Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



jeudi 25 octobre 2012

Un rare bonheur à Angélus

Angélus dans le brouillard, mais on distingue le carillon sur le toit du chai

Hubert de Boüard n’a pas fêté le nouveau classement de Saint-Émilion qui a vu son château-angélus accéder au rang suprême de premier cru classé A, avec château-pavie. L'un et l'autre ont rejoint les deux stars de l’appellation, château-cheval-blanc et château-ausone.
Non, si nous étions réunis sur un belvédère posé sur le coteau du Château Bellevue, c’était pour assister à la consécration des dix-huit cloches du carillon suspendu à un campanile sur le toit de Château Angélus.
En effet, depuis de longs mois, Angélus est en travaux. Comme pour nombre de ses voisins, il y est question d’un nouveau chai. Quand Cheval Blanc, La Dominique et Montlabert, après Faugères, ont fait le choix de la création architecturale contemporaine, Hubert de Boüard et sa famille se sont tournés vers une exécution à caractère historique. L’usage de matériaux de récupération, poutres et tuiles, le dessin mis en œuvre par un ancien architecte des Bâtiments de France, tout concourt à l’édification non pas d'un faux château, mais d’un chai historique. J'ai entendu que l'ensemble avait des airs bourguignons, je dirais plutôt que c'est périgourdin, donc voisin.
C’est déjà sublime alors qu’il reste encore une année de travail, nous y reviendrons dans un an.


Le coteau de Bellevue, donc.
Ce matin, la brume d’automne est un franc brouillard. Il est tôt encore quand nous arrivons et, de là où nous sommes, on ne voit pas Angélus, pas du tout. Peu à peu la silhouette du bâtiment se détache en une ombre chinoise très floutée, mais guère mieux. Le brouillard s’accroche aux vignes du coteau avec une certaine obstination. Curieusement, cela ne crée ni impatience, ni sarcasme dans la petite foule des invités accrochée à son balcon. On voit là quelques propriétaires, mais peu, des officiels, des journalistes et des dégustateurs de toutes provenances, dont certaines stars du Grand Jury européen, l’assistance attend dans le plus grand calme.

Étrangement, ou est-ce un signe, il faudra l’arrivée du cardinal Ricard, archevêque de Bordeaux, pour qu’enfin le brouillard se déchire au-dessus d’Angélus. C’est assez net pour interpeller le monde et tout commence. Une soprano juchée sur une estrade devant le château entonne un Ave Maria somptueux qui finit par convaincre le brouillard d’aller se faire voir ailleurs. Des enceintes réparties dans les vignes de Bellevue retransmettent son interprétation avec force et là, dans ce décor pastoral tout brillant sous le soleil, l’émotion monte et serre les gorges de ceux qui ont la chance d’être là et de se laisser porter par la magie de l’instant. Le vallon de Mazerat dévoile son infinie beauté, la ligne de crête de Berliquet soulignée par un rang de cyprès confère à l’endroit un caractère toscan, le doux vallonnement des vignes, le carillon d’Angelus qui commence à sonner après la consécration dite par le cardinal. Tout est en place, très intense, pour voir fleurir les lunettes de soleil sur les visages et ce n’est pas ce soleil léger qui en est la raison, mais la pudeur. Il est difficile pour beaucoup de montrer au reste du monde qu’on peut pleurer de joie. L’eau des yeux est intime.

Le plaisir de (re)voir de quoi la chrétienté est capable
La beauté du monde, l’intensité du chant, les dix-huit cloches du carillon ont permis à cette petite foule cette rare communion chrétienne et je conclurai en reprenant les mots de François Mauss sur son blog : « Il eut fallu un Gabriel Chevallier pour décrire cette bénédiction. Mais pour l'ancien élève des bons pères que je suis, de constater à quel point, ici, en Saint-Émilionnais, on n'a pas peur de faire ce que l'on pense, de rappeler qu'Angelus doit son nom aux trois clochers dont on entendait les cloches à mâtine, à midi et le soir, faire bénir ce beau carillon provenant d'une fonderie d'Annecy, évoquer ainsi une culture chrétienne qui, mieux que toute autre, a compris le rôle du vin dans la vie de l'homme, il fallait l'oser, et l'oser la tête haute : alors même - chacun le sait - qu'il y a bien des pesanteurs inutiles qui veulent changer l'Histoire. »
C’est peu de dire que je souscris à cette déclaration la tête haute, moi aussi.



29 commentaires:

  1. ça c'est vraiment un super coup de pub!! Parce qu'étant de St Emilion, je n'ai pas vraiment eu l'occasion de voir sur les bancs de l'église de St Emilion, les membres de la bien célèbre famille De Boüard à la messe dominicale durant l'année écoulée (hormis les chapitres relatifs à la Jurade of course!). Alors faire bénir un carillon par l'Archevèque, ça me fait doucement rigoler surtout quand il parle de ce dont la chrétienté est capable!!! Angélus a t-il fait un don pour la restauration de la collégiale de St Emilion, bâtiment 1000 fois plus historique que le fameux chai et qui est visitable par les centaines de milliers de touristes??? même s'il faut reconnaître qu'il est splendide et sans aucun doute beaucoup plus adapté à l'architecture de la région que les bouses modernes de ses voisins! Si c'est le cas, alors M. De Boüard est quelqu'un d'estimable qui ne pense pas qu'à son petit profit mais aussi à un certain patrimoine historique. En attendant la preuve de sa charité, la soi-disant chrétienté du propriétaire de l'Angélus est surtout un énorme coup médiatique!! A bon entendeur...

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    1. Ce n'est pas Monsieur de Boüard qui dis "Le plaisir de (re)voir de quoi la chrétienté est capable", c'est moi.
      Pour le reste de vos propos fielleux, je vous en laisse la paternité. Autant pour ce qui concerne la famille de Boüard que pour vos considérations banales sur l'architecture contemporaine

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  2. Cher Bon Vivant,
    Mais enfin, sois plus magnanime avec les Zanonymes qui ns font qd même bien rigoler en décrivant les "bouses modernes" des voisins...Qui apprécieront :-)

    Ps: Comme quoi sous ts les clochers de France, le critère reste qd même 'celui qui s'y rend le Dimanche' et 'celui qui préfère rester sous le sien'

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  3. Et bien sachez que je ne vais pas à la messe tous les dimanches tant l'hypocrisie et l'intolérance des chrétiens m'emm.... J'y vais environ 1 fois toutes les 3 semaines histoire d'entendre ce que cette religion devrait être en vérité! Mais avouez tout de même que c'est un peu "gros" cette histoire de clocher!! Qu'il mette un carillon parce qu'il s'appelle l'Angelus, très bien, d'autant qu'il en a les moyens mais faire bénir par l’archevêque alors qu'il doit pas être vraiment croyant, ça s'appelle de la supercherie!! Quant à mes goûts en matière d’architecture, il est vrai que "bouse" est un mot un peu fort! Je me suis laissé emporté par la colère (oh pas bien, va falloir que je me confesse...??). Ces bâtiments ultramodernes mêlés à l'architecture bordelaise classique, je trouve ça douteux! La région va finir par ne plus ressembler à rien, si ce n'est à un magma de constructions toutes plus invraisemblables que les autres (ce qui semble être déjà le cas et pas seulement pour les chais)! Sortis du contexte architectural dans lequel ils sont, je pense que je pourrais les apprécier! Bref, je n'ai rien contre les proprios de l'Angélus qui sont des gens qui ont réussi à faire un vin énorme d'un terroir sableux! Tiens, là encore, un autre débat du bordelais qui serait intéressant! Mais ici à Bordeaux, c'est le règne de l'hypocrisie, des apparences et du foutage de gueule, et ça, ça m'énerve! Voilà, maintenant que je me suis débarrassé de mon fiel, je me sens beaucoup mieux!

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    1. J'en suis ravi. Et je vais passer la serpillière.

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    2. N'oubliez pas de mettre 3 paquets de St Marc car le bonhomme à besoin d'un bon décrassage.Il doit souvent passer ses vacances à la plage où on trouve beaucoup de sable et confondre les pieds de vignes avec les cactus.Ne parlons pas d'architecture ,St Emilion en est des plus beau fleuron conservé et entretenu dans ce sens grâce à tous ses viticulteurs.Le Vin est énorme et il a raison mais mais le palais ça s'éduque mon bon monsieur , alors il faut arrêter de boire des sodas et retenir son fiel , et ....la caféine .
      Merci pour votre Blog M Nicolas

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    3. Étonnante, l’intransigeance qui s’empare de l’observateur dès qu’il s’agit de christianisme : rien n’est jamais suffisant à moins de tout donner. Il s’agit pourtant d'une religion tolérante qui reconnaît le péché comme faisant partie du parcours et accueille qui veut, un dimanche sur deux, ou trois, ou moins. Monsieur l’anonyme de 16 :16 et 17:28 voudrait donc qu’Hubert de Boüard renonce à offrir un moment à pleurer de joie entre consécration de cloches et Ave Maria, à moins de pointer à la messe le dimanche sur trois où notre anonyme note les présences. À moins aussi de publier son obole à la paroisse, seul moyen pour l’anonyme de savoir ce qu’il en est, à moins qu’il soit le curé du village. Auquel cas, pour la présence un dimanche sur trois, celui de la vraie religion (reste à savoir quel dimanche commencer) ça doit pas être simple. Le même anonyme hurlerait au coup de pub, bien sûr, si Hubert de Boüard annonçait ses dons. Et crierait à l’impiété : au dimanche sur trois de la vraie religion, on a l’occasion d’entendre la parole : que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite.
      On a aussi l’occasion d’y entendre la parabole qui invite à regarder la poutre qui est dans son œil avant de se passionner pour la paille qui est dans celui du voisin. À plus forte raison quand la paille est un pur moment de beauté accessible, si j’ai bien compris, à quiconque se promène dans la vigne ce matin-là.
      Allez monsieur ou madame l'anonyme, oubliez votre pseudo sainte colère. Et puisque vous ne voulez de chrétien que Dieu, ses saints et vous-même, retenez la proposition de Saint Augustin : aimez et faites ce que voudrez
      Zu

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  4. Anonyme : signez de votre nom et on prendra le temps de modérer avec intelligence ces humeurs vraiment faciles.

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    1. Le maréchal-président a raison, même s'il publie des photos de moi avec les yeux fermés, pfff.

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  5. Tu récitais tes pénitences chichement octroyées par ton voisin de chair et d'esprit :-)

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    1. Le premier mot qui me vient à l'esprit en pensant au cardinal n'est pas "chiche"

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  6. Qu'as-tu fait de ton talent Hubert ?
    Don Camillo (favorable au prêt à taux zéro et à la paix des familles)

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    1. Il en a fait de grands vins, il entreprend une construction extraordinaire, ce genre de petits trucs, quoi

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    2. Voilà. Si maintenant il pouvait assister un peu plus régulièrement le curé de sa paroisse dans ses projets de reconquête, il sera le prochain maire de Saint-Emilion...

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  7. @ Maréchal: Dommage que l'on ne puisse pas publier de photo sur le blog du Bon Vivant, j'en ai une qui témoigne de ses dévotions.

    @Anonyme ...A Paris la pyramide et les colonnes de Buren ont bien été vilipendées, avant de faire quasiment l'unanimité aujourd'hui... #Bouse et Art-Chie TT est relatif :-)

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    1. Tu peux m'envoyer la photo qui "témoigne" ?

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  8. Il est plus facile de faire du vin avec de l'argent que de faire de l'argent avec du vin... Parfois il ne suffit pas d'avoir un terroir exceptionnel et des convictions, il faut aussi un gros compte en banque...

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    1. C'est l'honneur de tous ces garçons qui ont fait fortune ailleurs de venir dépenser leurs sous dans le vignoble et c'est la chance dudit vignoble

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  9. Une autre façon de dire que les riches qui viennent dans ce secteur ne viennent pas forcément "pour faire de l'argent".

    Mais nous connaissons tous des petits sans sous qui ont réussi des choses extraordinaires. Comme quoi !

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    1. François, notre ami l'excellent Hervé Bizeul est un exemple tout trouvé

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  10. Un bel article, ce devait être un moment extraordinaire ! je suis d'autant plus sensible à cet ouvrage, que les cloches (les petites) sont fondues à Hautefort en Dordogne, un village cher à mon coeur. Un hommage au savoir-faire francais aussi.

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    1. En effet, dans la catégorie "célébrations", c'était un moment rare. En fait, je n'avais jamais rien ressenti de pareil

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  11. avoir une notion du néant intellectuel: il suffit de venir sur le blog à de rouyn; auteur de publireportages consternants

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  12. Pour avoir une notion de l'absence de courage intellectuel, il suffit d'aller sur ce blog pour y lire les propos de l'Anonyme du 28 Octobre 2012 09:15.

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    1. T'énerves pas, Armand. Il y a toujours un passage de trolls à basse altitude, on s'en fout complètement de ce genre de jugement sans argument

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  13. Hello! Ici Anonyme number one! Oui, j'ai vu qu'on est quelques uns quand même! Bon, pour soutenir et étayer ma thèse de l'architecture en bordelais, je suis tombé sur un article intéressant d'un autre blogueur vinique. Celui-ci exprime parfaitement mon ressenti quant à tous ces chichis qui me rendent méchamment méchant!! Et cerise sur le gâteau, ses propos restent vraiment courtois! Je vous laisse juger de sa critique (pas le premier article, mais le 2ème).

    http://hlalau.skynetblogs.be/archives/category/bordeaux/index-2.html

    Enfin, tout ça pour dire qu'on a beau ne pas être d'accord sur certaines choses M. De Rouyn, on est quand même d'accord pour dire que le vin est si complexe de par sa nature, sa façon d'être produit et de par son bouquet aux milles et une senteurs que c'est un breuvage sans nul autre pareil! Et au fond, c'est bien ça le plus important!

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    1. J'ai lu la pauvre charge de Lalau sur Faugères et Petrà. Pour Petrà, on voit bien qu'il n'y a pas foutu les pieds. S'ilm l'avait fait, il dirait comme moi que c'est la plus belle construction à des kilomètres à la ronde. Et pour Faugères, il est tout seul dans son coin avec son avis en préfabriqué.

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