Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



dimanche 1 mai 2011

Le vin nature par la racine


Les jeux de mots, c’est comme les rimes, il y a les riches et les pauvres, passons. Le vin, c ‘est pareil. Ainsi, de cette expérience toute récente au restaurant Racines, grand mamamouchi du vin nature à Paris, un havre aussi, pour tous ceux qui souhaitent échanger les maux de tête contre des maux d’estomac. Agréable assiette, bien tapée dans un registre vrai-de-vrai, limite austère, t’as vu mon produit comme il est beau, je connaissais le cochon par son petit nom, plus bio, y’a pas. On rigole, mais ça nous change de certaines afféteries aussi ridicules que peu nourrissantes. Pour les vins, nous commandons un petit blanc pour se dépâter la bouche, quelque chose d’agréable, c’est vous qui voyez. Le serveur en charge de la sommellerie a choisi pour nous un mâcon-chaintré 06 blanc de chez Valette. Comme jus de pomme, c’était top. Toute la Normandie et la Bretagne réunies dans votre verre, des vacances en raccourci, vos premiers congés payés, on sifflote à vélo, un bonheur rustique. Comme vin, en revanche, c’était court, raide, pauvre, ça manquait de gras, on s’embêtait. Parce que nous sommes des amis de la vie et de ses plaisirs, nous avons décidé de ne pas en rester là. Après un rapide conciliabule entre ma chère amie Tara Burton, immense dégustatrice anglaise, mon cher ami Éric Minet, garçon exigeant, et moi-même, nous avons décidé de ne faire confiance qu’à notre goût pour les étiquettes prestigieuses. Direction, l’Italie et ses promesses (c’est vrai, elle promet beaucoup, tient rarement, il faut un peu de chance). Un barolo la rocca e la pira 03 de Roagna, grand du Piémont. Un nez d’arômes évolués glissant doucement vers le cuir d’une Jaguar neuve, si vous voyez ce que je veux dire, précise Tara Burton. Ces Anglaises sont épatantes. En bouche, c’est ample, un côté fumé, blédina au chocolat, cranberry. Je n’ai jamais su vraiment ce qu’était une (ou un ?) cranberry, fruit canadien dont seuls les grands voyageurs connaissent les saveurs, mais je n’ai pas osé poser la question. La finale est belle et voluptueuse, nous sommes ravis, la conversation soyeuse s’étire en douceur, la vie est belle. On a envie d’une Jaguar neuve.
Voilà un Italien qui donne une leçon de vin nature à nos valeureux vitis français. C’est dommage. En même temps, ça nous rappelle que le vin et la peinture, de beaux arts, ont des choses en commun. Pour faire un beau tableau abstrait, il faut savoir dessiner de la manière la plus réaliste. Picasso, Rothko, Haring savaient. Pour faire un grand vin nature, il faut savoir faire un grand vin. Roagna sait.