Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



mercredi 28 mai 2014

Lundi, j’ai WineLab. Chouette

Le Carreau à nouveau

Retrouver le Carreau du Temple, tout neuf, tout frais, c’est à peine si trois ou quatre événements ont essuyé les plâtres de ce « nouveau » lieu de réception. L’ancien temple de la fripe du Paris populaire nettoyé des outrages du temps a retrouvé les flamboyances de cette architecture industrielle aussi élégante que fonctionnelle. C’est là que Bettane+Desseauve organise le WineLab, nouveau salon de vins aussi frais que l’endroit.

Le WineLab dans son nuage


L’interview que je me suis faite :
Encore un salon ?
Oui.
Et pourquoi, s’il vous plaît ?
Parce qu’on n’attend que ça.
Mettre ensemble des producteurs inconnus et de grandes maisons de réputation planétaire, c’est vraiment une bonne idée ?
Michel Bettane et Thierry Desseauve ont choisi chaque vin présenté au WineLab selon le principe de la surprise. Oui, il y a une alternative à l’envolée des prix sans sacrifier la qualité. Oui, telle grande maison de Champagne élabore un rosé formidable à un prix d’entrée de gamme. Oui, tel excellent vigneron est capable de sortir un vin épatant à moins de huit euros. Oui, ce petit château inconnu dans une appellation ignorée produit des vins qui bouleversent les dégustateurs.
Il y en a beaucoup comme ça ?
Environ 150 domaines à déguster.
C’est quand ?
Un seul jour, lundi prochain 2 juin de 11:30 heures à 20 heures.
C’est cher ?
Non, 10 euros. Mais sur demande, les lecteurs de ce blog recevront une invitation gratuite. Il suffit de laisser un commentaire avec vos nom, prénom et adresse mail (que je ne publierai pas, évidemment) et je vous l’envoie.
La liste des producteurs présents ?
Sur le site du WineLab, ici, avec tout les autres détails, les vidéos, etc.

À lundi.

Bel endroit pour une découverte





samedi 24 mai 2014

L’évidence de Caroline

Je lis les blogs consacrés au vin. Presque tous. J’y apprends des choses que j’ignore, j’y constate le sur-place dramatique de certains, je me marre beaucoup parfois, je m’énerve souvent. Ainsi des vins de Caroline Frey, souvent mal racontés, je ne sais pas pourquoi. Corrigeons.

Évidence par Caroline 2010, 24,40 euros chez les cavistes


Propriétaire et vinificatrice de deux domaines emblématiques, elle n’aime rien tant que pousser les expériences, enrichir son savoir-faire, comprendre ce qui s’est passé autrefois, aiguiser son exigence. Elle sort ces jours-ci une cuvée baptisée Évidence par Caroline. Il s’agit d’un assemblage 50/50 cabernet-sauvignon et syrah. En soi, rien de nouveau. La nouveauté réside dans le fait que le cabernet-sauvignon vient des terres de son Château La-Lagune dans le Médoc et la syrah des vignes de son domaine Paul Jaboulet Aîné à Tain-L’Hermitage, Rhône nord. Nouveauté, vraiment ? Non plus. Ce faisant, Caroline interprète à sa façon le bordeaux hermitagé, une vieille coutume que l’avènement des appellations d’origine contrôlée n’avait pas laissé survivre. Il fût un temps où le négoce bordelais fortifiait les vins de Bordeaux avec de la syrah achetée sur la colline de l’Hermitage, une époque où ces vins ne valaient pas bien chers et faisaient de parfaits vins médecins. « La syrah ajoutait du gras à des productions souvent assez minces » dit Caroline. Pour Évidence, elle élève les vins chacun sur son terroir et achemine les cabernets à Tain pour l’assemblage. Pour des raisons administratives, elle ne peut pas assembler à La-Lagune. Puis le vin est élevé une fois assemblé en barriques, dont 10 % de bois neuf, pas plus. Cette année, il y aura 10 000 bouteilles du millésime 2010 de cette cuvée.

Chez les Frey non plus, l’idée n’est pas neuve. Depuis 2006, Caroline fait Duo, une seule barrique des syrahs de La-Chapelle, mythique cru de la colline de l’Hermitage, avec l’assemblage du grand vin de La-Lagune, c’est-à-dire cabernets, merlot et petit-verdot. Ce qui est, somme toute, très différent de la nouvelle cuvée et là, on est dans le vrai bordeaux hermitagé. Ce Duo est mis uniquement en magnums (moins quelques bouteilles pour les dégustations), ce qui signifie moins de 150 magnums par an. J’ignore le prix de ce vin ultra-rare. Pour info, Château Palmer à Margaux fait la même chose depuis deux ou trois ans.

samedi 17 mai 2014

Le Salon de la RVF, j'y étais

J’ai été au Salon de la RVF. J’aime bien. Le palais Brongniart (la Bourse) est un beau bâtiment, il y a des sols et des hauteurs sous plafond, des escaliers monumentaux. Première surprise, la nouvelle organisation des stands est beaucoup plus agréable, fluide, aérée. Deuxième nouveauté, une épicerie fine avec tout ce que tu as envie de rapporter à ton frigo. Ils ont commencé avec ça l’an dernier, des producteurs de vins dans la même salle, ça ne marchait pas. Cette année, parfait.

C'est beau, la Bourse

Beaucoup de beaux champagnes, des vins qu’on ne voit pas forcément partout, des nouveaux millésimes de champagne (Veuve Fourny) ou du château de Moulin-à-Vent, plein de copains, dont certains en touriste, Benoît Tarlant est un exemple. Rencontre avec Thomas Noêl, caviste du faubourg, big boy sympathique. Un public comme on l’aime et j’ai entendu parler d’une ou deux masterclass ébouriffantes. Le Salon de la RVF, c’est fini ce soir, ce qui vous laisse largement le temps d’y faire un bon tour.
Avant de quitter les lieux, goûtez le blanc de blancs de Brimoncourt et ne dites pas « la barbe », même si ça vous démange. Demandez plutôt des nouvelles du girafon. Si vous ne savez pas pourquoi, eux savent.

23 euros, même pas cher. Oui, je paie mon entrée.


vendredi 16 mai 2014

Les deux bonnes nouvelles de la semaine

Les nuances sublimes des vieux liquoreux


1 – Merveilleux déjeuner au Laurent en compagnie d’Alain Château (Belle-Rives en Anjou et Yon-Figeac à Saint-Émilion). Cet ancien industriel, parfaitement néophyte dans le vin et donc sans aucun a priori, fait un quart-de-chaume, un chaume et un coteaux-du-layon admirables. Résultat : 100 000 bouteilles vendues chaque année. En France, pour l’essentiel. Qui a dit que les liquoreux n’avaient pas de marché ? Que plus personne n’en buvait ? À mes amis de Sauternes, de Barsac, d’Alsace, etc. je recommande un petit stage chez Alain Château. Aux autres, je recommande un bon déjeuner au Laurent, toujours au maximum de ce qu'un restaurant parisien peut donner.

2 – Si je vous dis que ma meilleure amie et mon plus vieux pote viennent d’annoncer leur mariage, vous ne serez pas passionné. En revanche (l’impression est la même), Taittinger de Champagne et Time to sign off,
le « smart e-mail du soir », se sont dit oui pour publier chaque mardi une bonne nouvelle. Mardi dernier, c’était le boom du mariage chez les over-60. Bon, ça pique ou ça pétille ? Vivement mardi prochain.

Pour vous abonner à Time to sign off, c’est ici. Faites-le, c’est vraiment mieux que les agités du JT. http://timetosignoff.fr/

lundi 12 mai 2014

Poissons et déduction,
par Ofilet Neiman et Guillaume Plomb



Désolé, mais la pêche à la ligne est un art difficile qui requiert des compétences. On ne fait pas le lien pêche-pécho comme ça. Ainsi, si je me pose la question d’un après-midi au bord de l’eau, la gaule sous le bras, je lis plutôt l’album de mon cher Jean-Pierre Foissy (voir ci-dessous, mais en bas) que cet ouvrage sous-informé (voir en bas aussi, mais plus bas) et qui joue gravement de la digression à une ou deux illustrations près (voir ci-dessus).
C’est le drame de l’auteur moderne, surtout quand ils sont deux (on imagine les crises, les tensions, les compromis, c'est comme si j’y étais, crêpage de chignons et compagnie). L’auteur moderne ne tient pas la ligne de son sujet, on se croirait sur Facebook.

Ainsi Ofilet semble agitée exclusivement par l’idée de nous voir nager la brasse coulée avec une soiffarde de circonstance. (Maman serait furieuse). Et le petit Plomb coule à pic sans s’intéresser une seconde aux vrais soucis des lecteurs. Si l’on met de côté, naturellement, son vrai talent : la bédé-réalité (voir juste là en dessous).

En plus, c'est pas vraiment un guide, hein

Cet ouvrage, le énième du genre, pêche vraiment, voire est totalement raté, au plan halieutique. Je ne critique jamais personne, mais là. Pas un pêcheur à la ligne ne saurait s’en inspirer. En revanche, pour les jouisseurs et les fêtards, c’est de l’or tombé du ciel en une pluie si fine que. Bon.
Dernière mise en garde, Poissons et déduction est réservé à un public dont l’âge s’encadre dans la fenêtre 25-25. Avant, il est inutile. Après, revoir les doses à la baisse.

L’album de Foissy est en vente en adressant un mail à :
dominique-etc@wanadoo.fr
L’album de Glou et Glon est vente dans les librairies qui osent. 


Très drôle et, en plus, vu de l'intérieur. Sous l'eau quoi.


Le livre de Neiman et Long (Glou et Glon, si vous préférez), très éloigné du sujet








jeudi 8 mai 2014

Le Petit Sommelier, bienfaiteur de l'humanité

Pourquoi lui ? 
Le Petit Sommelier est très précisément le genre d’établissement dans lequel je n’entre (presque) jamais. Vu de l’extérieur, le look brasserie de gare n’a pas ma préférence. Mais ce jour-là, Thierry Desseauve y avait déjeuné et il en était revenu extatique, décrivant l’œil humide « un bienfaiteur de l’humanité » et, ceci explique cela, une carte des vins d’anthologie. Là, moi, je ne résiste pas. D’autant moins que depuis la fermeture des Enfants rouges, j’ erre dans le vaste Paris, l’âme en calanche. Le Petit sommelier est tenu par Pierre Vila-Palleja, fils de ses parents qui tiennent la maison depuis belle lurette. Et ce garçon a choisi de dépenser quelques sous pour construire une carte des vins de folie. En plus, c’est le copain de notre cher Antoine Pétrus.
Allez, une table pour deux.

L’assiette 
Au menu, cette gastronomie de brasserie qui enchante le Parisien quand c’est bon, frais, sincère et digeste. De l’entrecôte d’Angus au plat de ménage et aux poissons puisqu’on est en face de la gare Montparnasse, le tout parfaitement exécuté. En entrée, un pithiviers de canard, cèpes et bolets, ça vous pose une réputation. Soulignons enfin la qualité « brasserie » du service, un modèle du genre efficace, souriant, rapide. Le travail dans la bonne humeur, c’est assez contagieux, vous repartirez ravi.

La carte des vins 
Pour moi, toujours, c’est le plus important et c’est ce qui me distingue d’un critique gastronomique, voire d’une foodista. La lecture de la carte peut durer, elle est longue. Attention à ne pas en oublier votre invitée, le danger est là. Beaucoup de millésimes déjà un peu amortis, c’est agréable. Des verticales intéressantes (Fonsalette ou Jamet, par exemple), un pricing décent. Pas franchement cadeau, mais pas d’exagération et quelques bonnes surprises. Et la sélection est bien calée du côté du rare. Qui d’entre vous, amis lecteurs, a déjà goûté à Ojai, le vin californien (62 euros) ou aux vins suisses de Christophe Abbet ? Mais aussi les beaux hermitages, les châteauneufs, les coteaux-champenois de Bereche et Égly-Ouriet, trévallon, grange-des-pères. En blanc comme en rouge, on veut tout goûter. Et même les pages des spiritueux et vins d’après-dîner (une collection de chartreuse) vous tire des larmes. D’où l’impression que vous en prenez pour un moment dans cet établissement. Venez et repartez en taxi.



J’ai choisi ça 
Après un verre de champagne blanc de blancs extra-brut de Pascal Doquet, parfait dans sa rectitude et sa finale légèrement saline, j’ai choisi un bouquet de fleur : pibarnon 90. De la tubéreuse à la mandarine en passant par la réglisse. Plus tard, c’est le pain d'épices qui arrive pour finir sur une longue note d'abricot. Du rouge ? Oui, du rouge. Choisi en souvenir de ce même pibarnon 90 sifflé avec d’autres vieux millésimes au château de Pibarnon, il y a quelques années, en compagnie d’Éric de Saint-Victor, de son père et de sa mère à l'occasion d'un fameux débat télé, on avait tellement ri. Sept ans déjà.
La fin du dîner a vu arriver deux portos, un rouge et un blanc. Si le colheita 2000 de Poças était bien là où nous l’attendions, dans ses arômes et sa longueur, le Dalva blanc était parfaitement sublime.



L’avis du copain 
« J'ai connu Pierre il y a un peu plus de cinq ans. À l'époque, il nous rejoignait comme stagiaire au Crillon. Mais pas n'importe quel stagiaire : sémillant, dynamique et ultra-curieux. Plus tard, Pierre m'a également beaucoup aidé lors de la création de notre nouvelle carte des vins chez Lasserre. Au Petit Sommelier, il a conçu de lui-même une carte brillantissime, une carte de vignerons, de vrais vignerons. Bien mise en valeur sur le papier comme dans le verre. L'exemple d'une carte de restaurant étoilé au format belle brasserie. »
Antoine Pétrus
(Directeur de salle du restaurant Lasserre, Meilleur Ouvrier de France Sommellerie 2011, dégustateur émérite pour le Guide Bettane & Desseauve)



L’adresse 
Le Petit Sommelier
49, avenue du Maine 75014 Paris
01 43 20 95 66

Retrouvez dès lundi cette chronique sur mybettanedeseauve.fr dans la bien nommée rubrique « Les bienfaiteurs de l’humanité »

mardi 6 mai 2014

Jérôme Bressy, un vigneron avec un regard
(l'article complet)

Ce jour-là, l’hiver est bleu, il est encore tôt, le brûloir dans les vignes, une fumée légère et blanche, c’est jour de taille au Domaine Gourt de Mautens. Jérôme Bressy, le patron, le vigneron, en est. Il travaille avec deux filles, taiseuses, concentrées. « Moi, vous savez, il me faut des gens de très bonne qualité, sinon on ne s’entend pas. » Tous les entrepreneurs, à des degrés divers, disent ça. On les comprend. Lui, en plus, il dit que c’est mieux de brûler les sarments que de les broyer. Ah bon ? « Déjà, si il y a de la maladie dans le bois, ça évite de remettre tout ça dans le sol. L’oïdium, une année de pression, si vous brûlez ça baisse d’un cran l’année d’après. Cette fumée porte quelque chose dans nos vignes. Et c’est bon pour nous, cette fumée nous met en contact avec les bois et on voit des choses, des formes. On ne se connaît pas encore, je ne peux pas tout vous expliquer. » Mais il dira qu’il tient à ce brûloir, que son grand-père l’avait bricolé, que c’est de l’attachement familial.



L’ambiance est installée. Jérôme Bressy n’est pas n’importe quel agriculteur. Il a du monde et de ses vignes une idée alternative et sensible. Il n’est pas un militant, mais il a des convictions « Je vais au monument au mort, mon grand-père y allait, la France et sa mémoire ne sont pas la propriété de quelques-uns. ». Quand il rejoint son père en 1989, il a 23 ans et lui dit à peu près ceci : « Papa, je veux faire un très, très grand vin, il faudrait qu’on commence la conversion en bio. » Son père, ce vigneron communiste dont le projet était de payer ses ouvriers plus cher, son père l’a suivi. Et sa mère soutenait son père qui le soutenait. Avec des parents comme ça, les obstacles s’estompent. À l’époque, tout le raisin partait à la coopérative et lui, il voulait son étiquette. Elle arrivera en 1996, trois ans après la conversion en bio-dynamie. Sur le sujet, peu à peu, il parle et ce qu’il en dit est enthousiasmant, bien sûr. Comment dire le contraire, c’est la vie qui parle, c’est chaud, tonique et rassurant « C’est tellement beau de travailler comme ça, la chimie éloigne le vigneron de sa terre. Il faut avoir un regard sinon on fait de l’industrie. » Mais ces voisins ? « Je les plains, ils sont les victimes d’un système qui les terrorise. Ils reçoivent des sms dès qu’il pleut pour les pousser à traiter. C’est un système de secte. »

Plus tard, on ira voir ces parcelles dans la campagne de Rasteau, la petite route qui monte et qui descend, le ciel de Provence, les bois de chênes verts et les oliviers, les vignes sur les pentes des combes mi-ombre mi-soleil. On s’attend toujours à voir débouler les sangliers, on a raison, il y en a plein. Jérôme Bressy travaille son domaine de 13 hectares et ne veut pas s’agrandir, il veut continuer à faire ses petits rendements et son vin d’exception et pas plus. Il raconte son éviction de l’AOC sans amertume. Comme d’autres grands hommes de la région (Dürrbach, par exemple), son encépagement n’a plus convenu. Pourtant, tout ce qu’il a planté l’a été dans les règles avec toutes les autorisations et les validations requises et puis, un beau matin, ça n’allait plus, l’administration en charge a changé d’avis, pourquoi, on ne sait pas, on ne sait jamais. Comme il tient beaucoup à son portefeuille de cépages, il est sorti du jeu.

Grenache noir, blanc et gris, carignan, mourvèdre, counoise, vaccarèse, terret noir, cinsault, syrah, clairette, picardan, bourboulenc, picpoul gris et blanc, roussane, marsanne, un vrai catalogue de pépiniériste branché. Il a même un très vieux pied de muscardin, cent ans au moins, il nous montre « Je vais prendre des greffons et les mettre ici, le fait d’être sorti de l’appellation me laisse toute liberté. » Cela dit, il ne fait pas le malin, pas sûr qu’il trouve ça très drôle, il incrimine plus un système que des gens. D’ailleurs, il a de la tendresse pour quelques-uns de ses collègues de Rasteau, ils ne sont pas comme lui pourtant, mais quand même si, un peu. Il y a des souvenirs et une vie en commun, l’école d’avant, le village. Et il y a cet extraordinaire attachement au pays et à ses traditions. « Tailler en gobelet, c’est un art. J’ai vu des anciens qui venaient en 2 CV entretenir leurs ceps. Ils sont morts, les enfants ont vendu, aujourd’hui tout a été arraché. On avait le patrimoine qu’il fallait pour se défendre face au Nouveau monde. On l’a perdu pour des raisons productivistes absolument irréalistes » ou encore « Malgré la folie des contraintes, la France est encore debout, elle pousse. On se met des boulets aux pieds pour être sûr de ne pas y arriver, mais à la fin, on s’en sort. »



Ici, dans les collines de Rasteau, on parle haut, on parle clair. Et puis, on descend à la cave. En sous-sol, pour la gravité et la fraîcheur des températures dans un pays où il arrive qu’il fasse très chaud. Là, on est à la cuisine. Jérôme Bressy le dit « Les foudres, c’est comme une cocotte en fonte. » Il s’amuse, il laisse mijoter, il goûte tout le temps. Le vin passera en foudre ou en demi-muid selon le caractère de la parcelle dont il est issu, il continuera en béton pour finir dans l’inox juste avant la mise. « J’ai beaucoup évolué, je cherche tout le temps. Le premier grand moment, c’était en 2001. J’avais acheté cent barriques d’un an. En 2003, j’ai tout changé, des foudres et des demi-muids. En 2007, nouvelle évolution avec une vinification en vendange entière en cuves tronconiques en chêne. » Aujourd’hui, l’élevage dure 30 à 36 mois et, au bout du temps long, le vin est là, ce succès qu’on sait, les beaux prix, 20 000 bouteilles seulement que les grands amateurs s’arrachent. On se quittera à regret, on avait encore des choses à se dire, il y faudrait des jours. Ainsi va ce monde. Ce n’est pas le sien, mais « Je ne suis pas un arriéré, je veux juste conserver des méthodes, un mode de vie, des habitudes. Rien ne justifie qu’on se sépare de tout ça. »
Normal qu’on l’aime.



Les photos : Mathieu Garçon, évidemment
Pour lire le sujet au grand complet avec l'avis de Michel Bettane 
et tous les chiffres concernant Gourt de Mautens, c'est ici