Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



mercredi 28 novembre 2018

Oui, il nous faut des maîtres

À quoi peut bien servir une master class, me demandait l’autre jour un de ces esprits forts qui font les malheurs des réseaux sociaux. À quoi sert d’apprendre ? Le vin, cette culture, est un chemin sans fin où toujours tout est à découvrir, à redécouvrir sans cesse, puisque tout change tout le temps, les hommes, les techniques, le temps justement.

Une master class à la sauce Grand Tasting, c’est d’abord une classe dirigée par un maître. Au tableau, l’homme de l’art, Bettane, par exemple, ou Desseauve, explique un vin, un terroir ou une appellation. Pour leur plus grande surprise, la plupart de ceux qui ont assisté à une master class en ressort subjuguée. Parce que c’est passionnant. Moi, je ne rate jamais les classes de maître sur les vins qui m’enchantent. Ainsi, retrouver sur l’estrade les gens qui font les sauternes et s’en expliquent sous la houlette bienveillante de l’un de nos experts, c’est la garantie d’apprendre encore et toujours quelque chose de plus, voire de nouveau, parfois. Tout ça en goûtant les vins dont on parle, pour comprendre le terroir, l’homme qui travaille, le climat du millésime.

Un bon exemple, c’est cette master class autour du château de Nalys, un châteauneuf-du-pape, une acquisition récente de la maison Guigal. Il n’est pas douteux que la découverte de ce que va devenir ce cru entre les mains de gens aussi talentueux que les Guigal peut être très convaincant. À voir. Idem pour cet autre châteauneuf-du-pape, le château La Gardine. L’appellation est en pleine redéfinition stylistique, un virage entrepris il y a quelques années sous l’impulsion du consultant-star de la vallée du Rhône, Philippe Cambie. Il est évident que ces vins ont gagné en finesse ce qu’ils ont perdu en sauvagerie solaire. Nous aussi, on gagne à déguster ces jus-là. Une fois de plus, il est question d’apprendre, de comprendre. Dans un registre équivalent, plonger dans l’univers d’un château bordelais et réaliser que tout a changé, que les vins sont bien meilleurs qu’il y a quinze ans, que les pratiques culturales ont considérablement évolué et goûter des millésimes récents en se demandant pourquoi on n’en a pas plus dans sa cave. Je parle du grand cru classé Château Marquis de Terme, à Margaux.

Apprendre, comprendre, faire du propre dans sa cave. Voilà à quoi sert une classe de maître. Pardon, une master class.

Quelle chance.

Le Grand Tasting ouvre ses portes vendredi 30 (dans deux jours et pour deux jours) à 10 heures du matin. Il n’y a pas moins de 24 master class. La plupart sont déjà complètes, mais pas toutes. C’est l’occasion ou jamais d’apprendre quelque chose d’intelligent.
Réservations sur grandtasting.com/billetterie/

Le Grand Tasting,
Carrousel du Louvre,
99, rue de Rivoli
75001 Paris


 

lundi 19 novembre 2018

Basile, le bio et la patrouille


Il aura suffi qu’un vigneron explique au reste du monde qu’il mettait un terme à une expérience de culture bio de plusieurs années pour déclencher une de ces paniques dont Facebook a le secret, mélange de mauvaise foi et d’outrance, pratique habituelle de la patrouille des bien-pensants. Et démonstration une énième fois, s’il en était besoin, des grandes difficultés de nos contemporains connectés à comprendre ce qu’ils lisent. Basile Tesseron a expliqué à mon excellente consœur Béatrice Delamotte, rédactrice en chef adjointe de la Revue du vin de France, qu’après des années de tentatives diverses, il mettait un terme à l’usage du cuivre, arguant que celui-ci mettrait des siècles à se dissoudre dans les sols, ce qui le dérange beaucoup. Bref, rien qu'on ne sache déjà. D’autres ont fait ce pas de côté avant lui, pas de quoi affoler la cour et la campagne.
Ben si.

Panique électronique 
Le plus ennuyeux, c’est que la charge est menée par trois vignerons que j’aime beaucoup, autant que leurs vins respectifs, c’est dire. Des garçons intelligents avec des vraies convictions et toute ma considération depuis longtemps. Pour ne pas déclencher une nouvelle panique, je ne mentionnerai pas leurs noms. Il suffit de savoir que l’un est le roi du bordeaux sup’ de haut vol, le second est le king du bio très bon à Pomerol et le troisième, la nouvelle étoile qui brille dans le ciel de Saint-Émilion. Ceux qui savent, savent. Évidemment, leur notoriété et la qualité de leurs productions respectives agrègent autour de leur avis, une foule d’indignés en chewing-gum qui y vont tous de leur aigreur et n’ont pas de mots trop forts pour qualifier les propos de Basile. Je comprends bien que ces garçons défendent leurs convictions, mais Tesseron ne les attaquait pas et ce qu’il dit est mesuré, intelligent, lisible. On peut certainement en débattre, sûrement pas lâcher les chiens. Je connais Lafon-Rochet et Basile depuis plus de dix ans et je l’ai toujours vu se passionner pour plus de propreté dans ses pratiques culturales. Il a été l’un des premiers à acquérir des petits tracteurs légers, par exemple. Et l’exemple du domaine de son oncle Alfred (Pontet-Canet) n’était pas étranger à cet engagement. Il n’a jamais engagé une conversion en bio en termes administratifs, mais n’a jamais cessé de chercher à faire plus, à travailler mieux. Ceci sans alerter tout le monde, posture habituelle pour de nombreux autres. Aujourd’hui, ce qu’il décide est le fruit de dix ans d’expérience. Chacun jugera, l’idéal étant de juger en toute connaissance de cause, ce qui est très difficile évidemment.

« Fils à papa », comme tout le monde ou presque
Dans le vignoble, très peu nombreux sont ceux qui ne sont pas des héritiers. À part François Pinault, Régis Franc, Hervé Bizeul, quelques capitaines d’industrie ou du commerce, quelques audacieux (très peu) qui ont acquis leurs vignes, tous sont des « fils à papa », comprendre des gens qui ont hérité de leur père et, souvent aussi, de leur mère. En soi, traiter Basile de fils à papa est une erreur de jugement. Du coup, c’est toute la critique qui est démonétisée puisque, au fond, tout part de là. Allez, I love you, les gars.

Mise à jour importante :
Celui que je désigne comme le roi du bordeaux sup' (il faut bien dire qu'il produit des bêtes à concours) me précise dans l'oreillette qu'il est d'accord avec Basile, qu'il a publié un fac-similé de l'article de la RVF pour se joindre aux propos tenus, pas pour les dézinguer. En somme, son intention a été dévoyée par le fil de conversation, ce qui arrive souvent  sur Facebook.

Pour que chacun se fasse son opinion, je reproduis ci-dessous l’article de la RVF qui contient les déclarations controversées de Basile Tesseron pour son château Lafon-Rochet. Quiconque sait lire dira comme moi qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat et ceux que le sujet intéresse pour de vrai, comme moi, adorerait lire un vrai débat sur le sujet. Dommage, il n’a pas eu lieu. 

Pour lire mieux, cliquer sur l'image

mercredi 14 novembre 2018

Mes magnums (81)
Un beau corbières en conversion bio

Château de Lastours, Grande réserve, corbières 2013 



Pourquoi lui 
Ce Grande réserve est la cuvée phare d’une maison des Corbières. Carignan, syrah, grenache, de l’épice, du nerf, de la conversation. On ne voit pas si souvent passer ce genre d’article dans mon sac à bouteilles. Et il est très convaincant.

On l’aime parce que 
Lastours déroule ses cent hectares de vignes dans un paysage sec, austère et beau, le pays des Cathares, l’Histoire a un grand souffle par ici. La tramontane, aussi. Ce qui permet d’envisager sereinement la conversion bio entreprise.

Combien et combien 
1 200 magnums, 39 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi 
L’élégance de cette cuvée en fait un vin d’été, les soirs de belles tables et de gastronomie raffinée. Et c’est un vin suffisamment tous publics pour éviter les arguties interminables.

Il ressemble à quoi 
Il ne ressemble pas à l’idée fausse qu’on se fait d’un languedoc. C’est un vin raffiné, limpide, suave et frais en finale. Soit à peu près tout ce qu’on demande à un vin.

La bonne heure du bonheur 
Pour une fois, nul besoin de s’armer de patience hyper longtemps. Nous sommes en 2018, 2013 est à point. On le goûtera sur sa finesse et on a bien raison.

Le hashtag
#windyslopes

Le bug 
Il n’a pas une immense visibilité.

Le statut 
En conversion bio depuis 2017.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Pour le 2012 : Superbe nez puissant et raffiné à la fois, grande minéralité, notes grillées et épicées, et évidemment fruit noir bien mûr, la bouche est séveuse, généreuse, parfaitement harmonieuse, avec des tannins mûrs et une bonne vivacité en finale. Bon potentiel. 15/20, à boire avant 2019

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #12 sous une forme différente.
Le numéro 13 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. On y parle d'argent, pour une fois.


 

lundi 5 novembre 2018

Mes magnums (80) un grand coup de soleil avec un bandol pas solaire justement, mais subtil

Domaine de Terrebrune, Terroir du Trias, bandol 2015 

 

Pourquoi lui 
Quand la Provence nous envoie du rouge, on arrête tout et on regarde. Avec le blanc, aussi. Qu’on y ajoute les scintillements du soleil sur la Méditerranée de Bandol et tout est réuni « pour que le diable y soit. » Il y est, ces bandols rouges sont diaboliques.

On l’aime parce que 
La finesse, les épaules et l’épice, le plus beau ménage à trois du cinéma pinardier. Le mourvèdre est à son mieux quand il regarde la mer, dit quelqu’un qui s’y connaît. Les trente hectares de Terrebrune, en restanques, regardent le large avec obstination, le compte est bon. Ce terroir a été planté en 1963 et n’a jamais connu la chimie. Il est bio par défaut, si j’ose dire.

Combien et combien ? 
Quantité non communiqué,
58 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ? 
Une gastronomie provençale haut de gamme, c’est-à-dire sans ail (j’entends d’ici les hurlements des cuisiniers approximatifs). La subtilité d’un bandol à son mieux demande un palais attentif, pas engourdi.

Il ressemble à quoi ? 
À une exécution magistrale du vin de soleil. C’est-à-dire pas solaire, justement. Bandol jouit d’un climat divin, tout s’explique.

La bonne heure du bonheur 
Un bandol, comme tous les rouges de Provence, sachons l’attendre. Dix ans, c’est le tarif de l’amateur exigeant. Soyons exigeants.

Le hashtag 
#mêmepascher

Le bug 
Ce n’est pas le grand bandol qu’on croise le plus.

Le statut 
Bio certifié.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Pour le 2013 : Racé et exquis. L’élégance intrinsèque de ce vin tout en subtilité est impressionnante. 16,5/20

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #12 sous une forme différente.
Le numéro 13 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. On y parle d'argent, pour une fois.



 

dimanche 28 octobre 2018

Mes magnums (79)
Un bourgogne, très bon, pas très connu

Maison Champy, beaune premier cru Aux Cras 2015 



Pourquoi lui 
Parce qu’il est grand temps d’aller se faire voir ailleurs que chez les grands noms du vignoble, largement inabordables quand ils ne sont pas juste introuvables. La maison Champy, fondée en 1720, tient commerce en face des Hospices de Beaune, aucune chance de se perdre. Souvenons-nous que ce millésime 2015 a particulièrement souri aux beaunes premier-cru.

On l’aime parce que 
Ce magnum est élaboré à partir des raisins du domaine Champy, mené en bio comme presque toutes les maisons qui composent Advini, ce rassemblement de vignobles aux intentions vertueuses. Les bâtiments beaunois de la maison partagent avec quelques-uns de leurs grands confrères l’honneur d’être inscrits aux Monuments historiques.

Combien et combien 
Une soixantaine de magnums, 101 euros le magnum à la boutique de Beaune

Avec qui, avec quoi 
Avec les amateurs de pinots noirs délicats, des gens toujours exigeants. C’est un genre en soi qu’il faut cultiver parce qu’on en rencontre pas tant que ça.

Il ressemble à quoi
Un vin de facilité, d’équilibre, de la violette dans du rouge, cette ambiance-là. Forcément, c’est convaincant.

La bonne heure du bonheur 
Pas trop de raisons de jouer les prolongations. En moins de dix ans, ce magnum aura tout dit et c’est très bien comme ça.

Le hashtag 
#burgundyagain

Le bug 
Et à part la boutique des Hospices, on en trouve où ?

Le statut 
Bio certifié depuis 2007, certaines parcelles en biodynamie.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Floral, assez tendre, dimension souple, équilibre élégant. 15/20

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #12 sous une forme différente.
Le numéro 13 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. On y parle d'argent, pour une fois.


 

lundi 15 octobre 2018

Mes magnums (78)
La Bourgogne en mode normal

Domaine Jean Féry, nuits-saint-georges 1er cru Les Damodes 2016 



Pourquoi lui 
Le double avantage des domaines de Bourgogne moins connus, c’est qu’ils ont du vin à vendre et le pied sur le frein des tarifs. Et puis, ayons de la tendresse pour ceux qui vinifient vingt-deux appellations différentes sur quatorze hectares.

On l’aime parce que 
Un beau pinot noir de la côte de Nuits, nous sommes plutôt pour. Toujours. On en croisera certainement de plus puissants, de plus prometteurs, ce nuits-là est un vin charmant. Le charme n’est pas un gros mot, ok ? Sans compter ceux qui le font. La grand-mère, Marcelle, une femme de tête,  fine experte de ses vins, quand elle n'aime pas, elle n'aime pas et c'est tout. Le fils, Jean-Louis, passionné de beaux bourgognes, très fin connaisseur de son environnement et grand avocat lyonnais. Le petit-fils, Frédéric, serial entrepreneur lyonnais et gérant (et avenir) de la propriété. Des gens merveilleux. Ils valent largement tous les détours, même si Échevronne est un bout de vallée, il est caché derrière la colline de Corton. Pas exactement le bout du monde.

Combien et combien 
30 magnums, 92 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi
Avec toutes les merveilles addictives de la Bourgogne. Charcuteries, en particulier. Ce vin est fait pour un jambon persillé d’auteur, pour un pâté en croûte créatif. Et pour les convives, prenez la feuille de tri intitulée « Pas les Je-Sais-Tout, ça va être terrible ».

Il ressemble à quoi  
Les beaux millésimes, c’est comme ça maintenant. Si les vinifications ne sont pas surjouées, ils sont bons tout le temps et vite.

La bonne heure du bonheur 
On le boira avant ses dix ans. Il a cette divine souplesse qui nous ferait craindre un trop long passage en cave. Ce vin élaboré d’une manière très traditionnelle correspond, en fait, à ce qu’on a envie de boire en ce moment. La boucle de l’histoire est bouclée.

Le hashtag 
#somuchtodiscover

Le bug 
30 magnums… Comment dire ? Si vous arrivez à temps, vous aurez de la chance.

Le statut 
Bio certifié depuis 2011

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Déjà ouvert, finale de velours, un réel équilibre. 14,5/20

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #12 sous une forme différente.
Le numéro 13 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. On y parle d'argent, pour une fois.



 

jeudi 11 octobre 2018

Mes magnums (77) le grand vin d'un rebelle

Domaine Gourt de Mautens, IGP vaucluse 2013 



Pourquoi lui 
Aimer gourt-de-mautens pour la vie, c’est facile. Il suffit d’y avoir été une fois (deux, c’est mieux) et d’avoir bavardé avec Jérôme Bressy en regardant la colline, ses considérations sur le style, d’où il vient, tout ça. Ce garçon n’est pas un rebelle, en fait, c’est un chercheur intense (comme ses vins). Il n’a qu’une idée, livrer chaque année le meilleur gourt-de-mautens possible. Il y parvient souvent.

On l’aime parce que 
Simplement, l’assemblage de huit cépages est une performance en soi, un jeu complexe où notre homme excelle. Ce millésime, c’est grenache noir, mourvèdre, carignan, counoise, vaccarèse, syrah, cinsault et terret noir. 2 % pour le terret noir. Ah, une pincée de sel, à peine. Bressy tient à ses cépages oubliés, plantés avec l’accord des autorités, accord invalidé quelques années plus tard. Il a refusé de se plier au diktat absurde, il a quitté l’appellation.

Combien et combien 
700 magnums, 136 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi
Attention, ce n’est pas un petit vin de soif, c’est un grand machin complexe qui vous agrippe dans une spirale de finesse et d’intensité. Merci de lui présenter des convives à la hauteur.

Il ressemble à quoi
À partir d’un certain âge, c’est renversant. Comme souvent, la patience accordée aux bienfaits de la paix ombreuse des caves profondes porte ses fruits.

La bonne heure du bonheur 
Avant 2030, ce qui nous laisse un peu de marge. Et à table, bien sûr.

Le hashtag 
#outofrasteau 

Le bug 
Jérôme Bressy est trop discret. Doit mieux faire.

Le statut 
Bio certifié depuis 1989. Biodynamie certifiée depuis 2008.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
D’une trame dense et serrée, il se déploie avec élégance et distinction, tannins soyeux à l’appui. Fruits noirs, havane, cuir fin, réglisse, finale longue et épicée, de garde, épanoui, mâche de velours, équilibre intrinsèque, soyeux, juste et précis. 18/20


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #12 sous une forme différente.
Le numéro 13 est en vente chez votre marchand de journaux.
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lundi 8 octobre 2018

Mes magnums (76) En discret hommage
et soutien à Hubert de Boüard

Château Angélus, saint-émilion grand cru 2014 



Pourquoi lui
Hubert de Boüard, l’auteur de ce vin, a pris l’habitude de qualifier chaque millésime d’un mot. Pour 2014, c’est « L’Indien ». Ce n’est pas à cause de quelque arôme épicé, il s’agit de l’été, l’été indien qui s’est installé peu à peu pour donner, in fine, un octobre
« doré, chaud, magnifique. » Peaufinage des maturités, vendanges repoussées,
vin raffiné.

On l’aime parce que 
Mille raisons. Par quoi commencer ? L’opiniâtreté d’Hubert de B. ? L’immense qualité d’Angélus sur une longue période, signe de talent et de terroir ? L’intelligence du processus de transmission à la génération montante ? La grande implication dans le développement de l'appellation ? Les sujets abondent qui, tous, disent la même chose. Reste le vin, épatant, comme toujours. Ici, dans un millésime peut-être un peu plus souple que 2015, le temps le dira.

Combien et combien
Quantité non communiquée,
720 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi
Avec le meilleur monde, celui qui ne surfe pas sur les réseaux sociaux, celui qui pense qu’Hubert de Boüard est un grand vigneron (qu’il est assurément), celui qui ne s’intéresse pas ou peu à la vie locale de Saint-Émilion. À table, bien sûr, avec une gastronomie solide et savoureuse.

Il ressemble à quoi
À ces grands bordeaux de premier plan, moderne, épicé, sans lourdeur. Et aussi, un peu, à cette chance de boire, de loin en loin, des vins rares.

La bonne heure du bonheur
Comme tous les angélus, on l’attendra. Comme tous les angélus modernes, on l’attendra moins longtemps.

Le hashtag
#hubertprésident

Le bug
Depuis le classement A en 2012, les prix commencent à la jouer skyrocketing, comme disent nos amis américains, qui s’y connaissent en prix élevés (plus élevés que le prix d’un angélus, déjà).

Le statut 
Vignoble en conversion bio depuis janvier 2018.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Onctueux et harmonieux, tannin ultra-fin, tendresse délicate, allonge subtile. 16,5/20


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #12 sous une forme différente.
Le numéro 13 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. On y parle d'argent, pour une fois.




 

mardi 2 octobre 2018

Mes magnums (75)
Le vin qui regarde Nice de haut

Clos Saint-Vincent, Vino di Gio, bellet 2015 


Pourquoi lui
Un vin d’exception dont la vigne pousse au-dessus de Nice, forcément, on craint pour son avenir, pression immobilière oblige. La seule chance de survie de ce vignoble est de faire de grands vins vendus le plus cher possible. Sinon, paf, la villa avec vue en cinquante exemplaires, un chapelet de misère aisément repérable depuis le large. Ce que les marins appellent un « amer remarquable ». C’est le cas de le dire.

On l’aime parce que
Le cépage, la folle noire, n’est à peu près plus cultivé nulle part. Le clos Saint-Vincent, dix hectares, des vignes de quarante ans, des galets roulés, 30 000 bouteilles par an, est l’objet de toutes les attentions de Gio Sergi, son propriétaire depuis 1993.

Combien et combien 
60 magnums, 125 euros le magnum

Avec qui, avec quoi 
Essayez à l’aveugle, personne ne trouvera ou même n’approchera l’idée d’un bellet. Déjà, très peu de gens connaissent l’appellation.

Il ressemble à quoi 
À rien de connu ? Si, quand même. Des vins issus de la folle noire, on en connaît d’autres. Des frontons, par exemple. La signature stylistique nous fait passer les Alpes. Rien d’inconnu.

La bonne heure du bonheur
Avec le temps, sa patine, on l’ouvrira à table et avec plaisir. Une gastronomie locale, mais sans ail, cet adjuvant inutile qui tue le goût des vins fins.

Le hashtag
#souslesoleilexactement

Le bug
À ce prix-là, un jour, c’est l’immobilier qui va gagner.

Le statut
Bio et biodynamie certifiés.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Structuré, il joue à la fois sur le tableau de la vinification classique et sur son cépage original, la folle noire. Frais, tendu, épicé, les notes finement florales et fruitées se posent gracieusement. Avec ses allures presque italiennes, il a un style fou. À carafer et, surtout, à mettre en cave. 16,5/20


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #12 sous une forme différente.
Le numéro 13 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. On y parle d'argent, pour une fois.


mercredi 26 septembre 2018

Mes magnums (74) Le pinot noir d'Alsace quand il donne des leçons à tout le monde

Valentin Zusslin, Harmonie, pinot noir Bollenberg, alsace 2013 



Pourquoi lui 
Un jour, j’ai goûté ce pinot noir et j’en suis tombé raide dingue. J’ai été voir comment ça se passait sur le coteau alsacien et j’ai été subjugué. Les Zusslin frère et sœur sont des gens drôles et sympathiques avec des convictions non négociables, mais sans en faire des tonnes.

On l’aime parce que 
On l’aime comme on aime les vainqueurs modestes, ceux qui portent leur talent avec la grâce de l’évidence. Aujourd’hui, la production des Zusslin est très à la mode, comprendre qu’on s’arrache leurs bouteilles sur les sites de vente (les sites à la mode, hein).

Combien et combien ? 
102 magnums, 114 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ? 
Avec ceux que vous rêvez de convertir. Pas au bio, au pinot noir. Sans passer par la Bourgogne à cause du symbole. Et en magnum, sinon c’est court et vous passeriez pour un radin.

Il ressemble à quoi ? 
À une leçon de pinot noir à l’adresse du monde entier, Bourgogne incluse. Sans blague, jamais vous n’avez goûté une telle finesse, un tel soyeux, un tel velours. À budgets égaux, évidemment.

La bonne heure du bonheur 
À table. Mais pourquoi pas à l’apéritif, pour changer ? En tous cas, c’est un vin de garde déjà bon à boire. Ce genre de vin qui est bon tout le temps.

Le hashtag en alsacien 
#ìschgüet

Le bug 
Il n’y en a pas beaucoup, des magnums. Et pas toujours.

Le statut 
Biodynamie certifiée

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Une grande élégance dans l’entame de bouche, des tannins soyeux, un fruité qui évolue progressivement sur la cerise. Un toucher de velours, le vin a très bien évolué en bouteille. 16,5/20



Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #12 sous une forme différente.
Le numéro 13 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. On y parle d'argent, pour une fois.





jeudi 20 septembre 2018

« La caresse de Cristal, c’est le chant de la terre »

Jean-Baptiste Lécaillon est un sorcier de la vinification. Il est l’âme des champagnes Rœderer et de quelques autres productions d’exception et du même groupe. Un homme indispensable à son métier et à nous, les amateurs

« Je ne résiste pas à l’appel du pinot noir »


On ne va pas dire que Jean-Baptiste Lécaillon est un poète, mais quand même, c’est quelque chose autour de ça. Il a du champagne et, plus largement, du vin une idée romanesque. Il ne cherche pas à percer – et à vous entraîner dans – les mystères de la fermentation, il vous invite à les contempler, en prendre conscience, en être pénétré. Ce n’est pas la même chose. L’homme et sa vista, le sol et ses expressions, on en connaît d’autres dans ce registre, mais peu. Attention, ça va vite : « Certains disent que ça relève de la sorcellerie. En fait, il n’y a que l’expérimentation qui vaille. Essayer sans cesse. Trouver. » De quoi parle-t-il ? De vin, d’assemblage. Il précise : « Aller chercher des vins qui ne sont pas forcément les plus évidents, pas ceux qui sortent devant, mais qui se révèlent sublimes dans l’assemblage. Toujours facile d’assembler des premiers de la classe. À la fin, vous avez un premier de la classe. Très bien. Mais si deux fortes têtes assemblées font un vin extraordinaire, vous avez gagné, vous êtes tout seul tout en haut de l’affiche. Pas mal, mais difficile. »
Jean-Baptiste Lécaillon, 52 ans, est arrivé chez Rœderer pour sa première vendange en 1989. Il y est devenu directeur général adjoint. Il fêtera son trentième millésime cette année. Non content de veiller à l’élaboration des 3,5 millions de bouteilles de champagnes de la marque, il a aussi la haute main sur les vinifications des domaines du groupe, Bordeaux et Provence comprises, mais ne s’occupe pas des champagnes Deutz, ni de la maison Delas (Rhône-nord), ni des vinifs ultra-spécialisées des portos de Ramos Pinto dans la vallée du Douro, autres pépites, mais il veille sur les vignes et les vins de la maison dans le nord de la Californie, vers Mendocino, un environnement pas toujours facile à envisager. Il a aussi la charge des vignes en propriété en Champagne et des approvisionnements, bien sûr. S’agissant de la grande marque la plus bio de toute la Champagne, nous nous sommes intéressés à l’état de l’art dans les vignes du domaine.
Chez Rœderer, l’histoire verte a commencé en 2000 avec deux hectares. En 2011, ce sont 65 hectares qui sont en conversion et dix déjà certifiés. En 2017, 115 hectares sont menés en bio-dynamie, dont 105 en conversion. C’est rapide ou lent ? Lui, il juge ce rythme normal : « Passer de grandes superficies en bio ou en bio-dynamie ne se décide pas d’un claquement de doigts. Nos 240 hectares, c’est la grande échelle. Nous n’en sommes pas encore à la moitié. » Et pourquoi, s’il vous plaît ? « La plus grande difficulté, c’est d’obtenir l’assentiment de tous ceux qui travaillent à la vigne et au chai, les convaincre de l’urgence, justement. Rien n’est simple. C’est une affaire d’hommes avant tout. » Continuons, c’est bien engagé.
Voyons si, au moins, nous avons accès aux secrets du bonhomme. Le facit latin, cher aux enlumineurs, c’est ça, son métier, non ? Si. « Pour élaborer un millésime, je capture l’année et ses marqueurs. Pour faire Cristal (la cuvée prestige de Rœderer, ndlr), je fais un Cristal. J’ai une obligation stylistique, elle fait partie du capital de la maison. Il me faut de la craie, du sol, du minéral. » Comme on le pousse un peu dans ce sens, il y va, bon prince. Il évoque la nécessaire transformation respectueuse du raisin, il avance une jolie ligne : « Il n’y a qu’un seul geste œnologique, c’est la fermentation et son accompagnement obligatoire. Ni oxydative, ni réductrice, mais pure. » Nous, quand on nous parle comme ça, nous battons des cils, nous sommes pour. Et il ajoute « Nous opérons une sorte de sélection massale des levures, tout en achetant des levures sélectionnées dans tous les vignobles majeurs, Bordeaux, Bourgogne, Californie. À UC Davis, bien sûr (la grande université californienne du vin, ndlr). » Il a compris que, là, son public est sous le charme, il va plus loin, il insiste : « Je cherche l’umami, la cinquième saveur japonaise, le délicieux, ce qui procure l’émotion. » Là, on s’envole, on ne touche plus terre, on boit une gorgée de Cristal rosé dans un millésime déjà ancien et, ravis, on trouve ça très umami. Retour au facit : « Chez nous, pas de sulfitage avant fermentation. On laisse le chardonnay se casser un peu, s’oxyder légèrement. Et on arrive à des vins clairs qui évoquent plus la Bourgogne du sud que les chablis du nord. » Il veut créer des équilibres. Parmi lesquels, l’équilibre des crus. Entre les villages qui comptent et ceux qui sont moins bankables, il a mis le doigt sur ce qui les distingue : « Les villages plus périphériques sont plus “solaires” que “sols”. C’est l’équilibre entre solaire et sol qui compte. Nous ne suivons pas bêtement la classification des crus. » En même temps, comme dirait l’autre, il n’y a jamais de hasard sémantique. Où l’on apprend que Cristal de Rœderer est un champagne issu de la bio-dynamie En Champagne, comme dans d’autres appellations, il y a des volumes maximum à respecter au moment des vendanges. Ces années-ci, on tourne autour de 10 000 kilos à l’hectare. C’est une donnée majeure dans la viticulture locale. Le petit vigneron, celui qui vend son raisin à des maisons de négoce ou à des coopératives, y tient beaucoup. Au prix du kilo, on le comprend. Une grande maison comme Rœderer, pour être vigilante, est aussi plus détendue. Surtout avec sa conversion en bio-dynamie. Il s’explique : « Sur les vieilles vignes dédiées à Cristal, on a toujours fait 7 à 8 000 kilos à l’hectare et nous continuons en bio-dynamie avec les mêmes rendements. Aujourd’hui, tout Cristal, blanc et rosé, est issu de la bio-dynamie. » Comprendre que c’est tout Cristal rosé depuis 2007 et tout Cristal blanc depuis 2016. Ah oui, quand même. C’est une vraie déclaration. Et puisqu’on en parle, il a cette fine sortie sur Cristal, des mots qui donnent soif : « La caresse de Cristal, c’est un dégorgement déjà bien digéré. Ce vin n’est pas fait pour le dégorgement récent. Cristal, c’est le chevalier-montrachet de la Champagne, la finesse extrême issue de terres blanches. Il a besoin de temps après le dégorgement pour nous aider à ressentir sa caresse. »
Il est temps de le laisser à ses assemblages ou à ses lectures, il lit beaucoup, ou à ses musées. Contemporain ou arts premiers, on le verra toujours dans la file d’attente, il ne rate rien. Nous nous séparons avec l’idée un peu confuse d’avoir appris quelque chose de ses secrets. Comme c’est un type charmant, il nous laissera y croire. Mais comme c’est un garçon rieur, on sait bien qu’il n’en est rien.

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #12 sous une forme différente.
Le numéro 13 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. On y parle d'argent, pour une fois.


lundi 10 septembre 2018

Mes magnums (73) La Provence d'en haut

Domaine de Trévallon, IGP Alpilles 2015, rouge 



Pourquoi lui 
Même si c’est stupide d’avoir un vin préféré, je ne suis pas loin de laisser croire que trévallon est mon vin préféré. En rouge, bien sûr, et en blanc, moins connu, sublime aussi. Parce que ce morceau d’Alpilles est un endroit fantastique. Les vignes en parcelles entourées de forêts de chênes verts et de pins valent la visite.

On l’aime parce que 
Parce que Éloi Dürrbach (le vigneron) est un type épatant, une forte tête, un inventeur. Il a claqué la porte de l’appellation qui lui imposait de faire un trévallon non conforme à ce qu’il croyait et, du coup, il a porté sa singularité au premier rang des provences et des prix des grands provences. Parce que l’assemblage international cabernet-sauvignon et syrah est ici porté à un paroxysme stylistique qui force le respect. Sur le podium des meilleurs vins de Provence, il dispute la première place à très peu de concurrents. Avec un rouge et sans faire de rosé.
Un prodige, vous dis-je.

Combien et combien ? 
3 000 magnums, 110 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ? 
Oubliez le convive qui s’évanouit de bonheur à la seule audition du mot
« Provence ». C’est un vin de grand amateur, pas de touriste.

Il ressemble à quoi ? 
À tous les autres blends cabernet-syrah, en mieux. C’est le modèle, quoi. Avant d’avoir bu du trévallon, on n’a jamais rien bu. En tous cas, on n’a jamais bu un grand assemblage cabernet-syrah. Et ne vous laissez pas chanter la Provence, le maquis, les grillons (et pourquoi pas les sangliers, pendant qu’on y est) sur l’air des lampions, Trévallon, c’est un cran plus loin. D’ailleurs, depuis le premier millésime, l’Amérique est fan.

La bonne heure du bonheur 
Un trévallon à son meilleur, c’est dix ans d’âge minimum. On le boit à table avec une gastronomie d’équivalence.

Le hashtag 
#bestinshow

Le bug 
Au restaurant, c’est pas donné (sauf à Beaune, allez savoir pourquoi).

Le statut 
En bio depuis la plantation des vignes au début des années 1970.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
La réputation de ce rouge n’est plus à faire. Il fait partie des expressions les plus abouties des vins de Provence. Gracieux, vertical, solide et aérien à la fois, il s’impose comme une évidence. Un vin juste et encore jeune, qui grandira avec le temps. 17/20


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #12 sous une forme différente.
Le numéro 13 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. On y parle d'argent, pour une fois.


 

mercredi 5 septembre 2018

Le vin à la mode, ça existe ?

Ta cave de jeune homme, c’est comme celle de ton papa, elle est obsolète, dépassée, ringardisée. Forcément, tes goûts ont évolué à cause d’elle, la mode.

Voilà une bouteille énorme. Une de celles qui rendent fous
tous les grands amateurs. Très à la mode, évidemment.
 

La mode, cette comète fugace, touche-t-elle le vin comme elle envahit tous les autres secteurs de la consommation ? Oui, bien sûr. Comment pourrait-il en être autrement ? Hier, c’était la piste des vins « nature » (cette blague fourre-tout), un peu comme on disait « vieilli en fût de chêne » ou « vin non filtré ». Aujourd’hui, c’est plus sérieux. Les indicateurs fiables ne sont pas, ne sont plus les comiques des réseaux sociaux, ce sont les sites de vente sur internet et les ventes aux enchères, en ligne ou pas. Ils font la mode, chacun dans sa spécialité, ses prix, son discours. Qu’est-ce qui affole l’amateur prêt à claquer un peu d’argent pour se faire une cave montrable à ses copains ou, plus sobrement, pour se tricoter d’infinis plaisirs ? Pour commencer et en général, tout ce qui est rare (cher), introuvable (cher) ou difficile d’accès (cher encore).

- Les vieux millésimes de champagnes que les (grandes) maisons mettent sur le marché sous des habillages, étiquettes et coffrets, très flatteurs. Ces vins sont passionnants pour ce qu’ils évoquent en bouche de temps passé, d’effervescence devenue pétillance, de miels, de sous-bois et tous ces arômes tertiaires qui enchantent les grands amateurs. Encore mieux si ces bouteilles (souvent des magnums, d’ailleurs) ont été dégorgées quelques mois, un an, avant la mise en marché. Mais si les dégorgements datent de leur première apparition dans les étagères des cavistes, très bien aussi. Ces champagnes ont tous les avantages : millésimes anciens, petit nombre de cols, prix élevés.

- Les productions confidentielles de certains vignerons ne restent jamais longtemps à l’affiche. Ainsi, l’autre jeudi, le site Carré des vins proposaient les vins d’Emmanuel Rouget dans le millésime 2015. Il se trouve que je devais rencontrer Emmanuel Rouget le lendemain. Il m’explique qu’il a alloué 160 bouteilles à ce site, dont 12 cros-parantoux, vin aussi célèbre qu’il est rare et cher, très cher. La vente commencée à 9 heures du matin n’a pas duré cinq minutes, montre en main. Emmanuel nous disait que le téléphone avait commencé à sonner aussitôt, des amateurs frustrés de s’être laisser déborder par la rapidité des opérations se retournaient vers le domaine. En pure perte, est-il besoin de le préciser ? Il ne faut pas se poser de questions et être très réactif pour mettre la main sur des vins pareils. En fait, la seule question qui vaille est : ai-je les moyens de ces vins ? Oui ? Foncez.

- Les vins nouveaux. Les vins de Seyssuel dans le nord-Rhône, par exemple. Tous les grands vignerons du quartier, les Ogier, Villard et consorts, sont sur le sujet depuis un moment (presque tous. Jean-Louis Chave est occupé à replanter un grand terroir à Saint-Joseph). Les cuvées s’appellent Seul en scène, L’âme sœur, etc. Déjà les prix prennent un peu de consistance. Bientôt l’INAO en fera une appellation et là, bingo, il fallait en acheter avant.

- Les cuvées d’initiés. À Bordeaux, par exemple. Je pense à Reignac et Balthus, à Haut-Condissas, à Haut-Carles, au Domaine de l’A, à Gombaude-Guillot. Il y en a quelques autres comme les saint-émilion des frères Todeschini, par exemple, ou le Domaine du Bouscat. Et les vieux millésimes des tous grands.

- Les stars du Midi. Rémy Pédréno, Roc d’Anglade, est un bon exemple. Le site-club Chais d’œuvre a lancé une grosse vente flash des vins de Pedreno un vendredi soir assez tard. Le lendemain matin, assez tôt, l’affaire était pliée, restait juste quelques magnums. Ça marche aussi avec les stars de Savoie ou du Jura.

- Toutes les complications. Les vins issus de solera, les vins rouges avec du blanc dedans, les assemblages internationaux qui marchent bien (cabernet-syrah), les cépages rares, les vins étrangers, les assemblages de millésimes. Toutes ces choses inhabituelles rencontrent toujours un franc succès. Ou pas. Et personne ne sait pourquoi, parfois, le marché ne répond pas.

- Les énormes bouteilles. Un chambolle-musigny Les Amoureuses, un gevrey-chambertin Lavaux Saint-Jacques, ce genre-là entre 200 euros et beaucoup plus. Là encore, il y a intérêt à faire vite. Sinon, il y a les enchères, mais c’est parfois pire (en prix et en réactivité).

- Les grands blancs hors des routes habituelles. Un château-chalon, un simone, un grange-des-pères font toujours des cartons et j’attends de voir ce que dira le marché devant l’incroyable cocotte-blanche issu de maccabeus centenaires du domaine Chante-Cocotte. Déjà, les professionnels sont unanimes.

- Les pinots noirs qui ne viennent pas de Bourgogne. Ceux de Madame Trapet ou des frère et sœur Zusslin en Alsace, d’Hervé Bizeul en Roussillon, des Mellot, Vacheron, Pinard à Sancerre, etc. Tissot dans le Jura. Brumont à Madiran. Francis Égly et ses rouges de Champagne, Raphaël Bérêche aussi. Et ceux de Nouvelle-Zélande ou d’Oregon, avec leurs prix trop élevés et leurs qualités épatantes. Il y a un monde fou dans cette catégorie délicieuse.

- Et, évidemment, les grands formats. Les magnums surtout. Ces bouteilles follement conviviales, tout simplement belles, trouvent toujours un public de passionnés prêt à tout. Les autres grands formats, le double-magnum et au-delà, posent un problème de poids et de manipulation, taille du frigo incluse.

- Et le prochain ? Je parie volontiers sur les cabernets francs du Domaine Andrée (anjou). Très bon, vingt euros. Et les gamays fantastiques de Stéphane Sérol en côte-roannaise (dix euros).

Bien sûr, il y a d’autres sites que ceux mentionnés plus haut. Je pense en particulier à l’excellent Vignerons d’exception dont je recommande la visite, comme Carré des vins, lié à Wine and Co.
Pour Chais d’œuvre, c’est plus exclusif, l’accès aux ventes flash étant subordonné à l’abonnement à la box mensuelle soit environ mille euros par an pour 36 bouteilles, sélectionnées avec autant d’exigence que d’inventivité par Manuel Peyrondet. C’est tellement bien qu’un grand nombre de producteurs sont abonnés. C’est un peu comme quand on tombe sur des Italiens dans une pizzeria de Paris, on se dit qu’on ne s’est pas trompé d’adresse. Mais rien d'obligé. On peut aussi payer un fee annuel et recevoir les annonces des ventes, mais pas le coffret.
D’autre part, l’essentiel des bouteilles décrites ci-dessus s’inscrit dans une fourchette de prix encore acceptable, à quelques exceptions près. Ne nous méprenons pas. Sur l’ensemble des vins cités, nous vivons nos dernières années de prix « normaux ». L’ouverture pour tous aux marchés mondiaux ne plaide pas pour un rééquilibrage des tarifs. Bref, action.

Ce texte a été publié dans EnMagnum #12 sous une forme différente. Le numéro 13 d'EnMagnum paraît vendredi 7 septembre. Voici la Une du nouveau numéro à retrouver chez votre marchand de journaux.




mardi 4 septembre 2018

Les palmarès du Bettane+Desseauve 2019

Regardez bien les vins et les domaines ci-dessous, ce sont les meilleurs du guide Bettane+Desseauve 2019. Pour les moins connus d'entre eux, nous allons assister à une vraie montée en puissance. Ils vont devenir très à la mode, les veinards.
Passez commande dès maintenant, ça peut devenir compliqué d'attendre.



Top 10 des meilleurs vins de l'année

- Château d'Yquem, sauternes 2015

- Domaine Jules-Desjourneys, moulin-à-vent 2015

- Clos-Haut-Peyraguey, sauternes 2011

- Château Léoville-Las-Cases, saint-julien 2015

- Domaine Bertagna, clos-saint-denis grand cru 2016

- Domaine Laroche, chablis grand cru 2016

- Veuve Clicquot-Ponsardin, la Grande Dame, champagne 2008

- Domaine d'Alzipratu, vin de France 2016, Corse

- Cave L'Étoile, banyuls grand cru 2008

- Domaine de la Barroche, châteauneuf-du-pape 2015

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Top 10 des meilleurs domaines de l'année

- Château du Moulin-à-Vent (Beaujolais)

- Château Gruaud-Larose (Bordeaux)

- Château Trottevieille (Bordeaux)

- Domaine Cécile Tremblay (Côte de Nuits, Bourgogne)

- Billecart-Salmon (Champagne)

- Philipponnat (Champagne)

- Gérard Bertrand (Languedoc)

- Domaine Les Poëte (Val de Loire)

- Henry et Jean-Sébastien Marionnet (Val de Loire)



lundi 23 juillet 2018

Mes magnums (72) La Provence en tête

Château La Dorgonne, L'expression du terroir, lubéron 2013 




Pourquoi lui 
Il y a longtemps que je connais cet endroit merveilleux. Longtemps que je suis l’évolution de la qualité de ses vins issus d’une viticulture très attentive (bio) initiée dès l’acquisition du domaine par Bauduin Parmentier et amplifiée par son neveu Nicolas Parmentier, aux manettes depuis deux ou trois ans. Il faut voir les parcelles au milieu de la forêt, c’est très convaincant. Il faut lever les yeux sur la vue vers le sud, les chevaux dans les prés, la forêt qui encadre tout ça, c’est sublime.

On l’aime parce que
Cet adret du Grand Lubéron, traversé par la Durance, est un enchantement. Bien sûr qu’on y fait de beaux vins pourvu qu’on s’y colle avec ce qu’il faut de sensibilité. C’est ce qui se passe au château La Dorgonne.

Combien et combien 
400 magnums.
42 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi 
On l’attendra le temps qu’il faut, cinq ans minimum dans ce millésime. On cherchera les notes d’olives noires, puis de truffes, noires aussi.

Il ressemble à quoi 
C’est un vin de soleil, seize mois d’élevage en barriques, c’est le tarif couramment pratiqué dans les bonnes maisons pour sortir de belles syrahs.

La bonne heure du bonheur
Pas du tout un vin d’apéritif. On le servira à table avec une gastronomie provençale ou approchante, capable de faire pièce à ce rouge puissant et goûteux.

Le hashtag
#provenceistheplace

Le bug
Ils devraient le vendre avec un flacon d’huile d’olive du domaine, histoire de s’y croire à fond.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Charnu, puissant, structuré.
14/20

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. Elle est belle, elle est bio.



jeudi 19 juillet 2018

Mes magnums (71)
vous n'avez jamais bu de rasteau rouge

Domaine du Trapadis, Les Adrès, rasteau 2015, Helen Durand

Pourquoi lui
Je connais Helen Durand depuis longtemps. J’ai toujours eu beaucoup d’estime pour son travail remarquable et la manière dont il assume son statut de meilleur de l’appellation alors que le plus brillant de tous, Jérôme Bressy, est parti faire cavalier seul. Pas simple, mais Helen est un garçon qui sait faire le dos rond et à Rasteau, le référent c’est lui. Jérôme Bressy ne dit pas autre chose, d’ailleurs. Un garçon qui a commencé au domaine familial à l’âge de 16 ans et qui, en six ans seulement, vend tout son vin en bouteilles (et plus en vrac) et entame la conversion en bio des 35 hectares du vignoble, forcément, ça force le respect.

On l’aime parce que
Il livre une lecture assez limpide de ses sols et de ses cépages. Ses vins sont de bons candidats pour la garde. Déjà vers six, sept ans, le grand jus est là.

Combien et combien ?
148 magnums. 38 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Ce n’est pas un vin d’apéritif à l’ombre des cyprès, c'est un côtes-du-rhône qui a gagné son appellation, un vrai jus.

Il ressemble à quoi ? 
C’est un assemblage très sud, carignan, grenache, mourvèdre. Il en a toutes les caractéristiques parfaitement interprétées.

La bonne heure du bonheur 
À table, rien d’autre. Avec une gastronomie de compagnonnage.

Le hashtag
#rasteaubio

Le bug
Pas assez connu, mais pourrait devenir à la mode. Il a tout pour. Le nouveau Rhône sud ne fait que commencer.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Nez encore discret de fruits mûrs, bouche ronde avec une belle structure, finale sur les épices.


La photo : Fabrice Leseigneur
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. Elle est belle, elle est bio.


lundi 16 juillet 2018

Mes magnums (70) un châteauneuf caché derrière un côtes-du-rhône

Clos du Caillou, La Réserve, côtes-du-rhône 2015 



Pourquoi lui
C’est Sylvie Vacheron, l’épouse de Jean-Laurent, très fameux vigneron à Sancerre, qui mène le domaine à Courthézon. Pour d’obscures raisons anciennes et administratives, l’essentiel des vignes du domaine est classé en côtes-du-rhône et pas en châteauneuf-du-pape. En revanche, les terroirs donnent ici des grands vins de Châteauneuf.

On l’aime parce que
Un très beau caractère, ce vin. Grenache dominant et mourvèdre, c’est ici et nulle part ailleurs. Ce vin a ses papiers d’identité sur lui.

Combien et combien 
206 magnums. 48 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi 
Pour une fois, sélection à l’entrée. Choisissez des convives capables de s’intéresser avec le même enthousiasme aux pinots de Monsieur et aux grenaches de Madame.

Il ressemble à quoi 
Un rhône-sud délicat, en soi, c’est un voyage à faire absolument. Ce qui ne gâche pas un toucher de bouche assez sauvage. C’est la viticulture bio qui fait ça ?

La bonne heure du bonheur
Trois ans de cave. Cinq en magnum.

Le hashtag
#leC9DPmasqué

Le bug
Si vous en trouvez, achetez. Si vous en trouvez.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Grande richesse dans ce vin aux arômes de laurier qui est déjà souple et harmonieux. Superbe longueur en bouche. 16/20



Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. Elle est belle, elle est bio.



jeudi 12 juillet 2018

Mes magnums (69)
Ce fameux Marcel Richaud

Domaine Marcel Richaud, L’Ebrescade, cairanne 2014 

 

Pourquoi lui 
D’une certaine façon, Marcel Richaud est la mère de tous les vins du sud. Ce fin vigneron et grand vinificateur est depuis longtemps au sommet de son art et un modèle pour ses pairs.

On l’aime parce que 
Ses cairannes sont parfaits, y compris au bout de dix ans. Cette cuvée L’Ebrescade est une obligation pour toute cave qui se respecte.

Combien et combien 
750 magnums. 40 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi 
Tout le monde aime les cairannes de Richaud. Ajoutez que c’est un vin bio et tout le monde s’évanouira de bonheur.

Il ressemble à quoi
C’est le Sud dans sa pureté quand elle existe. Quelque chose d’assez bouleversant, même.

La bonne heure du bonheur
Lui laisser au moins cinq ans. Huit à dix ans, c’est mieux. C’est très beau, un grenache finement assemblé.

Le hashtag
#easycairanne

Le bug
Je cherche encore.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Bien en place, au toucher doux et soyeux, il reste civilisé et juteux jusqu’en finale. L’élevage est bien intégré et le vin prêt pour la table. 15,5/20


Ce magnum de cairanne est photographié par Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce nouveau numéro. Elle est belle, elle est bio.


 

mercredi 4 juillet 2018

Lanson, le bon choix du bio



Lanson, c’est le patrimoine champenois, une marque-phare dans l’histoire du grand vin blond. Son histoire se confond avec celle de la Champagne et voilà que Lanson sort, sans tambour ni trompettes, une cuvée bio sobrement baptisée Green Label. Un vrai vin bio, c’est-à-dire issu d’une unique parcelle de seize hectares de vignes menée en bio et en biodynamie depuis très longtemps et achetée en 2011 à Leclerc-Briant, maison pionnière en la matière.
On est à Verneuil, dans la vallée de la Marne. Les vignes dévalent les collines entre les bois et les bosquets, c’est un décor en pente douce. Thierry Desseauve, dégustateur et co-auteur du guide Bettane+Desseauve des vins de France (à paraître le 25 août), l’œil attentif aux reflets d’or nuancés de vert, forcément, de ce joli champagne, a l’air conquis. « Ce vin dégage avant tout de l’énergie et c’est sans doute ça la bonne piste du renouveau de Lanson. Il s’agit d’un grand vin d’apéritif dont la tension ouvre l’appétit sans l’ombre d’une hésitation, sans un poil de lourdeur, sans même le souvenir d’une certaine austérité passée. Du grand Lanson. »
Pendant qu’il y était, Hervé Dantan, chef de caves de Lanson, a poussé la logique écologique jusqu’à son terme. Il a retenu des bouteilles légères pour Green Label, des étiquettes eet emballages en papier et carton recyclé. Jusqu’au bout. Et Lanson d’annoncer que « C’est le premier champagne biologique de la Maison ». Comprendre qu’il y en aura d’autres. Peut être. On se prend à rêver d’un rosé explosif ou d’une solera onctueuse. Mais le problème n’est pas simple, il faut des raisins bio pour faire un champagne bio. La viticulture champenoise, auprès de qui s’approvisionnent les grandes maisons comme Lanson, produit peu de raisins bio. Et même s’il semble qu’un mouvement de fond s’avance, il est probable que la demande de champagnes bio va aller s’accentuant. Sans doute un peu plus vite que les volumes de production, la grande diffusion attendra, le temps de la vigne est toujours très long. Ce qui explique sans doute le peu d’entrain que montrent la plupart des grandes maisons de Champagne à entrer dans le jeu du bio. Chez Lanson, cette unique parcelle de Verneuil a produit 40 000 bouteilles seulement. Il n’y en aura pas pour tout le monde.


Cet article a été publié sous une forme différente dans le supplément Vin de Paris-Match daté du 21 juin 2018.

jeudi 28 juin 2018

Mes magnums (68)
Le retour tant attendu du Lubéron

Château La Verrerie, Grand Deffand, luberon 2013

 
Pourquoi lui

Pas de Rhône-sud sans un représentant digne du Lubéron. Ici, on s’appuie sur le gros massif tout rond quand on regarde le sud, c’est confortable pour faire pousser les ambitions. Ici, donc, on veut faire un grand rouge. C’est aussi ça, la Provence (surtout ?). Et ce qui était une maison d’été, un vieux mas en Provence, un plaisir simple et désirable, est devenu l’un des producteurs les plus réputés du quartier.  

On l’aime parce que
De millésime en millésime, les vins de La Verrerie avancent à pas de géant. Il faut y voir une ambition renouvelée, une expérience qui s’affirme, un vignoble posé sur le bon terroir. Et puis, le Lubéron, quoi.

Combien et combien ?
522 magnums. 72 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?

Avec des gens qui ne vous embarqueront pas dans le vieux débat de l’accent sur le "e" de Lubéron. Luberon ou Lubéron ? Sortez le Larousse, c’est écrit dedans.

Il ressemble à quoi ?

À un beau jus de soleil, à ce stade. Dans cinq ans, je lui vois venir de la finesse en plus et quelques arômes truffés bienvenus.
 

La bonne heure du bonheur
Ce n’est pas un vin d’apéritif. Il lui faut du solide, de la victuaille, du sang. Il lui faut une belle table avec le sens des traditions enrichies par la curiosité.

Le hashtag

#luberonçamarche  

Le bug
L’appellation. Mais les efforts redoublés de la filière locale, sous l’impulsion créative de l’union de coopératives Marrenon, commencent à porter leurs fruits. Et les vignerons de qualité se sentent moins seuls.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve

Une grande syrah très fruitée, poivrée à souhait, qui illustre bien le potentiel de ce cépage dans le Lubéron. 14/20


Le magnum de La Verrerie est photographié par Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. Elle est belle, elle est bio.


mardi 26 juin 2018

Bordeaux d'un œil neuf

Il a tranquillement consolidé une position enviable dans le monde secret de la place de Bordeaux. Entretien autour d'une bouteille de bourgogne de bonne provenance

Mathieu Chadronnier est négociant à Bordeaux, spécialisé dans les grands crus. Comprendre qu’il achète les vins des grands châteaux (pas seulement bordelais) et les met sur le marché à travers un réseau mondial extrêmement tenu. Il est le patron de CVBG, Maison de grands crus et partie du grand groupe Thiénot. Il a 40 ans tout juste et, déjà, seize d’expérience dans cette même maison. Après une année passée chez wineandco.com, site de vente de vin en ligne, « la technologie m’intéressait ». C’est au sortir de cette expérience qu’il décide que sa vie serait faite de vin et de grands crus. Il venait de donner un horizon à sa route professionnelle. Direction le bureau de son père qui dirige CVBG. Et qui l’engage. Mathieu peut être assez irrésistible.
– Difficile de bosser avec Papa ?
– Pas du tout. On s’est découvert ces années-là. »
Zéro faute sur la ligne de départ.
Voyons la suite.
Son poste de directeur général de la maison qui l’emploie, son expérience familiale, l’excellence des relations qu’il entretient avec tout le monde et le développement planétaire de ce business, fait de Mathieu Chadronnier un très bon client pour esquisser un commencement de vision.



 Sur le job
« C’est d’abord un métier de distribution. Rien d’autre. Nous achetons du vin et nous le vendons. Il se trouve qu’il s’agit de grands vins que nous distribuons dans 84 pays, soit 99,5 % du marché global. C’est pratique les chiffres, ça évite de perdre du temps. Le négoce évolue dans l’écosystème spécifique des grands vins et des châteaux qui les produisent, mais le négoce n’est pas propriétaire des châteaux. Le négoce ne peut porter le message d’une propriété mieux que la propriété, mais nous les aidons tous autant qu’il est possible. Cela dit, nous avons les stocks. C’est un métier de galériste, au fond. »


Le millésime 2017

« C’est une campagne comme les autres. Les millésimes sont tous différents, le métier est le même. Si le traumatisme climatique a été important, les grands crus sont dans une position différente. Il y a toujours du stock, des millésimes disponibles. Quel sera l’impact sur les prix ? Je crois qu’il n’y en aura pas. En tous cas, ce n’est ni clair, ni lisible. »
(Interview réalisée en janvier 2018, NDLR) 


Sur le système de la place de Bordeaux  
« Ça marche très bien. On ne va pas s’émouvoir du fait que, d’un millésime à l’autre, les choses changent. Les trois dernières campagnes ont prouvé que la mécanique tournait plutôt bien. C’est un bon système. Irremplaçable. Nous avons introduit ces dernières années une tendance qui commence à prendre sa place, le marché des particuliers. Mais pas dans une optique de placements financiers. Nous aimons tous faire une bonne affaire et constater quelques années plus tard qu’on a fait un bon achat à un bon prix. Certains millésimes le démontrent au bout d’un temps plus long que d’autres. Le vin n’est pas un produit financier. Aujourd’hui, les taux d’intérêt sont très bas et on voudrait faire 15 % par an sur des achats primeurs, ce n’est pas sérieux. »  

Le bordeaux-bashing
« Le phénomène m’a interpellé vraiment, amis je crois que c’est terminé. Bordeaux n’a jamais cessé de proposer des super-vins à des super-prix. La nouveauté en matière de vins n’est pas systématiquement ailleurs. Elle existe aussi à Bordeaux. » 


Le château Marsau
(Mathieu Chadronnier et sa femme ont repris le château Marsau en appellation côtes-de-bordeaux francs)
« C’est un petit domaine de sept hectares qui va bien. Il se trouve que nous avons un conseiller de grand talent, il y en a plein à Bordeaux. Mais c’est un conseiller, pas un opérationnel, ni à la vigne, ni au chai. C’est Anne-Laurence
(son épouse, NDLR) qui fait et elle seule. »

Et on va où, comme ça ?

« On verra demain. Mon quotidien est passionnant. Je ne suis pas du tout au bout de ce que j’ai entrepris. Notre système soi-disant archaïque intéresse les producteurs de grands crus du monde entier. L’Italie, l’Espagne et jusqu’en Amérique et en Australie. Nos consommateurs sont les mêmes qui s’approvisionnent aux mêmes endroits. La place de Bordeaux consolide tout ça très bien. En tant que Bordelais et en tant que Français, ça vaut la peine d’y aller. Je souhaite m’inscrire dans ce mouvement-là pour l’avenir. Ce marché des grands vins n’a jamais été aussi passionnant qu’en ce moment. CVBG pendant la semaine et le vin de ma femme le week-end, ça va, ça fait une vie. »


Skopeo
(C'est le nom du magazine que Mathieu a créé pour porter les valeurs de la maison qui l'emploie) « L'intention nétait pas de servir la promotion dune marque. Notre métier étant de plus en plus pro, technique, lourd en investissements divers, nous voulions créer un petit magazine précis, moderne et innovant. Un grand vin quand il arrive sur la table est précédé de son aura culturelle. Il nous a semblé important de faire vivre cette valorisation qui est sa raison dêtre. Un grand vin contient une part inexplicable. Ce magazine, que nous avons bien éloigné de la sphère commerciale, raconte des histoires qui nous plaisent pour faire avancer la compréhension des grands vins. Jacques Boissenot raconté par son fils Éric, ça existe. Et pas seulement pour la part darchives que cela représente. » 


La photo : est signée Mathieu Garçon. Elle date de l'inauguration du chais by Philippe Starck aux Carmes Haut-Brion.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce fameux numéro. Elle est belle, elle est bio.


lundi 25 juin 2018

Mes magnums (67)
un châteauneuf blanc et fier de l'être

Ogier, Clos de l’Oratoire des Papes, châteauneuf-du-pape 2016 




Pourquoi lui
Le châteauneuf-du-pape blanc admet un éventail de six cépages (dont l’un a pratiquement disparu), ce qui donne à chacun la chance d’avoir une personnalité distincte. C’est le cas de ce clos-de-l’oratoire-des-papes.

On l’aime parce que
C’est un vin qui désaltère et qui ouvre l’appétit. C’est ça l’histoire, non ? L’étiquette historique est une beauté des années 1920, il n’en reste presque plus des comme ça. C’est une propriété en pleine forme. Voilà trois bonnes raisons.

Combien et combien ?

2 000 magnums. 82 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?

Attention, on est devant un blanc raffiné. Encore solaire, certes, ample, d’accord, mais avec une finesse nette. Convives en rapport.

Il ressemble à quoi ?
C’est un vin complexe. Imaginez que l’élevage se fait en fûts neufs pour la clairette et en cuves inox pour le grenache blanc, la roussanne et la touche de bourboulenc. Les vins bien faits demandent qu’on s’y intéresse un peu.

La bonne heure du bonheur
Il tient facile un repas dédié et fait un apéritif de très bon niveau.

Le hashtag

#greatwinescomeinwhitetoo

Le bug
Petite production
 

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Très fin, avec des touches élégamment citronnées, une dimension ample et fraîche. Bonne allonge. 15/20

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
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mercredi 20 juin 2018

Mes magnums (66),
au bonheur d'un grand gigondas

Domaine Santa Duc, Les Hautes Garrigues, gigondas 2014  



Pourquoi lui
Parce que gigondas. Toutes les appellations qui tournent autour des dentelles de Montmirail valent le détour. Des paysages pareils ne peuvent pas décevoir dans le verre. Avant, peut-être. Maintenant, c’est très bon.  

On l’aime parce que
Cette sélection parcellaire s’appelle Les Hautes Garrigues. Déjà, on l’aime pour ça, pour cette poésie agricole. On l’aime aussi pour le parti pris par l’assemblage. Grenache et mourvèdre issus de vieilles vignes, pour 65 % et 35 %. Si vous n’avez jamais compris le grenache, c’est le moment. Et l’élevage, 18 mois en foudres, confirme l’intérêt.  

Combien et combien ?
250 magnums. 99 euros le magnum.  

Avec qui, avec quoi ?
Ce genre de vin, on se réunit pour le boire. Ce n’est pas le registre vin-surprise. Et la finesse du grenache, quand elle s’exprime, en laisse plus d’un l’œil rêveur et le sourire tendre.  

Il ressemble à quoi ?
Avec Santa Duc, Gigondas est entré dans une ère nouvelle, loin des rusticités du passé. Depuis dix ans, Yves Gras (le vigneron) montre le chemin avec succès. C’est un peu le problème, on n’en voit pas souvent dans les restaurants ou sur le net.  

La bonne heure du bonheur
Un soir, avec la gastronomie de ménage qui va bien à chacun et réconforte tout le monde. Prévoir large. Mais on s’armera de patience pour peaufiner les excès de son jeune âge.

Le hashtag
#ilovegigondas 

Le bug
Très petits volumes préemptés par une clientèle de fanatiques qui ne laisse presque rien au reste des amateurs. Ambiance vente flash.  

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Juteux et épicé, malgré un millésime plutôt compliqué, le vin tire son épingle du jeu. Sa matière solide et structurée reste un peu austère sur la finale. 15/20



Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
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lundi 18 juin 2018

Bordeaux is back, dit-il

Du haut en bas de l’échelle des prix, Bordeaux secoue la torpeur et la mauvaise foi de ceux qui voudraient l’enterrer.



C’est Stéphane Derenoncourt qui balance le pavé avec cette belle détermination qui est sa marque. Au motif de faire valoir quelques-uns des domaines qu’il conseille dans des appellations moins prestigieuses, quoique bordelaises, il scande Bordeaux is back, c’est beau comme un hashtag. Déjà, voilà le t-shirt (photo).  

De quoi s’agit-il ?
De faire pièce aux idées fausses sur Bordeaux et de porter le coup de grâce à l’idée idiote et à bout de souffle, cette cabale aussi appelée bordeaux bashing, qui voulait les vins de Bordeaux prétentieux et dévoyés, trop chers, agaçants, gosses de riches, on voit bien d’où le coup venait et pourquoi. Bordeaux is back, c’est sur le même ton. On ne frappe pas un homme à terre, non, mais un concept pourri, oui. Pour ancrer cette campagne dans les esprits, il a présenté à la presse parisienne quelques flacons dont la qualité, à ses yeux, peut illustrer le slogan nouveau. Pour ce faire, il a choisi Vantre, le restaurant du sommelier Marco Pelletier, chez qui le monde accourt pour quelques plats épatants, dont des gnocchi de première classe (en fait, pour une carte des vins qui n’a qu’une seule compétitrice à l’autre bout de Paris, en face de la gare Montparnasse). Bonne idée. Vantre est un lieu simple et détendu, déjà culte, la mode est passée par là, tout le monde aime Marco Pelletier, c’est la bonne adresse.

De qui s’agit-il ?
Derenoncourt présentait 21 domaines issus de 12 appellations. Parmi lesquels son domaine de l’A, en castillon-côtes-de-bordeaux, et celui de Marco Pelletier, le vin de jardin à l’enseigne du domaine de Galouchey. Les autres, plus ou moins connus, brandissaient vaillamment l’étendard de la révolte. Parmi les vedettes, Malescasse (haut-médoc, cru bourgeois) confirmait le retour en grâce du château entre les mains de l’équipe venue de Peyrassol, en Provence. Pour mémoire, puisque c’était il y a longtemps, Malescasse était dans l’écurie de Guy Tesseron avec Pontet-Canet et Lafon-Rochet. Les deux canon-fronsac des châteaux Vrai Canon Bouché et Canon Pécresse présentaient des 2015 magnifiques, comme les pessac-léognan du château Haut-Nouchet qui avançait fièrement un rouge et un blanc annoncés par une très belle étiquette, un rien baroque. En bordeaux supérieur, le haut de l’affiche est tenu depuis un moment par le château Le Pin Beausoleil (en fier dauphin de Reignac). D’autres encore confirmaient le tir groupé. Et, bien sûr, la démonstration est faite. Facile de dire qu’on le savait déjà, que le bordeaux bashing était (l’imparfait, déjà) un truc d’invertébrés, que nous connaissons tous un, deux, trois, dix châteaux au top du genre. Encore fallait-il, dans des appellations plus “périphériques”, prouver un niveau de qualité de nature à émouvoir le monde, le tout doublé d’une retenue tarifaire capable de remonter à l’assaut des marchés de volume. Stéphane Derenoncourt apporte une autre pierre à l’édifice, la vérité des terroirs. En goûtant tous les vins, on se rend vite compte que pas un seul ne ressemble à son voisin. Le goût régional (si l’on peut dire) est là, oui, c’est du bordeaux, mais c’est tout. La standardisation dénoncée par la police du goût est une vue de l’esprit, elle n’existe pas. Comment croire qu’un médoc de la pointe de la presqu’île ressemble à un castillon, un graves ou un blaye ? Et le mérite de ces petites appellations est l’usage modéré et circonspect du bois neuf. Pas assez d’argent pour taper dans le boisé haut de gamme. Du coup, voilà le vin dans sa nudité adorable. Manuel Peyrondet ne s’y est pas trompé qui a choisi la-croix-de-lartigue 2011, l’un des vins dégustés ce jour-là, pour les ventes flash de son site Chais d’œuvre. Et lui, il s’y connaît en vins qui plaisent à son public. Et voilà l’opération Bordeaux is back dans son énergie salutaire et rafraîchissante. Il était temps de renouveler le répertoire.

Et sinon ?

À l’autre bout du spectre, c’est le château Margaux qui s’y met. Sortant joliment de sa discrétion légendaire, Corinne Mentzelopoulos a décidé de loger son millésime 2015 dans une bouteille sérigraphiée, une pierre blanche dans l’histoire du domaine. Pour plusieurs raisons. D’abord, la disparition douloureuse du directeur du domaine, l’estimé Paul Pontallier. Ensuite, pour commémorer le bicentenaire de la construction de l’imposant château, parfaite illustration de la créativité débridée de ce XIXe siècle architectural qu’on qualifie parfois de grand magasin des styles. Idée confirmée avec talent par l’architecte Norman Foster qui a, lui aussi, signé un chai épatant et convenablement intégré à l’ensemble historique. Enfin, pour rappeler au monde qu’ici aussi 2015 est un millésime d’exception. Bordeaux is back, on vous dit.








Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
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mardi 12 juin 2018

Mes magnums (65) une cuvée rare

Domaine de la Solitude, Cornelia Constanza,
châteauneuf-du-pape 2015 




Pourquoi lui 
Même si cette solitude tient pour partie à son manque de notoriété – tout le monde n’est pas Rayas, Beaucastel ou Bonneau, ce beau châteauneuf-du-pape a toute sa place dans nos cœurs. La plus connue des appellations du Rhône-sud détient un grand nombre de pépites moins célèbres. Et des belles. C’est normal, les vignerons ont un large choix dans l’assemblage et le talent a toute latitude pour s’exprimer et dans tous les sens. C’est drôlement bien.

On l’aime parce que
On l’aime comme un bon cousin de province, il nous rappelle des moments passés, on est bien, on a confiance, on se connaît, c’est bon.

Combien et combien ?
100 magnums. 95 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Quand on a du jus, il faut du jus. De la viande et qui saigne. Finement saisi, du grillé, une tombée de grenailles au beurre, de la simplicité.

Il ressemble à quoi ?
Au vin qui tombe à pic, au moment où on en voulait, à table avec ceux qu’on aime, alors qu’on n’est pas du tout d’accord avec eux, ce secret des dîners réussis.

La bonne heure du bonheur
Un dimanche à déjeuner, une grande table qui parle haut, qui rit fort, ce genre d’ambiance capable de changer un dimanche.

Le hashtag
#grenachetoheaven 

Le bug
Comme souvent, qui en vend ?

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Racé, ce vin d’une grande pureté est tout en élégance et en finesse. Nez de griotte, de grillé et de fumée, finale sur les épices : une grande bouteille. 16/20



Toutes les photos de cette série Mes magnums sont signées Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
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Voilà la couverture de ce numéro 12. Elle est bio.