Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



dimanche 5 février 2017

Les lobbyistes de Bayer-Monsanto se marrent

Dans le monde de cinglés dans lequel nous nous débattons, il y a deux, trois sujets qui méritent qu’on torture le clavier pour nous indigner. L’agacement du jour, c’est cette idée largement colportée par les syndicats d’appellation et, au-dessus d’eux, j’imagine, par les autorités nationales, qui consiste à refuser les zones de non traitement (ZNT) à proximité des habitations et à se féliciter que les projets de réglementation ne tiennent aucun compte des riverains. C’est une histoire de fou qui montre à quel point les lobbyistes de Bayer-Monsanto travaillent bien et à quel point nos « responsables » sont faibles. C’est éprouvant.

Voilà le texte de la circulaire reçue par les vignerons. On me l’a transmis pour mon édification et, éventuellement, celle de mes lecteurs.

« Madame, Monsieur,
La règlementation sur les phytosanitaires est en cours de réforme :
- Au niveau national, les conditions générales d’utilisation sont en cours de révision.
- Au niveau départemental, des mesures de protection des personnes vulnérables sont mises en œuvre (processus encore en cours pour PACA).
- Au niveau européen, des débats pourraient être relancés sur les conditions d’autorisation des produits.
Actuellement, l’Arrêté national phyto est soumis à consultation publique.
Afin de confirmer notre opposition à la mise en place de ZNT habitations, chaque vigneron est invité à envoyer le mail ci-dessous avant le vendredi 3 février 2017.
En vous remerciant,
Le Président du Syndicat général des vignerons de etc. » 


Et voilà le mail-type qu’il demande aux vignerons d’envoyer :

« Mail à envoyer avant le vendredi 3 février 2017 à : consultations-public.bib.dgal@agriculture.gouv.fr
Objet : 

Projet d’arrêté relatif à l’utilisation des produits phytosanitaires
Mail : 

J’exprime ma satisfaction d’avoir vu retirer le projet d’instauration d’une zone de non traitement à proximité des lieux d’habitation par voie réglementaire qui n’aurait fait qu’exacerber les relations de voisinage. Les autorisations de mise en marché prennent en compte le risque riverain. Je respecte les conditions d’application prévues dans ces autorisations et je mets en œuvre des bonnes pratiques. Je tiens compte des contraintes de voisinage comme celles relatives à l’environnement. 
Je souhaite que l’on puisse, en cas de nécessité, traiter par un vent allant jusqu’à 4 beaufort, en utilisant un matériel performant permettant d’éviter la dérive à l’extérieur de la parcelle traitée et lorsqu’il est agréé à cette fin par le ministère de l’agriculture.
Par ailleurs, je demande aux pouvoirs publics de ne pas délivrer ou renouveler d’autorisation de mise en marché à des produits qui seraient si nocifs pour les vignerons, leurs personnels et leurs familles qu’il faudrait porter des équipements individuels de protection au-delà des délais de rentrée, voire jusqu’à la récolte. 
Signature : NOM Prénom, viticulteur à Commune (n° du département) »

Cette démarche qui, dans ce courrier, concerne le Rhône semble être largement relayée dans toutes les régions viticoles françaises, j’ai également reçu une copie d’une circulaire semblable à destination des vignerons de Bourgogne. Un bon ami de Castillon m’a également réexpédié le mail qu’il a reçu, le ton n’est pas le même, mais l’esprit est là.
Non, tous ces professionnels ne sont pas « satisfaits d’avoir vu retirer le projet d’instauration d’une zone de non traitement à proximité des lieux d’habitation ». Ces vignerons ont conscience des dangers des pesticides, mais ils se sentent bien seuls, tout d’un coup.

Bref, nous voilà face à une bande qui s’acharne contre les efforts entrepris par le vignoble en matière de santé publique, cette belle évidence. Les autorités de gestion du vignoble français, suivant en cela Donald Trump et tous les climato-sceptiques plus ou moins honteux, se foutent pas mal des conséquences des pesticides sur la santé des riverains alors que plus d’un vigneron s’est lancé dans des investissements pour les protéger, certains allant jusqu’à organiser des journées de rencontre pour expliquer à une population justement ravie ce qu’ils faisaient pour éviter de balancer des pesticides dans les maisons et les cours de récré des écoles qui sont en bordure des parcelles.
J’ai du mal à comprendre ce qui guide les représentants du vignoble.
Là, ce n’est même pas l’argent, semble-t-il.
En tous cas, les lobbyistes de Bayer-Monsanto se marrent.


La photo : elle a été publiée sur le site du quotidien Ouest-France en septembre 2015 

 

14 commentaires:

  1. Bonjour

    Simple avis perso : Ceux qui refusent les znt sont d'abord les vignerons même si les chimistes se marrent ... Les vignerons et vitis ne sont pas obligés. C'est un choix. Ensuite l'enjeu n'est peut être pas dans ces quelques mètres aux abords des écoles et habitations mais le fait que cela constitue une brèche que ceux qui refusent les znt craignent qu'elle ouvre une voie à d'autres revendications plus "contraignantes" ? Un autre aspect est que le monde viniviti décide beaucoup de ses règles en cercle fermé sans l'intrusion des citoyens. Il ne faudrait pas laisser à croire que l'on laisse entrer le client dans la manière de faire du vin, déjà que celui-ci réclame du bio ?

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  2. En refusant les protections individuelles et les ZNT, c’est forcer les labos à travailler sur l’innocuité au bénéfice des riverains et vignerons.

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  3. Bonjour
    je propose de lancer tout simplement une pétition pour diffuser cette absurdité , il y a de nombreux sites spécialisés pour cela

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  4. Antoine Vandewalle7 février 2017 à 14:40

    Bonjour,
    Comment établissez-vous le lien entre "Donald Trump et tous les climato-sceptiques plus ou moins honteux" et les gens/institutions/entreprises, qui "se foutent pas mal des conséquences des pesticides sur la santé des riverains" ?
    A vous lire,

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    1. Il ne vous apparaît pas que ce sont les mêmes ?

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  5. Cet article n'est pas satisfaisant.
    Plusieurs points sont à prendre en considération.

    D'abord, il ne faut pas mesurer la dangerosité des embruns de produits phytos, exceptionnellement reçus par des riverains, à l'aune de leur agitation. Ainsi, dans un des 2 cas portés en justice à Bordeaux, il s'agissait de traitement... bio. Du soufre, qui pique un peu les yeux certes, mais c'est bien tout! Pour les autres produits "conventionnels", les doses ridiculement basses qui pourraient être absorbées dans les cas qui vous inquiètent ne représentent pas de danger, ni immédiat ni de long terme.
    Je sais que cette affirmation va contre la doxa habituelle, mais figurez-vous que les études faites avant la mise en marché des produits en question ne sont pas nécessairement mal faites ou biaisées.
    Comprenez-moi bien: je ne défends pas les phytos par habitude ou par plaisir masochiste (puisque, utilisateur, j'en serais la première victime). Je veux juste remettre les pendules à l'heure. On ne peut pas instruire uniquement à charge, gardons notre calme.

    Ensuite, il ne faut pas oublier que dans bien des cas ce sont les maisons qui sont venues se coller aux parcelles agricoles, pas l'inverse.

    Enfin, quand on parle de la mise en place des ZNT telle qu'elle était prévue, il s'agit en fait de surfaces agricoles énormes (la FNSEA parle de "plusieurs millions d'hectares", je n'ai pas le détail). corollairement, ce seraient plusieurs centaines de million d'€ perdus aussi, avec ces ZNT.

    Tout ça mis bout à bout (y'a pas mort d'homme -fondamental!, chacun ses erreurs, aspect éco) me semble nécessiter un peu de prudence avant de parler ou d'écrire de manière péremptoire.

    Concernant ces pauvres responsables de la profession viticole, si vous lisiez la presse pro, vous auriez probablement vu les efforts qu'ils font, les directions qu'ils prennent. Même s'ils peuvent certainement faire mieux, voyez par exemple le patron de l'Interprofession bordelaise, vouloir "sortir de l'usage des pesticides", voyez les Vignerons Indépendants de France faire la promotion de la viticulture à Haute Valeur Environnementale (HVE), voyez tant de coops chercher à produire mieux et plus propre...

    Et pour tout vigneron, aujourd'hui, je crois que la question environnementale est naturellement, sincèrement prise en compte.
    Continuez, ami journaliste, à nous mettre la pression, mais faites-le de manière constructive et amicale!

    Un vigneron

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    1. Je serai volontiers votre ami journaliste, hélas vous êtes anonyme.
      Cela posé, ce que vous dites est intéressant. Se demander qui signe les permis de construire en lisière du vignoble est une bonne question.
      Je suis de près les efforts des uns et des autres (et de Bernard Farges pour lequel j'ai la plus grande considération), c'est la raison pour laquelle cette soudaine reculade est surprenante.
      Il est sain que des vignerons lancent une alerte sur ce sujet. C'est la raison pour laquelle je me range à leur côté.
      Et pour les coops, je fais partie des très rares qui défendent leur action. Donc, merci, mais bon.

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    2. Anonyme "Pour les autres produits "conventionnels", les doses ridiculement basses qui pourraient être absorbées dans les cas qui vous inquiètent ne représentent pas de danger, ni immédiat ni de long terme." totale BS.

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  6. Ici, je vois beaucoup de haies se planter en bordure de parcelles. A fond depuis le début de l'année. Une bonne chose à de nombreux points de vue.

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  7. Désolé Mr De Rouyn, j'ai beau relire, je ne vois pas ou j'ai compris "à l"envers"... (cf FB de V Pousson ce matin)? Vous vous étonnez du fait que le monde agricole se mobilise pour garder son droit de traiter près des habitations, en sous-entendant qu'ils seraient en plus des marionnettes des gros méchants de chez Bayer M... c'est bien ça non ?
    c'est en tout cas ce que je comprends.
    La réponse d'Anonyme, un peu plus haut, résume bien ma façon de voir les choses : comment envisager de stopper les traitements dans ces zones ? Au passage, mise à part fustiger la réaction (quasi unanime pourtant) du monde agricole, vous n'esquissez aucune solution...
    Il faut bien mesurer l'impact qu'aurait une telle décision sur le territoire français "mité" par tant de village et d'habitation. Autre point évoqué précédemment : avez-vous des preuves de l'impact nocif de ces traitements sur la population avoisinante, je veux dire : des vrais, pas les mensonges de cash investigation...?

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