Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



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mardi 4 novembre 2025

Là, on part sur l'argile calcaire

 

Michel Tolmer est un bandessinateur branché sur les travers du mondovino. Aussi caustique qu’il est moqueur, il pointe les bêtises des dégustateurs, des amateurs, des vignerons, du commerce, des sommeliers. Auteur de trois albums, il en sort un quatrième ces jours-ci aux éditions de l'Épure et, comme toujours, c’est cruel. Il n’épargne rien ni personne, les tics de langage, les comportements, le vocabulaire et c’est drôle, très drôle.

Voici une des planches de ce nouvel opus finement intitulé :

Mimi, Fifi et Glouglou sont sur l’argile calcaire.

Le titre, déjà, est une merveille et pour voir l'image en grand, cliquez dessus.
Chez votre libraire à partir du 6 novembre.







 

jeudi 2 octobre 2025

Pendant que j’y pense (29)

 


              Tout petit tour de piste de l'actu du mondovino,
            entre énervement et ravissement





1. Sober October, c’est la nouvelle dinguerie organisée par les prohibitionnistes fous après le Dry January. Fallait pas boire d’alcool en janvier, faut pas non plus en octobre. Comme toujours, le vin est la première cible de ces imbécilités et pas les bières over-alcoolisées ou les spiritueux bas de gamme de la grande distrib’. Ces gens ont décidé de s’installer dans nos vies avec leurs fantasmes et leurs punitions. Même Le Figaro y va de son couplet prohibo. Étonnant quand on sait que ce quotidien et ses magazines se prennent la plus grosse part du marché publicitaire viticole. Foutez-nous la paix, bande d’emmerdeurs. Si vous voulez vous faire mal, ne nous demandez pas de monter dans votre bateau pourri. Évidemment, cette chose, ce Sober October est un mouvement qui nous vient du Royaume-Uni. Et ceci s’ajoute à la déferlante peu ragoûtante des « vins » sans alcool, cette petite horreur woke.

2. La grande maison Lanson, en pleine renaissance, et le groupe auquel elle appartient ont décidé d’acquérir des mains du groupe Vranken-Pommery l’historique maison Heidsieck-Monopole et de la loger sous l’enseigne, historique aussi, Maison Bertin. Très bien, mais. Il y a longtemps que cette marque est un caillou dans la chaussure de Charles Heidsieck et Piper-Heidsieck. Heidsieck-Monopole est une entrée de gamme réservée aux hypermarchés, un jus pas bien glorieux, rien de passionnant, voire de buvable. Je me demande vraiment pourquoi le groupe de Christopher Descours n’a pas acquis cette marque pour, au choix, s’en débarrasser ou en faire vraiment un troisième Heidsieck de haut niveau comme les siens ce qui pouvait avoir un peu d’allure.

3
. Dans le même été, tomber à deux reprises sur des cuvées de Nicolas Mariotti-Bindi et en être plus qu’enchanté. Il se passe décidément des trucs bien en Corse et on en redemande. Me voilà donc embarqué dans une quête fébrile de toutes les cuvées de ce vigneron de Patrimonio. Il n’y a pas que le sciacarrellu dans la vie, il y a aussi le nielluciu. Voir la photo sur mon Instagram @nicolasderouyn2.
Plus d’info au fur et à mesure.

4. Les prix des vins et le marché mondial qui se contracte. Visiblement, les vignerons tiennent bon et tant mieux. On a vu les chiffres des expéditions en Champagne, rien de dramatique. Nulle part en France, on ne voit de remises époustouflantes, les prix ne bougent à peu près pas. Sauf dans la campagne Primeurs de Bordeaux. Là, on a vu des baisses sévères. Sinon, business as usual ou presque.
Les Douanes françaises confirment que tout ne va pas si mal.

5. Et il y a cette démarche stupide du gouvernement français : attribuer des millions d’euros à la viticulture sud-africaine pour favoriser "l’inclusivité". Comprendre l’inclusivité des Noirs dans le vignoble local. Comme si ce n’était pas déjà le cas. Et dans les grands largeurs encore. J'ai fait un long séjour dans le vignoble de Stellenbosch et de Franshoek il y a quelques années. Les Noirs y étaient largement représentés et pas seulement dans les tâches subalternes, mais aussi winemakers, maîtres de chai, etc. Il y a même des vignobles qui consacrent de l’argent pour créer des écoles afin de subvenir aux besoins en instruction des enfants locaux. Et, jamais en retard d’une énorme maladresse, notre "gouvernement" lance ce programme au moment où on arrache des vignes partout en France. Ah, les imbéciles.





 

 


mardi 23 septembre 2025

Donald Trump dîne avec Charles III,
un léger impair ?


 

 

Voilà donc Donald Trump reçu en grande pompe par la royauté britannique dans ses ors et ses vieilles pierres, ses palais, ses carosses. Normal.
Nos amis les Royals ont dévoilé la liste des vins et spiritueux servis à l’occasion d’un dîner de rois, justement, servi en l’honneur de l’hôte américain. La publication de cette liste est faite pour impressionner le monde des amateurs, mais pas Donald Trump.
Voyons cela :

Pol Roger Vintage 1998,
Wiston Estate Cuvée 2016 (effervescent du Sussex),
Corton-charlemagne grand cru 2018 (Bourgogne, mais de quelle maison ? Mystère),
Ridge Monte Bello 2000 (Californie)
Porto Warre’s Vintage 1945,
Cognac Hennessy Grande Champagne 1912,
Whisky Bowmore Queen’s Cask 1980
Et un cocktail pour conclure, un Transatlantic Whisky Sour (ingrédients whisky, marmelade, mousse noix de pécan, marshmallow grillé) (moi, 
ce cocktail me fait peur).

Mettons que la Couronne dispose d’une belle cave. C’est très bien, en phase avec les obligations inhérentes à la position. Juste une question. Donald Trump n’a-t-il pas dit qu’il ne boit pas d’alcool, n’en a jamais bu, n’en boira jamais ? Si. Alors quoi ?

 

Le grand vin de notre cher Paul Draper


 

 

Jai trouvé cette wine list du dîner royal sur le site La Champagne de Sophie Claeys, toujours très bien informé.

lundi 12 mai 2025

La boîte à gifles est ouverte

 

Chaque petit bout de génération y va de son détournement sémantique. On avait commencé avec « nature » (importants, les guillemets) pour désigner des vins sans soufre ajouté. Ajouté parce que le vin contient naturellement des sulfites. Une volonté de la jouer non-interventionniste pour dire, au moins, la pureté de l’âme du vigneron que l’on ne confondra pas avec la pureté de son pinard, souvent déviant. Son absence de pureté veux-je dire. Et puis, le mot « nature » a commencé à lasser le consommateur (on ne peut pas parler d’amateur). De bouteilles daubées en bouteilles pourries, le marché s’épuisait.

Pour remédier au désastre, on a inventé le mot « vivant ». Comme si c’était plus avenant ou plus tentateur. Là, quelques grandes voix se sont élevées pour dire que les vins sulfités, même légèrement, n’étaient pas des vins morts pour autant. À peine sorti, le mot « vivant » avait du plomb dans l’aile. On appela alors à la rescousse le mot « libre » en se disant qu’on allait voir ce qu’on allait voir. J’ai découvert ça sur une carte des vins d’un restaurant en pleine éclosion. J’ai ri, évidemment. L’inflation des superlatifs me fait toujours marrer. Me fait toujours penser à ces « vignerons authentiques qui font des vins sincères » (à moins que ce soit le contraire), cette supercherie. Ces détournements sont sans objet et très exagérés. Nature, comme si les autres étaient chimiques. Vivants, comme si les autres étaient morts. Libres maintenant, comme si les autres étaient prisonniers ou, au moins, contraints.

Quel est le prochain hold-up sémantique auquel nous allons assister ? L’égalité ou la fraternité ? Foutaises.

Tout cela dit, j’ai pleine conscience qu’il existe de grands faiseurs de très bons vins nature, euh… non, vivants. Non, libres. Bref, sans soufre ajouté. On les connaît, il paraît même qu’ils gagnent une cote d’enfer sur le marché secondaire des ventes aux enchères. Très bien, que les bons continuent et que la toute petite foule des malhabiles change de métier. On peut aussi en vouloir un peu à cette jeune troupe de sommeliers qui entretiennent cette fausse mode, cette tendance irrépressible à projeter dans le vin leur idéologie, mais baste.

 

Voilà le vin qualifié de "libre"
sur la carte dudit restaurant


Et sur la contre-étiquette, l'aveu qui tue :
"Canon avec une pointe de gaz"
😂



Soyons honnête. Je me moque de l'habillage de ce beaujolais, du discours de rebelle en carton, mais ce n'était pas un mauvais vin. C'était même très buvable. Je l'ai bu sans déplaisir, donc.

 

jeudi 1 février 2024

Rions (jaune)

 

C’est un de ces petits dossiers de presse comme il en arrive tant sur ma boîte mail. Une sous-information sans conséquence dont je devrais me foutre royalement, comme tous mes ex-confrères. À ce document est attachée la photo ci-dessous. Elle représente une procession de la Commanderie du Bontemps qui défile dans un village des Graves, à Léognan, pour la Saint-Vincent, patron des vignerons. Bon. Pourquoi parler de ça, dune aussi petite contrariété ?

 

La Commanderie du Bontemps ?

C’est une confrérie vigneronne comme il en existe dans toutes les régions viticoles. La Commanderie du Bontemps rassemble les vignerons du Médoc, des Graves et de Sauternes. Les commandeurs portent de longues toges, tenues dapparat. Rouge pour les Médocains, jaune pour ceux du Sauternais. C’est traditionnel, vénérable, historique, adorable, cest une civilisation, c’est un esprit corporatiste comme on les aime et qui ne se prend pas tellement au sérieux. L’occasion, aussi, bien sûr, d’un grand banquet, toujours mémorable, qui réunit grands et petits propriétaires de la région, on y fête le vin, cest une bonne nouvelle. Il existe la même à Saint-Émilion, on l’appelle la Jurade.Et pareil en Champagne, en Bourgogne, partout.

 

Alors, la photo ?

Elle m’a fait rire. Jaune, en fait. Comment peut-on envoyer aux journalistes une photo aussi misérable et espérer qu’ils la diffusent dans leurs médias autrement que pour s’en moquer ? Comment peut-on espérer représenter une aussi belle, une aussi ancienne tradition – et en faire parler – avec des documents aussi pauvres ? C’est mal cadré, mal éclairé, c’est moche. Quelle tristesse. Le niveau zéro de la communication. À défaut d’être grave, c’est agaçant.

 

La photo :


Aïe


mardi 2 janvier 2024

Dry January, Pauvre Janvier

 

Nous voilà en janvier, les prohibos bichent comme des vieux poux baveux. Cette engeance pré-woke a trouvé un nouvel argument, il y aurait de l’emprise patriarcale dans la conso régulière d’alcool, ce truc de vieux mâle blanc hétéro de plus de cinquante ans (les prohibos parlent de vin, bien sûr ; la presse aussi, toujours), un diktat social périmé. Voilà le mois sans alcool, Dry January, cette aubaine anglo-saxonne (encore) pour les redresseurs de torts en quête de l’Homme nouveau. Cette manière obscène de déclarer au monde : « Qu’est-ce qu’on s’est mis au réveillon, faut se calmer maintenant ». Instagram, Facebook, TikTok vont déborder de messages à la gloire de soi-même pour dire comme on est fort. On préférait les Alcooliques Anonymes, beaucoup moins bruyants.  Et février reviendra pour replonger ces neuneus dans une consommation abusive à peu près au moment où les Chrétiens commenceront leur période de tempérance, aussi nommée Carême. En silence et sans emmerder la terre entière en se prenant pour l’élite de l’effort.  

 

Dégoûtant aussi, l’apparition opportune de vins sans alcool, ce détournement sémantique à double effet menteur. Déjà, le vin sans alcool n’existe pas ; ensuite, le vin n’est pas, n’est plus, responsable de l’alcoolisme des Français. Non, monsieur, c’est la bière à haut degré d’alcool et tous les spiritueux épouvantables et bon marché de la grande distribution qui s’en occupent. On ne se saoule pas au vin, c’est trop lent et, partant, trop cher. Depuis plusieurs mois, ma boîte à mails est encombrée de ces messages stupides et tous sur ce même modèle qui dit à peu près : « Sans alcool, la fête est plus folle », ah, ah, ah, linjonction festive, quelle horreur.
Alors, ce janvier sec qui voudrait nous imposer une ambiance de mormons se passera sans moi, sans toi, ami lecteur et c’est bien comme ça. Nous, on s’en moque et on demande simplement que les adeptes de cet Halloween du binge-drinker nous foutent la paix.



 

 

Si vous voulez un "vrai" article bien documenté sur le sujet, je vous recommande la lecture de lexcellent Paul Sugy dans Le Figaro. Il est en accès libre (pas besoin dêtre abonné) sur le site.


lundi 1 janvier 2024

En 2024…

 


Merci à tous ces gens qui m’aiment assez pour me foutre la paix en toutes circonstances. À ceux-là, je souhaite une très grande année 2024. Les autres ne sont pas bien nombreux, ils sont justes lourds.

 

 

samedi 16 décembre 2023

Vins français,
un rayon de soleil transperce le brouillard

 



La grande presse nationale, toujours prompte à taper sur la tête du vignoble français, regorge d’articles décrivant les revers commerciaux de nos belles bouteilles. La faute à qui ? À cette tendance à se tirer une balle dans le pied, à cette paresse qui fait recopier les dépêches douteuses de lAFP sans autre curiosité, à ce prohibitionnisme maladif qui considère le vin comme une drogue, le vigneron comme un dealer. Du calme, les moutons. Au lieu de la déroute annoncée, on devrait parler de repli, de contraction. L’état du monde, c’est-à-dire l’ambiance générale et les inquiétudes qu’elle suscite, n’y est pas étranger, bien sûr.

 

Tout n’est pas si noir.

Dieu merci, il y a des organismes (pas français) qui font et publie d’autres chiffres. Encore faut-il les lire. Ainsi quand on se penche sur les publications du LivEx, on voit la vie avec d’autres yeux.

Qu’est-ce que c’est, LivEx ?

Une banque de données et une place de marché, ce sont des Anglais, grands spécialistes du commerce du vin depuis le premier jour. La banque de données compile depuis longtemps les prix (de sortie, de commerce, d’enchères) des vins et les volumes de transactions. Par conséquent, quand Livex donne un éclairage, on y voit plus clair. C’est mieux pour avancer.

Et que dit LivEx ?

LivEx annonce plusieurs choses. D’abord que le record toutes catégories de l’année est détenu par cristal 2015 de Rœderer, le champagne le plus échangé en valeur. En volume et sans surprise, c’est dom-pérignon 2013. Pour les vins tranquilles et en volume, c’est plus étonnant. Le podium est détenu par climens (barsac), tempier (bandol) et talbot (saint-julien). Autres champions du monde. Pour entrer dans le détail, c’est le châteauneuf-du-pape rayas qui domine (en valeur) tous ses confrères dans la vallée du Rhône, Guigal fait de même en volume. Et on ne sera pas surpris non plus d’apprendre que les vins de Lalou Bize-Leroy et de la Romanée-Conti tiennent la corde en Bourgogne et pétrus à Bordeaux (en valeur tous les trois).
La France devant et, comme toujours, on est meilleur en Hermès ou en Dior qu
en Zara ou H&M.

 

Pour finir

Pas de désastre, donc. On ajoute à ces chiffres réconfortants le volume de récolte 2023 qui fait repasser la France en tête des producteurs de vin mondiaux.

Ce qui, évidemment, ne change rien à l’état compromis de certains vignobles hexagonaux et aux rides nouvelles apparues sur le joli front des marchands.

Pourtant, tout d’un coup, on respire mieux, non ?

 

Et pendant ce temps…

Nono Le Maire, sorte d’asperge transgénique mutée en ministre, prévoit dans la loi de finance 2024 de supprimer l’exonération de taxes sur le gazole non routier (pour les tracteurs). Tiens l’agriculteur, tiens le viticulteur, c’est pour toi, prends bien ça dans ta gueule. C’est ton cadeau de Nonoël, un nouveau concept nuisible. Ce ministre hors-sol, fin politique, a décidément le sens de lopportunité économique. Il paraît que la révolte gronde dans les campagnes. On peut le comprendre. Quel amateur.

Avec toute ma solidarité.

 

 

Merci à Sophie Claeys et son blog La Champagne de Sophie Claeys de m’avoir ouvert les yeux.


 

lundi 25 septembre 2023

Le drôle de jeu des appellations

Il y a cet entêtement à contenir le vigneron dans un carcan de règles toutes plus stupides les unes que les autres. Les exemples abondent et tout ceci ne date pas d’hier. Le succès de Trévallon sanctionné par une modification de l’encépagement autorisé par l’appellation, l’obligeant à sortir de l’appellation, sûr qu’il était du bien-fondé de son encépagement et déjà porté par le succès de son vin. Jérôme Bressy à Gourt de Mautens et ses cépages autochtones, autorisés puis interdits par l’appellation. Même motif, même punition pour Jean-Charles Abbatucci, en Corse. Guillaume Tari à La Bégude (bandol) et la couleur de son rosé manquant de « typicité ». Déclassée, la cuvée. Dito pour Marcel Richaud à Cairanne. D’autres encore. Tous ensemble, ils commencent à faire une petite foule et, comme par hasard, ce ne sont pas les mauvais qui sont lésés.

 À quoi jouent les appellations ?

 

Souvent l’argument imbécile de la typicité fait office de prétexte à tout faire. Et puis, parfois, c’est pire et dans le registre de l’étrange, l’appellation côtes-de-provence vient de nous donner un bel exemple. Tout d’un coup, en fin de campagne viticole, voilà que les scrogneugneus de l’office de gestion (ODG) vient de limiter les rendements autorisés, passant de 55 hl/ha à 50 hl/ha avec une possibilité de « réserve personnelle » à la champenoise. Juste avant les vendanges. Au terme d’une année de travail. Ils s’en foutent à l’ODG. En cause, un relatif repli du marché. Évidemment, les bons vignerons, ceux qui vendent toute leur production s’insurgent. Normal, c’est incompréhensible. Quelle idée d’imposer à des chefs d’entreprise une baisse de chiffre d’affaire de 10 %. Dans quel métier un patron accepterait cet oukase ? Qu’on laisse cette possibilité à ceux qui ne s’en sortent pas, très bien. Qu’on l’impose à tous est juste insupportable pour ceux dont le savoir-faire, la vision, les bonnes décisions ont porté leur production au firmament du succès.

 

Autre exemple incompréhensible

 

Dans un registre différent, je tombe sur une contre-étiquette qui indique que le vigneron n’a pas le droit de mentionner les cépages (photo ci-dessous). Moi pas comprendre ou, pour le dire autrement, c’est quoi cette connerie ? Il va falloir que l’ODG de l’appellation fiefs-vendéens-brem se tienne au courant. Là, ignore-t-on les obligations d’information qui tombent sur le vignoble à compter de 2024 ? Et, puis quoi, c’est sale d’indiquer que le vigneron assemble du pinot noir et de la négrette, conformément aux canons de l’appellation ? L’ODG pense que ça n’intéresse pas l’amateur ou qu’il faut le priver de cette information majeure ? On marche sur la tête. On m’avance la règle des 85/15 qui autorise le vigneron à compléter sa production avec du vin du millésime de l’année d’avant. L’argument ne tient pas. 

 

La contre-étiquette de L'Orée du Sabia,
un vin produit tout près des Sables d'Olonne.


 

Anybref, on se demande quelle mouche pique ces appellations. Pourquoi empêcher à ce point le vigneron de faire valoir sa production, ses idées, ses talents ? Les appellations, à force de coercition, deviennent indésirables. Le succès de l’appellation-refuge Vin-de-France montre bien quel désintérêt pointe chez les vignerons créatifs. À force de congédier l’innovation ou la créativité ou le beau travail ou les cépages anciens ou tout ceci assemblé, les appellations se tirent dans le pied. Pas facile pour avancer.

 

 

lundi 22 mai 2023

Dom Pérignon dans le viseur des prohibos

Les faits

L’organisation prohibitionniste Addictions France (ex-ANPAA) fait un procès à Dom Pérignon, l’accusant d’un contournement de la loi Evin, réveillée pour l’occasion. En raison de sa collaboration avec Lady Gaga. Ainsi, l’artiste américaine aurait « co-créé » l’habillage d’une série limitée de Dom-P et dédié une chanson à la bouteille et son étiquette à reflets évoquant l’univers à paillettes dont elle s’est fait une spécialité. La belle affaire.

 

C’est quoi, Addictions France ?

Comme beaucoup de marques soucieuses d’effacer l’historique de ses manquements, c’est l’ANPAA qui a changé de nom. Cette association est lourdement subventionnée par l’État pour lutter contre l’alcoolisme, le tabagisme et toutes sortes d’addictions. La subvention ? On parle de 80 à 100 millions d’euros. Oui, par an. Mais, ce n’est pas sûr puisque tout ceci est toujours très opaque. Depuis que l’association existe, elle a toujours failli dans sa mission. Depuis ses débuts, sa cible est le vin et la filière. Comme si le vin présentait un danger d’addiction à l’alcool. Addictions France n’a jamais renouvelé son logiciel depuis L’Assommoir de Zola.

 

Le détournement sémantique

On parle toujours d’une association « hygiéniste ». La santé publique n’est pas du tout l’objectif de Addictions France. C’est une organisation prohibitionniste qui veut diaboliser les vignerons, les traiter comme des dealers et le vin comme une drogue. Très peu d’hygiène là-dedans. Les mots ont un sens.

 

Le grotesque de l’affaire Dom Pérignon x Lady Gaga

Puisqu’il s’agit de lutter contre l’alcoolisme, le travail devrait consister à protéger plutôt la jeunesse. Commencer par le commencement, quoi. Pourtant, les prohibos n’ont jamais vraiment levé de boucliers contre les producteurs de bières fortement alcoolisées ou de spiritueux fantaisie à base de rhum ou de vodka et tous ces alcools « festifs » et pas chers qui permettent aux ados de se défoncer à bon compte. Pour mémoire, une bouteille de Dom Pérignon x Lady Gaga coûte 310 euros en blanc et 460 euros dans sa version rosée. Avant de rouler sous la table avec un vin à 12,5° d’alcool, il va falloir aligner un sacré budget. Une fois de plus, dans sa folie paranoïaque, Addictions France se trompe d’ennemi. À moins que le débat se passe ailleurs. À moins que ces attaques ne servent d’autres intérêts. Souvenons-nous de l’affaire Cahuzac puisque nous avons de la mémoire.
Allons, ne soyons pas exagérément complotiste. Sinon, on va finir au tribunal.

 





Bravo à Sophie Claeys qui a sorti ce sujet sur son blog ce matin. La première, comme souvent.

La Champagne de Sophie Claeys se consulte sur ce lien :

https://lachampagnedesophieclaeys.fr

samedi 1 avril 2023

Le bordeaux-bashing, c’est mort

  

Requiem in pace, le bordeaux-bashing. Et bon vent. La dernière étude communiquée par SOWINE/DYNATA 2023 nous apprend que la plupart des consommateurs français (jusqu’à 57 % des connaisseurs) préfèrent le bordeaux. Après avoir passé des années à pousser le bordeaux-bashing vers la sortie jusqu’à en faire une Une de EnMagnum, je dois bien avouer que c’est très jouissif. Je me réjouis.

 

Le bordeaux-bashing, c’est quoi ça ?

Mené par une petite coterie de sommeliers et de journalistes toute empêtrée dans ses idéologies et ses postures d’originalité, c’est un bel exemple de tyrannie d'une minorité. Là, c'est la mauvaise manière de dénigrer tout ensemble Bordeaux, la région, les châteaux, les propriétaires, les cépages, les pratiques culturales, les vins, le succès, les prix. Déjà, pour les prix, n’en parlons plus, la Bourgogne est loin devant, comme les grands vins italiens. Ces rebelles en chewing-gum s’indignaient de l’arrogance des propriétaires. Comprendre qu’un propriétaire de château bordelais, jusqu’à un passé récent, confiait toute sa production aux négociants de la Place de Bordeaux, n’avaient donc rien à vendre et ne se souciaient pas des visiteurs de passage. Les châteaux étaient simplement fermés, on n’avait pas encore inventé l’œno-tourisme et ses mérites.

 

Et puis ?
Le bordeaux-bashing était facile, un discours sans culture, sans l’Histoire, il s’est répandu comme une mauvaise épidémie, l'ignorance toujours, dans les bars à vins (et à tatoués) du XIe arrondissement avec leurs vins déviants (« c’est le goût du terroir » disent-ils, ah, ah). Par capillarité, les branchés de province (même dans la bistronomie bordelaise) ont suivi le mouvement idiot, puis ce fut New-York et ses sommeliers-mmelières français. Point barre. Le reste du monde adore le bordeaux, ce modèle pour le (Nouveau) monde. En plus, voilà que non, finalement, les Français aussi préfèrent le bordeaux. C’est raté, les crétins. Ce nouveau sondage va les mettre en PLS.

 

Et après ?

Encore un sondage comme ça et, à bout d’arguments, on les retrouvera dans Pif-Gadget et Playboy. On n’a pas fini de rire.

 


 

lundi 19 septembre 2022

Les mots qui fatiguent

En s’intéressant deux secondes au langage des haut-parleurs du vin (directeurs du marketing, attachés de presse de toutes natures, brand ambassadors, journalistes), on se rend compte que le vignoble est un débutant de la communication. C’est la règle, quand on commence, on reproduit ce qui s’est fait. Mettons qu’il n’y a nul besoin de repartir d’aussi loin en empruntant un langage des plus datés. Le meilleur exemple est l’infernal « cuvée de prestige ». Prestige ? Mais de quoi, de qui ? Ce mot usé jusqu’à la trame en devient transparent, c’est-à-dire invisible, inutile, bientôt laid. Ce n’est pas le seul.

ADN, dans la phrase : « L’ADN de la maison, c’est le pinot noir (ou le chardonnay, etc.) ». Mais non, mon garçon, l’ADN de ta maison, c’est la marge nette, rien à voir. Un mot pour un autre, la mise en perspective d’univers qui ne se croisent pas, c’est une hérésie. Sauf chez les ampélographes.

PASSION, dans la phrase : « Le succès de la maison, c’est la passion » (parfois raccourcie en « une équipe de passionnés »). Là, on touche le fond de l’hypocrisie. C’est juste un truc pour passer la main dans le dos des salariés (qui n’y croient pas), du conseil d’administration (qui trouve ça très bien), des syndicats (qui espèrent y trouver un avantage).

TOUTE SA PLACE. Un néo-classique. Le dernier qui m’a fait rire, c’était dans une phrase destinée à justifier une étiquette aussi ennuyeuse que ratée : « Une étiquette qui laisse toute sa place au vin ». Bon, déjà, on ne comprend rien. On se demande comment ça fait une étiquette qui ne laisse pas toute sa place au vin. Mais on voit bien l’intention, le foutage de gueule en rangs par deux, l’abscons érigé en lever de soleil, le mot pour rien.

PRÉSERVER LE FRUITÉ. Devrait se dire d’un vigneron qui ne fait pas le boulot, qui veut des vins vite vendus, vite bus, assurer la trésorerie, vider le chai. Comme le rappelait l’inénarrable Jacques Lardière (Louis Jadot, à Beaune) : « Ce n’est pas le fruité qui nous rendra plus intelligent ». Oui, Jacques, merci pour cette piqûre de rappel. Préserver le fruité, c’est juste la page 1 du livre. Se souvenir de quelques autres bonnes idées infiniment plus intéressantes et qui emmènent le vin bien plus loin, la complexité est un bon exemple.

MINÉRALITÉ, dans « une belle minéralité ». Le minéral, c’est la pierre. Oui, mais laquelle ? Il y a un monde gustatif entre la craie de Champagne, les micaschistes de la Côte-Rôtie, les galets roulés de Châteauneuf-du-Pape, les argiles bleues (ou pas) de Pomerol, les graviers de Pessac, etc. Se féliciter d’une minéralité dans son vin, c’est au mieux une grosse paresse.

LA LIGNE DE BASE. Chaque marque a la sienne, placée en bas des annonces de publicité, sorte de résumé banal et mal foutu de la “philosophie” (voir plus bas) de la maison. En général, on n’apprend rien. Parfois, le chef des mots d’une marque enrichit le propos. Je me souviens d’un garçon que j’aimais beaucoup et qui avait fait mes débuts dans le champagne. Il disait : « Mon champagne commence où les autres s’arrêtent ». J’ai mis un moment avant de comprendre qu’il n’y avait rien à comprendre, que ça n’avait aucun sens. Il a fait école, pourtant.

PHILOSOPHIE. Chaque maison de vin n’a pas la sienne. Elles ont toutes la même, à un poil près, une variation conceptuelle de rien du tout. Où il est question, pour faire vite, de rigueur au chai et de plaisir dans le verre. Arrêtez de bailler, on va tous s’endormir. Le plus souvent, cette philosophie est assénée d’un ton pénétré, attention, on entre dans le sérieux. Soupir, lassitude.

JAMAIS, dans la phrase : « Je ne vendrai jamais le domaine ». Trois semaines après, c’est fait. Ou trois mois, peu importe. Quand on commence à regarder des rumeurs se propager, il y a anguille sous roche. En fait, tout le monde comprend pourquoi et je crois que la plupart des gens s’en foutent. Chacun a le droit de disposer de son bien, surtout à ces prix-là. Il y a mille bonnes raisons de vendre, autant d’acheter, aucune de s’en cacher.

DISRUPTIF. Le concept inventé par un publicitaire dans les années 1980 (ou 1990) faisait déjà rire les créatifs des agences de pub de l’époque. Dans le mondovino, il fait plus peur qu’autre chose. Qu’est-ce qu’un vin disruptif ? Pardon, je n’ai pas la réponse. Un vin qui s’affranchit des codes ? T’es sûr d’en vouloir ? Pas moi.

EXCEPTION. Par exemple « un terroir d’exception », cas typique du truc qui n’existe pas en soi. Ou « un vin d’exception ». Là, on voit un peu mieux de quoi il s’agit, sauf qu’employé à tort et à travers le caractère exceptionnel s’étiole, perd sons sens exceptionnel, justement.

IDENTITÉ. Le nouveau mot pour dire étiquette. En général, c’est raté. Les egos conjugués des uns et des autres (on leur a demandé un pur-sang, ils produisent un chameau), le “j’menfoutisme” des studios de création (ça ne changera rien à la facture), le mépris pour ce qui existe (on en voit même qui vire les particules des noms des marques. Pourquoi ? Pour faire peuple ?), tout ceci fait des ravages. Une identité, ça ne se construit pas comme ça, les gars. Il y faut du temps, de la constance, du talent, de l’argent.

TOSCANE. C’est un fameux influenceur qui a répertorié sur Instagram le nombre de “Toscane(s)” que comptent nos paysages français. Elles sont du Lauragais, du Beaujolais, du Rhône, du Gers, du Vaucluse, de l’Hérault, d’Auvergne, d’autres encore et plus, au bon vouloir des syndicats d’initiative ou viticoles. D’habitude, quand on lâche un Toscane dans la conversation, tout le monde s’évanouit de bonheur. Là, non.

BIO. DURABLE. PLANÈTE. Inutile de développer, on se comprend (voir EnMagnum#28).

PROMETTEUR. Se dit de mars à juin de la récolte du mois de septembre d’après. La foi du charbonnier, sûrement. Ou la boule de cristal de Madame Irma. Variante sur le même thème : « On a eu peur, mais… »

« NATURE ». S’emploie toujours avec des guillemets, on voit bien pourquoi. Un vrai modèle de détournement sémantique. Heureusement qu’il y a des vignerons qui n’y croient pas du tout et qui travaillent pour chasser le naturel au galop. Ce qui nous évite le vinaigre, le cul du poney et la pomme blette. Merci à eux.

AUTHENTIQUE ET SINCÈRE. Dans la phrase « Un vigneron authentique qui produit des vins sincères ». Un sommet. Qu’est-ce qu’un vigneron authentique ? Un gars qui est né dans les vignes ? Ce qui exclurait toute une population de néo-vignerons qui, pourtant, font un bien fou au paysage viticole français. Autre chose, peut-être, mais quoi ? Et un vin sincère ? Un vin qui croit ce qu’il dit ? Eh, oh, stop.

RUCHE. Il arrive que tel domaine convoque la cour et la campagne pour annoncer qu’il a posé trois ruches en bout de rang. On peut aimer le miel tant qu’on veut, la vigne n’est pas une plante mellifère. C’est juste pour dire que les vignes ne sont pas traitées ? Même pas sûr que ce soit une preuve.

Il va de soi que j’utilise parfois quelques-uns de ces mots qui fatiguent alignés plus haut. Nonchalance intellectuelle, faiblesse de vocabulaire ? Personne n’est parfait.

mardi 21 juin 2022

Qui veut danser sous la grêle ?

 

Faisons simple.
Quand il pleuvait, ma maman me mettait un imperméable pour aller à l’école. Ce qui ne provoquait pas de débat, pas même une conversation. Et quand il faisait froid, j’étais bien avisé de mettre un pull sans discuter. Même la dame du bout de la rue mettait un petit manteau à son teckel. La vie normale, quoi. La vie équipée, standard, banale, organisée. Une vie pour garantir une suite.

Quand il gèle, il y a des vignerons qui veulent mettre un petit manteau sur leurs vignes pour les protéger. Ah non. Ce n’est pas permis. S’ils le font, ils ne seront pas battus ou emprisonnés, ils perdront l’appellation, seront déclassés. Le déclassement guette au nom des grands principes édictés par l’administration. Une bâche sur les vignes provoque une modification de l’écosystème et ce n’est pas bien du tout. Pourtant, c’est assez efficace. Pas totalement, mais déjà pas mal. Protéger ses vignes, c’est garantir une production au bout de l’année, si le reste des fondamentaux se déroule à peu près proprement tout au long de l’année. Garantir une production, c’est pérenniser une exploitation, des emplois, une vie. D’ailleurs, toutes sortes de choses sont autorisées. Des bougies, par exemple, pour réchauffer l’atmosphère entre les rangs de vignes, des bottes de paille en feu, aussi. Ou des éoliennes qui dissipent les blocs d’air glacé. Ou encore des câbles chauffants fixés aux palissages. Tout ceci avec des résultats divers. C’est comme pour la grêle. Il y a des canons qui shootent des vapeurs d’iodure d’argent dans les nuages pour transformer les grêlons en pluie, c’est mieux. Sous réserve, naturellement, que le villageois, le riverain, accepte d’être sorti du sommeil par le gros boum, une ou deux nuits par an. Ce n’est pas toujours le cas. Toutes ces solutions sont autorisées. Elles ont le même impact sur l’environnement de la plante, sur l’écosystème, qu’une simple bâche tendue sur les vignes. Elles les transforment de la même manière. Pourtant, c’est permis. Les vignerons, vous, moi, tous, nous avons le droit de ne pas comprendre.


 

Poussons le raisonnement.

Ces bâches prohibées auraient l’intense défaut de modifier le millésime que produiront peut-être les vignes protégées. Est-ce que tout le monde s’en moque ou bien ? Déjà, de plus en plus de bouteilles ne portent de millésime que sur la contre-étiquette. Est-ce pour réaliser une petite économie d’étiquettes principales ? Non, bien sûr. La plupart des restaurants considèrent le millésime comme un embarras de trop, veulent des vins prêts à boire, pas des vins à faire vieillir, des vins aussitôt achetés, aussitôt vendus. C’est dire si le millésime les passionne. Le grand public, qui ne garde pas ses vins, n’y comprend rien. Reste une poignée d’amateurs, ici et là, surtout chez les riches étrangers. On m’objectera qu’on peut protéger quelques parcelles, pas cent hectares d’un seul tenant. Sûrement. Mais sur un vignoble, tout est différemment gélif. Oui, mais ce qui n’était pas gélif le devient et le contraire marche aussi. Ok, ok, l’idée centrale est de protéger au mieux, le plus possible, à commencer par la vie du vigneron.

 

Par quelle passion triste l’administration, d’où qu’elle vienne, s’acharne sur le vigneron ? Pourquoi se jeter sur un métier pour le rendre impossible ? Pourquoi ce désir fou d’être détestable – et détesté ? Pourquoi cette administration fait-elle avec autant d’application le lit de nos concurrents internationaux qui ne s’imposent pas des handicaps pareils ? Pour les faire rire ? Pour punir tout un secteur coupable de produire de l’alcool (quelle horreur) ? Où sont les « chocs de simplification » mille fois promis par les politiques de tous bords, jamais tenus par aucun ? Pourquoi compliquer la vie du deuxième contributeur à la balance des paiements derrière l’aéronautique, devant la cosmétique ? On a trop d’exportateurs performants ? Pourquoi personne ne répond jamais à ces questions ?

 


 

lundi 25 avril 2022

Grosses notes et commentaires automatiques

96 sur 100, c’est plus que 92. Fort de l’imparable constat, un petit troupeau de dégustateurs a flairé la bonne affaire et s’est engouffré dans la porte laissée entrouverte par le retrait en pleine gloire de Robert Parker.

 

La chasse aux primeurs est ouverte.

Avril 2022. Bordeaux présente au monde ébahi son millésime 2021. Une étape indispensable dans le système particulier de la mise en marché des vins des appellations désirables. Très bien, chacun ses méthodes. Que le vin ne soit pas prêt à être jugé n’a que peu d’importance, c’est vrai pour tous les vins. Que certains échantillons soient préparés pour les dégustations, c’est le jeu. Que le marché des primeurs ne concerne qu’une petite partie des marques bordelaises, c’est la loi du commerce qui vend ce qui s’achète.

Venons-en aux notes de dégustation.

Longtemps, les experts notaient les vins sur 20. Maintenant, ils notent sur 100. À l’américaine. Longtemps, le bon sens a prévalu. Maintenant, c’est l’inflation qui prend le dessus, comme chez le pompiste. Tel château qui produisait des vins autour de 92 voit sa production gagner trois ou quatre points et ce n’est pas l’amélioration des vins qui lui vaut ça, puisque cette progression qualitative est à peu près partagée par ses voisins, sauf négligence. Il y a aussi ceux qui vivent sur leur réputation, j’en connais.

Alors quoi ?

Une bande de dégustateurs a bien compris ce qu’attendent les châteaux. La « grosse note » est indispensable pour une commercialisation réussie du millésime frais émoulu des chais. Autant la donner et devenir peu à peu l’incontournable allié, reçu, choyé, nourri, logé, payé parfois, même si on le mérite peu. Ces châteaux publient les grosses notes dans la grande presse et contribuent ainsi à la notoriété de ces néo-dégustateurs sortis de nulle part. On voit bien mieux le gros chiffre que le nom de celui qui l’attribue et dont tout le monde se fout. Comme ces aigrefins sont habiles, ils ne participent d’aucune déstabilisation et l’on verra sans surprise les grandes marques, les grands châteaux, les premiers des classements obtenir les plus belles notes. Pas de surprise, c’est dommage, chacun sait que certains parmi ces premiers de la classe ne sont plus au niveau des notes obtenues, ceci à tous les niveaux de la notoriété. En réalité, c’est le deuxième rideau qui profite à plein de ce nouveau système. Les châteaux approximatifs et généreux voient leur valeur grandir par un curieux mélange où le manque de notoriété du château allié à celui du dégustateur profitent aux deux. De cet attelage mal né adviendra ce que pourra.

Tout le monde ?

Non, pas tout le monde. Quelques dégustateurs, des vrais, avec le talent, l’expérience, ne jouent pas dans cette basse-cour. Parmi quelques autres, Michel Bettane a décidé il y a peu de recadrer la notation publiée par Bettane+Desseauve au risque assumé de ne plus voir les notes B+D publiées par les châteaux. Il a mis un arrêt net à l’inflation des notes, au superlatif des commentaires. Quelques Anglo-Saxons aussi, d’autres Français, très peu, un Suisse sur deux, etc. Des noms ? Neal Martin, Antonio Galloni, le nouveau William Kelley du Wine Advocate, deux ou trois gars du Comité de dégustation de la RVF, Yohan Castaing le franc-tireur, Jacques Perrin en Suisse, deux ou trois experts de chez B+D, on a vite fait le tour. En tout, ils sont très peu nombreux et on peut ajouter quelques courtiers et autant de négociants, de grands commerçants et commerçantes, c’est une affaire d’expérience immense, ces professionnels sont légitimes. Les autres… Disons qu’ils le sont moins.
pourtant, ils sont près de 6 000 professionnels, dégustateurs, acheteurs, importateurs, journalistes qui font le voyage de Bordeaux à l’occasion de la Semaine des primeurs. Beaucoup publient leurs commentaires et notes où ils peuvent, jusque sur Facebook. Qui sont ces gens ?

Et toi, et toi, et toi ?

J’ai joué le jeu de la dégustation des primeurs quelque temps avant de comprendre que ce n’était pas mon rayon. Je ne saisis rien de ces vins à peine sortis de l’œuf (béton), je n’aime ni leur goût, ni leur puissance-violence, ni leur caractère échevelé, poilu. Je ne vais plus à Bordeaux à cette occasion depuis longtemps. Je considère qu’il n’y a que 25 dégustateurs capables de juger ces vins et de nous apprendre quelque chose sur leur capacité à se développer, que les autres sont des imposteurs, que je ne fais partie ni des uns ni des autres, qu’un peu d’humilité ne nuit pas. Quand j’explique ça aux propriétaires et aux patrons de châteaux qui m’invitent et dont je décline l’invitation, ils sont toujours d’accord avec moi avec le fond de l’œil rieur. Ils savent que j’ai raison, ils le disent. Ils savent déjà ce que leur réserve l’avenir. Des influenceuses qui feront des selfies en poussant des petits cris de ravissement avec les lèvres noircies par les tanins, en parasites des gros malins sus-cités. Ce qui ne fait rêver personne.

À quoi s’attendre ?

Sans consulter une boule de cristal, on peut prédire un gros embouteillage entre 94 et 97 points. Au-delà, certains osent, toute honte bue, 98, 99, 100. On attend, haletant, les 101 points. En deçà, personne ne verra les notes. Ce qui montre à quel point ces notations sont illisibles. La mémoire de l’actu étant ce qu’elle est, tout le monde aura oublié les notes « primeurs » quand les notes « en bouteille » sortiront dans deux ans, aucun parallèle ne sera établi, les imposteurs ne seront pas dénoncés. Sujet suivant.

 


 

 

mardi 15 mars 2022

Le dernier jour du Laurent

 

« Tout fout le camp » s’attristaient les habitués aux comptoirs des bistrots en sifflant, mélancoliques, un ballon de rouge aussi ennuyeux que leurs converstaions. La nostalgie a-t-elle encore droit de cité ? Je dis oui.

J’étais la semaine dernière au Laurent, ce restaurant mythique des jardins des Champs-Élysées que je considérais, émerveillé, comme le meilleur de mon monde. C’était le dernier déjeuner, la fin d’une époque, la fin de tout. L’ambiance n’était pas venue, on pliait les gaules, on traînait les pieds, ce n’était pas d’une gaieté folle. La clientèle habituelle, un rien clairsemée ce jour triste, occupait les banquettes confortables de cette grande salle aux vastes baies vitrées qui envoient la plus belle lumière naturelle qui soit. Patrons du CAC 40, politiques, grands antiquaires de l’avenue Montaigne voisine, un entre-soi de bonne compagnie qui n’était pas la moindre des qualités du lieu. Cet endroit représentait une sorte de résumé parfait de ce que Paris pouvait être d’élégance, de simplicité chic, de mesure, de tout ce qu’on aimait dans notre capitale et qui a une fâcheuse tendance à s’effacer sous les coups de boutoir d’un villedeparisme, comme disait le regretté Laurent Bouvet, échevelé, hystérique, destructeur.

Je me souviens de la gastronomie d’Alain Pégouret, d’une rare justesse qui m’avait fait aimer l’endroit ; je me souviens de la meilleure sommellerie de Paris ; je me souviens de l’accueil de Philippe Bourguignon, de Ghislain, de Christian, des autres, tous les autres, du voiturier (un type formidable) au plus débutant des serveurs qui tous s’attachaient à produire le meilleur d’eux-mêmes dans un cadre unique et exigeant. Ici, on n’était pas assommé par une musique exagérée, on ne buvait pas de vins nature. Je me souviens, je regrette. Le printemps qui vient ne nous verra plus ravis sur la plus belle terrasse de Paris.

Le restaurant Laurent ferme.

Les murs appartiennent à la Ville de Paris, l’exploitation est concédée, la Mairie n’a pas retenu l’offre du concessionnaire historique, le groupe Partouche. C’est Paris Society dirigée par Laurent de Gourcuff qui prend la suite. Paris Society a créé une nébuleuse d’une vingtaine de restaurants « à la mode » à Paris, Courchevel, Megève, etc. Parmi lesquels Monsieur Bleu, la Maison Russe (devenue subitement, sottement, la Maison R. comme si le mot russe était devenu infréquentable, les imbéciles), Perruche et d’autres comme Apicius repris des mains fines et intelligentes de Jean-Pierre Vigato, on a vu ce qu’ils en ont fait, pas de quoi pousser des petits cris extatiques. Bref, tout ceci sent le branché et, pire, le festif. On y paiera trop cher une assiette approximative et une carte des vins à coefficient confiscatoire. À l’automne prochain, l’établissement fermera pour quelques mois, le temps des travaux. On va refaire la déco. Aïe. J’ai peur d’avance. La vulgarité nouvelle des Champs-Élysées gagne les jardins, n’en attendons rien de bon. J’avais déjà vécu pareille débâcle à la reprise de la Coupole à Montparnasse, nous avions beaucoup pleuré ce haut-lieu disparu.
Le monde change, vieux. C’est comme ça. Sans doute. Le monde pourra-t-il se passer de ses ancrages les plus brillants, les plus historiques ? Je ne crois pas. Je ne crois pas du tout.

Cela dit, le pire n’étant jamais certain, nous pourrions voir éclore une divine surprise.

Il y faudrait beaucoup d’humilité.

 

C’est ça, le prochain Laurent ? Qu’on ne m’y attende pas.
(photo extraite du site Paris Society)