Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



vendredi 30 mars 2012

Et au milieu coule la Loire (VdV#44)


C’était un mois de septembre éclatant et frais. D’un côté et de l’autre du grand fleuve mou. Chinon, Montlouis, Vouvray. On a l’impression de réciter les noms des batailles. Ce ne sont que des champs d’excellence. Nous avions visité les Couly 1 et 2, François Chidaine, le Clos-Naudin, et Noël Pinguet. Retour en images sur des jours heureux.


Premier arrêt peu après le lever du soleil dans les vignes de François Chidaine, à Montlouis. C'est lui, là, avec les sécateurs sur la table de tri en bout de rang. Il fait un temps de rêve et un froid polaire. J'ai déjà tout raconté .





Nous avons passé la Loire, direction Vouvray et ses stars internationales, Philippe Foreau et le grand Pinguet. Les caves du Clos-Naudin sont creusées sous la vigne, c'est pratique, cette impression de passer de la cave au grenier. Philippe Foreau est un garçon rieur. Il vous fait goûter ses merveilleux liquoreux avec une gourmandise très communicative. Il y a de quoi. C'est lui sur l'antique étiqueteuse dont il se sert encore.




Trente mètres plus bas, même rue, le Domaine Huet et son bon géant, Noël Pinguet devant son pressoir. Son portrait, ici. Et Mathieu, le photographe, ne résiste jamais à une belle lumière dans un verre de vouvray.







Et nous sommes partis à Chinon, en aval du gros fleuve. La légende à l'ombre du souvenir de Rabelais. Une maison de réputation, Couly-Dutheil. Un père et son fils, le Clos de l'Écho entre ombre et soleil, des vignes chic qui regardent de belles choses, des vins fameux réputés pour leur aptitude au vieillissement, goûtez un chinon de 25 ans et relevez le front.


Autres chinons, autres Couly, un père et son fils aussi, en dissidence des premiers, une histoire de famille qui ne se passe pas bien comme souvent, on a eu la gentillesse de nous épargner les détails, ça ne nous regarde pas, ça ne nous intéresse pas. Les vins sont là, on les aime beaucoup, c'est tout ce qui compte.


La Loire, on y revient toujours. Les vins sont faits pour les heures légères, des vins de civilisation, la finesse et la fraîcheur, tout ce qu'on veut trouver au bout du verre.


Ce billet est destiné au Vendredi du Vin #44

Les photos sont toutes signées Mathieu Garçon

jeudi 29 mars 2012

Ceci n’est pas un bandol

Il y a en France cette propension agaçante à toujours taper sur la tête des gens qui font bien. Ce travers est très sensible dans les commissions d’agrément chargées de délivrer l’imprimatur au nom des appellations d’origine contrôlées. Après avoir pratiqué sans vergogne et pendant des années l’agrément social (agréer un mauvais vin pour ne pas faire sombrer dans une faillite certaine le vigneron coupable de mal travailler), voilà maintenant qu’on nivelle par le bas au nom de la typicité. Régulièrement ce sont les meilleurs qui se voient refuser l’agrément. On pense à Marcel Richaud à Cairanne ou au Domaine de Souch à Jurançon, il y en a plein d’autres. Aujourd’hui, c’est le Domaine de La Bégude qui fait les frais des jalousies. Voilà le texte que Guillaume et Soledad Tari nous ont adressé, du haut de leur maquis battu par le vent et le soleil, au dessus des flots bleus, légèrement amers, mais pas trop, forts qu’ils sont de l’excellence de leur production comme de leur terroir.

 « C’est avec une pointe de tristesse que nous avons rempli le formulaire de déclassement de notre vin rosé de l’appellation Bandol. Certainement lassés d’être éconduits, on peut dire que c’est un peu l’histoire d’une déception amoureuse... 
Depuis plusieurs années, l’obtention de l’agrément de notre rosé était devenue un parcours du combattant, obtenu in extremis après de nombreuses procédures administratives et d’interminables débats sur ce que doit être un rosé de Bandol. En effet, difficile de maintenir l’anonymat de nos vins couleur corail, parfaitement identifiables lors des dégustations d’agrément, au sein de rosés dont la transparence ne fait que s’exacerber, conformément à la mode actuelle. Étant vignerons depuis cinq générations, la mode nous importe peu. 
Nos vins nous ressemblent, mais sont surtout le reflet de leur terroir, du climat, du millésime, sans artifice. Ce rosé nous semblait être une expression parmi tant d’autres de cette belle appellation. À ce titre, notre précédent millésime 2010, épuisé deux mois après sa mise en bouteille, avait d’ailleurs été refusé plusieurs fois a l’agrément et avait finalement pu se nommer bandol, mais soumis à un avertissement. Un peu déconcertant quand on sait que nous sommes parmi ceux qui utilisent en plus forte proportion le mourvèdre, grand cépage de ce lieu, dans nos assemblages. N’ayant plus très envie d’être collés, ce n’est plus de notre âge, refusés une nouvelle fois pour non appartenance à la famille des vins de Bandol, nous lui avons trouvé une nouvelle famille : Vins de France. »

Pour info, La Bégude forme avec Pibarnon et Tempier le podium qualité de l’appellation Bandol. La Bégude produit des rosés de garde épatants jusqu’à vingt ans et plus après la mise. Je sais, j’ai goûté. Des grands vins, pas du rosé de barbecue.

mercredi 28 mars 2012

Ta gueule, Robert Parker, ta gueule


Regrettant peut-être d’avoir fait une vie sur la production des vignobles bordelais, ce qui est une bonne chance dont il devrait se souvenir, voilà que Robert Parker se sert de sa notoriété pour lâcher le coup de pied de l’âne. Il a balancé un tweet qui disait à peu près, mais en anglais : « ce millésime est sans aucun intérêt, si mon intuition est bonne ». Il parlait du 2011, en dégustation ces jours-ci. Ce doit être l’âge qui pointe ou l’ego-trip qui a glissé dans l’escalier, mais l’intuition n’a pas fait le boulot, Robert. Il aurait été sage de te taire. Pour plusieurs raisons qui appellent quelques questions.

1. C’est faux. 2011 n’est pas un millésime sans intérêt. Il est moins flamboyant que 2009 et 2010, mais ce n’est pas un millésime médiocre. On le compare volontiers à 2001 ou 2008, pas de quoi l’écraser de ton gros mépris. C’est inapproprié, comme dirait Bill.

2. Jeter en pâture aux imbéciles toute la production de la plus médiatique de nos appellations est un acte délibérément malfaisant. Les mêmes qui ricanent quand les millésimes sont exceptionnels s’emparent aujourd’hui du tweet de Robert P. pour laisser libre cours à leur détestable ironie. Sans compter la presse grand public, toujours ravie de tirer dans le pied de l’excellence française (Challenges, France Inter, etc.).

3. Le jeu des primeurs est une grosse sottise, mais se prononcer sans avoir goûté, sur la seule foi de quelques infos glanées ici et là, c’est pire que tout. Il paraît que tu as un bon palais, Robert. N’hésite pas à t’en servir.

4. Au nom de quoi, de qui, cet effet d’annonce, Robert ? On t’a connu plus circonspect. C’est l’effet Pancho MW qui te gratte partout ou bien ? Quel besoin as-tu de faire un énième coup médiatique ?

5. Depuis quand parles-tu sans savoir ? C’est idiot, mais là, tu me fais penser à un blog pourri vulgaire qui traite Pétrus et Cheval Blanc de « vins pédants ». Cette comparaison ne t’honore pas, Robert.

6. Ce conseil est-il adressé aux spéculateurs que tu conseilles peut-être ? Parce que nous, les gens, un millésime bordelais classique et moins cher, ça nous intéresse beaucoup. Tu vois, Robert, la hausse des prix que tes conseils ont provoquée nous exclut, nous, les gens, de la course aux grands millésimes. Alors, oui, un moins grand qui n'est pas petit pour autant, c'est pour nous et on est quand même assez content. Alors, ta gueule.

Robert Parker est annoncé sur le départ depuis un moment. À la lecture de son tweet stupide, il est urgent qu’il prenne sa retraite, en effet. Hélas, tout laisse penser qu’il va nous jouer longtemps la scène des adieux. Au lieu de faire comme Dylan un « Never ending tour », ce qui a beaucoup d’allure, il va nous servir « Robert, la dernière » tous les ans. Pfff… Il est ridicule.
Pour faire bonne mesure, Robert s’est ému de sa propre influence, la jugeant
« effrayante ». Là, on touche le fond. Robert Parker en train de se tortiller parce qu’il est influent, Robert Parker qui fait sa fausse modeste… Un peu de tenue, please. Et vraiment, ta gueule Robert Parker, ta gueule.


Pour être bien clair, je ne suis pas un aigri ou rageux du Robertparkerisme. J'ai même pris sa défense une fois ou l'autre quand il m'apparaissait que la situation l'exigeait. Ici, par exemple. (Photo D.R.)

mardi 27 mars 2012

Les primeurs en primeur. 8, le consultant


Stéphane Derenoncourt est un ovni. Débarqué un beau matin en provenance de son Nord natal, il a fait souche dans le Libournais après avoir été touché par la grâce à la faveur d’une campagne de vendanges. Comme il était un garçon éveillé, il a très vite progressé pour devenir sans délai le consultant vedette qu’il n’a plus jamais cessé d’être, pour le plus grand plaisir de ses 80 clients. L’ovni est une comète et le ch’ti en rupture de racines a su convaincre des personnalités très diverses, du très aristocratique comte von Neipperg à la grande bourgeoise bordelaise Nancy Cordier, de la rive droite à la rive gauche, mais aussi Francis Ford Coppola en Californie. Plus rien n’échappe à sa sagacité. Aujourd’hui, il est présent dans le monde entier. Le Liban, la Syrie, l’Italie, la Virginie, le Chili, notre homme est mondial. Mieux, tout le monde l’adore. Écoutez attentivement ce témoignage qu’il nous a livré hier lundi à l’hôtel George V à l’occasion de la pré-présentation du millésime 2011 de ses clients.



Cette interview vidéo signe la fin de notre série « les primeurs en primeur ». Nous retrouverons le millésime 2011 dès lundi prochain avec les commentaires in vivo de Michel Bettane et de toute l’équipe des dégustateurs « maison ».

La photo : Stéphane Derenoncourt dans les vignes de la maison Laroche à Chablis, photographié par Fabrice Leseigneur

lundi 26 mars 2012

Les primeurs en primeur. 7, le producteur de partout


Avant-dernière étape de notre petit tour des producteurs et de leur millésime 2011. Après ceux qui exploitent un vignoble dans une ou deux appellations, place à celui qui est partout. Bernard Magrez, le grand visionnaire du Bordelais, l’infatigable collectionneur de châteaux, jamais en retard d’un projet ou d’un perfectionnement ou d’un investissement. La photo ci-dessus, prise à Pape-Clément, son vignoble-phare à Pessac, montre l’égrenage manuel des grappes. Bernard Magrez est le seul à engager deux équipes de cent personnes qui se relaient autour des tapis roulants pendant la durée des vendanges. Pourtant, s'il prend rang parmi les meilleurs, son pape-clément n’est pas, et de beaucoup, le plus cher de sa catégorie.
Nous lui avons demandé de nous dire quelques mots sur son millésime 2011 et ses intentions tarifaires. Nous étions à l’Atelier de Joël Robuchon aux Champs-Élysées, un endroit où Bernard Magrez se sent bien.






Prochain et dernier témoignage : Stéphane Derenoncourt, le consultant.

samedi 24 mars 2012

Les primeurs en primeur. 6, la productrice de saint-estèphe


Le château Phélan-Ségur, c’est cette très belle maison fièrement campée en haut de sa pelouse et qui domine l’estuaire de la tête et des épaules. C’est aussi un très beau saint-estèphe qui joue dans la cour des classés sans l’ombre d’une hésitation. Et Véronique Dausse, son énergique directrice, est une belle personne bien connue du mondovino pour avoir toujours été aux avant-postes dans les belles maisons de Champagne, du Languedoc et d’ailleurs. Elle nous donne son avis sur son millésime 2011 et vient clore ainsi cette mini-série filmée dans les chais de Millesima la semaine dernière.
La semaine prochaine, c’est Bernard Magrez, célèbre multi-propriétaire et grand mécène des arts, qui nous donnera un éclairage sur ses 2011 de la rive gauche (Pape-Clément et La Tour-Carnet) et de la rive droite (Fombrauge) et sur la politique tarifaire qu’il entend mener. Nous l'avons rencontré en préambule d'un fameux déjeuner chez Joël Robuchon à Paris.



La photo : saisissante image de Phélan-Ségur, capturée pendant les vendanges 2011 par Mathieu Garçon.

vendredi 23 mars 2012

Les primeurs en primeurs. 5, le producteur de haut-médoc


Cinquième étape de notre série "Les primeurs en primeur". Aujourd'hui, Philippe Dambrine, le directeur du Château Cantemerle, cru classé du Haut-Médoc, nous parle de son 2011. CAntemerle, c'est un vin dont les progrès qualitatifs ces dernières années, sont spectaculaires et salués par l'ensemble des dégustateurs professionnels. Cantemerle, c'est aussi l'un des rares châteaux dont les vignes ne viennent pas lécher la façade, c'est une propriété avec de beaux arbres, des oiseaux et des écureuils, un endroit très agréable qui appartient à ce que l'on appelle un investisseur institutionnel. C'est la grande chance de ces lieux magiques et du vin qui s'y produit.


Cantemerle par BDTMedia

Demain, c'est Véronique Dausse, pour le château Phélan-Ségur à Saint-Estèphe, qui nous donnera son avis sur le millésime 2011.

La photo : un joli souvenir à Cantemerle (photo Mathieu Garçon)

jeudi 22 mars 2012

Les primeurs en primeur. 4, le producteur de pessac-léognan


Après une vie passée dans les vignobles d’ici et d’ailleurs, Stephen Carrier a pris la direction du Château Fieuzal, cru classé des Graves, en 2007. Comme souvent, le vin en a profité pour faire un vrai bond en avant. Le millésime 2008, en rouge et en blanc, a reçu les félicitations de tous. Michel Bettane s’est extasié à juste titre sur les qualités du vin disant même qu’il retrouvait « les grands fieuzals des années soixante ». En même temps qu’un gros travail à la vigne, Stephen a engagé des travaux de réfection du cuvier assez considérables et assez originaux. En effet, il s’est donné la possibilité de vinifier ses parcelles dans un choix de cuves en béton, en bois et en alu. Le premier millésime à passer par ce nouveau cuvier est justement le 2011.
Au premier rang de ses préoccupations, le « repositionnement » de sa marque passe aussi par le prix. Il a imposé au négoce une augmentation assez légère pour que l’amateur que nous sommes tous puisse encore acheter du fieuzal. Ce que je fais avec gourmandise et régularité. Voici son avis sur son millésime 2011. Comme Valmy Nicolas et Stephan von Neipperg, nous l’avons interviewé dans les chais fabuleux de Millesima, au milieu des montagnes de caisses.



Demain, c’est Philippe Dambrine (Château Cantemerle) qui donnera son avis sur le 2011 dans le Haut-Médoc, interviewé lui aussi chez Millesima.

La photo : le nouveau cuvier de Château Fieuzal

mercredi 21 mars 2012

Les primeurs en primeur. 3, le producteur de saint-émilion


Au tour de Stephan von Neipperg, l’heureux propriétaire d’un beau portefeuille de vignobles dans le Bordelais et ailleurs (Château Canon-La Gaffelière, Clos de l'Oratoire, La-Mondotte, Château d’Aiguilhe, etc.) et co-propriétaire d’un magnifique sauternes, le château-guiraud. Sa base : Saint-Émilion. À son actif, deux choses qui nous intéressent : une expérience élargie et un grand talent. Écoutons cet aristocrate allemand nous parler du millésime 2011 sur la rive droite, puisqu’il le fait très bien.




Demain, c'est Stephen Carrier, directeur du Château Fieuzal, un cru en pleine amélioration depuis trois ans, qui témoignera des qualités du millésime en Pessac-Léognan

mardi 20 mars 2012

Les primeurs en primeur. 2, le producteur de pomerol

La-conseillante 1945 en magnum,
goûtée au château pendant la Semaine des primeurs 2010

Après la mise en garde adressée au vignoble par le patron de Millesima, voici l’avis de Valmy Nicolas, co-gérant de Château La Conseillante à Pomerol. Il tient des propos raisonnables, comme chaque fois que je l’ai entendu s’exprimer. Je me souviens qu’à l’occasion des primeurs 2005, déjà, il disait son souci de permettre , je cite : « à ceux qui avaient acheté du 2004 d’acheter du 2005 » et, malgré la pression de l’environnement médiatique et concurrentiel, il n’avait appliqué qu’une légère augmentation à son vin, tentant ainsi de confirmer l’idée qu’une morale était applicable aussi dans le commerce. C’était au printemps 2006, la proto-histoire du prix des grands vins.
Pour 2011, il milite pour une baisse nette du prix, malgré les investissements très lourds engagés à La Conseillante. Nous verrons ce qu’il en est aux alentours de la mi-juin.




Demain, nous passerons de Pomerol à Saint-Émilion en compagnie de Stephan von Neipperg, flamboyant propriétaire du Château Canon-La Gaffelière et d’un vin de garage mythique, La Mondotte.

Pour rencontrer Valmy Nicolas, allez ce mardi soir chez Legrand au 1, rue de la Banque à Paris. Il y fera déguster neuf millésimes de ses merveilleux pomerols à l’invitation de Gérard Sibourd-Baudry. Il est prudent de réserver son tabouret de bar au 01 42 60 07 12.

lundi 19 mars 2012

Les primeurs en primeur. 1, le marchand

Bientôt, les meilleurs dégustateurs du monde vous diront tout sur le millésime 2011. Faut-il l’acheter, etc. D’ici là, et pour tromper une bien naturelle impatience, voici une volée de commentaires de la part de ceux qui l’ont fait. BonVivant, le blog, diffusera chaque jour une ou deux interviews en vidéo. Bien sûr, chacun de ceux que j’ai rencontré a fait très bien. Il sera donc sage d’attendre les avis de Michel Bettane et Thierry Desseauve pour s’en faire un (d’avis).


Pour commencer voici l’interview de Patrick Bernard, le plus important marchand de vins sur internet via son site millesima.com. Il a une particularité, il dispose des vins qu’il vend*. Et pour que nul ne l’ignore, il convoque la cour et la campagne à intervalles réguliers dans ses chais du quai de Paludate à Bordeaux. L’endroit est impressionnant. Pas moins de 2,5 millions de bouteilles en caisses bois attendent le visiteur, l’image est frappante. Il y en a jusqu’au plafond à plus de six mètres de haut, on se promène au milieu des rêves de vins les plus fous, dans tous les formats, tous les millésimes. Il est aussi producteur de haut-médoc et de pauillac avec son château Peyrabon. Et, bien sûr, il est un client important des châteaux au moment des primeurs. Il a un avis pour le moins tranché. L’expérience, sans doute.
Demain : "Les primeurs en primeur. 2, le producteur de pomerol




*Il n’est pas le seul. Tous les sites adossés à de grands négociants sont dans le même cas. La Vinothèque de Bordeaux et Jean Merlaut sont de bons exemples et des sites dignes de confiance.

samedi 17 mars 2012

Le petit jeu du dimanche


Voici la photo d’une bouteille inconnue de moi jusqu’alors. L’idée est de voir si vous êtes aussi ignare que moi, ou moins. Il s’agit de deviner ce que c’est.
Que nous dit l’étiquette ?
Il s’agit d’une série, dont cette bouteille est la première. Le vin a été fait, et signé, par Michel Rolland, winemaker de référence.
Un indice ?
Il s’agit du millésime 2005.
C’est Christophe Coupez, patron du labo d’œnologie de Pauillac qui m’a fait goûter ça jeudi soir. L’observateur avisé n’aura pas manqué de reconnaître le décor sobre et dépouillé du Lion d’Or à Arcins et le curieux se demande si le trévallon 2004 était bon. Ben non, bouchonné (pas de chance, ça arrive, on ne peut jeter la pierre à personne, sauf peut-être à un bouchonnier portugais, ce n’est même pas sûr qu’il y soit pour quelque chose).
La question du petit jeu du dimanche :
Quel domaine (connu) a produit cette bouteille ?
Qu’est-ce qu’on gagne ?
Rien. Même si vous insistez un peu, je ne vais pas faire comme certain de mes camarades qui fait gagner une bouteille de sa cave pour tenter de gagner des followers sur Twitter. Et quoi, encore ?

PS : demain sur ce blog, début de la série "les primeurs en primeur" ou comment tout savoir sur le millésime 2011 à Bordeaux avant tout le monde

Tu l'as mordu ? #SaintPatrick


Certains fêtent la Saint-Nicolas. Moi, par exemple. D’autres fêtent la Saint-Patrick, c’est aujourd’hui 17 mars. C’est une sorte de fête nationale en Irlande. Ces pays rudes et fiers profitent toujours de la moindre occasion pour boire un coup et, dans un sursaut nationaliste bien compréhensible, préfèrent célébrer avec des alcools home-made.
Depuis tout petit, le nom de ce whiskey me fait rire. Tullamore Dew, tu l’as mordu. Tullamore, c’est le nom du village et Dew, les initiales de Daniel E. Williams, patron emblématique de la distillerie à qui un propriétaire chanceux avait donné les rênes de l’entreprise pour se consacrer à des activités qui élèvent l’âme, chasse, pêche, etc. C’est un blend de tradition irlandaise, même si aujourd’hui, la courte gamme accueille un single malt. C’est une eau-de-vie qui subit une triple distillation en alambic charentais, c’est-à-dire celui qui sert à distiller le cognac. Et c’est ce triple passage en distillation qui le différencie des scotches, des whiskys écossais. Est-ce bon ? Oui. Il y a une douceur, l’Irlandais n’utilisant pas de tourbe, c’est moins wild que certains écossais où la tourbe fait office de saveur unique. L’eau-de-vie est élevée dans des barriques ayant contenu du bourbon. Là, courte digression. Une loi américaine protégeant les tonneliers locaux interdit que les eaux-de-vie passent plus de quatre ans dans le même tonneau. Aubaine pour les Écossais comme pour les Irlandais qui peuvent racheter à vil prix des barriques presque neuves. Et c’est ainsi que les whiskies écossais et les whiskeys irlandais sont tous élevés dans ces fûts américains. Le lecteur attentif aura noté la différence d’orthographe, ce n’est pas une faute de frappe. C’est comme ça, ils font comme ils veulent, on ne discute pas les particularismes.
Souhaitons une belle Saint-Patrick aux Irlandais et à tous ceux qui se sentent l’âme irlandaise. Tullamore Dew est une bonne idée pour célébrer, meilleure en tous cas que l’ingestion en mode fast forward d’alcools de pomme de terre quasiment frelatés. Même les Russes savent ça, qui aujourd’hui favorisent la viticulture pour tenter d’éradiquer les ravages de la vodka.

Pour une Saint-Patrick un peu plus chic, direction le bar de l’Hôtel du Pont-Royal à Paris et découverte du cocktail créé par le chef-barman pour Tullamore Dew. Il est baptisé Yeats, sans doute en un discret hommage au poète irlandais.

jeudi 15 mars 2012

@Millesima, avec les copains


Deux jours à Bordeaux. Chaque année, le négociant Millesima convoque la presse, quelques clients particuliers et les propriétaires des châteaux qu’il distribue à une dégustation très « private », le millésime à mi-élevage. Cette année, le 2010. Soyons clairs, ce n’est qu’un prétexte. De vous à moi, tout le monde se fout du millésime à mi-élevage. À quoi servent les journalistes présents ? Vont-ils assommer leurs lecteurs avec de doctes considérations sur des vins pas finis ? Surtout qu’il sera en bouteille ce printemps, autant attendre le vrai.
Mais c’est une excellente façon de resserrer les liens avant la Semaine des primeurs. Bonne occasion de s’exprimer sur le 2011. Pour le 2010, les jeux sont faits, il est grand, très grand. Demain sur ce blog, une volée de commentaires sur le 2011 en avant-première mondiale. Là, je crois que je commence même avant Suckling et la RVF. Plus prem’s que moi, ya pas. Et sans aller à quatre pattes dans les vignes pour sucer les bourgeons.
Bonne occasion aussi de se mêler à la petite foule des propriétaires, ceux qu’on connaît déjà, ceux qu’on rencontre pour la première fois. Les copains et les grands hommes, parfois ce sont les mêmes. On fait le go-between avec les petits jeunes qui viennent pour la première fois. On présente les uns aux autres, on est important avec infiniment d’humilité feinte, on s’efface, mais pas réellement, feels good.
Je ne vais pas lister tous les participants, juste un seul. Il y avait Jean-Michel Cazes, une icône du Médoc, un type majeur, voilà un grand homme. Il a passé à son fils Jean-Charles les rênes des domaines, ceux dont il a hérité, ceux qu’il a créé. Il est à la retraite, mais il continue de promener son œil gourmand sans relâche, il a goûté les vins toute sa vie, il ne s’arrêtera pas. Et pourquoi, après tout. Il vous agrippe par un abattis « vous avez goûté les pomerols ? », il n’a jamais fait de pomerol, mais il aime les bons vins et il tient à vous les faire partager. Chaque fois que je le rencontre, j’ai un petit pincement secret. Moi, j’ai commencé à m’intéresser au vin pour de vrai avec le sien. Proust avait une madeleine ou deux, j’avais plein de lynch-bages 1970. C’est mieux, moi. En fait, je n’avais rien, mais le grand-frère de mon meilleur ami en avait un rang inépuisable. C’était ces années excessives, les grandes découvertes qui nous laissaient hébétés des jours et des nuits, les arguties sans fin, le monde refait chaque matin, beaucoup mieux que nos lits. Quand nous remontions à la surface, nous descendions en piqué sur les lynch-bages du frangin, il avait aussi des beychevelle 71, mais il en avait moins et on préférait lynch-bages, nous avions raison. Comment raconter ça à Jean-Michel Cazes ? Je serais ridicule.
La plaisanterie a duré quatre ou cinq ans, le frangin en avait vraiment plein. Plus tard, j’avais une cave et quelques lynch-bages 90. J’ai toujours une cave, mais je n’ai plus de lynch-bages. Alors, chez Millesima, j’ai fait comme chaque année, j’ai été goûté le lynch-bages « à mi-élevage ». C’est très bon, mais quand même, c’est pas pareil, l’effet madeleine est passé. On devrait manger des madeleines plus souvent. C’est simple, les madeleines.



Les photos : en haut, la lumière de Krug, l’effervescent idéal pour se refaire la bouche après une grosse dégustation. En bas, côte-rôtie La Mordorée 1990 de Chapoutier, en jéroboam, le vin du dîner de la veille, une émotion énorme, c’est fou les vins jeunes. Merci Fabrice Bernard.

mardi 13 mars 2012

Il vend son bordeaux sans la Place de Bordeaux

Voilà que la Semaine des primeurs approche à toute allure. Avec elle, son cortège d'exhortations, la presse anglaise en efficace relais du trade appelle chaque année les Bordelais à baisser les prix. Et les silences appliqués des châteaux qui s'en moquent et ils ont bien raison, tant qu'ils vendent tout.
Les uns ont commencé à goûter les vins avant les autres, source d'agaceries sans fin. Je rêve d'être le premier à publier la photo de James Suckling disputant aux faux cadors des magazines spécialisés le privilège de sucer le premier bourgeon pour décider de la qualité du millésime à venir. Et, comme chaque année, le négoce est dans les starting-blocks, prêt à ne pas tout avaler. Très contents de faire sa vie avec une cinquantaine d'étiquettes, pas plus. Pour les centaines d'autres qui font du vin et du bon, les affres du chai à bouteilles qui ne désemplit pas tiennent lieu de fête rituelle.
Pourtant, ici et là, tels de petits villages gaulois, certains résistent, s'organisent. Ils ne comptent que sur leurs propres forces pour écouler leur production. Sans excès de langage, sans posture vindicative, ils mènent leur barque à bon port. J'ai interviewé Jean-Michel Lapalu. Il est à la tête d'un gros domaine familial dans le Médoc et se débrouille très bien sans la Place de Bordeaux. Mais il a bien fallu qu'un visionnaire méfiant tire le premier. Explications.

samedi 10 mars 2012

J’ai fait partie d’un jury de consommateurs


La scène se passe dans les longues galeries voûtées du Chemin des vignes, spot d’acier pour l’amateur de belles caves à vin, exploité par le délicieux Yves Legrand, fils du mythique Lucien, autrefois propriétaire de la très belle enseigne Legrand Filles et Fils, rue de la Banque à Paris. Au fond du labyrinthe, on a dressé une quinzaine de tables de cinq convives. L’éclairage (électrique, on est tout au fond de la terre) tombe en gloires, qui confère à l’espace une atmosphère de cathédrale. Une petite foule sérieuse, presque fervente, se presse à la recherche de sa place. Pendant que chacun s’installe, Guillaume Puzo, l’un des quatre dégustateurs-vedettes de Bettane+Desseauve, s’empare d’un micro et détaille l’événement. D’où ça vient, pourquoi ça, comment noter les vins.


C’est quoi, ça ?
Ça s’appelle l’EPP Challenge. EPP, pour Élu Prix Plaisir. C’est une sorte de concours réservé aux vins français de moins de dix euros, dont une forte majorité à moins de six. Le slogan du concours : « Jugé par des consommateurs, validé par des experts ». La base de jugement est le plaisir au sens le plus immédiat du terme, pondéré par le prix. Chaque dégustateur connaît la région d’origine du vin et sa gamme de prix, moins de quatre euros, de quatre à six, plus de six. Les vins sont notés de 0 à 4, pour le rapport prix/plaisir avec un coefficient 2. De 0 à 1 pour la typicité avec un coefficient 1. Bref, la meilleure note est 10. Un vol de jeunes filles et de jeunes gens assure le service des vins pendant que Michel Bettane, Thierry Desseauve, Alain Chameyrat et Guillaume passent de table en table pour redire le principe de notation, donner une dernière recommandation, expliquer toujours. Tout est en place, on peut commencer la dégustation à l’aveugle. Il est 9 h 30, la température frôle les 17°C, près de 120 bouteilles emballées dans des feuilles d’alu seront partagées entre les tables. L’exercice recommence toutes les deux heures avec de nouveaux consommateurs-dégustateurs. Ils ont tous été contactés via le site Bettane+Desseauve auxquels ils sont tous abonnés (ils font partie de cette communauté d'un peu plus de 16 000 amateurs), pas un seul n’est un professionnel. Pour presque tous, c’est la première fois qu’ils se prêtent au jeu.


Moi, je suis tombé sur une table dédiée au Languedoc. Nous allons en déguster douze. Dès la troisième bouteille, le niveau sonore enfle. Il y a des crachoirs pourtant. Aux tables, les conversations s’animent. « C’est un peu répétitif » regrette l’un. « Y a un peu plus de grenache » assure un autre. Un autre récitent les cépages du pays d’Oc. Il en oublie, ce n’est pas grave. L’ambiance est légère, personne ne montre ses muscles à personne, mais chacun veut que les autres sachent qu’il s’y connaît, tout ceci sans effet de leader, c'est agréable. Dans les douze bouteilles qui nous étaient imparties, nous n’avons pas eu d’horreur véritable. Des vins plus, des vins moins, deux très bons (le premier à moins de quatre euros, le second à plus de six). J’ai été impressionné par l’implication de tous les dégustateurs. Si l’on met de côté une pépette ou deux égarées là par oisiveté, tous ces gens sont d’authentiques passionnés. Guillaume Puzo me dira plus tard qu’il n’y a pas ou très peu d’écart entre les validations des experts et les notes données par les amateurs. Ce que nous savons tous depuis longtemps. Il faut avoir la mauvaise foi chevillée à l’âme pour laisser penser que les dégustateurs (sérieux) vivent dans une bulle très déconnectée des réalités et ne s’intéressent qu’à des vins inaccessibles. Il est aujourd’hui évident que les goûts des experts rencontrent ceux des amateurs. Ça, c’est dit.

Les résultats de l'EPP Challenge 2011, ici

vendredi 9 mars 2012

La fin des sommeliers

J'ai trouvé ce film sur un site américain. Une invention dangereuse pour la paix sociale, une machine qui met tous les sommeliers au chômage dans les délais les plus brefs. Une catastrophe sociale. Dieu merci, les élections qui approchent permettent de trouver mille et une solutions. Les sommeliers n'ont pas besoin de faire grève, ils seront reclassés. Bon week-end quand même.
Cela dit dans un souci politiquement correct, reconnaissons que cet objet à la fois pratique, peu encombrant et très décoratif a tous les avantages. Il ne parle pas. Au moment de tirer un bouchon et de verser un gorgeon, il ne pense pas au coefficient multiplicateur. Il est largement aussi élégant qu'un vrai, bien qu'il ne porte pas de nœud papillon. Il ne reconnaît pas, lui non plus, le goût de bouchon. Bien sûr, ce sommelier des temps modernes ne remplacera jamais les bons, les authentiques, cette toute petite bande. Mais ils sont si peu nombreux.




Cette vidéo vient du site LiveLeak

mercredi 7 mars 2012

Un vin nature encore une fois


Après le tintamarre provoqué par mon interview filmée de Gérard Bertrand hier, j’ai passé la fin de la journée au bar de l’Hôtel des Ministères à l’invitation de la blogueuse Judith J Scenario. Un bar d’hôtel d’un design qui lui est propre (fraîcheur et modernité un poil surjouées) et qui, contre toute vraisemblance, propose une série de vins au verre comme on n’en voit peu à Paris. C’est Judith qui s’occupe du casting et, vraiment, la carte est aussi inhabituelle que passionnante. Deux fois. Une fois, par la magie de la sélection, y opérer un choix est un crève-cœur, si vous buvez ça, vous ratez ça. Deux fois parce que chaque vin occupe une page dont l’essentiel consiste en un commentaire bien fait sur le domaine et le vin. Bien fait, pour vous et moi, ça veut dire complet, intéressant à lire, drôle et t’y apprends quelque chose. Il y a des raretés comme ce coteaux-champenois de chez Egly-Ouriet, jamais vu avant. Je ne sais plus très bien d’où sort cette fille, moitié hollandaise, moitié américaine, moitié française, je crois. Le compte n'y est pas. Elle a fait un mastère à l’Université du vin de Dijon et elle adore ça absolument.
Elle m’a traité avec le vin le moins cher de la carte chère ou, pour dire le moins, aux tarifs en rapport avec le quartier (Hermès à 200 mètres, l’Élysée à cent, l’Intérieur à trente). Ce vin était un vin « nature ». Oui, vous allez trouver que j’exagère, mais c’est comme ça. Je suis prêt à tout, c’est aussi un métier. Ce vin ne présentait aucun des défauts du genre, mieux même, il était bon, très bon. La cuvée s’appelle Vertige et je n’en ai pas été saisi. Au contraire, je me suis vautré avec volupté dans un saladier de fruits mûrs et rouges, une matière goûteuse, une bouche ample et généreuse et, pour une fois, j’ai trouvé du sens au mot croquant, qui m’agace le plus souvent quand on l’applique à un vin. Une très jolie petite chose à 12°, même pas mal. Ce vin arrive de la côte roannaise, n’en porte pas l’appellation, est produit par un jeune homme et ses parents, la famille Paire. Et chez les Paire, il n’y en a pas deux, mais douze cuvées différentes. Ce vin est l’entrée de gamme, ce qui donne envie de voir la suite puisqu'il y en a qui travaillent bien. Ben, ouf, j'en tiens un.

Le blog de Judith, ici, drôle et sympa.
L’Hôtel des Ministères est au 31 de la rue de Surène, 75008 Paris. Allez-y.
Tél. : 01 42 66 21 43

D'autres débats autour du vin "nature", ici, ici et . Et aussi .

Un vin « nature » sous garantie

Voilà Gérard Bertrand. Il est ce qu’il est convenu d’appeler un gros producteur. Plus petit que les très gros, beaucoup plus important que les petits. Combien de bouteilles ? « Pas assez ». C’est le roi de la formule qui botte en touche, vieille habitude ramassée sur les terrains de rugby dont il a fait son ordinaire jusqu’à l’âge de trente ans. On le sait amateur de qualité, la plupart de ses belles cuvées sont éligibles dans les bons guides et accumulent de bonnes notes. Le tout à des prix tenus. Présent dans presque toutes les appellations du Languedoc et du Roussillon, nous savons aussi qu’il suit de près les pratiques culturales propres et en applique les principes sur l’un ou l’autre de ses domaines.
Toujours attentif aux tendances et aux goûts des consommateurs, il accompagne finement le mouvement et présente aujourd’hui cinq cuvées « nature », c’est-à-dire sans soufre ajouté. Quatre vins de cépage (chardonnay, syrah, cabernet-sauvignon, merlot) et une AOP Corbières. Pour quel volume en tout ? « Je ne sais plus ». Bon, on se croirait chez Moët-Hennessy. Le lecteur habituel de ce blog sait bien quelles relations j’entretiens avec ce monde du vin « nature » et je me suis rendu à la dégustation des vins de Gérard Bertrand en traînant un peu des pieds. Reconnaissons que j’ai eu tort. J'ai nettement préféré le corbières, et ses vins sont certainement un excellent choix dans cette gamme de prix (5,50 à 6,50 euros), mais je n’y ai pas trouvé la plus petite bonne raison de ne pas mettre de soufre, ce qui prouve bien qu’il n’est pas nécessaire, dans ce cas, d’en mettre. Mais là où Gérard Bertrand fait très fort, c'est en appliquant une garantie de 18 mois sur ses vins en promettant au consommateur que pendant cette période ils ne présenteront aucune déviance aromatique. J'en connais deux ou trois qui vont grincer un peu. Regardez cette courte vidéo, il explique tout ça plutôt bien.



Cette interview a été réalisée dans la cave du Bistro du sommelier (Philippe Faure-Brac est le sommelier), filmée par Youri Soltys, produite par Bettane+Desseauve. Mars 2012.

lundi 5 mars 2012

Classement des blogs Vin, BonVivant 4e


Petite glissade de la 3e à la 4e place pour BonVivant. Descendre du podium où j’étais si bien depuis trois mois, c’est ballot. À la première place, saluons l’arrivée de iDealWine, bien porté par son activité. En 2, c’est WinePaper qui fait un retour remarqué. En 3, les 5 du vin, un blog partagé et bilingue, limite mondialiste. Vindicateur profite de sa présidence des Vendredis du vin pour accrocher une belle sixième place alors que le blog des mêmes Vendredis du vin descend à la dixième place… Œnos, Olif et Du morgon dans les veines reculent aussi.
Ce qui m’ennuie le plus : Miss Glouglou glisse en 13e position, reviens Glou.

Le classement complet des cent premiers blogs Vins ici.

Ce classement publié le 5 mars a été établi sur les performances du mois de février 2012.

vendredi 2 mars 2012

Château Margaux en bio ?


Gare du Nord, mardi dernier, tôt. Prochain arrêt, Saint-Pancrace, Londres. Taxi jusqu’à la Trinity House, siège du service anglais des phares et balises, belle chose néo-victorienne, reconstruite en 1953 après qu’un V1 soit passé par là quelques années auparavant. Nous sommes convoqués par la maison Yvon Mau (c’est elle qui distribue le premier cru en Angleterre) pour assister à une dégustation comparée de château-margaux. Que doit-on comparer ?
Dans une grande salle en hémicycle, quatre-vingts personnes sont assises devant une petite théorie de verres à dégustation. Face à cette audience extrêmement sérieuse et attentive, Paul Pontallier se lance dans un long monologue d’une voix assez basse, un silence complet s’installe, ce public est très pro.
Nous allons procéder à la dégustation d’un certain nombre de vins de Margaux. Pontallier précise d’entrée qu’il ne s’agit pas de château-margaux. Histoire de ne pas jouer avec la réputation du grand vin puisque ce sont des vins d’expérimentations. Plus tard, il expliquera qu’ils ont issus de parcelles autour du château plantées de vignes âgées d’une trentaine d’années. Du margaux, quoi. Mais n’ergotons pas.
Premier « flight » : trois rouges issus de raisins cultivés en biodynamie, en bio et en conventionnel, millésime 2010. Dégustation à l’aveugle, évidemment.
Le premier était serré, mais assez savoureux, la plus grande complexité des trois.
Le second était plus plat, aux tannins très arrondis pour un vin aussi jeune.
Le troisième présentait une meilleure ampleur aromatique, il m’a semblé le plus beau des trois. Résultats : le premier était en biodynamie, le second en bio, le troisième en conventionnel. Je vois d’ici la petite bande des malins dire que nous avons le goût formaté et que c’est pour ça qu’on est incapable de reconnaître les immenses qualités des viticultures « organiques ». Peut-être bien. Sauf que, à Pontet-Canet, par exemple, c’est flagrant que les vins sont bien plus profonds et simplement meilleurs depuis 2004. Cet après-midi-là, c’est moins clair. Aussi, je me demande si j’ai vraiment envie de changer de goût, mais c’est un autre débat. Le Flight Two concernait trois rouges vinifiés avec la rafle, sans la rafle et avec la rafle débitée en petits bouts. C’est la version sans rafle qui l’emporte. Puis vint le tour des bouchages sur un rouge 2003 et un blanc 2004. Trois bouchages. Liège, vis perméable et vis imperméable. J’imagine qu’il s’agit d’une micro-perméabilité. Sur le rouge, un débat s’installe entre le bouché liège et la capsule à vis imperméable. Pour les plus iconoclastes, aucun doute n’est permis, c’est la capsule qui l’emporte. Pour d’autres dégustateurs, le doute est largement permis. Sur le blanc, pas de débat. C’est le liège qui fait le vin le plus joli et le plus tendre. La dernière expérimentation est plus touristique, il faut juger des parcelles de cabernet-sauvignon. Nous avons jugé par politesse, mais vraiment, tout le monde s’en moquait, tea-time approchait et, à Londres, on ne rigole pas avec les fondamentaux.
Le lendemain, à mon bureau, je vois passer sur Twitter l’article de Decanter, magazine anglais et spécialisé à tendance sensationnaliste. J’y cours. Et je découvre à peu près que Château Margaux optait pour la viticulture bio. C’est marrant cette impression de n’avoir pas assisté à la même réunion. La journaliste anglaise parle d’un basculement à l’horizon de « a couple of years », deux ans. Pontallier a parlé de trente ou quarante ans, ce qui revient à dire que, tout en menant des expériences depuis une dizaine d’années, il laissera le soin de la décision à son successeur. D’ailleurs, il le dit.
Extraits de l’interview réalisée avant la dégustation :
« L’intérêt pour Margaux est de faire des progrès »
« On commence à y voir clair, à défaut d’en tirer encore des conclusions »
« la viticulture bio, c’est déjà cinq ans de travail. L’esprit général nous intéresse à long terme, mais nous savons, quarante ans après, que les molécules de synthèse sont inoffensives pour l’être humain »
« Pour la biodynamie, nous éprouvons la philosophie sans a priori intellectuel ou culturel, nous n’avons pas vocation à donner des signaux à quiconque ».
L’homme est prudent. Il déclare n’utiliser aucun pesticide, herbicide, insecticide. Il a engagé le domaine dans un processus long et complexe qui consiste à ne prendre aucun risque. On ne saura jamais vraiment ce qu’il pense au fond. Il n’est pas chez lui et se garde bien d’exprimer un avis personnel.
Ce n’est pas son rôle. Nos amis très engagés dans le bio et la biodynamie ne comprendront sans doute pas. Ce n’est pas grave, je leur expliquerai à quoi ressemble une entreprise, mais un autre jour.

Pour les sceptiques, l'interview filmée de Paul Pontallier, réalisée par mon cher ami Frédéric Durand-Bazin, sera en ligne sur L'avis du vin la semaine prochaine

jeudi 1 mars 2012

L’hiver, à quoi ça sert ?


Oui, ça sert à quoi d’avoir froid comme ça ? Le court épisode gla-gla que nous avons connu fin janvier, début février a donné lieu à beaucoup de commentaires, d’émotions, de prédictions, de j’vous-l’avais-bien-dit. Dans le vignoble, en revanche, on a un peu repoussé les travaux de taille, à peine, on a bu un coup et on a fait du feu dans la cheminée. Il faut dire que, jusqu’à un certain point, un bon coup de gel est une aubaine pour la plante.
Ce que Guillaume Puzo, dégustateur émérite, fin connaisseur de la vigne et membre de la dream-team Bettane+Desseauve, nous explique ci-dessous.

« L’urbanisation galopante entamée à la fin du XXe siècle nous fait souvent perdre de vue les cycles des saisons et les bienfaits des rigueurs du climat. En ce qui concerne la vigne, un hiver marqué par des épisodes de gel fera le plus grand bien à la plante, les effets bénéfiques concernant également les sols et la lutte contre les parasites de la vigne.

Sur les sols

Tout au long de l’année, le passage des engins agricoles, des chevaux ou des hommes va progressivement tasser la terre. Le gel permet de les décompacter de façon tout à fait naturelle, grâce à deux actions distinctes. À cette période de l’année, lorsque les températures virent au négatif, l’humidité présente dans les sols se transforme en eau gelée, faisant ainsi éclater les mottes de terre en les fragmentant. À l’inverse, les particules d’argile vont se dessécher lors d’un gel, pour se ré-humidifier lors du dégel, et leur variation de volume contribue également à la fragmentation des mottes de terre.
Un sol ainsi décompacté respire, une aération qui permet le développement des micro-organismes (vers de terre, bactéries) indispensables au bon équilibre de la terre. Décompacté et fragmenté, le sol favorisera l’infiltration de l’eau qui, en ne stagnant pas en surface et en ne ruisselant pas, limite l’érosion puisque les pluies d’hiver peuvent pénétrer en profondeur. Enfin, ce labour naturel favorise une bonne pénétration des racines, celles-ci pouvant se frayer un chemin plus aisément que dans un sol compact et dur.


Sur les ravageurs et autres maladies de la vigne
L’hiver protège également la vigne contre ses maladies cryptogamiques les plus courantes, le mildiou et l’oïdium. Si le mildiou résiste à des gelées allant jusqu’à -20 ou -25°C, un froid extrême peut en éliminer les foyers. Un froid hivernal et printanier va retarder son apparition, mais un hiver doux et humide accroîtra le risque d’attaque au printemps. Quant aux différentes formes d’oïdium, leurs réactions face au gel peuvent varier. Dans les vignobles méridionaux, des températures négatives permettront de détruire le champignon. Dans les régions où l’oïdium résiste au gel, un froid hivernal prolongé ne le détruira pas mais retardera son développement printanier. Dès la fin de l’hiver, les vignerons savent à quoi s’en tenir quant aux risques de développement de ces deux maladies et anticiper les travaux à envisager.


Sur la vigne elle-même
La vigne a besoin de phases de rupture dans ses cycles annuels, un hiver marqué lui permet de reprendre son souffle. En effet, un épisode de froid intense force la sève à descendre dans les racines, une étape nécessaire au bon démarrage de la saison suivante, notamment en permettant à la plante de se reposer mais également de ne pas démarrer trop vite un nouveau cycle végétatif, un débourrement tardif rendant la vigne moins sensible aux gelées de printemps. Cependant, le gel n’aura pas les mêmes conséquences selon la période à laquelle il survient, et selon les organes de la vigne qui sont touchés.
Un gel d’hiver, tant que les températures ne descendent pas en dessous de -20°C, n’affectera pas les éléments aoûtés, comme le tronc ou les sarments. Toutefois, de tels événements climatiques sont assez rares en France. Le vignoble français a encore en mémoire le gel terrible de février 1956, avec des relevés de température à -30°C, causant des dégâts considérables sur les pieds de vigne mais aussi les oliviers et tous les arbres en général (cette année-là, on traversait le Tarn gelé à pied). Ces épisodes de froids extrêmes, entraînant la mort de la souche, demeurent assez rares. Des gelées moins intenses, mais étalées dans le temps, affaibliront également la vigne en la blessant ou en faisant éclater les bois, ou en la rendant plus sensible à certaines maladies du bois comme l’esca ou l’eutypiose.


Un gel de printemps n’aura pas les mêmes effets. Susceptibles de survenir jusqu’aux fameux saints de glace (Saint-Mamert, Saint-Pancrace et Saint-Servais, les 11, 12 et 13 mai), ces gelées peuvent être fatales aux éléments verts de la plante (bourgeons, feuilles, etc.), ces derniers grillent aux alentours de -3°C. Certains vignobles, la Champagne notamment, ont d’ailleurs mis au point des techniques efficaces de lutte par aspersion d’eau, la gangue de glace (à 0°C) qui emprisonne alors le jeune bourgeon le protégeant des températures trop froides. D’autres, comme Chablis, utilisent encore les traditionnelles chaufferettes, disséminées au cœur des vignes, afin qu’un halo diffus de chaleur (relative) maintienne les températures de l’air au-dessus de 0°C. Plus fréquentes que les grandes gelées d’hiver, les gelées de printemps sont les plus redoutables. Elles peuvent en quelques heures annihiler tout espoir de récolte, et ce avant même que la saison ait commencé. »

Les photos des vignes du château Sainte-Roseline, en Provence, ont été prises par Aurélie Bertin. La photo d’Yquem provient du site du domaine. Et celle de la Romanée-Conti et sa croix de pierre du XIVe siècle… je ne sais pas, donc D.R.