Comme toujours, François Mauss accueille chacun à l’entrée de la Villa d’Este, à la descente de la Maserati Gran Turismo qui nous a exfiltré de l’aéroport, le pilote (à ce niveau, ce n’est plus un chauffeur) a fait vite, mais on ne dit pas combien. En pleine forme, minci, bonne mine, Mauss fait plaisir à voir, la bonne humeur est un cadeau.
L’hélicoptère d’un participant se pose sur les pelouses, ce n’est même pas un vacarme, surtout pas une surprise. Le Riva d’un autre s’arrache du ponton avec quelques invités à bord, le gros bourdon du V8 américain s’estompe déjà. À déjeuner, un Pin 06 de La Spinetta nous a enchanté, mais son propriétaire Giorgio Rivetti, s’est excusé, il est à San Francisco, il ne viendra pas. Dommage, j’avais gardé un bon souvenir de ma visite dans son Piémont de ce garçon vif et tonique, nous avions goûté deux ou trois vieux millésimes de sa production au Ciaù del Tornavento, le restaurant mythique de Treiso, juste au-dessus de Barbaresco.
Au café, Jérémie Le Duc (Seguin-Moreau, tonnellerie) glisse un truc intelligent à propos des barriques « on est plus dans l’assemblage du grain du bois que dans l’origine à tout crin ». Ça fait plus plaisir à entendre que l'éculé « tous mes bois viennent de la forêt de Tronçais », tarte à la crème d’un genre qui croit que nous sommes mauvais en géographie, que nous ne savons pas que la forêt de Tronçais, ce ne sont que 7 000 hectares très hétérogènes.
Passé un moment avec Axel Heinz (Ornellaia, super-toscan), venu ici pour présenter une verticale de son grand vin, Masseto. C’est l’une des trois dégustations de prestige de cette quatrième édition du World Wine Symposium #4. Le garçon est fin et drôle et sympathique, ses vins sont grands, voire immenses. Autour d’un ristretto dans le pâle soleil de novembre au-dessus des eaux calmes du lac, on est plutôt heureux.
Il est l’heure d’aller goûter ses pinards.
Ornellaia Masseto, huit millésimes, quarante dégustateurs du monde
95 : nez expressif, bouche décevante, d’une constitution que j’ai trouvée un peu mince.
98 : des arômes splendides, un vin en pleine forme, pas au bout de ses âges. Pourtant déjà marqué par l’évolution.
01 : allez, encore cinq ans et on en reparle, c’est probablement un très grand machin, mais là, il a un peu oublié de venir, il est resté à bouder dans son austérité.
06 : il a beau être issu d’un millésime plus souple, il a une belle conversation et beaucoup de choses à dire encore.
07, 08, 09 : des bombes, surtout le 09, et des vins très fins, surtout le 07. L’équilibre parfait entre la puissance et la finesse.
| L'un de ces vins est mon préféré. Saurez-vous découvrir lequel ? |
Et il y avait le 2002. C’est lui l’ami des gens. Ce jour-là, dans ces verres, à cet endroit, à cette température, il est d’une perfection inattendue. C’est ce qu’il est convenu d’appeler un moindre millésime, ceci expliquant sans doute en partie cela. Il confirme ce que je pense depuis longtemps des grands vins italiens (et des grands vins tout court, d’ailleurs), dix ans est le minimum requis pour atteindre une buvabilité parfaite. Avant, on est dans la dégustation, on se promet des choses, on espère. Là, on a un vin qui a tout digéré, d’une amabilité totale, les tanins très fins sont encore un peu joueurs, mais pas au-delà. L’interminable finale de cerise est d’une folle élégance. C’est exactement ça que nous devrions boire à tous les repas. C’est pour ces vins-là qu’on aime le vin.
Et pendant ce temps…
Le quotidien économique Les Échos et son supplément Série limitée powered by Bettane+Desseauve paraît ce vendredi matin avec plein de pages Vins. Ne pas le rater, il est top. Jacques Lardière, Caroline Frey, Philippe Pascal, Jean-Charles Cazes, la candidature de la Champagne au patrimoine mondial de l’UNESCO, la Part des Anges, vente aux enchères de grands cognacs, une fine sélection de vins de fêtes et plein d’autres choses passionnantes. Voilà du beau papier imprimé.
À Hong Kong, le Grand Tasting de Bettane+Desseauve (sont partout, je vous dis) bat son plein avec tous les amis qui sont là-bas au lieu d’être ici avec moi. Et qui sont ravis, en plus.
Ce jeudi matin, Le Figaro a publié ce jeudi, dans son troisième cahier, un intéressant article de Bernard Burtschy, mais surtout, il publie maintenant deux pages Vins par semaine au lieu d’une. Ça vous semble parfaitement anecdotique, amis qui d’autre en fait autant. Une pensée affectueuse à mon cher Daniel Benharros, l’infatigable artisan de ce succès. Si vous ne l’avez pas lu, c’est foutu jusqu’à la semaine prochaine.