Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



dimanche 3 mai 2015

Joseph Henriot, ses Enchanteleurs,
ses beaunes et ses bateaux

Un soir de pluie, une paire d’amis, deux ou trois bouteilles, des choses à goûter, d’autres à boire. Commencer avec un petit champagne rosé assez bon, dans son honnêteté simple. Suivre avec ce magnifique simone blanc 06, peut-être encore un peu jeune pour donner tout ce que j’en attends, je tiens le simone blanc pour l’un des vingt grands blancs du monde. Le modèle d’après était un smith-haut-lafitte rouge 01 d’une absolue perfection dans son raffinement et la subtilité de ses arômes de truffe noire.
Après dîner, au lieu d’un sauternes de belle origine, nous avons choisi cette Cuvée des Enchanteleurs 96 des champagnes Henriot. Au-delà des qualités de ce vin fin et savoureux, l’idée était de célébrer la mémoire de Joseph Henriot, disparu lundi dernier. Évoquer son souvenir, c’est aussi se raconter encore une fois son parcours hors-norme, de Charles Heidsieck puis Veuve-Clicquot à l’établissement de son empire. Cette manière qu’il avait de croire d’abord en son étoile, cette capacité à être fort et à savoir dire non, par pure loyauté.
Et à réussir ce qu’il entreprenait à l’écart des modes, mais jamais loin des tendances en n’oubliant pas que le monde attendait des grands vins et qu’il fallait les faire, ces grands vins. Thierry Desseauve rappelait cette semaine sur le site MyBettaneDesseauve (clic) le credo de Joseph Henriot : « La quantité n’a aucune importance à mes yeux. Je veux faire les meilleurs vins possibles sur les plus grands crus. » La manière et la rapidité avec lesquelles il a redressé la maison Bouchard Père et Fils, égarée un temps dans la course aux volumes, en est le plus intense témoignage. Cuve 38, ce champagne de solera initié en 1990 et lancé l’an dernier, en est un autre (clic).

Les souvenirs des moments forts partagés avec lui, chacun dans son rôle, quand deux ou trois hurluberlus tentaient, en vain, d’appeler au boycott (clic) des chablis William Fèvre, propriété de son groupe. Ou d’autres, encore plus forts, quand il ouvrait dans sa maison de Beaune des beaunes Vigne de l’Enfant-Jésus 1961 (clic) ou 1891, le seul vin du XIXe siècle dont j’ai bu deux verres (clic).

Et puis, raconter aux amis ce qui ne se sait pas, Joseph Henriot et l’aventure de Charles Heidsieck III, le bateau de course sponsoré par lui et skippé par Alain Gabbay, deuxième de la Whitbread, course autour du monde en équipage. La façon dont il avait fait confiance à une bande de jeunes furieux et, surtout, comment il les avait suivis, une fois l’aventure terminée et le bateau vendu. Comment il a entretenu sur sa cassette personnelle chacun des membres de l’équipage, certains pendant dix ans, payant les études de l’un, les cours de pilotage de l’autre, etc. et comment il n’en a jamais parlé à personne. Ce comportement exemplaire.
Ne dites jamais de mal de Joseph Henriot sur le quai de La Trinité, vous finiriez dans le port.







2 commentaires:

  1. Un homme d'une droiture exquise: assez rare en ce bas monde!

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    1. En effet, Frédéric.
      Merci de ce commentaire.

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