Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



mercredi 19 juin 2013

Le Beaujolais, il fallait oser

Qu’est-ce qui peut bien pousser un type sérieux à se lancer dans l’aventure du vin ? Une fine blague entendue ici ou là promet que pour faire une petite fortune dans le vin, il faut commencer avec une grande. C’est vrai, ça ? Répondons prudemment que ça dépend. En tous cas, choisir à la fois un château qui demande de gros travaux de restauration, un domaine en pleine déshérence et une région qui connaît un gros déficit d’image est une gageure.


Jean-Jacques Parinet a créé une société informatique qui a connu un bon succès. Il l’a revendue et s’est posé la question de l’emploi des capitaux réalisés. Il a deux fils. Le premier fait une carrière sans souci dans le monde de la finance. Le second a été piqué par la passion du vin très jeune. À Sup de Co, il était de toutes les réunions du club d’œnologie, a fait tous ses stages chez des cavistes, des marchands de vin. C’est lui, le fautif. C’est lui qui a poussé son père vers le Beaujolais, vers le château de Moulin-à-Vent.


On est en pleine saison 2009. L’affaire est vite conclue. L’entrepreneur Parinet sait ce qu’il fait, ce n’est pas la première fois qu’il croche dedans, comme disaient autrefois les terre-neuvas. Et comme il ne sait rien de la vigne et de ses complications, il s’adjoint les services d’un grand homme de la Bourgogne, Bernard Hervet, aussi connu pour ses succès chez Faiveley. Il est, aux côtés d’Erwan Faiveley, l’artisan du renouveau des vins de la maison. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, 2009 s’avère la grande année, le millésime que le Beaujolais attendait pour redresser une situation compromise. La chance accompagne souvent l’audace. Un graphiste avec du talent réalise une belle étiquette, tout le monde se met au boulot et les premières bouteilles du château-de-moulin-à-vent 2009 plaisent beaucoup aux amateurs comme aux professionnels. Le vin est excellent. Dans le Guide Bettane & Desseauve, on peut lire ceci : « Les tanins sont élégants, la finale de bonne fraîcheur, l’ensemble est délicat et raffiné. » Ce commentaire, assorti d’une belle note pour un premier millésime, autorise Jean-Jacques Parinet à voir l’avenir sous des couleurs chatoyantes. Il faut dire qu’avec Bernard Hervet, ils avaient décidé sans délai de produire trois sélections parcellaires, en plus de la cuvée classique. Croix-des-vérillats, champ-de-cour et couvent-des-thorins apportent à l’amateur autant d’expressions différentes du gamay sur ces terroirs de Moulin-à-Vent.

Alors ? Il suffit d’avoir le sens du succès pour réussir dans le monde mystérieux des beaux vins ? Notre homme n’est pas d’accord. « Tout n’est pas transposable. Les fondamentaux de l’entrepreneuriat sont les mêmes en toutes circonstances, mais ici, ce ne sont pas les mêmes sensibilités qui sont activées. Dans les autres métiers que je connais, votre sens esthétique n’a pas d’influence. C’est assez déstabilisant de réinventer des rythmes, des réflexes. On est conditionné. Cela dit, j’ai toujours fait des métiers que je ne savais pas faire. C’est la raison pour laquelle je me suis très bien entouré. Je sais écouter, je sais faire confiance et je sais donner mon avis. La grande différence, c’est l’implication personnelle et pas seulement parce que ce projet a une dimension familiale. J’ai été élevé dans le culte de la transmission. Assurer la promotion de la génération qui suit était un souci majeur pour mes parents. Bien sûr, l’expérience ne se transmet pas, mais je peux aider à arrondir les erreurs. »
Par crainte d’avoir l’air d’un Parisien, il passera sous silence les affres nouvelles qu’il a découvert, les yeux rivés vers le ciel à chaque instant, le pouvoir des insectes nuisibles, les grandes inconnues de la fermentation. Ou alors, il avait d’autres préoccupations : « J’ai acquis un domaine à l’arrêt, sans réseau de commercialisation, dans une appellation perdue. Mais on progresse vite. » En effet, peut-être n’a-t-il jamais eu le temps de regarder par la fenêtre. Quoi qu’il en soit, l’aventure lui va bien. Propriétaire d’une trentaine d’hectares au début, il a agrandi le domaine de 17 hectares supplémentaires en se portant acquéreur d’un domaine voisin, la Tour du Bief qui compte quelques parcelles d'exception. Le voilà vigneron pour de vrai. Et Édouard aussi. Enfin, l’un et l’autre sont surtout très occupés à vendre le vin à travers la planète. Déjà, quinze pays absorbent 50 % de la production. On dirait bien que l’affaire est gagnante et Parinet se sent fort : « J’ai passé 25 ans à installer une marque française dans un monde professionnel dominé par les Américains. Mon credo, c’est la marque. D’ailleurs, je n’ai pas mis le mot Beaujolais sur mes étiquettes. » Même comme ça, nous nous sommes laissé dire que les voisins sont assez contents de ce sang neuf qui arrive à Moulin-à-Vent avec des moyens et des ambitions.  
« Et ce n’est que le début » précise Édouard, histoire d’enfoncer le clou.


Les photos : prises chez Legrand et signées Fabrice Leseigneur.
Ce sujet a été publié sous une forme différente dans le supplément Mes Dimanches Vin du Journal du Dimanche, le 15 juin 2013.

7 commentaires:

  1. Cher Nicolas, pouvez-vous en dire un peu + sur les vins, s'il vous plait?
    J'avais ete bluffe' par des Beaujolais faits a` la Bourguignonne - vinification classique SANS maceration carbonique.

    Il y a un potentiel en Beaujolais avec le Gamay pour des beaux vins.

    En tout cas bonne chance `a ceux qui veulent faire bien en Beaujolais!

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    1. Cher Vincent, je n'aurai qu'un mot : achetez-en.
      C'est pas cher, on en trouve ici ou là. C'est facile de vous faire votre propre opinion. Je suis sûr que vous allez adorer.

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    2. Bien... A` l'occasion, quand je serai en France! Faut que je regoute les Beaujolais pour le plaisir.

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  2. Le Beaujolais sera le vin du 3ème millénaire : il a toutes les qualités que recherchent les consommateurs : peu tannique, expression du terroir qui n'est pas caché par trop d'utilisation de barriques, teneur en alccol modérée, apte à la fois à être bu jeune ou à la garde, etc. Il ne lui reste qu'à gommer son déficit d'image, ce qui est en cours avec de plus en plus de "vrais" connaisseurs (pas les buveurs d'étiquettes) qui reviennent sur ce très beau terroir.

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    1. Je suis d'accord avec tout ce que vous dites

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  3. C'est ça la "belle étiquette"? Y a rien dessus. J'espère qu'ils l'ont pas payé trop cher le "graphiste avec du talent".

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    1. Cette étiquette est super-chic, je vous concède qu'on n'y voit rien sur ce blog pourri
      ;-)

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