Des bouteilles adorables et quelques considérations du dimanche.
1 Un déjeuner à l’Astrance, triple étoilé parisien, autour d’Anne-Marie Chabbert, l’infatigable œnologue qui assure la promotion de l’idée du champagne à table. On n’est pas obligé d’être pour. C’est amusant de loin en loin, mais ne boire que du champagne aussi grand soit il ne fera jamais un grand repas. La bouche (la mienne, d’accord) a besoin de l’effet apaisant des tanins veloutés d’un beau rouge, même si celui-ci n’a d’autre fonction que de faire le trou normand. Je n’étais pas seul à ce déjeuner. Il y avait aussi l’un des meilleurs orateurs de la Champagne, Charles Philipponnat, qui présentait son excellente cuvée 1522, millésime 2004. Il y avait Alexandra Rendall, cette Anglaise qui parle le chinois, l’une des meilleures dégustatrices que j’ai jamais croisé et son piper-heidsieck 2004 qui confirmait les grands progrès réalisés par la marque et il y avait un vigneron et son champagne Pierre Launay, joli blanc de blancs dosé à deux grammes (de sucre par litre) et millésimé, mais pas sur l’étiquette. Pourquoi ? Mystère.
2 Autre champagne, à Chouilly, dans la petite maison Lenoble dont le blanc de noirs 06 m’avait proprement bouleversé même si la maison est très
« chardonnay ». Nous étions réunis pour une dégustation comparative de vins clairs de diverses provenances et âges. Le vin clair est le champagne avant qu’il ait effectué sa prise de mousse. C’est amusant de goûter les vins clairs, on tombe souvent sur de grands vins qu’on trouve presque dommage de transformer en champagne. Une fois cet exercice de style achevé, nous avons déjeuné avec de vieux champagnes de 1996 à 1973. Histoire de se souvenir que le champagne est sans doute le vin qui, avec les liquoreux, vieillit le mieux. Le 73 était un délice de miel et d’abricot à la fine pétillance.
3 Déjeuner chez Ma Cocotte, restaurant à la mode du marché aux Puces, pour y boire des chantegrives de divers millésimes et établir le constat d’une très nette progression depuis quelques années. On le savait déjà. Ce que j’ignorais c’est le degré de ridicule que les restaurants à la mode sont capables d’atteindre, toute honte bue. Je ne parle pas de l’assiette d’une banalité sans surprise. En entrant dans ce genre d’endroit, vous savez ce que vous allez manger, le niveau et le genre clignote au néon sur la façade. Je ne dirai rien du service aussi familier qu'approximatif ou de la chaleur épouvantable qui régnait dans l'endroit. Non, ce qui m’a tué, c’est le déjeuner dédié au vin avec d’épais verres à eau, sans grâce ni efficacité. Quand je pense à certain boui-boui de village dans le Piémont et sa verrerie impeccable. Et ses barolos parfaits à 10 euros le pichet, mais c’est une autre histoire.
4 Autre déjeuner un tout petit peu plus privé dans un restaurant secret du ventre de Paris doté d’une carte des vins admirables. Passé le joli aligoté pour s’ouvrir les papilles, place à deux millésimes de gourt-de-mautens, 01 et 03. C’est un rasteau cultivé et vinifié par l’un de ces sorciers dont le Rhône abrite quelques spécimens. Lui, il s’appelle Jérôme Bressy et ses vins font le bonheur des amateurs et provoquent aussi quelques aigreurs chez ses voisins d’appellation, au point qu’on a vu récemment l’une de ses cuvées se faire déclasser en vin de table. L’histoire, ici.
Des deux, bien sûr, j’ai préféré le 2001, un grand vin calmé, complexe et bavard, d’une puissance maîtrisée, la longueur voyageuse. Le 03, lui, était encore dans l’exubérance de ses jeunes années, braillard, klaxon italien. Excellent aussi, mais ce n’est pas la même excellence.
5 L’avantage d’avoir une cave un rien bordélique, c’est qu’on est tenté parfois de la ranger. Et qu’on y fait alors des rencontres stupéfiantes. Ainsi, ce la-fleur-de-boüard 2001. Bien sûr, il en avait encore sous le pied, mais j’en ai d’autres. Déjà, il exprimait toute l’élégance bordelaise quand elle est finement jouée. Ce vin nous a enchanté autant par la classe de ses arômes que par son soyeux et ce que Michel Bettane appelle ses qualités tactiles.
Du coup, je ne peux pas m’empêcher de penser au de Boüard-bashing dont Hubert fait l’objet depuis la publication du classement de Saint-Émilion. Voici Pauline Vauthier (Château-Ausone) qui s’indigne de la promotion du château Angélus. On se demande bien au nom de quoi, sinon pour préserver ses acquis. Pas super-élégant. Voilà Pierre-Olivier Clouet (Château Cheval-Blanc) qui, pour les mêmes raisons que Mademoiselle Vauthier, donne son avis sur le terroir d’Angelus, le jugeant peu digne de son nouveau rang. Mais enfin, si le terroir d’Angelus était la terre à betteraves décrite, Hubert de Boüard serait un sorcier. Qu’il n’est pas. Il a certainement énormément de talent et d’expérience, mais ce n’est pas un magicien. Je le connais, c’est un type normal, plutôt plus drôle et plus sympa que ses détracteurs. Voilà enfin un sentencieux journaliste qui
« refuse de cautionner » le prix d’angélus 2012 sans réaliser que personne ne le lui demande. Et que personne ne s’émeut de ses propos. Même les trois châteaux qui n’ont pas été promus par le classement 2012 le mettent en cause dans leur action en justice en oubliant trop vite que pour faire du bon vin, il vaut mieux payer les factures d’un bon consultant que celles d’un bon avocat. Ce qu’a fait la famille Lignac du Château Guadet, aujourd’hui intégré dans les grands crus classés. Et si je ne parle pas des excès de langage de blogueurs aussi impérieux qu’outranciers, c’est par pure charité confraternelle.
Qu’ont-ils tous avec Hubert de Boüard et Angélus ?
Si tous ces gens avaient raison, comment expliquer le succès des vins d’Hubert de Boüard sur les marchés ? Le monde entier aurait ce très mauvais goût qui le pousse à ingurgiter des dizaines de milliers de vins produits ou conseillés par de Boüard ? Soyons sérieux.
Tiens, je vais de ce pas commander deux caisses de la-fleur-de-boüard 2012 avant que des Américains enthousiastes, des Anglais connaisseurs ou des Chinois découvreurs aient tout acheté.
Le blog de Nicolas de Rouyn
Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées. Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui. (Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées. Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui. (Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn