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De loin. |
Et toi, ami lecteur, tu ne vas pas te laisser tromper par
une illusion d’optique. Tu t’y connais. Approchons-nous. Le champagne, le
bourgogne, le pinot noir, tout ça n’a plus aucun secret pour toi. Et un coteaux-champenois,
ça te parle ? Autrefois, on disait champagne-nature, mais rassure-toi, il
y a quand même des sulfites, un peu, pour que tu ne joues pas à pile ou face
chaque fois que tu tires un bouchon. C’était (déjà) un détournement sémantique.
Le coteaux-champenois est une appellation de Champagne.
C’est un vin rouge tranquille issu, donc, du pinot noir et uniquement. La
beauté d’un bourgogne quand il est beau, la fraîcheur d’un champagne de belle
origine. Ce vin vient de chez Philipponnat, la maison de Champagne. Il est issu de ses propres vignes
de Mareuil dont, pas tous les ans, les raisins deviennent du clos-des-goisses, la cuvée parfaite de la maison. Et c’est un enchantement. Mais pas plus de mille bouteilles, autant dire rien.
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De près. |
Il y a longtemps, dans les brasseries parisiennes, on en
buvait souvent. On appelait ça du bouzy, du nom du village de la vallée de la
Marne qui produit d’admirables pinots noirs. Et puis, l’habitude a passé, le
Parisien est volage. Moi, j’ai toujours continué à en boire un peu, j’en
achetais chez des vignerons de Bouzy ou de Cumières. Certains mettaient un
temps fou à s’ouvrir, à devenir aimables. Et puis ce vin était confronté à un
problème compliqué. Au lieu de faire du champagne avec ses pinots, le vigneron fait du rouge. Mais,
bien sûr, pour que les choses aient du sens, il faut le vendre le prix d’une
bouteille de champagne sinon le vigneron y perd. Mais c’était beaucoup trop cher puisque
la qualité n’était pas souvent à l’heure.
Aujourd’hui, le ton a changé et quelques-uns font très bien.
Des vins chers et parfois pas trop, oui, mais superbes. Égly-Ouriet (19/20 dans
le Guide Bettane+Desseauve, 105 euros), Bérèche (70 euros), Benoît Lahaye (un
peu plus de 20 euros), Gonet-Médeville (36 euros) et, donc, Philipponnat
(moins de
40 euros). Et,
ne soyons pas oublieux de ce qu’on a tant aimé, Laurent-Perrier en ouvreur à
l’époque. Je crois qu’ils ont arrêté la production de coteaux-champenois comme tous ceux qui font
beaucoup de rosés. En Champagne, c'est surtout le rosé qui tue le coteaux-champenois, ce produit rare, cette curiosité que je recommande chaudement.
Ce sont des vins très aromatiques, floraux, énergiques,
parfois un peu plus complexes que ça et le plus souvent très bons. La
concurrence frontale avec les grands pinots de Bourgogne fait un peu passer la
pilule du prix. D’ailleurs, allez lire ce que Bettane pense du
coteaux-champenois d’Egly-Ouriet (clic) pendant que je siffle paisible, heureux,
épanoui même, cette quille de chez Philipponnat qui, hélas, n’est parvenue jusqu’à moi
que sous un format de 75 cl bien trop court quand c’est très bon. Et 12 °
seulement, on en boirait jusqu'au bout de, etc. D'où l'importance du grand contenant. En magnum ? Oui.