Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



jeudi 21 avril 2016

Les primeurs, pour quoi faire ?

Les primeurs seize, quinze et dix ans après

C’est le moment, tout commence.
Ici et là, au fond d’un uber ou devant un écran de bureau, l’Homme s’interroge, compulse des fichiers de notes et de commentaires, affole les applis, compare des prix qui sont tous les mêmes ou à très peu près, appelle un pote qui s’y connaît.
L’Homme va acheter du bordeaux en primeurs.
Il prend son temps, ce n’est pas comme si sa vie en dépendait. Il est loin le temps où il fallait se positionner, comme on dit dans le commerce chic, avant la sortie de la deuxième tranche, plus chère évidemment. Il n’y a plus de deuxième tranche et si il y en a encore, l’Homme sera en vacances, alors, les primeurs, hein.
Parfois, il s’agace d’un rien. Se demande qui de Bettane+Desseauve, leurs 101 super bordeaux, ou de Jane Anson, la nouvelle chroniqueuse trop hype du Figaro, a le plus raison pour haut-carles ou carmes-haut-brion, les chouchous du millésime. C’est la saison où l’Homme se pose de vraies questions (dois-je acheter figeac ou pontet-canet ?).
Non, il ne se dit pas que s’il n’achète pas là maintenant, il ne l’aura pas son cheval-blanc OWC, comme ils disent chez Berry Bros (CBO en français). Au fond, il s’en fout un peu. Il est normal, le Raymond. Il sait bien que le jour où il ouvrira l’une des bouteilles qu’il va acheter samedi, dix ou quinze ans plus tard, tout ceci, ces tourments, sera oublié.
Il est comme moi, Raymond, ce n’est pas un spéculateur, c’est un jouisseur.
Dans un registre voisin, il ne se dit pas non plus que c’est l’affaire du siècle cette histoire de primeurs. Il a lu sur le site de tel magazine anglais ou américain que les vins dont on parle se retrouvent moins cher qu’en primeur, trois ans après. Enfin ça, il l’a lu, mais il n’a rien vu de tel, même pas dans les Foires aux vins d’octobre, moi non plus, pourtant il paraît, mais bon.
Non, le Raymond, je vais tout vous dire.
Il achète des bordeaux en primeurs pour en avoir.
- Quoi ? C’est tout ? Tu parles d'une info.
- Ben oui, tu t’attendais à tomber de ta chaise ? C’est pas Wikileaks, ici.
Comme moi, il sait le bonheur d’attaquer un rang de douze dans ses casiers équipés en rangs de dix (ceux qui savent, savent). Le plaisir de tirer un bouchon de haut-marbuzet 2000 acheté en 2001, mais à qui ? C’est comme le malartic-lagravière 2001, qui me l’a vendu ? Osef, comme on dit sur internet. Mais quel pied de sortir ça. Et comme c’est bon. Et bon d’en avoir en sachant que t’en as encore. Le petite-église 06, je me souviens. C’est le beau Gérard Super-Bordeaux qui me l’a fourgué comme un truc de la plus haute importance, que je devais pas rater ma vie, tout ça. T’as vachement bien fait, Gérard, il est parfait, en place, très bon, ce p’tit pomerol de deuxième rideau. Et comme j’ai complètement oublié le prix, neuf ans après, il est encore meilleur. Je l’ai, je suis content, c’est tout bien, je l’ai bu, bonheur avec onze à suivre.
Voilà à quoi servent les primeurs. En avoir, les couver pendant dix ou quinze ans, oublier le prix, les boire avec ravissement et les amis.

Et le seul truc auquel l’Homme est devenu vraiment attentif, c’est à qui il achète ces vins qui lui seront livrés dans deux ans. Ça ne rigole plus comme du temps de 1855. Les marchands sérieux sont ceux qui appartiennent à de gros négociants bordelais historiques à une ou deux exceptions près, ceux qui sont adossés à des millions de quilles en stock, pas les malins de cour de récré qui montent des sites trop chouettes pour être honnêtes.
Il finira par dégainer la Visa, Raymond. Pour ça. En avoir, l’oublier, le retrouver, la poussière, ces plaisirs. C’est simple.


6 commentaires:

  1. Je conseillerais a` Raymond d'aller a` Bordeaux et gouter. S'il bouge pas son cul il aura que des trucs moyens et chers.

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    1. Déjà, vous feriez mieux de vous taire, ce qui vous éviterait de dire des énormités.
      Ensuite, aucun lecteur de ce blog ne suit les conseils d'un anonyme. Si vous ne vous mouillez pas sous votre nom, que valent vos conseils ?
      Enfin, j'estime à moins de vingt ceux qui sont capables de goûter les primeurs et d'exprimer un avis sérieux. Vous n'en faites pas partie, à l'évidence.
      Et moi, non plus.
      C'est la raison pour laquelle je suivrai avec attention les conseils, commentaires et notes des experts de Bettane+Desseauve. Faites pareil au lieu de nous saouler de vos avis stupides.

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  2. Et bien, cher monsieur de Rouyn, quel bel article! Vous "réenchantez" les primeurs et vous réveillez le désir. Bordeaux devrait vous tresser une belle couronne de lauriers (sans ironie, ils ont bien besoin ces jours-ci de quelques fidèles Bordeauxpraisers pour contrebalancer le tintamarre des Bordeauxbashers)
    Mais les Primeurs en tant que système commercial d'avance de liquidités deux ans avant d'obtenir les biens ne peut survivre que s'il y a un bénéfice financier pour l'acheteur à faire cette avance de fonds. Sinon, et si les vins risquent de se retrouver moins chers lots de la disponibilité, on peut envisager un nouveau système où on irait les achèterait, chez le caviste (physique ou en ligne) à ce moment-là. On jouirait tout autant du plaisir de l'achat, avec le bénéfice des conseils avisés des critiques qui auraient goûté les vins après la mise en bouteille! ), de la longue garde des vins en cave dont vous décrivez si joliment les bonheurs qu'elle procure ... et des fonds qui, investis même prudemment, pourraient rapporter quelques sous ...permettant de s'offrir quelques bouteilles supplémentaires! Mais on se dit que le monde de Bordeaux n'est pas bête et va "lâcher" un peu de marge à l'acheteur final pour garder vivant la plus beau modèle de trésorerie du monde du vin. Ou alors , dans un univers de taux d'intérêts zéro ou négatifs, peut-être davantage de grands crus préféreront-ils suivre la voie de Latour tandis que d'autres accorderont davantage de remises aux acheteurs ...

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    1. José, on peut dire les choses comme ça

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  3. On me demande qui sont les bons sites où acheter en confiance.
    Voilà mon best of :
    Chateauprimeur
    Lavinia
    Caves Legrand
    Grands vins privés
    L'Œnothèque de Bordeaux
    plus un ou deux petits cavistes de Saint-Émilion

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  4. Je voudrais connaitre un Bordeaux pas micro-oxygené à boire dans 15 ans. Ca existe encore?

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