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



lundi 23 juillet 2018

Mes magnums (72) La Provence en tête

Château La Dorgonne, L'expression du terroir, lubéron 2013 




Pourquoi lui 
Il y a longtemps que je connais cet endroit merveilleux. Longtemps que je suis l’évolution de la qualité de ses vins issus d’une viticulture très attentive (bio) initiée dès l’acquisition du domaine par Bauduin Parmentier et amplifiée par son neveu Nicolas Parmentier, aux manettes depuis deux ou trois ans. Il faut voir les parcelles au milieu de la forêt, c’est très convaincant. Il faut lever les yeux sur la vue vers le sud, les chevaux dans les prés, la forêt qui encadre tout ça, c’est sublime.

On l’aime parce que
Cet adret du Grand Lubéron, traversé par la Durance, est un enchantement. Bien sûr qu’on y fait de beaux vins pourvu qu’on s’y colle avec ce qu’il faut de sensibilité. C’est ce qui se passe au château La Dorgonne.

Combien et combien 
400 magnums.
42 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi 
On l’attendra le temps qu’il faut, cinq ans minimum dans ce millésime. On cherchera les notes d’olives noires, puis de truffes, noires aussi.

Il ressemble à quoi 
C’est un vin de soleil, seize mois d’élevage en barriques, c’est le tarif couramment pratiqué dans les bonnes maisons pour sortir de belles syrahs.

La bonne heure du bonheur
Pas du tout un vin d’apéritif. On le servira à table avec une gastronomie provençale ou approchante, capable de faire pièce à ce rouge puissant et goûteux.

Le hashtag
#provenceistheplace

Le bug
Ils devraient le vendre avec un flacon d’huile d’olive du domaine, histoire de s’y croire à fond.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Charnu, puissant, structuré.
14/20

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. Elle est belle, elle est bio.



jeudi 19 juillet 2018

Mes magnums (71)
vous n'avez jamais bu de rasteau rouge

Domaine du Trapadis, Les Adrès, rasteau 2015, Helen Durand

Pourquoi lui
Je connais Helen Durand depuis longtemps. J’ai toujours eu beaucoup d’estime pour son travail remarquable et la manière dont il assume son statut de meilleur de l’appellation alors que le plus brillant de tous, Jérôme Bressy, est parti faire cavalier seul. Pas simple, mais Helen est un garçon qui sait faire le dos rond et à Rasteau, le référent c’est lui. Jérôme Bressy ne dit pas autre chose, d’ailleurs. Un garçon qui a commencé au domaine familial à l’âge de 16 ans et qui, en six ans seulement, vend tout son vin en bouteilles (et plus en vrac) et entame la conversion en bio des 35 hectares du vignoble, forcément, ça force le respect.

On l’aime parce que
Il livre une lecture assez limpide de ses sols et de ses cépages. Ses vins sont de bons candidats pour la garde. Déjà vers six, sept ans, le grand jus est là.

Combien et combien ?
148 magnums. 38 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Ce n’est pas un vin d’apéritif à l’ombre des cyprès, c'est un côtes-du-rhône qui a gagné son appellation, un vrai jus.

Il ressemble à quoi ? 
C’est un assemblage très sud, carignan, grenache, mourvèdre. Il en a toutes les caractéristiques parfaitement interprétées.

La bonne heure du bonheur 
À table, rien d’autre. Avec une gastronomie de compagnonnage.

Le hashtag
#rasteaubio

Le bug
Pas assez connu, mais pourrait devenir à la mode. Il a tout pour. Le nouveau Rhône sud ne fait que commencer.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Nez encore discret de fruits mûrs, bouche ronde avec une belle structure, finale sur les épices.


La photo : Fabrice Leseigneur
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. Elle est belle, elle est bio.


lundi 16 juillet 2018

Mes magnums (70) un châteauneuf caché derrière un côtes-du-rhône

Clos du Caillou, La Réserve, côtes-du-rhône 2015 



Pourquoi lui
C’est Sylvie Vacheron, l’épouse de Jean-Laurent, très fameux vigneron à Sancerre, qui mène le domaine à Courthézon. Pour d’obscures raisons anciennes et administratives, l’essentiel des vignes du domaine est classé en côtes-du-rhône et pas en châteauneuf-du-pape. En revanche, les terroirs donnent ici des grands vins de Châteauneuf.

On l’aime parce que
Un très beau caractère, ce vin. Grenache dominant et mourvèdre, c’est ici et nulle part ailleurs. Ce vin a ses papiers d’identité sur lui.

Combien et combien 
206 magnums. 48 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi 
Pour une fois, sélection à l’entrée. Choisissez des convives capables de s’intéresser avec le même enthousiasme aux pinots de Monsieur et aux grenaches de Madame.

Il ressemble à quoi 
Un rhône-sud délicat, en soi, c’est un voyage à faire absolument. Ce qui ne gâche pas un toucher de bouche assez sauvage. C’est la viticulture bio qui fait ça ?

La bonne heure du bonheur
Trois ans de cave. Cinq en magnum.

Le hashtag
#leC9DPmasqué

Le bug
Si vous en trouvez, achetez. Si vous en trouvez.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Grande richesse dans ce vin aux arômes de laurier qui est déjà souple et harmonieux. Superbe longueur en bouche. 16/20



Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. Elle est belle, elle est bio.



jeudi 12 juillet 2018

Mes magnums (69)
Ce fameux Marcel Richaud

Domaine Marcel Richaud, L’Ebrescade, cairanne 2014 

 

Pourquoi lui 
D’une certaine façon, Marcel Richaud est la mère de tous les vins du sud. Ce fin vigneron et grand vinificateur est depuis longtemps au sommet de son art et un modèle pour ses pairs.

On l’aime parce que 
Ses cairannes sont parfaits, y compris au bout de dix ans. Cette cuvée L’Ebrescade est une obligation pour toute cave qui se respecte.

Combien et combien 
750 magnums. 40 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi 
Tout le monde aime les cairannes de Richaud. Ajoutez que c’est un vin bio et tout le monde s’évanouira de bonheur.

Il ressemble à quoi
C’est le Sud dans sa pureté quand elle existe. Quelque chose d’assez bouleversant, même.

La bonne heure du bonheur
Lui laisser au moins cinq ans. Huit à dix ans, c’est mieux. C’est très beau, un grenache finement assemblé.

Le hashtag
#easycairanne

Le bug
Je cherche encore.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Bien en place, au toucher doux et soyeux, il reste civilisé et juteux jusqu’en finale. L’élevage est bien intégré et le vin prêt pour la table. 15,5/20


Ce magnum de cairanne est photographié par Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce nouveau numéro. Elle est belle, elle est bio.


 

mercredi 4 juillet 2018

Lanson, le bon choix du bio



Lanson, c’est le patrimoine champenois, une marque-phare dans l’histoire du grand vin blond. Son histoire se confond avec celle de la Champagne et voilà que Lanson sort, sans tambour ni trompettes, une cuvée bio sobrement baptisée Green Label. Un vrai vin bio, c’est-à-dire issu d’une unique parcelle de seize hectares de vignes menée en bio et en biodynamie depuis très longtemps et achetée en 2011 à Leclerc-Briant, maison pionnière en la matière.
On est à Verneuil, dans la vallée de la Marne. Les vignes dévalent les collines entre les bois et les bosquets, c’est un décor en pente douce. Thierry Desseauve, dégustateur et co-auteur du guide Bettane+Desseauve des vins de France (à paraître le 25 août), l’œil attentif aux reflets d’or nuancés de vert, forcément, de ce joli champagne, a l’air conquis. « Ce vin dégage avant tout de l’énergie et c’est sans doute ça la bonne piste du renouveau de Lanson. Il s’agit d’un grand vin d’apéritif dont la tension ouvre l’appétit sans l’ombre d’une hésitation, sans un poil de lourdeur, sans même le souvenir d’une certaine austérité passée. Du grand Lanson. »
Pendant qu’il y était, Hervé Dantan, chef de caves de Lanson, a poussé la logique écologique jusqu’à son terme. Il a retenu des bouteilles légères pour Green Label, des étiquettes eet emballages en papier et carton recyclé. Jusqu’au bout. Et Lanson d’annoncer que « C’est le premier champagne biologique de la Maison ». Comprendre qu’il y en aura d’autres. Peut être. On se prend à rêver d’un rosé explosif ou d’une solera onctueuse. Mais le problème n’est pas simple, il faut des raisins bio pour faire un champagne bio. La viticulture champenoise, auprès de qui s’approvisionnent les grandes maisons comme Lanson, produit peu de raisins bio. Et même s’il semble qu’un mouvement de fond s’avance, il est probable que la demande de champagnes bio va aller s’accentuant. Sans doute un peu plus vite que les volumes de production, la grande diffusion attendra, le temps de la vigne est toujours très long. Ce qui explique sans doute le peu d’entrain que montrent la plupart des grandes maisons de Champagne à entrer dans le jeu du bio. Chez Lanson, cette unique parcelle de Verneuil a produit 40 000 bouteilles seulement. Il n’y en aura pas pour tout le monde.


Cet article a été publié sous une forme différente dans le supplément Vin de Paris-Match daté du 21 juin 2018.

jeudi 28 juin 2018

Mes magnums (68)
Le retour tant attendu du Lubéron

Château La Verrerie, Grand Deffand, luberon 2013

 
Pourquoi lui

Pas de Rhône-sud sans un représentant digne du Lubéron. Ici, on s’appuie sur le gros massif tout rond quand on regarde le sud, c’est confortable pour faire pousser les ambitions. Ici, donc, on veut faire un grand rouge. C’est aussi ça, la Provence (surtout ?). Et ce qui était une maison d’été, un vieux mas en Provence, un plaisir simple et désirable, est devenu l’un des producteurs les plus réputés du quartier.  

On l’aime parce que
De millésime en millésime, les vins de La Verrerie avancent à pas de géant. Il faut y voir une ambition renouvelée, une expérience qui s’affirme, un vignoble posé sur le bon terroir. Et puis, le Lubéron, quoi.

Combien et combien ?
522 magnums. 72 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?

Avec des gens qui ne vous embarqueront pas dans le vieux débat de l’accent sur le "e" de Lubéron. Luberon ou Lubéron ? Sortez le Larousse, c’est écrit dedans.

Il ressemble à quoi ?

À un beau jus de soleil, à ce stade. Dans cinq ans, je lui vois venir de la finesse en plus et quelques arômes truffés bienvenus.
 

La bonne heure du bonheur
Ce n’est pas un vin d’apéritif. Il lui faut du solide, de la victuaille, du sang. Il lui faut une belle table avec le sens des traditions enrichies par la curiosité.

Le hashtag

#luberonçamarche  

Le bug
L’appellation. Mais les efforts redoublés de la filière locale, sous l’impulsion créative de l’union de coopératives Marrenon, commencent à porter leurs fruits. Et les vignerons de qualité se sentent moins seuls.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve

Une grande syrah très fruitée, poivrée à souhait, qui illustre bien le potentiel de ce cépage dans le Lubéron. 14/20


Le magnum de La Verrerie est photographié par Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. Elle est belle, elle est bio.


mardi 26 juin 2018

Bordeaux d'un œil neuf

Il a tranquillement consolidé une position enviable dans le monde secret de la place de Bordeaux. Entretien autour d'une bouteille de bourgogne de bonne provenance

Mathieu Chadronnier est négociant à Bordeaux, spécialisé dans les grands crus. Comprendre qu’il achète les vins des grands châteaux (pas seulement bordelais) et les met sur le marché à travers un réseau mondial extrêmement tenu. Il est le patron de CVBG, Maison de grands crus et partie du grand groupe Thiénot. Il a 40 ans tout juste et, déjà, seize d’expérience dans cette même maison. Après une année passée chez wineandco.com, site de vente de vin en ligne, « la technologie m’intéressait ». C’est au sortir de cette expérience qu’il décide que sa vie serait faite de vin et de grands crus. Il venait de donner un horizon à sa route professionnelle. Direction le bureau de son père qui dirige CVBG. Et qui l’engage. Mathieu peut être assez irrésistible.
– Difficile de bosser avec Papa ?
– Pas du tout. On s’est découvert ces années-là. »
Zéro faute sur la ligne de départ.
Voyons la suite.
Son poste de directeur général de la maison qui l’emploie, son expérience familiale, l’excellence des relations qu’il entretient avec tout le monde et le développement planétaire de ce business, fait de Mathieu Chadronnier un très bon client pour esquisser un commencement de vision.



 Sur le job
« C’est d’abord un métier de distribution. Rien d’autre. Nous achetons du vin et nous le vendons. Il se trouve qu’il s’agit de grands vins que nous distribuons dans 84 pays, soit 99,5 % du marché global. C’est pratique les chiffres, ça évite de perdre du temps. Le négoce évolue dans l’écosystème spécifique des grands vins et des châteaux qui les produisent, mais le négoce n’est pas propriétaire des châteaux. Le négoce ne peut porter le message d’une propriété mieux que la propriété, mais nous les aidons tous autant qu’il est possible. Cela dit, nous avons les stocks. C’est un métier de galériste, au fond. »


Le millésime 2017

« C’est une campagne comme les autres. Les millésimes sont tous différents, le métier est le même. Si le traumatisme climatique a été important, les grands crus sont dans une position différente. Il y a toujours du stock, des millésimes disponibles. Quel sera l’impact sur les prix ? Je crois qu’il n’y en aura pas. En tous cas, ce n’est ni clair, ni lisible. »
(Interview réalisée en janvier 2018, NDLR) 


Sur le système de la place de Bordeaux  
« Ça marche très bien. On ne va pas s’émouvoir du fait que, d’un millésime à l’autre, les choses changent. Les trois dernières campagnes ont prouvé que la mécanique tournait plutôt bien. C’est un bon système. Irremplaçable. Nous avons introduit ces dernières années une tendance qui commence à prendre sa place, le marché des particuliers. Mais pas dans une optique de placements financiers. Nous aimons tous faire une bonne affaire et constater quelques années plus tard qu’on a fait un bon achat à un bon prix. Certains millésimes le démontrent au bout d’un temps plus long que d’autres. Le vin n’est pas un produit financier. Aujourd’hui, les taux d’intérêt sont très bas et on voudrait faire 15 % par an sur des achats primeurs, ce n’est pas sérieux. »  

Le bordeaux-bashing
« Le phénomène m’a interpellé vraiment, amis je crois que c’est terminé. Bordeaux n’a jamais cessé de proposer des super-vins à des super-prix. La nouveauté en matière de vins n’est pas systématiquement ailleurs. Elle existe aussi à Bordeaux. » 


Le château Marsau
(Mathieu Chadronnier et sa femme ont repris le château Marsau en appellation côtes-de-bordeaux francs)
« C’est un petit domaine de sept hectares qui va bien. Il se trouve que nous avons un conseiller de grand talent, il y en a plein à Bordeaux. Mais c’est un conseiller, pas un opérationnel, ni à la vigne, ni au chai. C’est Anne-Laurence
(son épouse, NDLR) qui fait et elle seule. »

Et on va où, comme ça ?

« On verra demain. Mon quotidien est passionnant. Je ne suis pas du tout au bout de ce que j’ai entrepris. Notre système soi-disant archaïque intéresse les producteurs de grands crus du monde entier. L’Italie, l’Espagne et jusqu’en Amérique et en Australie. Nos consommateurs sont les mêmes qui s’approvisionnent aux mêmes endroits. La place de Bordeaux consolide tout ça très bien. En tant que Bordelais et en tant que Français, ça vaut la peine d’y aller. Je souhaite m’inscrire dans ce mouvement-là pour l’avenir. Ce marché des grands vins n’a jamais été aussi passionnant qu’en ce moment. CVBG pendant la semaine et le vin de ma femme le week-end, ça va, ça fait une vie. »


Skopeo
(C'est le nom du magazine que Mathieu a créé pour porter les valeurs de la maison qui l'emploie) « L'intention nétait pas de servir la promotion dune marque. Notre métier étant de plus en plus pro, technique, lourd en investissements divers, nous voulions créer un petit magazine précis, moderne et innovant. Un grand vin quand il arrive sur la table est précédé de son aura culturelle. Il nous a semblé important de faire vivre cette valorisation qui est sa raison dêtre. Un grand vin contient une part inexplicable. Ce magazine, que nous avons bien éloigné de la sphère commerciale, raconte des histoires qui nous plaisent pour faire avancer la compréhension des grands vins. Jacques Boissenot raconté par son fils Éric, ça existe. Et pas seulement pour la part darchives que cela représente. » 


La photo : est signée Mathieu Garçon. Elle date de l'inauguration du chais by Philippe Starck aux Carmes Haut-Brion.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. Elle est belle, elle est bio.


lundi 25 juin 2018

Mes magnums (67)
un châteauneuf blanc et fier de l'être

Ogier, Clos de l’Oratoire des Papes, châteauneuf-du-pape 2016 




Pourquoi lui
Le châteauneuf-du-pape blanc admet un éventail de six cépages (dont l’un a pratiquement disparu), ce qui donne à chacun la chance d’avoir une personnalité distincte. C’est le cas de ce clos-de-l’oratoire-des-papes.

On l’aime parce que
C’est un vin qui désaltère et qui ouvre l’appétit. C’est ça l’histoire, non ? L’étiquette historique est une beauté des années 1920, il n’en reste presque plus des comme ça. C’est une propriété en pleine forme. Voilà trois bonnes raisons.

Combien et combien ?

2 000 magnums. 82 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?

Attention, on est devant un blanc raffiné. Encore solaire, certes, ample, d’accord, mais avec une finesse nette. Convives en rapport.

Il ressemble à quoi ?
C’est un vin complexe. Imaginez que l’élevage se fait en fûts neufs pour la clairette et en cuves inox pour le grenache blanc, la roussanne et la touche de bourboulenc. Les vins bien faits demandent qu’on s’y intéresse un peu.

La bonne heure du bonheur
Il tient facile un repas dédié et fait un apéritif de très bon niveau.

Le hashtag

#greatwinescomeinwhitetoo

Le bug
Petite production
 

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Très fin, avec des touches élégamment citronnées, une dimension ample et fraîche. Bonne allonge. 15/20

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro 12. Elle est belle, elle est bio.




mercredi 20 juin 2018

Mes magnums (66),
au bonheur d'un grand gigondas

Domaine Santa Duc, Les Hautes Garrigues, gigondas 2014  



Pourquoi lui
Parce que gigondas. Toutes les appellations qui tournent autour des dentelles de Montmirail valent le détour. Des paysages pareils ne peuvent pas décevoir dans le verre. Avant, peut-être. Maintenant, c’est très bon.  

On l’aime parce que
Cette sélection parcellaire s’appelle Les Hautes Garrigues. Déjà, on l’aime pour ça, pour cette poésie agricole. On l’aime aussi pour le parti pris par l’assemblage. Grenache et mourvèdre issus de vieilles vignes, pour 65 % et 35 %. Si vous n’avez jamais compris le grenache, c’est le moment. Et l’élevage, 18 mois en foudres, confirme l’intérêt.  

Combien et combien ?
250 magnums. 99 euros le magnum.  

Avec qui, avec quoi ?
Ce genre de vin, on se réunit pour le boire. Ce n’est pas le registre vin-surprise. Et la finesse du grenache, quand elle s’exprime, en laisse plus d’un l’œil rêveur et le sourire tendre.  

Il ressemble à quoi ?
Avec Santa Duc, Gigondas est entré dans une ère nouvelle, loin des rusticités du passé. Depuis dix ans, Yves Gras (le vigneron) montre le chemin avec succès. C’est un peu le problème, on n’en voit pas souvent dans les restaurants ou sur le net.  

La bonne heure du bonheur
Un soir, avec la gastronomie de ménage qui va bien à chacun et réconforte tout le monde. Prévoir large. Mais on s’armera de patience pour peaufiner les excès de son jeune âge.

Le hashtag
#ilovegigondas 

Le bug
Très petits volumes préemptés par une clientèle de fanatiques qui ne laisse presque rien au reste des amateurs. Ambiance vente flash.  

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Juteux et épicé, malgré un millésime plutôt compliqué, le vin tire son épingle du jeu. Sa matière solide et structurée reste un peu austère sur la finale. 15/20



Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce numéro 12. Elle est belle, elle est bio.


 

lundi 18 juin 2018

Bordeaux is back, dit-il

Du haut en bas de l’échelle des prix, Bordeaux secoue la torpeur et la mauvaise foi de ceux qui voudraient l’enterrer.



C’est Stéphane Derenoncourt qui balance le pavé avec cette belle détermination qui est sa marque. Au motif de faire valoir quelques-uns des domaines qu’il conseille dans des appellations moins prestigieuses, quoique bordelaises, il scande Bordeaux is back, c’est beau comme un hashtag. Déjà, voilà le t-shirt (photo).  

De quoi s’agit-il ?
De faire pièce aux idées fausses sur Bordeaux et de porter le coup de grâce à l’idée idiote et à bout de souffle, cette cabale aussi appelée bordeaux bashing, qui voulait les vins de Bordeaux prétentieux et dévoyés, trop chers, agaçants, gosses de riches, on voit bien d’où le coup venait et pourquoi. Bordeaux is back, c’est sur le même ton. On ne frappe pas un homme à terre, non, mais un concept pourri, oui. Pour ancrer cette campagne dans les esprits, il a présenté à la presse parisienne quelques flacons dont la qualité, à ses yeux, peut illustrer le slogan nouveau. Pour ce faire, il a choisi Vantre, le restaurant du sommelier Marco Pelletier, chez qui le monde accourt pour quelques plats épatants, dont des gnocchi de première classe (en fait, pour une carte des vins qui n’a qu’une seule compétitrice à l’autre bout de Paris, en face de la gare Montparnasse). Bonne idée. Vantre est un lieu simple et détendu, déjà culte, la mode est passée par là, tout le monde aime Marco Pelletier, c’est la bonne adresse.

De qui s’agit-il ?
Derenoncourt présentait 21 domaines issus de 12 appellations. Parmi lesquels son domaine de l’A, en castillon-côtes-de-bordeaux, et celui de Marco Pelletier, le vin de jardin à l’enseigne du domaine de Galouchey. Les autres, plus ou moins connus, brandissaient vaillamment l’étendard de la révolte. Parmi les vedettes, Malescasse (haut-médoc, cru bourgeois) confirmait le retour en grâce du château entre les mains de l’équipe venue de Peyrassol, en Provence. Pour mémoire, puisque c’était il y a longtemps, Malescasse était dans l’écurie de Guy Tesseron avec Pontet-Canet et Lafon-Rochet. Les deux canon-fronsac des châteaux Vrai Canon Bouché et Canon Pécresse présentaient des 2015 magnifiques, comme les pessac-léognan du château Haut-Nouchet qui avançait fièrement un rouge et un blanc annoncés par une très belle étiquette, un rien baroque. En bordeaux supérieur, le haut de l’affiche est tenu depuis un moment par le château Le Pin Beausoleil (en fier dauphin de Reignac). D’autres encore confirmaient le tir groupé. Et, bien sûr, la démonstration est faite. Facile de dire qu’on le savait déjà, que le bordeaux bashing était (l’imparfait, déjà) un truc d’invertébrés, que nous connaissons tous un, deux, trois, dix châteaux au top du genre. Encore fallait-il, dans des appellations plus “périphériques”, prouver un niveau de qualité de nature à émouvoir le monde, le tout doublé d’une retenue tarifaire capable de remonter à l’assaut des marchés de volume. Stéphane Derenoncourt apporte une autre pierre à l’édifice, la vérité des terroirs. En goûtant tous les vins, on se rend vite compte que pas un seul ne ressemble à son voisin. Le goût régional (si l’on peut dire) est là, oui, c’est du bordeaux, mais c’est tout. La standardisation dénoncée par la police du goût est une vue de l’esprit, elle n’existe pas. Comment croire qu’un médoc de la pointe de la presqu’île ressemble à un castillon, un graves ou un blaye ? Et le mérite de ces petites appellations est l’usage modéré et circonspect du bois neuf. Pas assez d’argent pour taper dans le boisé haut de gamme. Du coup, voilà le vin dans sa nudité adorable. Manuel Peyrondet ne s’y est pas trompé qui a choisi la-croix-de-lartigue 2011, l’un des vins dégustés ce jour-là, pour les ventes flash de son site Chais d’œuvre. Et lui, il s’y connaît en vins qui plaisent à son public. Et voilà l’opération Bordeaux is back dans son énergie salutaire et rafraîchissante. Il était temps de renouveler le répertoire.

Et sinon ?

À l’autre bout du spectre, c’est le château Margaux qui s’y met. Sortant joliment de sa discrétion légendaire, Corinne Mentzelopoulos a décidé de loger son millésime 2015 dans une bouteille sérigraphiée, une pierre blanche dans l’histoire du domaine. Pour plusieurs raisons. D’abord, la disparition douloureuse du directeur du domaine, l’estimé Paul Pontallier. Ensuite, pour commémorer le bicentenaire de la construction de l’imposant château, parfaite illustration de la créativité débridée de ce XIXe siècle architectural qu’on qualifie parfois de grand magasin des styles. Idée confirmée avec talent par l’architecte Norman Foster qui a, lui aussi, signé un chai épatant et convenablement intégré à l’ensemble historique. Enfin, pour rappeler au monde qu’ici aussi 2015 est un millésime d’exception. Bordeaux is back, on vous dit.








Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce numéro 12. Elle est bio.


 

mardi 12 juin 2018

Mes magnums (65) une cuvée rare

Domaine de la Solitude, Cornelia Constanza,
châteauneuf-du-pape 2015 




Pourquoi lui 
Même si cette solitude tient pour partie à son manque de notoriété – tout le monde n’est pas Rayas, Beaucastel ou Bonneau, ce beau châteauneuf-du-pape a toute sa place dans nos cœurs. La plus connue des appellations du Rhône-sud détient un grand nombre de pépites moins célèbres. Et des belles. C’est normal, les vignerons ont un large choix dans l’assemblage et le talent a toute latitude pour s’exprimer et dans tous les sens. C’est drôlement bien.

On l’aime parce que
On l’aime comme un bon cousin de province, il nous rappelle des moments passés, on est bien, on a confiance, on se connaît, c’est bon.

Combien et combien ?
100 magnums. 95 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Quand on a du jus, il faut du jus. De la viande et qui saigne. Finement saisi, du grillé, une tombée de grenailles au beurre, de la simplicité.

Il ressemble à quoi ?
Au vin qui tombe à pic, au moment où on en voulait, à table avec ceux qu’on aime, alors qu’on n’est pas du tout d’accord avec eux, ce secret des dîners réussis.

La bonne heure du bonheur
Un dimanche à déjeuner, une grande table qui parle haut, qui rit fort, ce genre d’ambiance capable de changer un dimanche.

Le hashtag
#grenachetoheaven 

Le bug
Comme souvent, qui en vend ?

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Racé, ce vin d’une grande pureté est tout en élégance et en finesse. Nez de griotte, de grillé et de fumée, finale sur les épices : une grande bouteille. 16/20



Toutes les photos de cette série Mes magnums sont signées Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce numéro 12. Elle est bio.




 

mardi 22 mai 2018

Les grands absents des Primeurs





La Californie se consumait sous l'effet de feux dantesques pendant que Saint-Émilion se recroquevillait sous un épisode de gel particulièrement dévastateur, tous les vignobles français ayant aussi connu des grêles épouvantables ces années dernières.
Selon les propriétés bordelaises, en 2017, de 0 à 100 % du potentiel est atteint. Et l'affaire est plus tordue que ça. Ainsi, les quelques grappes sont-elles en mesure de donner des vins au niveau de l’exigence des propriétaires ? Au Château Corbin, grand cru classé de Saint-Émilion, Anabelle Cruse a décidé qu'il n'y aurait pas de grand vin 2017 à Corbin. Au château de Fieuzal, pas plus et Stephen Carrier, très affecté par ce coup de chien, est parti faire une vendange et une vinif' loin, loin, au sud de l'Australie. La propriété toute neuve de Coralie de Boüard a été ravagée par le gel aussi. D'autres encore n'auront rien d'autre à vendre que le stock des millésimes précédents, ce qu'il en reste.

La décision est terrible pour un entrepreneur qui voit son chiffre d’affaires amputé d'une forte part au seul motif de conserver au grand vin toutes ses qualités. On a de nombreux exemples du même. Parmi les plus récents, rappelons Paul Jaboulet Aîné en 2008. Les conditions climatiques, au moment de la récolte, jugées impropres à la production d’un grand vin, Caroline Frey a décidé de ne pas millésimer la-chapelle cette année-là. En 2012, c'est Pierre Lurton qui, ne voyant pas la magie opérer comme à l'accoutumée, n'a pas déclaré yquem. Chaque fois, émoi chez les voisins, ceux chez qui la pluie (la grêle, le gel) ne tombe jamais. Et, chaque fois, une garantie de qualité supplémentaire apportée aux clients de l'étiquette absente. 


Cet article est paru dans EnMagnum#10 sous une forme différente. EnMagnum#11 est sorti. Ci-dessous, la couverture de ce numéro 11.

 

lundi 14 mai 2018

La meilleure affaire des primeurs, cette année

Une fois de plus, l'excellentissime meyney (saint-estèphe) arrive sur les marchés de la campagne primeurs affublé d'un prix dérisoire. Si bas qu'il en est presque un cadeau fait au marché français, merci pour lui. En diminution par rapport à 2016, il suit la tendance déflationniste de ce millésime.
Des années que ce vin est vendu peu ou prou au même prix, à deux ou trois euros près. Pourtant, il est chaque année un peu meilleur que l'année d'avant et la grande pro qui s'en occupe, Anne Le Naour, mérite, cette année encore, un bel hommage.
21,30 euros HT, vous vous rendez compte ? S'il était classé, il vaudrait 70 euros hors taxes. Cette simple approximation du classement 1855 est la seule explication possible, hélas.

C'est le site chateauprimeur.com qui a dégainé ce vin le premier.















lundi 7 mai 2018

Bourgogne-Jura.
Les Devillard acquièrent le domaine Rolet


L’axe Bourgogne-Jura se confirme. La famille Devillard acquiert le domaine Rolet. Cette nouvelle incursion de Bourguignons dans les coteaux jurassiens montre assez à quel point cette région bénéficie d’une cote d’acier. Il y a peu, Angélique de Lencquesaing (iDealwine) nous expliquait que Jura et Savoie étaient les deux régions qui allaient cartonner dans les ventes aux enchères à venir. Tout se rejoint et Aurore Devillard, son frère Amaury et leurs associés, les familles Flambert et Dupuis, ont bien joué. Une maison de grande réputation avec 65 hectares dans une région en flèche, bonne pioche.

Voici le communiqué de presse émis par les familles Rolet et Devillard, en accord avec leurs associés :

« La famille Devillard et leurs associés, les familles Flambert et Dupuis, annoncent aujourd’hui la signature d’un accord en vue de l’acquisition du Domaine Rolet Père et Fils.Fondé en 1942, le Domaine Rolet Père et Fils est le plus grand domaine viticole indépendant et l’un des fleurons du Jura.
Précurseur dans le Jura des cuvées de rouges mono-cépage et de blancs de caractère, le Domaine Rolet Père et Fils décline toute la richesse du terroir Jurassien à travers la large palette de sa production en appellation Arbois, Côtes du Jura, l’Etoile et Château-Chalon : Blancs, Rouges, Rosés, Crémants, Vin Jaune, Vin de Paille, Marc et Macvin.
Sur une superficie de 65 hectares, parmi les plus beaux terroirs de la région, la famille Rolet et ses équipes ont apporté depuis de nombreuses années un savoir-faire reconnu, en France et à l’étranger, associé à une recherche constante de la qualité au service de la singularité d’un terroir.
Dans le respect des traditions et des usages du Jura viticole, les Domaines Devillard et leurs associés conserveront l’indépendance du Domaine Rolet Père et Fils et assureront dans le même esprit sa pérennité et les savoir-faire qui ont porté la production de ce domaine à un niveau d’excellence millésime après millésime.
Cédric Ducoté, actuellement Directeur Export des Domaines Devillard, prendra la Direction Générale du Domaine Rolet Père et Fils dès le mois de Juin.

« Nous partageons avec les Domaines Devillard la même passion à élaborer nos vins en conciliant tradition et modernisme. C’est une nouvelle ère qui démarre pour le Domaine Rolet Père et Fils avec l’entrée au sein des Domaines Devillard qui ont l’ambition de continuer à développer cette maison, tout en lui conservant son identité et ses savoir-faire » ont déclaré Eliane, Pierre, Bernard et Guy Rolet, les cédants.

« Le Jura était pour nous, une évidence car nous avons de nombreux points communs : 2 cépages bien entendu mais surtout une topographie très proche de la Bourgogne et une réelle proximité géographique. Les vins du Jura bénéficient aujourd’hui d’une excellente image voire d’un effet de mode. Néanmoins, nous ne souhaitons pas surfer sur une tendance. Par définition, ce qui est à la mode se démode. Nous nous ancrons dans la durée comme l’ont fait, dans notre famille, les générations qui nous ont précédées. Nous sommes très heureux d’accueillir le Domaine Rolet Père et Fils au sein des Domaines Devillard. Ce sera l’évolution, sans la révolution. Le Domaine Rolet bénéficie d’une image excellente et produit des vins de grande qualité. Nous partageons la même philosophie : celle de produire les plus grands vins possibles, dans la plus belle expression de leur terroir, marqués par l'équilibre et l’élégance. Notre volonté est de consolider la réputation, la qualité des  vins et la distribution du Domaine Rolet Père et Fils, en France et à l’Export. Une nouvelle page s’ouvre, dans le respect du savoir-faire, dans la tradition et la modernité » ont précisé Amaury et Aurore Devillard, les dirigeants des Domaines Devillard.

« Nous sommes très heureux  avec mon frère Stéphane et mon beau-frère Franck Dupuis, d’accompagner Aurore et Amaury dans la reprise de ce superbe domaine qui va nous permettre de découvrir un nouveau métier. Nous remercions la famille Rolet de la confiance qu’ils nous ont accordée en choisissant nos trois familles pour perpétuer leur histoire et nous porterons haut et fort les vins du domaine Rolet Père et Fils ainsi que les couleurs du Jura à travers la France et le monde » ajoute Christophe Flambert. » 

Il y manque une info de taille. Le prix. « On ne communique pas sur le prix. » Fermez le ban. Tout se sait et ça aussi, ça se saura. Il faut dire que c’est un point intéressant. Si le monde a une idée approximative des grandes transactions bordelaises ou bourguignonnes, c’est si rare dans le Jura qu’au fond, personne ne sait vraiment combien coûte un hectare planté. Pour savoir, nous avons été tourner les pages du blog d’iDealwine, justement. On y lit ceci que je reproduis tel, j’ai juste corrigé les fautes d’orthographe :
« Jura. 24 000 euros en moyenne pour  l’appellation côtes-du-jura. Le prix à l’hectare grimpe à 60 000 euros pour château-chalon. Mais ces montants peu élevés expliquent l’intérêt marqué d’investisseurs venus de Bourgogne (où le foncier est devenu inabordable) pour un vignoble où l’on retrouve notamment les cépages bourguignons. »
Bon, ben voilà. On a une idée, maintenant.

Pour mémoire, la famille Devillard est propriétaire des domaines suivants :
Château de Chamirey (mercurey)
Domaine de la Ferté (givry)
Domaine de la Garenne (mâconnais)
Domaine des Perdrix (côtes-de-nuits)

jeudi 3 mai 2018

Primeurs 2017, deux bordeaux au mieux
(dont un à moins de dix euros)

Regardez ces deux vins.
L'un est un grand cru classé, l'autre un petit médoc moins connu.
L'un approche les 40 euros hors taxes, l'autre ne dépasse pas les dix euros. HT, aussi.
Chacun dans sa cour, ils valent un séjour dans votre cave. Vous y attendrez le malartic-lagravière dix ans, peut-être un peu moins. Et vous aurez fini vos larrivaux avant d'attaquer les malartics.
Pour info, Michel Bettane a adoré ce malartic 2017, le plaçant devant ses pairs avec un somptueux 17, 5/20 (pour le rouge). Pour le château Larrivaux, propriété de la famille de Bérangère Tesseron et géré par elle, Michel a ces jolis mots : "Corps assez tendre, bonne maturité de raisin, vin facile". Voilà, moi, ça me donne envie d'en avoir. Pas vous ?

Ces deux vins sont en vente en primeur sur l'excellent site chateauprimeur.com,
une structure internet adossée au grand groupe Duclot, ce qui favorise la confiance.

lundi 23 avril 2018

Mes magnums (64)
Un sauternes pour toujours

Château Guiraud, premier cru classé, sauternes 2014 



Pourquoi lui
Pour le souvenir très émouvant d’un guiraud 1942 en bouteille bleue, bouteille de guerre. Pour le travail immense accompli par Xavier Planty depuis des années pour mener son cru au sommet. Où il est, maintenant.

On l’aime parce que
Il a été le premier à découvrir les joies de la biodynamie, des haies vives autour des parcelles sur des kilomètres, de la pépinière de plants de première qualité, des mini-cabanes à insectes et des commentaires peu amènes.

Combien et combien ?
Une quarantaine de magnums, 100 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
En toutes circonstances et avec le premier cercle, ceux qui ne vous poseront pas de questions convenues. Celles qui ne disent pas que le sauternes fait grossir et autres galéjades. Celles et ceux qui savent le bonheur des papilles quand on leur donne ce qu’elles veulent.

Il ressemble à quoi ?
À un grand sauternes, catégorie fraîcheur et finesse.
Mais la liqueur est là qui vous enveloppe
les épaules comme une étole en cachemire de chez Hermès.

La bonne heure du bonheur
À table, n’hésitons pas à nous faire peur, le sauternes est une expérience dont on sort toujours gagnant. Presque tout ce qu’on mange avec un rouge mérite qu’on s’y essaie avec un sauternes.

Le hashtag
#moresauternes

Le bug
Petite notoriété, bizarrement.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Si le boisé domine aujourd'hui, la bouche est d'une grande délicatesse. Beaucoup de profondeur en milieu. Un vin à fort potentiel. 17,5/20


Toutes les photos de cette série Mes magnums sont signées Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #10 sous une forme différente.
Le numéro 11 est en vente depuis quelques jours chez votre marchand de journaux. Voilà la couverture de ce numéro 11. Elle est belle.


 

vendredi 20 avril 2018

Primeurs 2017, l'affaire de la semaine

En vente chez chateauprimeur.com, ce grands-chênes, médoc 2017
à 11 euros HT est une aubaine.
Bernard Magrez illustre une fois de plus son credo.
Il tient ses prix de vente bien serrés.






mardi 17 avril 2018

Les primeurs vus du paradis

Tout le monde connaît le phénomène des primeurs à Bordeaux et, bien entendu, chaque nouveau millésime, si important pour l'économie de toute une région, promène son cortège d’aigreurs et de menaces comminatoires. The usual suspects. Les uns dénoncent, les autres préviennent, certains menacent. Ce qui, bien entendu, n’a jamais eu la moindre prise sur le déroulé de l’affaire, elle est menée comme ils l’entendent par les tenants du système et pourquoi en serait-il autrement ? Ils sont chez eux, ils font bien comme ils veulent, même si tout le monde sait mieux. Ne revenons donc pas sur cette histoire de primeurs, parlons plutôt des bonheurs collatéraux. Il y a quatre catégories de visiteurs à Bordeaux. Les grands manitous de la dégust’, ils viennent du monde entier, sont peu nombreux, très compétents. En France, moins de 20 dont trois chez nous (Bettane, Desseauve et Hervier). Le deuxième volet réunit une vraie foule de parasites, dégustateurs des plus approximatifs, sans influence, mais avec un smartphone. La troisième bande rassemble tous les pros bordelais du vin, propriétaires, directeurs, courtiers, négociants. Dans la plupart des cas, ils sont compétents et très entraînés à juger un millésime bordelais. Le dernier carré rassemble les détendus, les story-tellers, les marrants. Assez éloignés des dégustations des vins en primeurs, ils sont surtout là pour embrasser les copines et rigoler avec les copains. Naturellement, ils assistent aux meilleurs moments. En voici quelques-uns, huit déjeuners et dîners pendant quatre jours, pas plus. Une forme de paradis.

Reignac et ses gentilles manies
Le très romantique château de Reignac accueille le printemps et quelques amis choisis dans une petite tour transformée en salle de dégustation. Yves Vatelot, le propriétaire est un inventeur et l’endroit est assez magique en plus d’être très fonctionnel. Là, nous avons goûté une théorie de vins de tous pays, sélectionnés parce qu’ils sont les lauréats d’un grand prix du tourisme viticole. Comme souvent le meilleur (Penfold’s) côtoie le pire (un machin argentin épouvantable) avec les vins de la maison (reignac et balthus) en juges de paix. Le déjeuner qui suivait a donné lieu à la traditionnelle confrontation entre reignac et deux premiers crus classés de même millésime (1999). À l’aveugle, bien sûr. Et comme toujours, c’est le reignac qui sort en tête. Cette fois devant ausone et mouton-rothschild. C’est très étonnant (et convaincant) cette permanence dans l’exploit, tellement longtemps que ça dure. Tout le monde a les yeux ronds. Le soleil qui baisse dessine une bien jolie façade, la vie est belle.



Une chanteuse chinoise et un chanteur anglais
Le soir même, rendez-vous devant le petit château Monlot à Saint-Émilion, juste sous l’altière façade du château Lassègue. Là, Zhao Wei, chanteuse très connue dans l’Empire du Milliard, reçoit ses amis (donc moi) pour une sorte d’inauguration de son domaine acquis en 2011. Mais il y avait du boulot à la vigne avant de présenter quelque chose d’intéressant, en l’occurrence son 2015, élaboré par le grand Jean-Claude Berrouet (ex-Pétrus) et très réussi. Tout commence par l’intronisation de notre artiste et du chanteur Sting, en pleine forme. Il est encore très jeune, il faut dire. C’est Hubert de Boüard qui officie avec un long discours en anglais, très documenté. Ces formalités effectuées, un verre de dom-pérignon et un autre de mission-haut-brion blanc en guise d’apéritif et hop, à table. Là, surprise, ce sont messieurs Christian Le Squer et Éric Beaumard qui sont aux manettes. Génial. Le Cinq délocalisé pour un soir, on ne pouvait pas rêver mieux. Après un rapide discours du maire de Saint-Émilion, c’est Sting qui en trois foulées souples, se pointe sur l’estrade où l’attendent une guitare sèche, un tabouret haut et un micro. Pour le plus grand plaisir d’une petite assistance (cent personnes) sidérée par la performance, il interprète l’un de ses grands tubes, évident en la circonstance, Message in a bottle. C’est sublime, l’émotion est à son comble. Le parfait dîner de campagne sera suivi d’un spectacle son et lumière sur la façade du château d’une modernité ébouriffante et d’un feu d’artifice monochrome comme je n’en avais pas vu depuis longtemps.



Oh Gaby 
L’Américain Tom Sullivan (tous les Américains ont des noms d’acteurs de cinoche) a acquis quatre propriétés dans le décor bordelais. Les châteaux du Parc à Saint-Émilion, Gaby à Fronsac, Moya en côtes-de-castillon et Auguste en bordeaux supérieur. Nous avons déjeuné à Gaby. L’endroit a beaucoup d’allure. La restauration du château a été menée sans faire d’effets exagérés et c’est bien joué. Les vins suivront forcément. Notre hôte est drôle et sympathique, très détendu et preneur de bonnes blagues comme rarement. Comme il n’avait pas invité ses copains, nous avons fait le boulot et on est reparti avec un nouvel ami.



Mangot et ses frangins
Il y a des dîners plus spéciaux que d’autres. Chaque année, c’est le cas à Mangot, une belle propriété de Saint-Émilion, tout au bout de la côte, un amphithéâtre de vignes assez extraordinaire, juste au-dessus de Château Faugères. Les frères Karl et Yann Todeschini reçoivent leurs potes (donc moi), on est douze à table, chaque année un thème différent est exploité pour les vins. Cette fois, les années en 8. Pour voir toutes les photos des bouteilles, branchez-vous sur mon compte Instagram @nicolasderouyn. Le dîner était réalisé par un ami de la maison, toujours le même, de plus en plus maître de son talent et c’était très bien. Dans les verres, une vingtaine de vins à l’aveugle, sauf les deux champagnes 1998 qui ont fait office d’apéritif. Un très beau cuvée-des-enchanteleurs de chez Henriot, en phase d’évolution marquée et un grandiose clos-saint-hilaire by Billecart-Salmon, d’une fraîcheur époustouflante. Et les bouteilles vont se succéder avec une belle harmonie, aucune n’était vraiment abîmée, une seule bouchonnée. La variété des provenances n’a pas empêché nos douze hommes (dont une fille) de découvrir à peu près ce qu’on buvait. Ils sont forts, tous ces jeunes gens. Étaient présents : un œnologue, six vignerons ou directeurs techniques, deux journalistes, deux sommeliers et moi. À une exception près, les avis convergeaient en un bel œcuménisme. L’exception étant un la-geynale, cornas 2008 de Vincent Paris qui fit se dresser les cheveux sur la tête de l’un d’entre nous, ce n’était pas négociable, nous avons enchaîné, ravis. Et ainsi de suite jusqu’à plus d’heure, dans un bonheur gourmand de jouisseurs.



Les marottes de Pierre Seillan à Lassègue
Ce n’est jamais neutre de se retrouver à table avec Pierre et Monique Seillan dans le beau château Lassègue, planté à mi-pente de son coteau, un genre de démonstration par l’exemple de ce que certains appellent à bon droit la pérennité. Là, Pierre Seillan mène sa bataille, « The message of the soil », comme il l’a fait dans la Sonoma et avec le succès qu’on sait au bien nommé domaine Vérité. Nous découvrirons quelques millésimes précédents dont un épatant 2005 et un 2009 qu’on reverra avec plaisir. Nous écouterons l’histoire de son petit domaine perso dans le Gers. Nous ferons connaissance avec les projets américains, italiens et bordelais du grand groupe Jackson et nous nous séparerons bien contents de nous être retrouvés.



Un speakeasy revisité 
C’est dans le vieux Bordeaux, ce centre historique où la moindre baraque a une belle gueule XVIIIe. Au bout d’une série d’impasses emmêlées, on lève un rideau de fer qui donne sur une rampe d’accès, en bas, une auto et le bazar d’une cave particulière. On est déjà au premier sous-sol. Un demi-étage et quelques couloirs plus bas, le saint des saints, une cave de grand volume, longue et haute de plafond, un rêve. Une table est installée au milieu, elle est dressée pour une vingtaine de convives, cernée par des bouteilles, des magnums, du sol au plafond. La moindre quille fait envie, follement. C’est le Château La Conseillante représenté par les cousins Nicolas qui avait eu cette idée et la suite sera éblouissante. De belles assiettes fraîches et réussies, c’est-à-dire faites pour les vins, réalisées par l’épouse de notre hôte, un ex-tennisman reconverti dans son autre passion, le vin. Après quelques bouteilles d’un extra-brut d’Agrapart, on verra défiler les plus beaux vins, la-conseillante 90 en magnums et 05, figeac 82 en magnum et 08, quelques splendeurs à l’aveugle puis vint le temps d’aller choisir dans les rayons ce qu’on avait envie de boire. L’un d’entre nous fit servir à l’aveugle un chambertin-clos-de-bèze 04 en même temps qu’un côte-rôtie la-turque de Guigal dans le millésime 99. Deux vins aussi opposés qu’on peut l’être qui se rejoignaient dans une sorte de vapeur d’excellence, image qui décrit assez bien l’état des convives à la fin de ce dîner d’exception. Bien sûr, un yquem vint à point nommé mettre un terme délicieux à nos agapes folles. Bravo, les cousins.



La Terrasse rouge comme chaque fois
Bien sûr, je ne peux pas tout dire, mais j’adore aller déjeuner à la Terrasse rouge, le roof-top du chai de La Dominique, conçu de la belle manière par Jean Nouvel. Le château est sur le plateau de Pomerol et Saint-Émilion, jouxte Cheval Blanc, regarde L’Évangile et La Conseillante, plus loin, c’est Vieux Château Certan et Pétrus, d’en haut la vue porte loin, l’endroit est stratégique. Là, dans la salle à manger du président Fayat, nous avons fait honneur à quelques millésimes de la-dominique, augmentés d’une ou deux bouteilles de la grande-année de Bollinger. Une fois de plus, nous avions bien fait de venir et c’est sans parler de la conversation partagée avec nos hôtes, mais bon. On ne peut pas tout dire, vous dis-je.



Dîner avec une gloire et une mémoire
L’affaire se passe au château Haut-Bailly, dans les Graves. Le belle propriété du regretté Bob Wilmers, un type charmant. Michel Roux, triple étoilé Michelin à Londres, était là, vieux monsieur passionnant dans ses expériences et ses souvenirs, un dîner adorable qui a vu passer quelques vieux millésimes de haut-bailly dont un 61 émouvant et un 82 en magnum d’une fraîcheur inouïe. La nuit s’est passée au château Le Pape, une autre étiquette du domaine, un château d’hôtes remarquablement restauré et d’un confort de palace. On s’est souvenu de Bob Wilmers, quelques années plus tôt, au moment de l’inauguration du château, il voulait absolument nous prouver que les lits étaient trop hauts. Très drôle, il exécuta une sorte de pirouette pour retomber assis sur le bord du lit, « My feet don’t even touch the floor ». Éclats de rire, lui ravi de son numéro, il fallut quand même lui expliquer que les lits hauts, c’est devenu la norme de l’hôtellerie de luxe, c’est la mode. Et contre ça, Bob, on ne peut rien.



Tout ça pour dire
Que le millésime 2017 est hétérogène, marqué par des réussites remarquées et des flops embarrassants. Que Bordeaux en pareille circonstance est vraiment un endroit parfait. Que les vins de Bordeaux ont encore tout à dire et plus rien à prouver. Que rien n’égale un vieux millésime d’un grand bordeaux et que rien n’indique que les choses vont changer.

Mes pensées vont à 
Celles et ceux qui ne sont pas aux Primeurs parce qu’ils n’ont pas millésimé 2017, le gel, etc. Ce genre de déconvenue catastrophique. Anabelle Cruse à Corbin (Saint-Émilion), Bérénice Lurton à Climens (Barsac), Stephen Carrier à Fieuzal (Pessac-Léognan), d’autres encore, ma chère Coralie de Boüard, en particulier, avec son Clos de Boüard tout neuf et ravagé.

jeudi 12 avril 2018

Mes magnums (63)
Un barsac ou rien

Château Climens, premier cru classé, barsac 2010

Pourquoi lui
Barsac est le seul village qui a droit à une distinction au sein de l’appellation sauternes. Là, Climens partage avec Coutet l’autorité d’un statut immense. En général, les barsacs sont moins opulents que les sauternes, mais plus frais. Dans cette rhétorique, Climens produit des vins de premier plan et un second, Les Cyprès de Climens, d’une modernité ébouriffante.

On l’aime parce que
Un beau matin de janvier, Bérénice Lurton, propriétaire du cru, a décidé de tout convertir à la biodynamie illico presto et tambour battant. Le chef de culture n’avait plus un poil de sec. Il va mieux et le pari fou est gagné. Climens a fait un bond en avant.

Combien et combien ?
495 magnums, 230 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Tout le monde aime yquem, les grands amateurs aiment climens. Il y a un côté “initié ” avec un magnum de climens, quand il y a un côté luxueux avec yquem. Ce n'est pas tout-à-fait pareil.

Il ressemble à quoi ?
C’est une sorte d’apesanteur qui vous gagne et qui fait partie du grand huit des sensations. Le tout dans une ambiance golden qui vaut tous les couchers de soleil du monde.

La bonne heure du bonheur
À table, avec des huîtres chaudes, une viande blanche dans sa sauce légèrement caramélisée, un schropshire (fromage anglais de la même couleur), un beau climens va avec tout.

Le hashtag
#climensthesun

Le bug
No bug. Même à ce prix-là, c’est le moins cher des grands vins français. Et, comme avec les autres, la patience est requise.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Très opulent, concentré avec une touche de caramel qui trace la très haute évolution du raisin, long, fastueux, mais l’épanouissement n'est pas pour demain. 18/20



Toutes les photos de cette série Mes magnums sont signées Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #10 sous une forme différente.
Le numéro 11 est en vente depuis quelques jours chez votre marchand de journaux. Voilà la couverture de ce numéro 11. Elle est belle.




 

mercredi 4 avril 2018

Mes magnums (62)
Un champagne avec du caractère dedans

Champagne Michel Gonet, blanc de blancs grand cru 2002 

 

Pourquoi lui
Dans son grand millésime champenois, 2002, il arrive à point nommé. Il est temps pour lui de passer dans les verres.

On l’aime parce que
Encore un champagne de caractère. C’est très plaisant et de plus en plus. Sa provenance, Le Mesnil-sur-Oger, ajoute une pointe de désirabilité.

Combien et combien ?
5 000 magnums, 110 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Le champagne à table, forcément, c’est la marque d’un certain raffinement. Feuilletez votre carnet d’adresses avec le filtre en rapport.

Il ressemble à quoi ?
Pour un blanc de blancs, il est assez déroutant avec son caractère vineux que les années n’ont pas oblitéré. C'est ça qui est bien, évidemment.

La bonne heure du bonheur
À table avec un beau poisson blanc, finement citronné. Le blanc de blancs, quand il a de belles épaules, est fait pour ça.

Le hashtag
#somanychampagnes

Le bug
Il y a plein de marques Gonet en Champagne, mais pas un seul mauvais, ouf.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
La fiche de dégustation (note et commentaire) n’est pas encore disponible.


Toutes les photos de cette série Mes magnums sont signées Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #10.
Le numéro 11 est en vente depuis quelques jours chez votre marchand de journaux. Voilà la couverture de ce numéro 11. Elle est belle.


 
 

jeudi 29 mars 2018

EnMagnum, c’est mieux

Je ne prends presque jamais le temps d’assurer une auto-promo pas toujours bien comprise. Mais là, on me dira oui, j’adore ce numéro de EnMagnum. Des onze numéros déjà publiés, c’est mon préféré. Tout est bien et ça commence page 1, la plus belle couverture depuis sa création.
À l’intérieur, ça va vite.
Un dossier Bourgogne particulièrement passionnant qui met la lumière sur le bouleversement des hiérarchies.
Un dossier Bordeaux aussi, avec notre best of des 2015 par Thierry Desseauve, un focus sur le millésime 2017 par Michel Bettane.
Ce même Bettane qui signe un article définitif sur les vins corses. Jamais lu mieux sur ce sujet. Évidemment et comme toujours, un gros effort a été fait sur la qualité des photos avec Mathieu Garçon et les autres et ça marche.
Et Régis Franc signe quatre pages de BD, c’est drôle, moqueur, incisif.
Vraiment, je suis ravi et je souhaite à tous ceux qui vont l’acheter dès demain chez leurs marchands de journaux d’être aussi contents que moi.



La photo : est signée Véronique Barbier qui ne compte pas pour des prunes dans la qualité de ce numéro

lundi 26 mars 2018

Mes magnums (61)
Un champagne de vigneron, un vrai

Champagne Pierre Gimonnet & Fils, Millésime de collection 2006 



Pourquoi lui
Il y a longtemps qu’on aime les champagnes de Gimonnet, alors bonne occasion de partager de vieux souvenirs en même temps qu’un blanc de blancs issu de vieilles vignes, plus séveux et minéral qu’obligatoirement aérien.

On l’aime parce que
Au bout de plus de dix ans, il commence à livrer tous ses secrets qui nous parlent de terroirs, de vignerons, de pluie et de soleil. Il est beau comme ça, notre Gimonnet.

Combien et combien 
110 euros le magnum (au domaine).
Quantité non communiquée, mais il n'y en a sans doute pas beaucoup.

Avec qui, avec quoi 
Avec des énervés de l’authentique, ils seront calmes jusqu’à la fin du magnum. Les caractériels aussi aiment les vins de caractère.

Il ressemble à quoi 
Ce n’est pas un champagne de soleil, évanescent et mince. C’est un champagne de la craie, de la terre, puissant et lumineux.

La bonne heure du bonheur
Il devrait apporter une belle réplique à un plateau de fruits de mer en pleine forme, iodé, salin. Et même à côté d’un rôti de bœuf bien saignant.

Le hashtag
#lamidesgens

Le bug
Il faut sans doute le commander au domaine, ce n’est pas en vente partout.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Dominé par les 65 % de Cramant dans l'assemblage, ce vin conjugue puissance et élégance avec une jolie finale crayeuse. 17/20

Toutes les photos de cette série Mes magnums sont signées Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #10.
Le numéro 11 est attendu le 30 mars chez votre marchand de journaux. Voilà la couverture de ce numéro 11. Elle est belle.


 

vendredi 23 mars 2018

Mes magnums (60) Un grand champagne rosé très bon, très cher

Champagne Veuve Clicquot, La Grande Dame, brut rosé 2004 

 

Pourquoi lui
Quand on voit ce que deviennent ses prédécesseurs, on se dit qu’il y a urgence à faire les courses. En caler douze bouteilles dans un coin de la cave et commencer à les boire dans dix ans et pendant dix ans. En garder deux pour jouer les prolongations. C’est ça, un rosé de Veuve Clicquot. On peut aussi en caler vingt-quatre.

On l’aime parce que
On comprend au premier nez qu’il est déjà bon et pour longtemps. Le charme quasi oriental des arômes d’un grand champagne rosé jeune est irrésistible et son évolution, ébouriffante. Oui, 2004, c’est jeune pour un grand champagne.

Combien et combien 
650 euros le magnum. Quantité non communiquée.

Avec qui, avec quoi 
Avec des amateurs véritables. Ou l’homme de votre vie. Si c’est une femme, ça marche aussi. Bref, avec des gens à qui il est indispensable de faire plaisir. Vous en connaissez forcément un ou deux (au-delà, c’est trop, ce n’est qu'un magnum après tout)

Il ressemble à quoi 
Aux parfums subtils de la roseraie de Bagatelle en fin de floraison. Encore une histoire d’amoureux.

La bonne heure du bonheur
J’en connais qui l’emmènerait à table. Je la réserve aux apéritifs d’hiver, feu dans la cheminée et tapis profond. Et à l’après-dîner, dans le même ordre d’idées.

Le hashtag
#pinkchampagne

Le bug
Le très haut niveau, il faut en avoir plein, mais c’est coûteux.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Élancé et brillant, d'une remarquable allonge et d'une grande finesse, ce rosé est d'un style moins vineux que le Vintage, mais sa finale saline est inoubliable. 19/20

Toutes les photos de cette série Mes magnums sont signées Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #10.
Le numéro 11 est attendu le 30 mars chez votre marchand de journaux. Voilà la couverture de ce numéro 11. Elle fait envie.




 

lundi 19 mars 2018

« Ce n'est pas la bulle qui m'intéresse,
c'est le vin »

Odilon de Varine, 53 ans, est le chef de cave et le directeur général de la maison Gosset, connue pour ses beaux champagnes. Nous l’avons passé à la question.

Odilon de Varine, chef de caves et DGA de Gosset, belle maison de Champagne


Henriot, puis Deutz, maintenant Gosset,
des maisons équivalentes, non ?

Des maisons familiales qui ont le même amour du vin et une volonté de transmission. Les actionnaires n’attendent pas un gros rendement de leur capital, ils comprennent l’importance de transmettre quelque chose en pleine forme et en bonne santé.

Vous êtes Champenois ?
Je me considère comme tel. Je suis né en Champagne, mes sept frères et sœurs aussi. Mes parents ont vécu plus de cinquante ans en Champagne, à Verzy, un petit village de la montagne de Reims.

Et vous avez grandi dans le manoir de Verzy.
Manoir qui appartenait déjà à Veuve-Clicquot. Mon père travaillait pour eux, c’était donc sa maison de fonction. J’ai passé mon enfance dans cette maison.

Chez Gosset, vous avez connu Béatrice Cointreau aux commandes et à sa suite, son frère Jean-Pierre. Une gouvernance très différente ? Très complémentaire, en fait. Béatrice a fait beaucoup pour la maison, Jean-Pierre le reconnaît volontiers. Elle a apporté quelque chose de différent. Dans une maison familiale, chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Gosset, les volumes ?
Un million de bouteilles par an. C’est une petite maison dans l’univers du négoce. Aujourd’hui, nous produisons neuf cuvées différentes.

Ce n’est pas trop ?
Non seulement ce n’est pas trop, mais nous faisons aussi des cuvées en éditions limitées. Par exemple, le “15 ans” sorti l’année dernière, c’était un vieux rêve. Un brut sans année qui avait quinze ans de cave sur lies avant dégorgement pour montrer la capacité de vieillissement d’un champagne. Il y a eu aussi “Petite douceur” il y a quatre ans, un extra-dry rosé. Et nous avons d’autres projets dans les cartons pour les années à venir.

À quoi tient la particularité de Gosset ?
L’approvisionnement, d’abord. Quand on fait seulement un million de bouteilles, on peut être difficile. Aujourd’hui, nous avons plus d’approvisionnement que nécessaire, nous avons le choix et nous revendons les vins clairs qui nous plaisent moins. Enfin, la vinification. Nous gardons l’acide malique, l’acide naturel du raisin, l’essence même du raisin.

Vos vins ont un extra-potentiel de vieillissement ?
Oui. Depuis 1584, la maison fait des vins sans malo, c’est son style, ça permet d’avoir des vins fruités, qui se conservent. Nous les gardons plus longtemps en cave, mais nous retrouvons cette acidité et cette complexité dues au long séjour sur lies. Les vins conservent une fraîcheur, une fin de bouche claire, nette. Je suis persuadé qu’un jour, quand je serai très vieux et que je n’aurai que ça à faire, je regarderai le caractère des vins par rapport au caractère des gens. La notion de base reste le partage, le vin et l’humain. À partir de cette notion de partage, il faut qu’il y ait une envie. L’envie n’est pas la même pour tout le monde et c’est pour cela qu’il y a pleins de styles et pleins de vins.

Des nouvelles cuvées ?
Nous venons de sortir un blanc de blancs et, depuis septembre, un blanc de noirs “Black and White” qui a passé neuf ans sur lies, un extra-brut 100 % pinot noir. L’idée que le champagne ne vieillit pas est une grosse bêtise. Le gaz carbonique le protège de l’oxydation, même s’il n’y a plus de bulle. Ce n’est pas la bulle qui nous intéresse, c’est le vin. La bulle sublime le vin et pas le contraire, on ne fait pas un support pour des bulles. Il y a quelques maisons comme la nôtre que je respecte beaucoup et qui ont cette même vision.

Votre Top 5 ?
Alfred Gratien en n°1, Pol Roger en n°2, Jacquesson en n°3, des cuvées René Lalou chez Mumm en n°4 et Marie-Noëlle Ledru en n°5.

Entre un blanc et un rosé, vous préférez ?
J’adore le rosé à l’apéritif, c’est idiot de le mettre à table, on en perd le fruit et c’est justement ce que j’aime dans les rosés d’assemblage. Et un beau blanc de blancs, c’est magnifique. Spontanément, je vais vers les cuvées à majorité de chardonnay, qu’elles soient brut, blanc de blancs ou rosé. Toutes nos cuvées sont à majorité de chardonnay sauf Grande Réserve qui est à 50-50, c’est notre cœur de gamme, celle qui définit le style.

À quel point la personnalité de la maison est-elle indispensable ?
Ma génération a vu la maturité de la Champagne, celle qui nous a précédés était encore en phase de développement. Aujourd’hui, la Champagne est au taquet, les 34 000 hectares sont plantés, le rendement est ce qu’il est. Je pense que si l’on veut continuer à vivre et à se différencier en restant le plus grand vin du monde, il faut une offre large avec des des goûts différents pour échapper à la standardisation. Sans parler des autres effervescents dans le monde, je pense que la Champagne doit se dégager avec des vins à forte personnalité ancrés dans le terroir. Il faut défendre cette origine, la mettre en avant, la minéralité des vins de Champagne, ce côté salin que nous apporte la craie, c’est le terroir.

Les autres effervescents font-il partie
de votre panel de comparaison ?

Chez moi, j’ai des mousseux anglais, australiens, californiens, néo-zélandais. Tous les ans avec mes amis œnologues, nous organisons une dégustation des vins mousseux du monde. Cette comparaison est essentielle. Avant d’arriver en Champagne, je faisais du crémant en Alsace, il y a des choses magnifiques et c’est pour ça qu’il faut se battre pour nos spécificités.



La photo : est signée Mathieu Garçon 


Cet article a été publié dans En Magnum #10 en septembre 2017 et sous une forme différente.
Le numéro 11 vient de paraître, il est en vente chez votre marchand de journaux dès le 30 mars.
Voici à quoi il ressemble :