Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



mercredi 20 juin 2018

Mes magnums (66),
au bonheur d'un grand gigondas

Domaine Santa Duc, Les Hautes Garrigues, gigondas 2014  



Pourquoi lui
Parce que gigondas. Toutes les appellations qui tournent autour des dentelles de Montmirail valent le détour. Des paysages pareils ne peuvent pas décevoir dans le verre. Avant, peut-être. Maintenant, c’est très bon.  

On l’aime parce que
Cette sélection parcellaire s’appelle Les Hautes Garrigues. Déjà, on l’aime pour ça, pour cette poésie agricole. On l’aime aussi pour le parti pris par l’assemblage. Grenache et mourvèdre issus de vieilles vignes, pour 65 % et 35 %. Si vous n’avez jamais compris le grenache, c’est le moment. Et l’élevage, 18 mois en foudres, confirme l’intérêt.  

Combien et combien ?
250 magnums. 99 euros le magnum.  

Avec qui, avec quoi ?
Ce genre de vin, on se réunit pour le boire. Ce n’est pas le registre vin-surprise. Et la finesse du grenache, quand elle s’exprime, en laisse plus d’un l’œil rêveur et le sourire tendre.  

Il ressemble à quoi ?
Avec Santa Duc, Gigondas est entré dans une ère nouvelle, loin des rusticités du passé. Depuis dix ans, Yves Gras (le vigneron) montre le chemin avec succès. C’est un peu le problème, on n’en voit pas souvent dans les restaurants ou sur le net.  

La bonne heure du bonheur
Un soir, avec la gastronomie de ménage qui va bien à chacun et réconforte tout le monde. Prévoir large. Mais on s’armera de patience pour peaufiner les excès de son jeune âge.

Le hashtag
#ilovegigondas 

Le bug
Très petits volumes préemptés par une clientèle de fanatiques qui ne laisse presque rien au reste des amateurs. Ambiance vente flash.  

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Juteux et épicé, malgré un millésime plutôt compliqué, le vin tire son épingle du jeu. Sa matière solide et structurée reste un peu austère sur la finale. 15/20



Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce numéro 12. Elle est belle, elle est bio.


 

lundi 18 juin 2018

Bordeaux is back, dit-il

Du haut en bas de l’échelle des prix, Bordeaux secoue la torpeur et la mauvaise foi de ceux qui voudraient l’enterrer.



C’est Stéphane Derenoncourt qui balance le pavé avec cette belle détermination qui est sa marque. Au motif de faire valoir quelques-uns des domaines qu’il conseille dans des appellations moins prestigieuses, quoique bordelaises, il scande Bordeaux is back, c’est beau comme un hashtag. Déjà, voilà le t-shirt (photo).  

De quoi s’agit-il ?
De faire pièce aux idées fausses sur Bordeaux et de porter le coup de grâce à l’idée idiote et à bout de souffle, cette cabale aussi appelée bordeaux bashing, qui voulait les vins de Bordeaux prétentieux et dévoyés, trop chers, agaçants, gosses de riches, on voit bien d’où le coup venait et pourquoi. Bordeaux is back, c’est sur le même ton. On ne frappe pas un homme à terre, non, mais un concept pourri, oui. Pour ancrer cette campagne dans les esprits, il a présenté à la presse parisienne quelques flacons dont la qualité, à ses yeux, peut illustrer le slogan nouveau. Pour ce faire, il a choisi Vantre, le restaurant du sommelier Marco Pelletier, chez qui le monde accourt pour quelques plats épatants, dont des gnocchi de première classe (en fait, pour une carte des vins qui n’a qu’une seule compétitrice à l’autre bout de Paris, en face de la gare Montparnasse). Bonne idée. Vantre est un lieu simple et détendu, déjà culte, la mode est passée par là, tout le monde aime Marco Pelletier, c’est la bonne adresse.

De qui s’agit-il ?
Derenoncourt présentait 21 domaines issus de 12 appellations. Parmi lesquels son domaine de l’A, en castillon-côtes-de-bordeaux, et celui de Marco Pelletier, le vin de jardin à l’enseigne du domaine de Galouchey. Les autres, plus ou moins connus, brandissaient vaillamment l’étendard de la révolte. Parmi les vedettes, Malescasse (haut-médoc, cru bourgeois) confirmait le retour en grâce du château entre les mains de l’équipe venue de Peyrassol, en Provence. Pour mémoire, puisque c’était il y a longtemps, Malescasse était dans l’écurie de Guy Tesseron avec Pontet-Canet et Lafon-Rochet. Les deux canon-fronsac des châteaux Vrai Canon Bouché et Canon Pécresse présentaient des 2015 magnifiques, comme les pessac-léognan du château Haut-Nouchet qui avançait fièrement un rouge et un blanc annoncés par une très belle étiquette, un rien baroque. En bordeaux supérieur, le haut de l’affiche est tenu depuis un moment par le château Le Pin Beausoleil (en fier dauphin de Reignac). D’autres encore confirmaient le tir groupé. Et, bien sûr, la démonstration est faite. Facile de dire qu’on le savait déjà, que le bordeaux bashing était (l’imparfait, déjà) un truc d’invertébrés, que nous connaissons tous un, deux, trois, dix châteaux au top du genre. Encore fallait-il, dans des appellations plus “périphériques”, prouver un niveau de qualité de nature à émouvoir le monde, le tout doublé d’une retenue tarifaire capable de remonter à l’assaut des marchés de volume. Stéphane Derenoncourt apporte une autre pierre à l’édifice, la vérité des terroirs. En goûtant tous les vins, on se rend vite compte que pas un seul ne ressemble à son voisin. Le goût régional (si l’on peut dire) est là, oui, c’est du bordeaux, mais c’est tout. La standardisation dénoncée par la police du goût est une vue de l’esprit, elle n’existe pas. Comment croire qu’un médoc de la pointe de la presqu’île ressemble à un castillon, un graves ou un blaye ? Et le mérite de ces petites appellations est l’usage modéré et circonspect du bois neuf. Pas assez d’argent pour taper dans le boisé haut de gamme. Du coup, voilà le vin dans sa nudité adorable. Manuel Peyrondet ne s’y est pas trompé qui a choisi la-croix-de-lartigue 2011, l’un des vins dégustés ce jour-là, pour les ventes flash de son site Chais d’œuvre. Et lui, il s’y connaît en vins qui plaisent à son public. Et voilà l’opération Bordeaux is back dans son énergie salutaire et rafraîchissante. Il était temps de renouveler le répertoire.

Et sinon ?

À l’autre bout du spectre, c’est le château Margaux qui s’y met. Sortant joliment de sa discrétion légendaire, Corinne Mentzelopoulos a décidé de loger son millésime 2015 dans une bouteille sérigraphiée, une pierre blanche dans l’histoire du domaine. Pour plusieurs raisons. D’abord, la disparition douloureuse du directeur du domaine, l’estimé Paul Pontallier. Ensuite, pour commémorer le bicentenaire de la construction de l’imposant château, parfaite illustration de la créativité débridée de ce XIXe siècle architectural qu’on qualifie parfois de grand magasin des styles. Idée confirmée avec talent par l’architecte Norman Foster qui a, lui aussi, signé un chai épatant et convenablement intégré à l’ensemble historique. Enfin, pour rappeler au monde qu’ici aussi 2015 est un millésime d’exception. Bordeaux is back, on vous dit.








Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce numéro 12. Elle est bio.


 

mardi 12 juin 2018

Mes magnums (65) une cuvée rare

Domaine de la Solitude, Cornelia Constanza,
châteauneuf-du-pape 2015 




Pourquoi lui 
Même si cette solitude tient pour partie à son manque de notoriété – tout le monde n’est pas Rayas, Beaucastel ou Bonneau, ce beau châteauneuf-du-pape a toute sa place dans nos cœurs. La plus connue des appellations du Rhône-sud détient un grand nombre de pépites moins célèbres. Et des belles. C’est normal, les vignerons ont un large choix dans l’assemblage et le talent a toute latitude pour s’exprimer et dans tous les sens. C’est drôlement bien.

On l’aime parce que
On l’aime comme un bon cousin de province, il nous rappelle des moments passés, on est bien, on a confiance, on se connaît, c’est bon.

Combien et combien ?
100 magnums. 95 euros le magnum.

Avec qui, avec quoi ?
Quand on a du jus, il faut du jus. De la viande et qui saigne. Finement saisi, du grillé, une tombée de grenailles au beurre, de la simplicité.

Il ressemble à quoi ?
Au vin qui tombe à pic, au moment où on en voulait, à table avec ceux qu’on aime, alors qu’on n’est pas du tout d’accord avec eux, ce secret des dîners réussis.

La bonne heure du bonheur
Un dimanche à déjeuner, une grande table qui parle haut, qui rit fort, ce genre d’ambiance capable de changer un dimanche.

Le hashtag
#grenachetoheaven 

Le bug
Comme souvent, qui en vend ?

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve
Racé, ce vin d’une grande pureté est tout en élégance et en finesse. Nez de griotte, de grillé et de fumée, finale sur les épices : une grande bouteille. 16/20



Toutes les photos de cette série Mes magnums sont signées Fabrice Leseigneur.
Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #11 sous une forme différente.
Le numéro 12 est en vente chez votre marchand de journaux.
Voilà la couverture de ce numéro 12. Elle est bio.