Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



dimanche 13 janvier 2013

Retour aux affaires, aux vins

Voilà, j’ai déserté mon blog depuis trois semaines, ce qu’on appelle des vacances. En vacances aussi de Facebook et de Twitter, mais en moins radical. Je traînais ici et là, pour suivre la conversation, les copines, de loin. J’étais bien tranquille avec mon amoureuse, la Bretagne et les montagnes, la neige, les belles bouteilles, quand soudain.
Voilà que Bettane et Desseauve publient un papier anti-vins sans soufre ajouté dans Gambero Rosso, le magazine italien qu’on aime bien. L’affreux Nossiter, cinéaste tremblotant, tout défrisé par cette remise à niveau, s’en fait l’écho sur Facebook sur le ton grandiloquent d'un Castro montant à l’assaut du capitalisme, en appelant au réveil des peuples, la mauvaise foi en sautoir, grotesque comme il sait faire et ça n’a pas raté, toutes les chaisières du mondovino y ont été de leurs petits cris, ça se tortillait dans tous les sens, ça criait au scandale en remuant des abattis comme autant de bébés oiseaux apprenant à voler et, à défaut d’arguments, ce sont les injures qui volaient bas. Du coup, moi, vous me connaissez, je n’ai pas pu m’empêcher de m’en mêler. Une belle baston où, comme toujours, les intelligents se sont distingués des bas du front. Et là, je ne parle pas des gens qui sont d’accord avec moi/nous. Je ne parle que de ceux qui ne sont pas d’accord. Il y a ceux qui ont quelque chose d’intéressant à nous dire même si j'ai du mal à adhérer à leurs propos et les autres, ceux qui n’ont que des insultes à faire valoir, ce qui montre le niveau, mais j’ai peur qu’il s’agisse d’une seconde nature chez ces gens. Cela dit, je persiste à défendre la liberté Internet malgré ces trolls inaudibles.

J’ai bu des vins 
Une théorie de petits et quelques grands. Les voici en mots et en images.
D’abord, pour bien commencer entre coquillages et crustacés, le magnifique bourgogne générique sous-la-velle 09 de mon cher François d’Allaines. J’en ai déjà beaucoup parlé ici, six mois plus tard, un an après, la qualité se confirme et le talent. Un blanc épatant.
Même lieu et de la belle viande, un cornas 97 de Paul Jaboulet Aîné, élégant, bien amorti, à sa place, tout de griottes.
Puis est venu un meursault-charmes 09, un parcellaire du château de Meursault qui montre là qu’il est capable de faire bien, un vin de finesse, le chardonnay comme on en voudrait plus souvent.
Un magnum de cru-monplaisir 09, ce cadeau du ciel, le petit vin du château des Eyrins à Margaux, repris par les Gonet-Médeville avec le talent qu’on leur connaît à Sauternes et en Champagne et qui mettent sur le marché ce très joli bordeaux à 20 euros le magnum.
Un clos-des-mouches 07 de chez Chanson, l’un des trois propriétaires du clos mythique. Légère déception, on a bu mieux sur ce clos. Celui-là n’était pas en place, il gigotait sans trouver à s’installer confortablement.




Consolation avec un merveilleux sauternes 02 du château Rousset-Peyraguey, fabuleux d’équilibre comme de complexité, sans excès de sucrosité, zéro lourdeur, sur des huîtres chaudes et un roquefort baragnaudes. Oui, le paradis est à portée de verre.


La vue de ma fenêtre au Chalet Christine

Pause à Talloires, histoire de jouer la transition. Un nouveau lieu découvert grâce à François Simon, le Chalet Christine. Les aléas d’une vie ont déménagé cette cuisinière du Grand-Bornand où elle s’était fait une réputation jusqu’au bords de ce lac de rêve. Un surplomb avec le port en contrebas, le château de Duingt en face, le petit lac à gauche et le grand, à droite, par delà le Roc de Chère, l’endroit est sublime. Bien sûr, très beau dîner dans cet esprit montagnard qui réinvente un concept oublié (on se demande pourquoi). C’était pourtant le contrat de base autour d’une table, on disait « copieux ». Qui rime avec « joyeux ». Pas les trois petites crottes qui se battent en duel au creux d’une assiette bariolée à coups de balsamique concentré sous l'objectif d'une blogueuse extatique, non pas ça. L’idée est de sortir de table en étant rassasié. Cette blague. J’annonce ici la bonne nouvelle : ça existe encore.



Là, en contrepoint d'un dîner de princes, nous avons sifflé un vougeot premier-cru les-cras 02 du domaine de La Vougeraie. Un vin soyeux, aérien, long. L’envie qu’on a de ça, plus souvent serait mieux.

La vue de ma fenêtre au Chalet de la Croix-Fry

Arrivée à La Clusaz, au chalet de la Croix-Fry, commune de Manigod. Un balcon plein sud très bien tenu par Isabelle Guelpa. C’est probablement l’un des meilleurs hôtels de montagne que j’ai fréquenté. Comprendre confortable et chaleureux. Tout y est fait pour vous faciliter la vie, vous êtes en vacances jusqu’au bout des jours. Elle est aussi la femme d’Édouard Loubet, cuisinier doué qui enchante le Lubéron, à Bonnieux. Ici, le chef est aussi très doué et pas chiche avec sa râpe à truffes. Nous avons fait des dîners splendides qui ont bien rattrapé la gastronomie des pistes. Un problème. À une population captive, on impose maintenant une prétention cuisinière qui a remplacé la brave nourriture basique et abordable, ni bonne, ni vraiment mauvaise qui était l’ordinaire des chalets-restaurants d’altitude. Les prix suivent. Que dis-je ? Ils précèdent, en fait. Obligés, en plus, de supporter les décibels des sonos de terrasse, on se croirait à la Voile rouge à Saint-Tropez. Sauf que là, t’as pas trop le choix. Je savais que c’était devenu la règle à Courchevel et à Val d’Isère, clientèle anglaise et russe, pas étonnant. Mais à La Clusaz, je n’y avais même pas pensé. On n’entend plus croasser les choucas. Bien sûr, côté vins, bonne occasion de faire dans le régional.




Nous avons bien secoué les cartes des vins et j’ai retenu deux mondeuses. Un Confidentiel 2011 de chez Trosset et un 04 de chez Michel Grisard au domaine Saint-Christophe. Le premier est un vin joyeux, très fuité, explosif avec sa pointe de poivre. Le second, plus abouti, d’une belle profondeur et complexité, apaisé. Deux expressions des vins de Savoie, très différentes, qui montrent qu’il y a un bel entrain et des gens qui font très bien.




Pour changer, un beaune-grèves vignes-de-l’enfant-jésus 02 de chez Bouchard Père et fils exactement là où je l’attendais, j’adore ce vin racé et limpide.
Un goulée, médoc 06. Ce domaine est en quelque sorte le labo de Cos d’Estournel, même propriétaire, c’est là que Jean-Guillaume Prats testait ces idées avant de les appliquer au grand Cos. C’est aussi un vignoble du grand Nord-Médoc, mené avec la même rigueur qu’à Saint-Estèphe. Et voilà un vin séveux, plein, équilibré et agréable, encore trop jeune.




Et pour finir, comme pour étirer les vacances, un hermitage la-chapelle 96 de chez Paul Jaboulet Aîné. Plus de dix ans qu'elle se planquait à fond de cave. Certes, 96 n’est pas le millésime du siècle sur la colline divine. J’ai bu de plus grands la-chapelle. Souvenir ému d’une verticale de fous que Caroline Frey (son portrait, ici) avait proposé à quelques bienheureux (là, je n'ai pas de portraits). Nous avions bu les mythiques 61 et 78, mais aussi 85 et 91 et d’autres encore finement choisis. Celui-là ne s’installera pas au panthéon de ces vins immenses, mais quand même, n’exagérons rien. Le velouté caractéristique, à lui tout seul, est une leçon de choses. Comme les variations aromatiques au fur et à mesure que la carafe se vidait. Les notes de cuir dénoncent la belle syrah bien menée et l’ampleur est une signature. Voilà un grand vin.

Au fait, c'est quoi, un grand vin ?
Un vin avec une capacité :
- à vieillir longtemps,
- à transmettre une émotion palpable,
- à déclencher une éventuelle passion,
- à développer des arômes mêlés, des saveurs étonnantes, une interminable persistance,
- à vous fabriquer un souvenir pour la vie.
Un autre avis sur ce sujet compliqué et débattu ? Voir l'excellent blog de Vincent Pousson, ici.

Il y eut d’autres vins, des champagnes en particulier. Pour une fois, pas grand chose à en dire. Sauf un clos-des-bouveries 2005 épatant (Duval-Leroy) et un moët-et-chandon de base qui tombait pile, un soir de soif, opportun comme jamais.