Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



lundi 13 décembre 2010

Richard Geoffroy, le chef de la bande des chefs de caves


Brosser un portrait de l’estimé auteur des dom-pérignon n’est pas simple. Comme toutes les sorcières, Richard Geoffroy est assez pluriel, changeant, doué d’ubiquité, largement aussi complexe qu’un dom-pérignon d’un vieux et beau (sont deux mots qui vont très bien ensemble) millésime. Le problème avec Richard Geoffroy s’énonce ainsi : comment fait-il pour produire une telle quantité d’un si grand champagne ? Naturellement, il ne répondra pas à cette question, il se joue de l’obstacle et part dans des digressions suffisamment passionnantes pour faire oublier la ligne de départ, des pays bleus roses « où jamais il ne pleut » et où les considérations économiques n’existent pas, c’est plus pratique. C’est la règle dans le gros groupe (Moët-Hennessy pour ceux qui sortent de vingt ans d’isolement), pas de chiffres, le champagne est une fête, un rêve, pas un produit, inutile d’affoler le monde. Pourtant, c'est bien ce qui rend le personnage intéressant, c'est bien ce paradoxe fou qui fait vibrer tout le monde (le monde du vin, parce que le public n'y voit goutte).
Le gaillard a 56 ans. Né en Champagne, il est le champagne, son ambassadeur mondial, une marque à lui tout seul, l’icône des cuves.
Morceaux choisis pour lire vite.
Roots. « Quand tu viens de la terre, tu lui appartiens. » « Je suis fils de vigneron et j’ai une relation organique avec la vigne, voilà mes racines. »
Ses vins. « Je n’ai rien changé, juste cherché à aller plus loin dans le projet Dom Pérignon. Creuser le sillon, tendre vers un absolu, c’est une quête pour toujours. »
« La trace d’un esprit, c’est de laisser respirer le millésime, laisser s’installer un dialogue entre le style de la maison et les caractéristiques de l’année. Conjuguer l’un et l’autre de la manière la plus saillante. » « La technique n’est pas dans la tradition Dom Pérignon ; le progrès, oui. »
Moi, manager. « Mon passé de médecin m’a appris à exprimer ce que je veux d’une façon compréhensible par mon équipe. » « L’excellence est dans le management. Emmener chacun à son meilleur niveau. C’est ce qui m’occupe le plus, ou pas loin. »
Une vista. « La continuité n’existe pas. L’esprit est plus important que la reproduction ». « Il faut que la Champagne se détende. Il y a des vignerons qui bougent les lignes. La Champagne est en mouvement, le travail d’excellence avance partout. »
Demain. « Sur les millésimes de la décennie 2000, attendez-vous à des surprises. Il y a moyen d’étonner en étant soi-même, sans se perdre. »
Il faut bien écouter ce que dit Richard Geoffroy et surtout ce qu’il ne dit pas, et que ces mains en mouvement perpétuel ne trahissent pas. On l’aura compris, ce grand homme du champagne est un drôle de zigoto qu’on a vite fait d’aimer. Mais pas autant que ses dom-pérignon, faut pas exagérer.

Les photos : Richard Geoffroy, photographié par Mathieu Garçon en novembre 2010.
Ce sujet est paru, à quelques modifications près, dans Le Monde Magazine du 10 décembre, daté 11.

2 commentaires:

  1. Dom-Pérignon sans s, please

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  2. Cher monsieur-madame, vous avez raison, les noms composés sont invariables. Et vous avez tort, les noms de vins s'écrivent en minuscules. Ensemble nous devrions donc parvenir à écrire comme il faut : des dom-pérignon. Merci de votre intervention qui m'a obligé à replonger dans Le Robert. Je corrige immédiatement.

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