Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



mercredi 12 février 2020

Mes magnums (115)
Un côte-rôtie comme on les adore

Domaine Pierre-Jean Villa, Fongeant, côte-rôtie 2016 



Pourquoi lui 
Parce que Pierre-Jean Villa, parce qu’il est doué en plus d’être éminemment sympathique. Parce que c’est un bosseur sans état d’âme, parce qu’il est tout entier dédié à son vignoble, à ses vins. Parce que lui. 

On l’aime parce que 
« Un côte-rôtie, c’est branché » dirait Michel Bettane. Pas seulement. C’est une sorte de concentré de tout ce qu’on a envie de trouver dans un vin aujourd’hui. La finesse, l’énergie, les épices, la longueur. Tout. D’où l’engouement du monde pour cette appellation en pointe. Et malgré les prix qui s’envolent. 

Combien et combien 
185 euros. 180 magnums. 

Avec qui, avec quoi 
Peu importe avec qui, tout le monde aime les côte-rôtie. Ce magnum issu d’un parcellaire depuis deux millésimes mérite sans doute de filtrer un peu plus les convives. Un sauté de veau aux olives noires et tomates confites lui fera une compagnie très acceptable. 

Il ressemble à quoi 
À toutes ces grandes syrahs pour lesquelles on se damnerait sans discuter. Le Rhône nord est le royaume d’élection de ces grands vins. Des syrahs qui n’ont pas d’équivalent ailleurs dans le monde. J’exagère ? Sans doute. Tant mieux, puisque j’y crois. 

La bonne heure du bonheur 
Doucement. Vous entretenez une cave de beaux magnums, il n’y a pas d’urgence. D’autres, parmi votre collection, sont déjà prêts. Donnez-lui un minimum de cinq ans. 

Le hashtag 
#sotrendy 

Le bug 
Peu de magnums, peu de revendeurs, il n’y en a plus au domaine. Bonne chance. 

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Un tannin velouté et soyeux en tous points splendide, une texture moelleuse et un fruité frais qui persiste jusqu’en finale. Grand raffinement. Grande fraîcheur. 18/20 



Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #17 sous une forme différente.
Le numéro 18 est en vente chez votre marchand de journaux
jusqu'en mars.
Voilà la couverture de ce numéro 18, une vision
inattendue de la saison.


 

lundi 3 février 2020

Michael Huang, d'après lui

Il a 47 ans. Il est Chinois, de Pékin. Il a acquis le Château Bonnange, à Blaye, pour sa retraite. Mais c'était un vignoble et la vigne n'attend pas. Que dit-il ? 


Le château Bonnange, à Blaye

« J'ai acheté ce château, il y a quatre ans. J'ai commencé à boire du vin vers l'âge de 30 ans. Ce qui me plaisait bien. Rien de comparable avec la passion qui m'anime maintenant. Au début, je venais un peu l'été, un peu l'hiver, en vacances. J'ai fini par comprendre qu'un vignoble exigeait un engagement énorme. Je me suis impliqué à la chinoise, c'est-à-dire à toute vitesse. Je voulais redresser ce vignoble en deux ans. Mais la vigne ne l'entend pas de cette oreille. C'est ce qui est beau. Mais ce n'est pas facile de devenir un propriétaire responsable. Michel Bettane m'avait prévenu. J'ai suivi le conseil »


« Je me suis mis à apprendre le vin en assistant à de multiples dégustations. J'ai commencé à définir mon goût, à comprendre des choses sur le vin. C'est long, c'est passionnant, c'est indispensable. Je commence à avoir une vision plus précise et du plaisir à faire le vin. Mes objectifs du début ont évolué. Avec Paul-Emmanuel Boulmé, notre maître de chai, nous expérimentons. Nous avons planté du pinot noir, pour voir. Nous cherchons à nous différencier, à apporter aux amateurs une expérience nouvelle. Et puis, il y a ici, à Bonnange, quelque chose d'un peu mystique qui me va bien, une qualité qui flotte dans l'air. Bien sûr, Blaye est une appellation sous-estimée, mais je vois son potentiel dans des vins d'artiste, pas des vins économiques. Dans cette esprit, je veux pousser le malbec, un cépage historique de la région. Et faire du rosé. On a commencé avec un vin nommé "rosé de province". C'était drôle, ce nom. Hélas, ça n'a pas plu du tout aux Provençaux et j'ai été obligé d'arrêter. L'humour, vous savez. »

Michael Huang

« Nos vins sont riches et puissants, concentrés et aromatiques. Ils sont bons tout de suite et pour longtemps. 20 ans, 30 ans, selon les millésimes. Tous nos vins, les malbecs comme les merlots, les blancs comme les rosés, ont une couleur soutenue. Ils ont une certaine consistance, cohérente avec le goût. Et quand nous aurons notre pinot noir, dans trois ans, il partagera le caractère de nos autres vins. À la différence des pinots noirs classiques. » 

« J'aime l'idée du contrepied. Je ne veux pas suivre une voie toute tracée, une mode, je veux faire des vins que j'ai envie de boire. Mais je ne suis pas vigneron, je suis un entrepreneur, je réfléchis beaucoup à l'avenir de mon entreprise. Même si j'aime beaucoup ce que monsieur Bonnange a fait ici, il faut mériter le lieu. L'argent ne suffit pas. »



« Nous avons décidé d'appeler cette cuvée Clos de Bonnange en discret hommage à Claude Bonnange, l'homme qui m'a vendu son château. Hélas, d'obscures raisons administratives m'ont contraint à abandonner ce nom. »

Le domaine s'appelait Clos des Roberts.
Claude Bonnange a préféré lui donner son nom. Ce qui peut se comprendre


Photos Mathieu Garçon


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #17 sous une forme différente.
Le numéro 18 est en vente chez votre marchand de journaux
jusqu'en mars.
Voilà la couverture de ce numéro 18, une vision
inattendue de la saison.

mercredi 29 janvier 2020

L’inconnu au terroir magique

Robert Parker qualifiait ce genre de vin de Sleeper of the year. Nous dirons qu’il est l’étoile montante d’un ciel très chargé en étoiles. Quelques heures avec Justin Onclin, longtemps négociant et propriétaire depuis 2007, ont confirmé toutes nos impressions. Il est aussi le propriétaire, heureux semble-t-il, de Château Branas-Grand-Poujeaux à Moulis. Ici, il nous raconte le château Villemaurine à Saint-Émilion et Thierry Desseauve nous raconte le vin. 

Justin Onclin





Vu den dessous
« Historiquement, la propriété est très peu connue. Les locaux la connaissaient un peu pour les carrières souterraines qui sont superbes. À l’époque, il y avait de très grandes fêtes ici. Beaucoup de gens se souviennent de Villemaurine parce qu’ils ont assisté à des réceptions avec 1 000 ou 2 000 personnes. Aujourd’hui, la mairie n’autorise plus ça. »

Des caves légendaires et immenses


Le beau monde
« Nos voisins sont Trotte-Vieille, Troplong-Mondot, Le Prieuré et Pavie-Macquin. De l’autre côté du village, à l’ouest, il y a tous les grands. Les terroirs sont sensiblement les mêmes qu’ici. Le nôtre est d’ailleurs assez semblable à celui de Clos-Fourtet, nos vins se ressemblent un peu, c’est amusant. »

De la terrasse, les vignes et le village



Justin avec Hubert
« J'ai beaucoup investi dans l’outil de production. Avec un terroir superbe, il faut faire des vins à la hauteur. Il y avait du travail et nous allons dans le bon sens. La qualité est reconnue. On dispose de huit hectares en cru classé et de 3,5 hectares en saint-émilion grand cru, pour notre second vin. Avec six personnes, on fait 40 000 bouteilles par an. Il y a un beau potentiel de développement. Je sais faire du vin, je suis passionné, mais je ne suis ni technicien ni œnologue. Hubert de Boüard conseille la propriété. Il m’inspire et il m’aide et c’est moi qui prends les grandes décisions. Je définis le vin que je veux faire pour inscrire la propriété dans l’histoire de Saint-Émilion. »

Le portail d'entrée du domaine




Une place à prendre
« On vend notre vin entre 45 à 50 euros et je crois qu’on peut dire que c’est une affaire pour un vin qui fait partie du top des grands crus classés. D’après moi, on challenge les premiers. Pour ce niveau de qualité, ce n’est pas cher. Quand on sera plus connu, le prix augmentera. À Branas, dès la première année, je me suis aligné sur les prix de nos voisins au prix de Poujeaux et de Chasse-Spleen. C’est une stratégie gagnante. Aujourd’hui, personne ne se pose de question sur notre positionnement. »



Il suffisait doser
Lavis de Thierry Desseauve

« Villemaurine fut longtemps l’un de ces crus classés inconnus dont les dégustations avaient tôt fait de nous convaincre qu’il valait mieux le rester. En 2007, Justin Onclin achète la propriété. Flamand de Bordeaux, il y dirigea l’une des plus importantes maisons de négoce, Onclin n’est pas un vigneron, mais il connaît parfaitement le Bordelais viticole et le potentiel de ses crus. Rive gauche, il a d’abord acquis une pépite à Moulis, Branas Grand-Poujeaux. Villemaurine sera son coup de maître. Un terroir de douze hectares d’un seul tenant, situé sur le plateau calcaire magique qui enserre le nord du village du Saint-Émilion. Sur ce socle fondamental, une mince couche de terre (argilo-limoneuse pour une partie, plus caillouteuse pour l’autre) constitue un terroir privilégié pour les merlots et cabernet francs. Lorsque Villemaurine a été mis en vente, tous les spécialistes du secteur savaient qu’il s’agissait d’un joyau, mais nombre d’entre eux furent douchés par un évènement. Villemaurine, cru classé évident, ne l’était plus depuis 2006. Onclin relève le gant. Avec bonheur. Villemaurine retrouve son rang en 2012. Et maintenant ? Nous verrons. Son environnement immédiat regorge de premiers crus classés et ses performances impressionnent depuis 2015. »



Photos Leif Carlsson

Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #18 sous une forme différente. Ce numéro est en vente chez votre marchand de journaux jusquen mars.
Voilà la couverture de ce numéro 18, une vision
inattendue de la saison.










vendredi 24 janvier 2020

Mes magnums (114) Le haut de gamme
d’une coopérative qui travaille très bien

Champagne Pannier, Egérie 2006 



Pourquoi lui 
Ici, on a du goût pour les coopératives, leur nécessité sociale, leur activité professionnelle, le sens qu’elle donne aussi au travail et la palette de crus uniques qui sont à leur disposition pour bien faire. Ce qui n’est pas toujours le cas, hélas. Mais là, oui.

On l’aime parce que 
C’est une grande bouteille, un grand champagne qui a passé neuf ans minimum en cave avant d’être mis sur le marché. Un vin généreux et racé.

Combien et combien 
182 euros.
500 magnums.

Avec qui, avec quoi 
À ce niveau, c’est évidemment un champagne de gastronomie. Cela posé, convenons que c’est aussi un grand vin d’apéritif. On lui confiera des éclats de parmesan, ça marche très bien. Pourquoi les fromages italiens vont-ils si bien avec le champagne ? Mystère.

Il ressemble à quoi 
À un autre grand champagne de la même catégorie, c’est-à-dire à un don du ciel, cette chance inouïe de toucher du bout de la langue la perfection vinique.

La bonne heure du bonheur 
C’est un 2006, il est prêt à boire, évidemment. Il a encore un bel avenir. Pour élargir les plaisirs, attendez-le encore quelques années.

Le hashtag 
#drinkmorechampagne

Le bug 
Une bande de snobs n’aiment pas les coopératives, ne tenons aucun compte de leur avis.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Beau champagne viril et droit, au fruit très expressif, à la bouche vigoureuse, intense, de grande pureté. Haute saveur.


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #17 sous une forme différente.
Le numéro 18 est en vente chez votre marchand de journaux
jusqu'en mars.
Voilà la couverture de ce numéro 18, une vision
inattendue de la saison.

 

mercredi 15 janvier 2020

Mes magnums (113)
un pessac-léognan classé et de légende

Château Smith Haut Laffite 2016, pessac-léognan 




Pourquoi lui 
Un habitué des très bonnes notes dans le Guide Bettane+Desseauve a toute sa place ici, bien sûr. L’endroit est magnifique, il y a des idées et du travail, les vins sont toujours bien. Un côté zéro faute qui vaut le détour. Quoi d’autre ?

On l’aime parce que 
On aime les grands pessacs, en rouge et en blanc. Et celui-là en est un, un vrai.

Combien et combien 
2 500 magnums.
220 euros.

Avec qui, avec quoi 
Avec tout ce qu’on aime à table. Évidemment pas en apéritif, ce n’est pas un vin d’happy hour new-yorkaise.

Il ressemble à quoi 
À l’idée qu’on se fait des grands bordeaux modernes. La puissance, le raffinement, la folle complexité, la fraîcheur, ce n’est pas un vin de copain, ouf.

La bonne heure du bonheur 
2016, c’est déjà bon, mais vraiment, vous avez dix ans devant vous ? Alors, attendez. La patience est la mère de tous les plaisirs.

Le hashtag 
#grandbordeaux

Le bug 
On entre dans la cour des grands et là, le ticket d’entrée n’est pas donné. En même temps, 220 euros le magnum, pas de quoi s’affoler, on voit bien pire tous les jours

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Exceptionnellement raffiné et élégant dans ce millésime, avec les avantages d’un raisin issu d’une viticulture irréprochable. On suivra le match Smith-Malartic avec délectation dans les prochaines années.


Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #17 sous une forme différente.
Le numéro 18 est en vente chez votre marchand de journaux
jusqu'en mars.
Voilà la couverture de ce numéro 18, une vision
inattendue de Noël et de ses fêtes.

 

vendredi 10 janvier 2020

Mes magnums (112)
un bourgogne premier cru à un prix décent

Domaine Jean Féry et Fils, aloxe-corton 1er cru Les Guérets 2017 



Pourquoi lui 
Nous aimons beaucoup cette histoire familiale bien planquée derrière la colline de Corton. La grand-mère possède les vignes et préside les déjeuners ; le père, brillant avocat, a tenu la maison pendant des années et c'est le fils, entrepreneur lyonnais à succès, qui préside l'affaire aujourd'hui. Ce monde est très sympathique, très impliqué et produit une belle gamme de bourgognes à des prix encore à peu près serrés. Ambiance famille au mieux.

On l’aime parce que 
C'est bon, tiens. La directrice technique travaille très bien, avec beaucoup de subtilité. Ce sont des bourgognes modernes et bien menés. Cet aloxe-corton est un honneur pour l'appellation.

Combien et combien 
120 euros.
30 magnums.

Avec qui, avec quoi 
À table, bien sûr. Avec une belle gastronomie bourguignonne comme on l'aime. Jambon persillé, pâté en croûte, etc.

Il ressemble à quoi 
À ces vins fins, fluides, déliés, digestes que le monde réclame et nous aussi.

La bonne heure du bonheur 
2017, c'est jeune et même si ce vin est déjà bon, il mérite vraiment quelques années de cave pour exprimer tout ce qu'il a en lui.

Le hashtag 
#burgundyrules

Le bug 
Convenons que 30 magnums ou rien, c'est pareil. On peut y ajouter un petit problème de notoriété de la marque.

Ce qu’en dit le Bettane+Desseauve 
Ce petit premier cru, moins de trois hectares, est en limite sud-ouest de l’appellation et jouxte Pernand-Vergelesses. La puissance native des vins d’Aloxe-Corton a été domptée : le tannin est fin, arrondi dans un millésime 2017 qui sera un classique bourguignon. On pourra commencer à le boire assez vite et il évoluera favorablement en magnum pendant une décennie et permettra d’attendre que la densité de ses deux prédécesseurs, 2015 et 2016, se fonde.



Cette chronique a été publiée dans EnMagnum #17 sous une forme différente.
Le numéro 18 est en vente chez votre marchand de journaux
jusqu'en mars.
Voilà la couverture de ce numéro 18, une vision de Noël inattendue.