Le blog de Nicolas de Rouyn

Bonjour.
Ceci est un blog dédié au vin et au monde du vin, qu'on appelle aussi le mondovino. Et à tout ce qui entoure le vin, les belles tables,
les beaux voyages, les tapes dans le dos et les oreilles tirées.
Cela posé, ce qu'on y lit est toujours de-bon-goût-jamais-vulgaire,
ce qui peut plaire à votre mère. Dites-le lui.
(Only dead fish swims in ze stream).
Les photos sont signées Mathieu Garçon, sauf mention. Pour qu'elles soient belles en grand, il suffit de cliquer dessus.
Au fait, il paraît que "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération".
Nicolas de Rouyn



mardi 30 novembre 2010

La rafale de saison


Ces jours prochains, retrouvez nos petites chroniques, articles et billets en tous genres dans :
le Journal du Dimanche du 5 décembre, c’est dimanche prochain (ci-dessus, la couv) et comme c’est un supplément, n’hésitez pas à peser sur votre marchand de journaux pour l’avoir, il arrive qu’il l’oublie.
L'Express, dans l'hebdo et dans le supplément Styles (le 8),
Le Monde, dans le magazine du 10 (daté 11).
Surtout n’hésitez pas, les journaux c’est mieux que les blogs, plus de photos, d’infos, de dégustations. C’est plus compliqué à fabriquer et beaucoup moins réactif qu’un blog sur le Net, mais c’est beaucoup plus complet et j'adore ça.

lundi 29 novembre 2010

Charles Heidsieck & Piper-H, on avance

Pour commencer, rappelons que tout ce qui suit est frappé du conditionnel le plus total, les infos que j’ai manquant nettement d’une confirmation « officielle ». En même temps, tout ceci est très crédible. Allons-y.
Alain Thiénot, grand opérateur du vin en France (Champagne + Bordeaux), se porterait acquéreur de la marque Piper-Heidsieck, de ses stocks et des 65 hectares de vigne. Pour revendre aussitôt stocks et vignes à Moët-Hennessy et conserver la marque dans son portefeuille. Pourquoi MH n’achète pas en direct ? Pourquoi faire simple ?
Chez Thiénot, on dément.
Notre favori et sa fille achèteraient Charles Heidsieck, ses stocks et ses crayères à Reims. Belle pépite.
Les Russes ? Il n’en est plus question, comme souvent. L’un d’entre eux a acquis un gros château en Champagne, mais promet qu’il n’ira pas au-delà.
Pourquoi cette vente par appartements ? Parce que l’épouvantail dans ce deal, c’est le syndicat. Les syndicats, en fait. Il apparaît que les champagnes C. & P.-Heidsieck sont ceux qui paient le mieux l’ouvrier et ceux aussi qui se cognent l’inter-syndicale la plus forte. On se souvient de la grève au moment des vendanges, qui a coûté très cher à la Maison. En divisant l’entité en trois ou quatre morceaux, on désamorce la bombe efficacement.
L’affaire serait en passe d’être conclue. A suivre.

dimanche 28 novembre 2010

Des noms

Revenons une seconde sur cette histoire du pavillon France de l'Exposition universelle de Shangaï. On nous en a fait trois tonnes sur l'architecte, sur le budget, ses dépassements, que c'était important pour le rayonnement de la France éternelle. Des voix autorisées se sont élevées pour défendre l'investissement, la présence, le drapeau bientôt. On a appelé Delon à la rescousse (Alain, pas Jean-Hubert). Pourtant, quelqu'un a décidé qu'il n'y aurait pas de vins français dans le Pavillon France. Deux questions. Qui a décidé ? Pourquoi ? Ya forcément un neuneu qui a fait un rapport contre la présence de vins français et un supérieur hiérarchique qui a validé (on dit comme ça chez ces gens-là) et ce petit, tout petit, monde s'est rendormi, coucouche panier, avec le sentiment du devoir accompli. Bon, mais nous, les bons vivants, les gentils, les buveurs de sauternes, nous les contribuables, les Français, ça nous embête et on veut savoir qui c'est. Le gars, il a un nom, un dossier, une carrière, des enfants, une maîtresse (pas sûr), des collègues qui ne boivent pas tous de l'eau. Il y a eu 10 millions de visiteurs. Fallait pas leur montrer une bouteille ? Pourquoi, c'est sale ?
T'es qui toi, tête de mort ? Tu dis pas ton nom ? T'as honte ?

samedi 27 novembre 2010

2010 mieux que 2009

Tout Bordeaux, et le mondovino à sa suite, bruisse de la folle rumeur. 2010 mieux que 2009. Bien sûr, en échange, tous les spécialistes du doute et du soupçon ricanent. Pour des raisons obscures, ils n'aiment ni le succès, ni le beau travail, ils n'aiment pas les dons du ciel, ils marchent à l'ombre. En revanche, ils sont au premier rang des exécutions capitales, ils se délectent des malheurs. Qu'une région viticole essuie un revers et les voilà au banquet du sang frais, ils en font des caisses, annoncent l'irréversible, dénoncent. Pour l'heure, journalistes de circonstance et experts auto-proclamés, réunis sous les mêmes sourcils circonflexes, crient déjà au scandale, à la folle augmentation des prix, à la bande organisée, à la reconstitution de ligue dissoute. Au nom de quoi ? De la défense du consommateur. Qui s’en fout. Qui sait bien qu’il n’achètera jamais la Bentley S et Angelina J, ce qui ne l’empêche pas de bien dormir avec Simone et la Polo. Des vins de qualité que ses moyens lui permettent de s’acheter (à tous les étages de l’argent), il y en a plein le Guide Bettane & Desseauve et plein le Grand Tasting et tout va bien.
Les scrogneugneus, qu’on n’entendait pas en 2006, 7 et 8 feraient mieux de se réjouir. C’est une chance énorme donnée au vignoble de réussir, de continuer à être un exportateur de premier ordre, un modèle pour le monde et ce, malgré les vilenies et les misères dont les ennemis du vin jalonnent à domicile la route des producteurs. Vous n’avez pas été à Shanghaï ? Vous avez bien fait, rien à voir. Pas de vin dans le pavillon France de l’Exposition universelle. Énorme, cette capacité à s’autodétruire que le monde entier ne nous envie pas. 2010, millésime de rêve ? Deux millésimes de suite ? Youpi. Et espérons que 2011 sera aussi, encore, une fois de plus un très, très grand bonheur pour les amateurs, les vrais. Et une chance pour les producteurs dont la notoriété (et la survie) ne se nourrit que de celle du millésime.

vendredi 26 novembre 2010

Mon invitée que j’ai

C’est une fille de 24 ans, ravissante et qui affecte d’être moderne, comprendre qu’elle ne respecte rien ni personne. Elle a le goût des beaux vins, avec une préférence nette pour les liquoreux, ce qui nous a fourni un sujet de conversation forcément, elle dit que ce sont les sauternes et tokay qui lui ont fait aimer le vin. D’habitude, c’est le contraire. Elle écrit drôle, elle a de l’esprit et un mauvais fond qui m’enchante. Je publie ce qui suit sans y toucher, fautes de frappe, d’orthographe, de typo et impropriétés incluses. Je ne partage pas tout ce qu’elle nous raconte. Il va de soi qu’elle signe d’un pseudo, une histoire de « carrière ».

C’est trop « in » d’acheter ses vins sur chateauonline.

Tu es jeune ? Tu es amateur de vin ? Le web 2.0 est ton meilleur ami et le web 3.0 ne te fais même pas peur ? tu connais les chiffres de ta CB par cœur, pas le code pour retirer du cash mais ceux inscrits en relief et le crypto à l’arrière ?
Bravo, tu es bon pour filer sur chateauonline.fr.
Sur ce site, c’est trop la fête. Des promotions à gogo, une sélection internationale, les ventes en primeur, des idées cadeaux et même une rubrique mets-vins.
T’y connais rien mais t’as bien senti que tu pourrais plus y échapper, entre ton nouveau taf d’assistant marketing et tes potes qui se shootent au Nez du Vin ? y’a même une rubrique « J’y Connais Rien ». Un peu la honte, faudra juste pas oublier d’effacer l’historique de navigation du Safari de ton Ipad dernier cri après consultation.
Mais moi perso, je trouve ça plutôt flippant d’acheter du vin en ligne. T’as même pas un gentil caviste pour t’expliquer pourquoi tu vas l’aimer, du coup tu reprends toujours la même bouteille parce que celle là tu sais que beau papa il l’aime, et au final tu passes pour un ringard sans originalité, de surcroît radin vu que tu ne pourras pas t’empêcher de te vanter que tu l’as acheté moins cher et en ligne (c’est ton côté geek ça).
Et puis les prix cassés je trouve ça louche. Tout le monde sait que le bon vin coûte aussi cher qu’un manteau en peau de ragondin.
Heureusement ils sont futés chez Chateauonline.fr, ils les ont vu venir les petits sceptiques comme moi qui tel Saint Thomas, ne boient que ce qu’ils voient.
Alors ils organisent régulièrement des dégustations. Dans le monde réel. Celui ou tu peux sentir le vin, et même le faire couler dans ta gorge. Celui ou tu payes en cash.
30 €. Plus cher que le prix d’un dîner vin compris au bistrot en bas de chez toi, surtout si t’as fait ta résa sur lafourchette.com et bénéficié de 50% de réduction sur l’addition (hors menu, hors boissons)
Mais pour 30 €, t’en as pour ton argent. Une sélection de vignerons, des vrais, ceux qui font du vin dans leurs vignes toute l’année, ceux qui connaissent la terre, la campagne et sautent chaque année en septembre à pieds joints dans leur récolte.
Pour 30 € t’es content, tu vas pouvoir toucher du vigneron, lui parler, lui poser des questions, lui il va ta répondre, tu vas boire son vin plus que ses paroles parce qu’en fait tu comprends rien à ce qu’il te dit, mais c’est pas grave parce que sur chateauonline, de toute façon t’as toutes les fiches techniques, et donc il sera toujours temps de les apprendre par cœur avant le dîner ou tu serviras la bouteille de celui que tu connais maintenant personnellement.
Sauf que.
Sauf que derrière la table, 3 fois sur 4, c’est pas le vigneron à qui tu causes. Tout au mieux son agent sur Paris, quand c’est pas le stagiaire de chez Chateauonline réquisitionné pour l’occasion.
T’as vraiment cru que le vigneron, il allait venir depuis sa Bourgogne profonde pour une dégustation d’inconnus, de surcroit amateur, et pour laquelle il doit payer ?
La blague.
Heureusement t’y vois que du feu, parce que t’es quand même sur la péniche Maxim’s, ambiance art-déco, tu trouves ça trop classe les moulures dorées et les miroirs partout. Et puis y’a un bête de buffet où tu peux manger tout ce que tu veux, gratuitement (t’as oublié les 30 € de l’inscription, c’est ton 5e verre et t’oses pas cracher, t’as peur de t’en foutre partout). Juste un conseil, évites le gouda au cumin, ou sinon oublie le vin, parce que tu sentiras plus rien. Je sais pas qui est le traiteur, mais si Robert Parker avait été là, il lui aurait foutu un procès. C’est criminel de servir un truc pareil à une dégustation. Et pourquoi pas de l’ail cru à grignoter aussi ?
Allez, t’as fais le tour des 4 tables, mis 3 cœur à côté du vin le plus cher sur ton carnet de dégust, c’est le cœur léger que tu te diriges vers la sortie.
Tu penses déjà à ta prochaine commande. Noel approche va falloir leur en mettre plein la vue. Surtout que maintenant que t’es un pro, on t’attend au tournant. Heureusement chateauonline à pensé à tout, « Quel Noel êtes vous ? » t’assures de casser la baraque. Tu vas pouvoir choisir entre Classique, Original, ou Inattendu. Et ça c’est stylé. Tu te vois déjà annoncer : sur le chapon ? Oh, j’ai voulu faire un accord classique… Mais tu vas voir sur la bûche, c’est très inattendu ! J’ai pris de risques, mais je suis confiant, j’avais longuement parlé au vigneron lors d’une dégustation sur la péniche Maxim’s, ça va très bien fonctionner.
Joyeux Noel.
Clémentine de Lacombe

Charles & Piper qui ?

La rumeur promet que nos supputations sont fausses. Ce ne serait pas ceux à qui nous pensions qui seraient en première ligne sur le rachat des deux (ou d’une seule des deux) marques du groupe Rémy Cointreau. Promis, juré, Nicolas, je te le dis, tu peux me faire confiance. Faisons. Alors, qui ? Qui va reprendre notre Charles Heidsieck préféré, ce champagne immense fait pour les gens qui aiment le champagne ? La rumeur (170 cm, 70 kg) avance la possibilité de Russes. Bon, c’est pas un scoop, ya toujours des Russes dans une négo, ils ne finalisent que très rarement. A suivre donc.

dimanche 21 novembre 2010

Aimons Luchini plus


Tout commence chaque fois par un dîner chez Bouchard Père & Fils. Avant, nous suivrons la dégustation commentée des vins de l’année précédente. 2009. Les rouges sont mieux que les blancs, mais tout de même, les chevalier-montrachets, quelle finesse. Les montrachets, eux, avaient embouché leurs trompettes et klaxonnaient joyeusement aux portes du palais, tel le supporter un soir de victoire de l’équipe supportée. Au dîner, les vins étaient magnifiques, la conversation joyeuse et polyglotte, une belle soirée dans l’une des plus belles maisons de Beaune. D’ailleurs, on dit château Bouchard.
Le lendemain, déjeuner chez François d’Allaines, négociant de petite notoriété, mais bon faiseur comme l’a dit un jour Jean-François Coche-Dury (« si c’est un vin de chez d’Allaines, vous pouvez y aller en confiance ») et comme me le confirmait quelques moments plus tard Jean-Luc Aegerter (« il fait de belles choses »). François d’Allaines, c’est le seul au monde qui vous reçoit avec d’autres vins que les siens, un blanc de chez Coche-Dury, justement. Un puligny, je crois ou était-ce un meursault ? C’est pure gourmandise de sa part et c’est bien ça qui est joyeux, détendu, élégant. Bravo, François, et merci pour le déjeuner divin. Googlisez François d’Allaines, commandez-lui du vin, si la France du vin était tenue par des mecs pareils et uniquement, on serait encore plus fier.
On se retrouve dans la cave de Jean-Luc Aegerter à goûter un sublime bâtard, suivi d’un clos-de-la-roche d’exception. Belle journée. C’est bien, la Bourgogne, on ne passe jamais des heures à goûter les entrées de gamme. Et puis, en Bourgogne, ils ont plein d’étiquettes et il n’y a pas deux grands crus qui se ressemblent et tellement de gens qui font très bien, c’est un nid plein de bonheurs, des grands, pas des petits. Nous irons ensemble, plus tard et en grande pompe au Chapître des Trois glorieuses, au château du Clos de Vougeot, le grand dîner black-tie qui précède la vente des Hospices de Beaune. Là, dans le cellier grandiose, 550 personnes sont reçues par les membres de la Confrérie du Tastevin. Comme toujours en Bourgogne, l’humeur est à la poilade et aux bons coups à boire. L’assemblée est très globale, des amateurs du monde entier se pressent. On reconnaît un à un tous les patrons des grandes maisons, Latour, Gagey, même Christophe Navarre, pourtant super-discret, limite incognito. On chante des chansons en battant des mains et ce qui, ailleurs, pourrait être un peu lourdingue devient vite un moment d’une grande simplicité et chaleur. Des filles ravissantes chantent « Je suis fier d’être Bourguignon » sans réaliser que les décolletés de leurs robes du soir sont calculés au plus juste. Tout le monde s’en fout, on n’est pas à la Voile Rouge. Les discours succèdent aux chansons. On intronise dans la Confrérie des amis d’amis et le président de la vente du lendemain, le délicieux Fabrice Luchini. Après avoir fait allégeance en hurlant « Juro » pour dire qu'il est d'accord, il a lâché mezzo voce un « Erecto » très dans sa manière (et dans la nôtre, bien sûr, nous adorons tous ces petites blagues cultivées, rigoler en bas latin, c'est beaucoup). Puis, il s’est lancé dans un discours improvisé, du pur Luchini, un truc gigantesque, très drôle, se moquant de tout et de tous, surtout de ses confrères « de gauche, les professionnels du charitable », enchaînant les idées au petit bonheur la chance, quelle chance. Le sommet a été atteint quand il a dit à cette assemblée médusée qu’elle était « un rempart contre le marxisme ». Les étrangers ne comprenaient rien à cette logorrhée extrême, les locaux étaient d’accord, les Parisiens jubilaient, un instant rare. Il a conclu « si Dijon gagne, on est niqué », la salle en larmes, on ne lui avait jamais si bien servi la soupe. Il ne devait pas s’arrêter là. Le lendemain, devant les télés, il a recommencé, affinant le propos, « rempart contre le stalinisme », et la pièce du Président, vendue par ses soins à un public parfaitement aimanté, est partie à 400 000 euros, le double du record d'avant, historique comme on dit dans les journaux. Il est très fort, le Luchini, un bonbon, aimons-le, aimons-le plus.
Le lien pour voir le film de la vente avec Luchini au marteau, son meilleur rôle :
http://foodintelligence.blogspot.com/

La photo : Fabrice Luchini, à l'entrée des Hospices le dimanche après-midi, reportage creusot-infos.com

mardi 16 novembre 2010

Charles & Piper, premier prix

Un site boursier (Open bourse) avance un prix de cession des deux marques de champagnes Charles Heidsieck et Piper-Heidsieck. 310 millions d’euros annoncés comme un prix de marché. Avec 65 hectares de vigne et un immobilier déjà démantelé, ça me paraît beaucoup. Le site cite (si, si) également les noms de repreneurs possibles. Vranken et Nicolas Feuillatte, je n’y crois pas du tout, et Lanson, possible en effet. L’histoire continue.

lundi 15 novembre 2010

L’info du jour qui tue

Les marques de champagne Charles Heidsieck et Piper-Heidsieck sont en vente depuis ce matin. Officiellement. Ce qui laisse penser que les tractations engagées depuis plusieurs semaines avec tel ou tel acquéreur sont en bonne voie d’achèvement. De qui s’agit-il ? De nombreux noms sont régulièrement évoqués (MH, Magrez, Vranken, d’autres), auxquels nous ne croyons pas du tout. En revanche, on connaît un investisseur qui rêve d’avoir une belle marque de champagne toute entière à lui pour ajouter à sa collection naissante. Une rumeur très peu diffusée dit qu’il tient la corde sur le dossier. Ce monsieur, et sa fille, sont connus pour être très attentifs à la qualité des vins qu’ils produisent. C’est donc une candidature qui devrait rassurer les amoureux, que nous sommes, de Charles Heidsieck, son chef de cave épatant, son merveilleux BSA et son exceptionnel Blanc des millénaires 1995. La suite très vite, logiquement. Aussi, il serait très amusant de connaître le prix demandé par Rémy Cointreau (c'est pas un bonhomme, c'est le nom de la société propriétaire). Selon nos sources, ces deux marques auraient été achetées l'équivalent de 480 millions d'euros. Ce qui constitue une base de calcul. Pour mémoire, Champagnes Taittinger a été vendue 520 millions d'euros par les Américains de Starwood. Mais sans l'ombre d'un problème de positionnement, avec un bel immobilier et avec 280 hectares de vigne et une valoristaion du stock à hauteur de 200 millions d'euros à une époque (2005-6) où le champagne s'envolait, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui où le stock est plus un problème qu'une opportunité. Alors, combien ? Les paris sont ouverts.

samedi 13 novembre 2010

Le Davos du vin, suite sans fin

Ils n'étaient pas là, ils nous ont manqué, voici qui et pourquoi :
Hervé Bizeul (Clos des Fées), pour cette « autre voix » unique et puis Claudine aurait adoré.
Bérénice Lurton (Climens), elle avait forcément quelque chose à dire, sa nouvelle biodynamie, le commerce difficile des liquoreux.
Mathieu Chadronnier (négociant), place à la génération montante quand elle a des trucs sensés à dire.
Pierre Seillan (Vérité, Lassègue, Arceno), pour les fulgurances multi-culturelles.
Edouard Miailhe (Siran), pour son expérience énorme et si opportune des marchés asiatiques. Tout le monde t’écoute, Doudou.
Régis Camus (Charles Heidsieck & Piper-Heidsieck), le sparkling winemaker of the year depuis des years doit être là, ces jours-là, et nulle part ailleurs.
Denis Dubourdieu (Doisy-Daëne, etc.), parce qu’on ne peut pas se passer de Dédé-la-science.
Thierry Desseauve, parce que Bettane tout seul ne suffit pas.
Gérard Perse (Pavie, etc.), pour cette « autre voix » unique et puis Chantal aurait adoré.
La bande de chez Moët-Hennessy, Maggie H en premier et Richard et Benoît et les autres, et le nouveau président canadien. Pas un seul de la grande maison, vous trouvez ça normal ?
Jacques Lardière (Jadot), pour la vaporisation des molécules, ça vous change une journée.
Bruno Quenioux(PhiloVino), pour la philo du vino.
Noël Pinguet (Huet à Vouvray), pour parler d’autre chose et s’envoler un peu sur un air de bienveillance bougonne.
Michel Chapoutier, Jean-Luc Colombo, Caroline Frey parce qu’il faut bien redescendre sur terre de temps en temps et que le lac de Côme vu de la Villa d’Este vaut bien le Rhône vu de la colline et des coteaux.
Le frère Marie-Pâques (Abbaye de Lérins), il aurait parlé de Dieu et du business. Epatant.
Antoine Leccia et/ou Joseph Helfritsch (Advini et Grands chais de France), parce que le succès, ce n’est pas sale.
François Mitjaville (Tertre-Rotebœuf), Eloi Dürrbach (Trévallon), Jean-Michel Deiss (Marcel Deiss) et tous les géants du vignoble.
Vous imaginez un peu la tête du congrès ? Enorme.

vendredi 12 novembre 2010

Le Davos du vin, les détails


Un dégustateur et un universitaire, Michel Bettane et Jean-Robert Pitte, devisent légèrement sur la balustrade qui longe le lac, le regard perdu dans le décor. Où il est question de république et de démocratie, leurs mérites respectifs et contradictoires, et le vin décrit comme une geste artistique. On n’est pas n’importe où et la conversation a du contenu. Ils viennent d’inventer la République de la Villa d’Este, ils le disent, ils en rient pour dire qu’il ne faut pas exagérer, l’humilité est une vertu. Ils ont raison, pourtant, et il n’y a pas de quoi rire.
Là, à l’invitation de François Mauss, aussi président du Grand jury européen, se sont rassemblées deux cents personnes parmi les plus influentes du monde du vin. Bien sûr, il en manque. Il faut dire qu’on est pleine vinification des rouges à Bordeaux et en Bourgogne et en Champagne et partout, aussi en Italie et en Espagne. Pourtant certains sont là et, comme par hasard, ce ne sont pas les plus mauvais. Noblet de la Romanée-Conti, Vauthier d’Ausone, Hervet de Faiveley, Rouzaud de Roederer, de Boüard d’Angelus et les Decelle, Rousseau, Mortet (le fils, bien sûr), Sylvain Pitiot du Clos de Tart, etc. Il y a des grands négociants (Develay de Mälher-Besse en particulier), des gens de liège et de chêne (Taransaud, Seguin-Moreau), Laurent Vialette, l'expert des vieux millésimes, drôle et insolent, avec ses inventions (verres et gestionnaire de cave). Il y a la crème des dégustateurs du monde entier. Il y a même un consultant-star en la personne de Stéphane Derenoncourt. Le meilleur monde. C’est la deuxième édition et, à l’évidence, c’est l’endroit où il fallait être, vinif ou pas, en ce début de novembre. Du matin tôt jusqu’au soir, des conférenciers passionnent leurs alter-egos malgré la douceur du temps et ce soleil d’un automne radieux qui fait briller les eaux du lac et les yeux des photographes. Le lac de Côme est un gros fleuve sans courant, en forme de V, d’une centaine de kilomètres de long. A la hauteur de la Villa d’Este, il n’est pas large du tout, moins que la Gironde à Pontet-Canet, moins que le lac d’Annecy à Veyrier. Quand le soleil passe les montagnes en fin d’après-midi, le lac prend une teinte nouvelle, un vert profond, un poil laiteux, d’une élégance folle, qui ferait merveille dans le nuancier d’un Farrow & Ball. On est au tournant de novembre et le soir est frais. On passerait des heures dans le parc vide à considérer cette grosse flaque molle et les lumières de la rive d’en face ; on ne le fera pas, pas le moment de pointer à l’infirmerie avec tout ce qui nous attend. L’endroit est ravissant, tout simplement, il n’incite pas à la concentration travailleuse. Et pourtant. Dans les salles de réunion, on se dispute les dernières chaises, les traductrices simultanées n’en ratent pas une miette, les bras se lèvent pour demander le micro et la parole, les commentaires vont bon train, c’est passionnant. Bettane ouvre les hostilités avec une brillante causerie sur les nécessités réglementaires pour que nos vignerons puissent continuer à faire des grands vins au lieu de passer leur vie à noircir des liasses d’imprimés administratifs. On parlera aussi de la Chine et de ses perspectives, des problèmes de bouchage et de la tonnellerie, le professeur Khayat a fait le point sur les rapports entre le vin et la santé. Pitte, en familier des grands amphis, sait tenir son auditoire comme personne et déclenchera un tonnerre d’applaudissements en expliquant ce qu’il faut dire aux jeunes pour leur apprendre la consommation responsable, parce que « La beauté invite à la responsabilité ». Derenoncourt témoignera de son expérience des vins étrangers et des rapports que les vignerons d'ailleurs entretiennent avec les référents et Hubert de Boüard mettra le pied dans la porte avec sa conférence sur le rôle de la marque par rapport à l’AOC dans le commerce des grands vins, provoquant ainsi quelques réactions d’humeur qui montrent à quel point il a raison. Pendant les récrés, certains vont se promener en bateau sur le lac, le long des belles propriétés, une forme de tourisme immobilier, en quelque sorte. George Clooney n’a pas fait autre chose avant de s’installer là. D’autres visitent le parc de la Villa d’Este, c'est Bernard Magrez qui promène le long des allées son élégance inoxydable. L’homme le plus puissant de Bordeaux songe sûrement à sa prochaine acquisition, son 37e domaine. Il a une idée, ça se voit, je ne vous la dirai pas. Dans l’hôtel, les groupes se forment, on débriefe les conférences de la journée. Tout ceci est très courtois, on a l’enthousiasme tenu dans le mondovino, mais les yeux brillent et les sourires sont vastes. Olivier Decelle, d’ordinaire assez taiseux est en grande conversation avec des experts asiatiques, mais d’où ?
Il y a eu aussi une dégustation extrême. Les sept crus de la Romanée-Conti et les neuf grands de Bordeaux dans le millésime 1990. Un moment rare, où les certitudes sont ébranlées. Certes, nous avions affaire aux plus grands vins du monde, mais tous n’avaient pas fait ce voyage de vingt ans en business class et, à l’arrivée, il y avait des espaces entre les uns et les autres. Si le maître de chai du Domaine de la Romanée-Conti expliquait d’un air modeste que ses vins avaient encore trente ans devant eux, il n’en était pas de même de certains des premiers crus de Bordeaux. Un dégustateur américain rappelle que les vins récents de ces mêmes domaines sont bien meilleurs aujourd’hui qu’il y a vingt ans, sur quoi tout le monde s’accorde. Dans un premier temps, cette dégustation se fait à l’aveugle. Puis, François Mauss annonce qui est qui. La romanée-conti était dans le verre n° 6, j’avais bon. Bien sûr, tout regoûter en sachant qui est qui. Ce qui change tout. Quand on goûte petrus et qu’on ne le sait pas, comment dire ? Il n’a pas le même goût, pas tout-à-fait. Inutile de faire comme si, de faire le savant, l’affranchi, ce n’est pas pareil et voilà tout. Tenir de tels propos est un peu iconoclaste, mais tout le monde n’est pas tombé dedans quand il était petit. On va me mépriser encore une fois, mais bon, j'apprends.
En tout cas, pour l’assistance recueillie, il y avait un objet de trop lors de ces dégustations d’anthologie : le crachoir. Pour les avoir inspectés un à un à l’issue des débats, j’affirme qu’ils n’ont pas beaucoup servi, voire pas du tout. On peut comprendre le secret – et fou – désir qui hante les uns et les autres d’assimiler vraiment un demi-verre d’yquem, de la romanée ou d’ausone, de se savoir constitué de quelques gouttes de ces vins rares, d’en être le récipiendaire définitif. Peut-être même certains sentent-ils pour de vrai une variation dans l’intensité du sang qui coule dans leurs veines, heureux rêveurs.
La photo : le lac de Côme depuis la Villa d'Este, photographié par Mathieu Garçon

lundi 1 novembre 2010

Le Davos du vin

Nous venons de passer quelques jours à la Villa d'Este au bord du lac de Côme à l'occasion du World Wine Symposium. Nous avons réalisé un film de témoignages qui réunit quelques-uns des grands intervenants. En attendant que ce film soit monté, en voici un extrait. Jean-Robert Pitte, prof à la Sorbonne et auteur de nombreux livres sur le vin (je recommande Le vin et le divin) nous explique ce qu'il fait à Côme. Trois minutes, c'est passionnant, instructif et inhabituel.
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