Petit effet de balancier dans le ciel controversé des techniques de bouchage des bouteilles de vin. Les Anciens et les Modernes s’affrontent sur les mérites respectifs du bouchon liège et de la capsule à vis. S’agissant de vin, les choses prennent comme toujours un tour dogmatique. Les partisans de l’un ou de l’autre n’écoutent plus personne et sont prêts à toutes les outrances de langage. Ce qui rend le débat spécialement imbuvable.
Et voilà que la maison Amorim, gros producteur de bouchons en liège de nos forêts, balance un communiqué pour se vanter d’une petite victoire. Un vigneron de la Barossa Valley en Australie, qui bouchait avec des capsules à vis depuis cinq ans, revient dans le camp des liégeux. Amorim explique pourquoi : « Les causes de ce revirement sont prioritairement le caractère de réduction observé sur les vins bouchés avec capsule et les variations d'une bouteille à l'autre » et de conclure que tout ceci n’arrive pas avec des bouchons liège. Ce qui est nettement exagéré. Quiconque a ouvert plus de douze bouteilles dans sa vie, sait bien que les variations d’une bouteille à l’autre sont monnaie courante. Au point qu’il y en a pour dire qu’au bout de quinze ans, il n’y a plus de grands vins, il n’y a que de grandes bouteilles. Déclaration à laquelle je souscris, d’expérience.
Si j’étais vigneron, je réserverais les bouchons liège aux vins de garde et les capsules à vis et bouchons synthétiques aux vins à boire dans les deux ans. Comme je ne le suis pas, je me contente de dire qu’il n’y a pas plus belle promesse à mes oreilles que le plop du bouchon et pas de plus grand désespoir qu’une bouteille bouchonnée qu’on a tant attendue.