Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



lundi 4 novembre 2019

Les kiwis d'Ampuis

Volontaires, courageux, follement énergiques, « ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait ». Voici Julie et Graeme Bott et leur nouveau domaine en côte-rôtie, condrieu, saint-joseph. Attention, conte de fées


Ampuis - Nouvelle-Zélande, 25 heures d'avion


Une vie de dahu 
Du haut de la terrasse de leur maison accrochée au coteau, ils dominent le Rhône et, d'abord, une de leurs parcelles de viognier qui entoure la maison, plein est. C'est une particularité des vignes de ces appellations du Rhône-nord, elles imposent une vie de dahu. Intéressant d'apprendre qu'à la place de ses vignes, il y a peu d'années, il y avait d'épais ronciers et des arbres qui engloutissaient la maison. Ils ont tout défriché eux-mêmes. Et tout planté en échalas, tradition locale. Eux-mêmes, bien sûr. Résultat, une belle parcelle de viognier en échalas et une vue dominante sublime sur un cingle du Rhône. Pas mal.

Julie Bott


Une histoire d'amour, une histoire de vie 
Graeme Bott nous arrive presque tout droit de Nouvelle-Zélande, de la baie d'Auckland. Ce grand gaillard qu'on imaginerait mieux en ailier des All Blacks a passé huit ans dans la cave de Stéphane Ogier, immense signature du quartier. Il y a rencontré Julie, la régionale de l'étape, qui assurait les fonctions de commerciale chez Ogier. Ils se sont mariés et ont décidé de créer leur propre domaine. L'entreprise s'est avérée difficile, mais rien ne leur faisant peur, tout est arrivé. Leur entêtement courtois et ferme leur a vite attiré la confiance et la sympathie de tous, du banquier du Crédit Agricole aux vieux paysans qui leur ont vendu des friches en appellation (et qui, aujourd'hui, leur achètent du vin), en passant par les vignerons qui les ont conseillés, leur ont donné la main ou loué à bon prix la cave et les espaces qui leur manquaient. Un beau modèle d'entraide.

L'affaire de Seyssuel 
S'ils ont réussi à acquérir des friches en AOC condrieu et côte-rôtie (dont une exceptionnelle bande de terre de 2 500 m2 dans la parcelle Lancement, gloire de l'appellation), la grande affaire du coin, ces années-ci, c'est la remise en état du coteau de Seyssuel, au nord de Vienne. Tous les grands vignerons du Rhône en ont un peu. Eux aussi. Un endroit escarpé, bien sûr, couvert de schistes, qu'ils ont intégralement défriché et planté eux-mêmes, comme le reste. Quand on voit le lieu, on en reste coi. Un jour, sûrement, ce coteau sera une appellation si l'Inao veut bien accélérer un peu le mouvement.

Graeme Bott


Le grand échalas 
Le principe de l'échalas est d'assembler quatre pieds en un seul édifice, réuni en son sommet par la main du vigneron, de la vigneronne, et un lien d'osier. Si Julie s'occupe des très difficiles relations avec l'administration (ils sont présents sur trois départements, c'est-à-dire trois préfectures, trois MSA, etc., l'enfer sur terre), elle s'occupe aussi de la vigne, « Je fais la taille avec Graeme parce que nous voulons que ce soit très bien fait », des plantations, des vendanges. Et du commerce, des clients, des allocations, des restaurants. Un vignoble, c'est mille métiers. Pour y mettre un poil de douceur, voilà qu'ils ont gagné le premier prix du concours Vignerons et terroirs d'avenir, doté par Advini et co-organisé par SupAgro Montpellier. Un très beau chèque de 50 000 euros. C'est le Crédit Agricole qui est content de cette confirmation.

Les vins 
Ici, chez les Bott, on fait dans le tendu, le fruit, le longitudinal, le fin. C'est bon tout de suite et pour longtemps. Au deuxième millésime, on a l'impression qu'ils ont tout compris. Quel talent. Pour avoir goûté très récemment leurs derniers millésimes en bouteille de saint-joseph et de crozes-hermitage, j’ai été épaté, ce sont de grands vins, meilleurs que certaines productions du même millésime par les meilleurs du quartier. Les lignes bougent fort dans ces appellations si désirables.


Les photos sont signées Fabrice Leseigneur